B, IMPUISSANCE
L'impossibilité de pratiquer le coït naturel avec une Iréqucnce ou une énergie suffisantes, est désignée vulgairement sous le nom d'impuissance. La capacité physiologique pour les plaisirs sexuels varie beaucoup suivant les individus, lout autant que la faim, la soif, le sommeil, la force musculaire ; elle dépend de l'état des forces physiques, du genre de vie matérielle, et de la puissance de l'habilude.
J'ai eu tout dernièrement l'occasion de constater l'influence de l'habilude et de la disposition murale sur l'innervation sexuelle : un propriétaire, marié à une jeune et jolie lemme, avait dû s'abstenir de rapprochements pendant 8 mois, pour une maladie de sa femme, consécutive h. un avortement; quand elle fut guérie, ses sentiments pour elle n'avaient pas changé, mais il lut incapable de se livrer au coït, quoiqu'il n'y éprouvât aucune difficulté avec d'autres femmes, plus âgées et moins attrayantes que la sienne. Quand il était près de sa femme, il était obligé de se représenter en imagination une autre personne, pour provoquer Térection; l'accouplement devenait alors possible, mais n'allait pas jusqu'à l'éjaculation, tandis que l'acte s'exécutait complètement avec d'autres femmes.
L'impuissance, surtout dans les grandes villes, est très-souvent la conséquence de l'onanisme longtemps continué, des excès in Venere et Baccho ; elle est beaucoup plus rarement un symptôme d'une affection centrale. Quand la masturbation n'a pas été continuée trop longtemps ni avec trop d'acharnement, l'impuissance sexuelle reconnaît ordinairement pour cause Tabsence de désirs pour les rapprochements naturels. Les sujets jeunes, avertis à temps du dangeide leurs mauvaises habitudes, peuvent recouvrer leurs facultés génériques par la fréquentation des femmes, et guérir complètement en se mariant de bonne heure. On peut espérer aussi une terminaison favorable quand, après des habitudes de masturbation modérées, les malades jeunes et d'ailleurs bien portants, n'ayant que des érections incomplètes lorsqu'ils tentent de se livrer au coït, se découragent et renoncent aux rapprochements sexuels. Dans ces cas, on peut remonter l'état général et le moral, par un traitement hydrothèra[)ique et électrique approprié. Les plus gravement atteints sont les malades qui, depuis leur enfance et l'âge de la puberté, s'étant adonnés, pendant des années et sans ménagement, au vice de la masturbation, sont déprimés au physique et au moral, et n'éprouvent plus que des érections rai'cs et incomplètes ; ici le pronostic est grave quant au
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retour des fonctions génitales, mais chez les sujets jeunes il n'est pas absolument défavorable.
Dans l'impuissance consécutive à des excès sexuels ou à des pollutions opiniâtres, il y a souvent un désir du coït plus fréquent et plus intense qu'à l'état normal, mais l'érection est incomplète et l'éjaculation presque toujours précipitée. En pareil cas, il faut instituer sans retard un traitement, en exhortant le malade à se modérer et à menacer le peu de forces qui lui reste. Dans les formes invétérées, on trouve (comme Schulz l'a remarqué le premier) la peau du gland et des bourses molle, pâle, souvent traversée de dilatations variqueuses, froide et peu sensible au contact; le pénis est flasque et rétracté, les testicules sont mous et ne présentent plus à la pression leur sensibilité normale. Les érections sont très-rares et incomplètes, la dépression morale presque toujours très-grande. Ces malades, lorsqu'ils ont déjà atteint un certain âge, sont à peine susceptibles de quelque amélioration. Chez les sujets de 20 ou 30 ans, on peut espérer jusqu'à un certain point le retour des forces par un traitement et un régime convenables.
Enfin, l'impuissance peut exister comme symptôme dans les maladies de la moelle. Dans quelques cas, l'affaiblissement de la puissance génésique est le premier signe d'alarme d'une ataxie en voie d'évolution; mais le plus souvent elle passe inaperçue, surtout en l'absence d'autres troubles du mouvement ou de la sensibilité, qui peuvent n'apparaître que des années plus tard. Chez les malades dans la force de l'âge, ayant des antécédents assez orageux au point de vue sexuel, une diminution rapide des facultés viriles est de nature à inspirer de sérieuses réflexions au médecin. Celui-ci fera bien de ne pas considérer la chose comme sans importance, mais de soumettre son malade pendant plusieurs années à un traitement hydrothérapiquc et électrique réconfortant, en lui recommandant sans cesse de ménager ses forces, surtout s'il existe des maladies des centres nerveux chez les ascendants ou les collatéraux.
Dans beaucoup de cas on voit les pollutions persister pendant des années, résister à tous les moyens, et s'accompagner au début d'une augmentation des désirs sexuels, pour aboutir ensuite à l'impuissance et se comi)liqucr enfm de symptômes spinaux. Les symptômes d'excitation apparaissant à la suite de refroidissements ou de fatigues excessives (névralgies vagues, sciatique, diplopic passagère, érections ou pollutions fréquentes pendant la imit), s'accompagnent souvent d'une abolition précoce de la puissance virile ; celle-ci se manifeste par une éjaculation précipitée, des érections incomplètes, ou par une impuis-
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saiicc passagère, intermittente, et se termine par la suppression des sensations voluptueuses et l'extinction complète des fonctions sexuelles.
11 résulte de ce qui précède que, dans l'impuissance au début, il faut mettre tous ses soins à en découvrir les conditions pathogéniques, ce qui est important non-seulement pour le pronostic, mais surtout pour le traitement; car il n'est pas indifférent de savoir si l'on est en présence d'une impuissance causée par des excès sexuels, par une dépression morale, ou si l'impuissance constitue un symptôme initial d'une affection spinale. Souvent aussi le médecin est consulté par ce genre de nialades sur l'opporUmité d'un mariage. Chez les malades de la première catégorie, après que l'impuissance est guérie ou très-positivement améliorée, on peut permettre le mariage avec une personne d'une nature calme, pour conserveries forces qui survivent encore; tandis que les malades présentant des symptômes spinaux doivent être détournés du mariage, dans l'intérêt de leur conservation personnelle.
Dans le traitement de l'impinssancey l'électricité et l'hydrotliérapie sont les moyens les plus efficaces. Pour le traitement électrique, on fait d'abord passer un courant constant à travers la colonne vertébrale (pendant 5 minutes) ; ensuite on promène la cathode sur le périnée, le cordon spermatique, les testicules, le dos de la verge (pendant 6-8 minutes), en appliquant l'anode sur la région lombaire. ,Les séances ont lieu d'abord tous les deux jours, ensuite tous les jours (pendant 6-8 semaines) ; s'il y a une sensation de froid et d'engourdissement dans le pénis, on applique le pinceau électrique sur le gland et le dos de la verge, et on excite les corps caverneux au moyen d'un électrode humide. Duchenne avait recours à l'introduction d'un excitateur jusqu'au vei'ii ntontanum, tandis que l'autre conducteur humide reposait sur le périnée; ce moyen, d'après Lallemand, agirait sur l'atonie des vésicules séminales et des canaux éjaculateurs; son emploi exige de grandes précautions, non moins que l'excitation faradique des testicules, dont l'abus peut déterminer des névralgies.
Pour le traitement hydrothërapique, il faut se régler d'après les conditions individuelles. Dans l'impuissance consécutive aux excès et à des causes morales, on aura recours pendant longtemps aux enveloppements humides (jusqu'au retour d'une chaleur suffisante), suivis de demi-bains, de bains entiers, et dans la journée de douches sur le sacrum et le périnée ; dans quelques cas je me suis bien trouvé de combiner l'hydrothérapie avec rélectricité. Chez les malades affaiblis, timorés, et chez ceux qui présentent des symptômes d'excitation
de la moelle, on prescrira des frictions humides (avec un drap trempe dans de l'eau à 18°-20" C), et ensuite des demi-bains refroidis et des affusions dorsales. L'eau à une basse température, les douches, les grands bains, doivent être évités à cause de leur action excitante.