‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 128 sur 184 · C. ASPERMAÏISME · texte numérisé non relu

C. ASPERMAÏISME

Sous le nom 'd'aspermatisme on désigne cet état morbide dans lequel l'érection et même les sensations voluptueuses existent, mais sans éjaculation. Cette affection, qui présente des particularités tout à fait remarquables, peut avoir sa source dans les altérations pathologiques les plus variées.

L'absence d'éjaculation pendant le coït peut être la conséquence d'une masturbation prolongée, comme dans un cas de Cosmano-Dumetiz [Gaz. méd. de Paris, n°^ 17-19, 1865). Quand il existe de Vatonie des voies séminales, celles-ci répondent plus difficilement à l'influence cérébrale qu'aux réflexes médullaires provoqués par l'onanisme. On voit toutes les différences que peut présenter l'innervation cérébi'ale d'après les observations de Hieguet (Bidlet, de VAcad. roy. de Belgique, t. II, 1861), où l'émission du sperme, impossible pendant le coït, avait lieu cependant sous l'inlîuence de rêves erotiques. Dans un cas de Schmitt [Wïirzh. Zeitschr.^ III Bd., p. 561-566), il n'y avait émission de sperme ni dans le coït, ni dans les pollutions, et cependant le sujet éprouvait, comme à l'état normal, des sensations voluptueuses et de l'abattement après le coït; on supposa une ouverture commune des deux canaux éjaculateurs dans les vésicules prostatiques, et une oblitération de ces dernières.

Gosselin est un des premiers qui aient étudié avec soin les conditions pathologiques de V oblitération des voies séminales {Arch. gén., sept. 1855). D'après cet auteur, il peut y avoir oblitération des canaux déférents, ou de l'épididyme au niveau de la queue, d'où obstacle à l'arrivée du sperme dans les vésicules séminales (les oblitérations de la tête de l'épididyme sont sans influence sur le cours du sperme) ; enfin il peut y avoir des oblitérations partielles ou totales dans les tubes séminifères des tesdcules. Malheureusement Gosselin n'indique pas si tous les sujets j)ort.eurs de ces anomalies étaient aussi affectés d'aspermatisme.

L'atrophie double des testicules, les dégénérescences tuberculeuse et caséeuse de l'épididyme, la cryptorchidie bilatérale, l'absence congénitale des canaux déférents (observations de Gosselin et J. Ilunter), l'hypertrophie considérable de la [)rostate, surtout les inflammations

ASPRRMATÏSME. CM

oi les abcès dans le voisinage de la prostate, cl les rétrécissements très-prononcés de Turètlire (d'nprès Petit), peuvent être autant de causes d'aspermatisme. Dans un cas de Lapeyronie (jis|)ennatisine après une hlennorrhagie guérie), récoulement du sperme n'avait lieu qu'après diminution de l'érection ; à l'autopsie, pratiquée au bout de plusieurs années, on trouva une cicatrice au niveau du veru montanum, lequel regardait vers la vessie; le tissu cicatriciel avait altéré la direction des canaux éjaculatcurs de telle sorte, que leur embouchure était tournée vers le col de la vessie, ce qui fut clairemenl démontré par une injection des canaux détérents et des vésicules séminales.

Chez un malade de Demarquay, qui avait reçu un coup de feu atteignant la vessie et le rectum, le testicule droit fut pris ensuite d'inflammation et s'alropliia ; du côlé gauche, le canal déférent et la vésicule séminale avaient été atteints par la blessure, ce qui rendait compte de l'aspermatisme que le malade présenta par la suite. Dans un cas de C. Dumenez (a])cès volumineux par contusion du périnée), après ouverture de l'abcès et guérison, le pénis restait sec pendant le coït, bien que le malade eut la sensation de l'émission du sperme. L'examen microscopique de l'urine y révéla la présence de spermatozoïdes, le sperme s'écoulait donc dans la vessie. L'aspermatisme peut succéder aussi à la taille bilatérale, quand les canaux éjaculateurs ont été coupés, ou bien quand ils changent de direclion par la cicatrisation de la plaie de la vessie, et que Fécoulement du sperme se fait dans la vessie.

Au point de vue du pronostic, raspermatisme n'est pas une affection grave par lui-même, mais il peut le devenir quand il se prolonge, par son influence sur le moral. Les malades tombent alors dans une profonde mélancolie, fuient la société de leurs semblables et peuvent finir par l'aliénation mentale ; aussi dans le cas de Dumenez, cité plus haut, le malade se figurait avoir changé de sexe, et écrivait de longues lettres à un amant imaginaire.

Le traitement de Vaspermatisme ne peut être que rarement suivi de succès ; dans l'atonie des voies dexcrétion du sperme, de même que dans l'impuissance, l'électricité (surtout l'introduction d'un excitateur jusqu'au veru montanum) et l'hydrothérapie peuvent être utiles, comme le prouve l'observation de Yicquet.

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