‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 130 sur 184 · LÉSIONS NERVEUSES RHUMATISMALES · texte numérisé non relu

LÉSIONS NERVEUSES RHUMATISMALES

Parmi les influences extérieures, le froid et le froid humide sont celles qui exercent Faction la plus délétère sur la sphère nerveuse. Les funestes effets du froid sur les fonctions du système nerveux spinal ont été exposés en détail à propos de l'étiologie de Tataxie. De nos jours, on a cherché par l'expérimentation à reproduire les symptômes observés dans V action locale du froid sur les nerfs. Les recherches entreprises par Eckhard, J. Rosenthal et Afanasieff se rapportent à l'action de différentes températures sur les nerfs des grenouilles. Dans son excellent travail sur le sens du toucher et la sensibilité Générale ()Vagners Handivôrterb. d. Phijsiol. lll Ed., p. 481-588), E. H. Weber étudie les propriétés des nerfs cutanés de l'homme, d'après des expériences faites sur lui- môme et sur d'autres sujets. Dans les expériences avec des températures inférieures à 0°, les sensations douloureuses présentaient de grandes différences pour des points de la peau tout à fait voisins l'un de l'autre, suivant les irrégularités de distribution des nerfs sensitifs sur lesquels agissait le froid. C'est surtout la douleur que cet éminent observaleur avait en vue dans ses recherches.

J'ai fait des recherches et des observations analogues sur l'action du froid sur les nerfs moteurs et sensitifs [Wieii. Med., Halle, 1804, N°' 1-4), en cherchant à déterminer plus exactement Vinfhience du froid sur les troncs nerveux. Mes observations ont porté sur l'état de la sensibilité et de la motilité, sur les oscillations de la température, et sur les réactions électriques de certaines régions périphériques soumises à l'action du froid. J'ai fait sur moi-môme des applications de glace (de 2 à 4 minutes) sur les nerfs du bras et du pied ; le nerf cubital était celui qui se prêtait le mieux à l'observation des pliéno-

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mènes. Les mensurations thermoniétri(jues élaicnl failcs dans les deuxième el quatrième espaces inteidigitaux, qui présentaient la même température avant l'expérience. Pour donner un résumé sommaire des pliénomènes ainsi obtenus par la rélrigéraiion des troncs nerveux, on peut les diviser en trois ordres, correspondant aux signes fournis par la sensibilité, par la motilité et par la température.

Le premier effet de la glace est une exalUition douloureuse dans les fonctions des fibres nerveuses sensitives ; si l'action de la glace se prolonge, ce premier pbénomène disparaît graduellement, et à la fin se produit un engourdissement de V excitabilité des fibres nerveuses.

Les fonctions motrices des muscles sont affectées par le froid, de telle sorte qu'au début on constate une augmentation de leur excitabilité, tandis que si on prolonge l'expérience la réaction des muscles s'affaiblit graduellement, diminue enfin d'une façon très-évidente y et se supprime presque complètement (par suspension de la conductibilité nerveuse). Au début de l'expérience, une excitation électrique, qui serait à peine ressentie dans les conditions normales, détermine déjà des contractions musculaires, tandis que, dans la seconde période, l'excitabilité et la motilité des muscles sont en voie de disparition ; ces faits s'observent très-bien sur les derniers doigts dans la réfrigération du nerf cubital.

Vinfluence des applications de glace sur la température se manifeste ordinairement, au début de l'expérience, par un abaissement de température de 0,5 à 1"C. ; rarement cet abaissement est précédé d'une légère ascension thermique, xi mesure que la conductibilité nerveuse est plus profondément troublée, rabaissement se transforme en une élévation de température. Outre la paralysie de la motilité, on constatait aux derniers doigts et à la main des symptômes d'hyperémie (rougeur, chaleur). Après qu'on a supprimé la source de froid. il faut un temps assez long (40-50 minutes) pour que la température revienne à son degré normal.

Nous avons vu que, le nerf cubital une fois paralysé, on observait une élévation de température dans les derniers doigts (de 54,4 à 55,6 C.) ; en même temps la température des autres doigts présentait un abaissement considérable (de 54,4 à 27,7 G.) ; l'élévation de température tient à une action réflexe sur les nerfs vaso-moteurs, et à une augmentation de l'afflux sanguin dans les vaisseaux dilatés. Cette paralysie réflexe des nerfs sympathiques sous Vinfluence du froid me semble présenter de grandes analogies avec les symptômes observés par Cl. Bernard et Budge dans la section du grand sympathique cervical. Là aussi, du côté de la section, la température de l'oreille

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était augmontée, tandis qu'elle était diminuée dans Torcille du côté sain. Ces faits expérimentaux confirmés plus tard par AValler, Eulcnburg, Szymanowski, peuvent s'appliquer en grande partie aux phénomènes pathologiques.

C'est ainsi que Duchenne a publié Tobservatiou d'un jardinier, qui avait eu les extrémités supérieures et inférieures trempées pendant longtemps dans de l'eau froide, et qui fut pris d'abord d'hyperesthésie, puis d'anesthésie de la peau, avec abolition de ce que Duchenne appelle la conscience musculaire ; le malade n'était pas capable d'exécuter un mouvement déterminé quand on détournait ses regards, tandis qu'il y arrivait parfaitement, dés qu'il pouvait regarder ses membres (nous avons discuté en détail la nature de ce phénomène particulier, page 475). J'ai rapporté un cas où la malade, ayant subi l'action d'un vent aigre au moment où elle avait très-chaud, on constata d'abord de l'hyperesthésie, et bientôt après une abolition de la sensibilité au contact h la face, nu cou, et dans les membres du côté droit; il était impossible à la malade de se maintenir pendant quelques secondes sur le pied droit, ni d'accomplir aucun travail délicat avec la main droite; la contractiUté et la sensibilité électro-musculaires étaient diminuées, par rapport au côté gauche. La paralysie de la sensibilité, qui persistait encore au bout de 2 semaines, fut guérie en 5 séances par la faradisation cutanée et musculaire.

Au point de vue cHiologique , l'expérience nous enseigne que le vaste réseau des nerfs périphériques court le plus de dangers lorsque le corps, échauffé et couvert d'une transpiration abondante, estexposé subitement à l'action du froid, ou traverse coup sur coup des couches d'air à différentes températures. Les accidents déterminés par Thumidité ou par le froid se limitent, dans la plupart des cas, à de petits espaces ; c'est l'une des extrémités supérieures ou inférieures, ou seulement une jiartie d'un membre, qui est prise de cette paralysie que j'ai appelée paralysie par réfrigération (1. c), pour la distinguer de la forme paralytique qu'on désigne vulgairement comme rhumatismale, et qui n'évolue pas avec les symptômes que nous avons indiqués précédemment.

Dans certains cas, la paralysie par réfrigération peut abolir la sensibilité dans une grande partie, sinon dans toute l'étendue de la surface du corps. Binz a décrit, sous le nom d'anesthésie périphérique généralisée, un cas de ce genre chez une jeune fille qui avait dormi la nuit près d'une fenêtre ouverte : outre l'anesthésie cutanée, toutes les muqueuses (même celle du vagin) étaient insensibles aux piqûres d'épingle, le goi\t et l'odorat étaient abolis. Guérison au bout de huit jours, par des frictions sur tout le corps. Dans un cas de Worms, chez un soldat échauffé piir la course, puis exposé à un courant d'air, Tune des jambes fut d'abord prise de roideur, puis l'autre le lendemain, le troisième jour le tronc devint insensible, le

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