‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 135 sur 184 · A. TROUBLES DES KEPFS DE SENSIBILITÉ SPECIALE · texte numérisé non relu

A. TROUBLES DES KEPFS DE SENSIBILITÉ SPECIALE

En suivant l'ordre anatomique, nous trouvons ici les névroses des nerfs olfactif, optique, acoustique et glosso-pliaryngien. Pour éviter des redites, nous nous contenterons de rappeler la part que prennent les nerfs sensoriels aux affections centrales, dont nous avons parlé précédemment, et nous porterons de préférence notre attention sur les maladies périphériques de ces nerfs.

a. Maladies du nerf olfactif.

Les principaux troubles à mentionner du côté de ces nerfs sont Vhypereslhésie (hyperosmie) et Yanesfhésie (anosmie). On peut ol)server une hyperesthésie passagère cliez certains sujets devenus trèsnerveux à la suite de maladies prolongées; elle se rencontre le plus fréquemment chez les hystériques et les aliénés. Dans ce dernier cas, où il existe des sensations olfactives subjectives, on constate quelquefois un ramollissement du nerf olfactif, des néoplasmes de la base s'étendant jusqu'au lobe antérieur, un ramollissement ou une décoloration du bulbe olfactif, des adliérences des nerfs olfactifs avec la dure-mére. Dans un cas de Bérard, malgré l'absence des nerfs de

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la première paire, les sensations oll'aclives avaient existé pendant la vie (anomalie des perceptions centrales ou de la conductibilité). Dans un fait publié tout récemment par Sander (Arcli. f. Psijch.^ 1873), il y avait des attaques épileptiques avec sensations subjectives de l'odorat, et Ton trouva une destruction de la bandelette olfactive gaucbe par une tumeur. Dans l'iiyperosmie, il faut toujours traiter la maladie fondamentale.

Uanosmie est beaucoup plus fréquente et plus importante. Dans des cas exceptionnels, elle peut être congénitale; ou bien liéréditaire, comme dans un cas de Cloquet, avec développement imparfait des filels des nerfs olfactifs ; il y a une anosmie temporaire dans le coryza, où le gonflement de la muqueuse nasale et l'accumulation du mucus abolissent la perception des impressions olfactives, ainsi que dans les paralysies faciales, où l'application des ailes du nez contre la cloison des fosses nasales fait obstacle à la pénétration de l'air chargé des particules odorantes. L'anosmie se produit encore dans les tumeurs de la base du cerveau (voy. p. 175), dans les abcès de la glande pituitaire (Oppert), rarement dans le gonflement syphilitique du périoste et de la muqueuse (chez un malade de Romberg, un traitement mercuriel fit disparaître l'affection) ; elle existe enfin dans l'hystérie (presque toujours avec anesthésie du trijumeau). Une abolition partielle ou totale du sens de Todorat peut résulter aus^i de la rhinite chronique, de lésions périphériques (chute sur la face et le nez), ou de l'usage trop prolongé d'injections irritantes; on l'observe quelquefois aussi à la suite de la fièvre typhoïde et de la méningite, et dans ces cas la perte de l'odorat guérit en général spontanément. L'anesthésie de la première paire peut se combiner avec celle du trijumeau (comme chez les hystériques ou certains aliénés), et alors la muqueuse nasale a perdu son excitabilité réfiexe; d'autres fois c'est une anosmie simple, et malgré la perte de V odorat les fosses iia^'iales ont conservé leur sensibilité normale. Dans un cas de ce genre rapporté par Pressât, on constata l'absence des nerfs olfactifs à la base du cerveau, ainsi que l'absence des orifices de la lame criblée de l'ethmoïde, mais avec conservation des orifices destinés aux nerfs ethmoïdiens. Chez les malades que nous avons cités en premier lieu, le retour des perceptions olfactives s'obtient par un traitement général reconstituant; dans l'anosmie liée au rhumatisme chronique, à un traumatisme, à l'hystérie, on se Irouverait bien de la faradisation de la muqueuse nasale (Duchenne, Oeard et Rockwell). Dans tous les autres cas, il est presque inutile de compter sur une amélioration.

MALADIES DU iNERF OPTIQUf. 701

b. Maladies du nerf 0[)lique.

Les sensations de lumière, de couleur, les illusions provoquées par une incitation anormale du nerf optique sont considérées comme de V lujperesthésic . Celle-ci peut succéder à une irritation soit directe, soit indirecte des nerfs optiques, dans leur portion centrale. Les états congestifs de l'encéphale, le développement de tumeurs cérébrales, de certaines maladies mentales (hypocliondrie, extase), l'hystérie, la grande chorée, l'alcoolisme et le narcotisme chroniques, l'inhalation de gaz toxiques peuvent devenir autant de causes d'hyperesthésie optique. Parmi les causes locales, on peut citer les maladies et l'atrophie des nerfs optiques à leur périphérie (compression, extravasat), les états congestifs et inflammatoires de la rétine, l'impression brusque d'une vive lumière, l'application à des travaux délicats. L'hyperesthésie des nerfs optiques a ordinairement une marche chronique, et peut constituer un symptôme menaçant, surtout dans les affections centrales, où elle est assez souvent l'avant-coureur de l'anesthésie optique. Comme traitement, on a recours à l'application de sangsues sur les apophyses mastoïdes, aux compresses froides sur la tête, aux demi-bains refroidis, aux lavements irritants, au tartre stibié à dose réfractée, au repos prolongé de l'œil, au séjour à la campagne, moyens qui réussissent quelquefois au début.

Vanesthésie du nerf optique est désignée, suivant la perte partielle ou complète de la faculté visuelle, sous les noms d'amblyopie ou à'amaurose. Parmi les altérations centrales du chiasma ou des nerfs optiques, il faut mentionner surtout les épaississements conjonctifs de la gaine du nerf optique, la névrite optique et ses conséquences (voy. p. 171-72). Outre l'atrophie plus ou moins avancée du nerf, on trouve (comme l'ont indiqué Virchow et Leber) des altérations de la névroglie, formation abondante de tissu conjonctif dans l'intérieur des faisceaux, augmentation fréquente des éléments cellulaires, développement de cellules granuleuses et de corpuscules amyloïdes. Dans un cas de folie paralytique avec amaurose unilatérale, Meynert trouva le corps géniculé externe du même côté, et le corps géniculé interne du côté opposé, atrophiés et sclérosés.

Le diagnostic se confirme par l'examen ophthalmoscopique ; la diminution ou l'abolition complète des mouvements de la pupille tiennent à l'absence de réflexes rétiniens. Comme Tùrck l'a découvert le premier, dans l'anesthésie optique la pression sur les vertèbres cervicales ou les apophyses mastoïdes peut avoir momentanément une influence favorable ou défavorable sur la faculté visuelle

702 MALADIES DU SYSTÈME >^EKVEUX PÉKIPHÉKIQUË.

(par action réflexe du trijumeau). Les causes centrales del'anesthésie optique sont : la névrorétinite suite de tumeurs cérébrales, le ramollissement, les hémorrhagies, l'hydropisie des ventricules, l'atrophie optique de Fataxie, les troubles cérébraux hystériques, la cachexie paludéenne, la maladie de Briglit, l'intoxication saturnine, la syphilis; dans ce dernier cas, la maladie revêt les apparences ordinaires de l'amaurose cérébrale (atrophie des nerfs optiques), tandis que dans la syphilis oculaire, l'oplithalmoscope révèle les symptômes d'une rétinite ou d'une rétino-choroïdite (Siebel). L'affection est d'origine périphérique dans les traumatismes du globe oculaire, les inflammations et hémorrhagies de la rétine et des parties voisines, les tumeurs de la rétine, les compressions glaucomateuses, les tumeurs de la base du cerveau ou les épanchements des méninges étendant leur action jusqu'au chiasma. La marche de la maladie est en général chronique, le pronostic presque toujours défavorable. Les formes paludéenne, hystérique, saturnine, syphilitique et hémorrhagique peuvent guérir par un traitement approprié.

Avant la découverte de l'ophlhalmoscope, on connaissait déjà l'emploi de la strychnine contre l'atrophie des nerfs optiques, et Nagel, Woinow, Ilippel, etc., l'ont dernièrement remise en honneur (sous forme d'injections hypodermiques) ; des observations plus suivies, auxquelles je puis ajouter mon expérience personnelle, n'ont pas confirmé la valeur de ce moyen. On a employé récemment la santonine (Schon); maison ne sait encore s'il y a de meilleurs résultats à en attendre.

c. Névroses du nerf acoustique.

Les névroses acoustiques, naturellement plus obscures et beaucoup plus inaccessibles à nos investigations, ont été grandement éclaircies par les nouveaux procédés d'exploration, et notamment par la méthode galvanique de Brenner. Le nerf auditif étant sain, si l'on applique un des pôles dans le méat auditif préalablement mouillé ou sur le tragus (Erb), l'autre pôle à la nuque ou sur le côté interne du bras, et qu'on régularise la force du courant au moyen des rhéostats, le nerf acoustique répond à l'exploration galvanique avec la formule normale de réaction : à la fermeture de la cathode (KaF), à l'action permanente de la cathode (KaD) et à l'ouverture de l'anode (AO).

S'il existe, au contraire, des accidents d'irritation ou de dépression du nerf acoustique, on constate des modifications des formules exprimant les réactions normales.

Uhyperestkésie acoustique peut être d'origine centrale, comme

dans les céphalalgies chroniques, les hypcrémies cérébrales, les états d'irritation du cerveau et de la moelle, Thystérie, les maladies mentales (le plus souvent avec hallucinations de l'ouïe), etc.; parmi les causes périphériques, une tension exagérée des nuiscles et des osselets de l'ouïe, avec compression secondaire sur le labyrinthe, peut entraîner un surcroît d'excitabilité du nerf acoustique. D'après les recherches récentes de Lucae (B. klin. Wschr., 1874), le muscle tenseur du tympan préside à l'accommodation pour les tons musicaux, et le muscle de l'étrier à l'accommodation pour les sensations auditives plus aiguës et non musicales; dans la paralysie du muscle de l'étrier, on constate une pénétration et une finesse anormales de l'ouïe (pour les tons et les bruits), c'est-à-dire de Vhyperacousie; celle-ci s'observe aussi quelquetbis dans les paralysies faciales.

Vliyperesthésie acoustique simple, suite de troubles de la conductibilité, de lésions intra-cràniennes des nerfs auditifs, ou combinée avec des paralysies des muscles oculaires, de la mydriase, etc., se manifeste, d'après Brenner, par une excitabilité anormale de l'ouïe à des courants faibles, ainsi que par une intensité et une durée beaucoup plus grandes des sensations auditives (forts tintements provoqués par la fermeture de la cathode et persistant jusqu'à l'ouverture). Ces réactions pourraient donc se formuler ainsi :

KaF (tintement aigu)

KaD ( id. continuel)

KaO (réaction nulle)

AF ( id. )

AD ( id. )

AO (tintement de plus en plus faible)

Quand l'affection est plus prononcée, Vhijperesthésie s'accompagne de changements qualitatifs dans les réactions en question. Le cas le plus fréquent est de constater, outre des sensations auditives perverties, une réaction anormale (à l'oreille malade seulement), pour la fermeture de la cathode, l'action permanente de l'anode (AD), et plus rarement pour l'ouverture de la cathode. La réaction pathologique serait donc la suivante :

KaF (tintement accentué)

KaD ( id. continu)

KaO (sifflement)

AF ( id. aigu)

AD ( id. continu)

AO (tintement de plus en plus faible)

Quand l'excitabilité morbide de l'ouïe, combinée avec l'hyperes-

thésie simple, existe depuis longtemps, les réactions normales s'affaiblissent de plus en plus, jusqu'à ce que les réactions anormales subsistent seules. On voit alors survenir, d'après Brenner, des phénomènes inverses de ceux qui se produisaient pour l'hyperestliésic simple (renversement des réactions), et pour l'oreille malade les phénomènes peuvent s'exprimer ainsi :

KaF (réaction nulle)

KaD ( id. )

KaO (tintement de plus en plus faible)

AF ( id. aigu)

AD ( id. continu)

AO (réaction nulle)

Dans les affections auditives anciennes et profondes, il y a, d'après Brenner, une forme particulière de surexcitation auditive, consistant en hijperesthésie avec formule inverse pour l'oreille non irritée. Cet état se caractérise par ce fait remarquable, qu'en faisant agir le courant sur une oreille, il y a réaction non-seulement du nerf auditif de ce côté, mais aussi du nerf du côté opposé.

OULILLE GALVANISÉE OUEILLE NON GALVANISÉE

KaF (tintement) ^réaction nulle)

KaD ( id. continu) ( id. )

KaO (réaction nulle) (tintement de plus en plus faible)

AF ( id. ) ( id. aigu)

AD ( id. ) ( id. de plus en plus faible)

AO (tintementde pi us en plus faible) (réaction nulle)

Enfin, l'excitabilité anormale du nerf acoustique peut disparaître, tandis que le renversement de la formule persiste, et on a alors une modification des réactions sans hyperesthésie concomitante. On peut observer aussi, - d'après Brenner, des modifications de la formule sans hyperesthésie concomitante (comme dans les paralysies faciales).

Le traitement galvanique de l'hyperesthésie acoustique a donné ([uehjues succès. Ce sont surtout les tintements d'oreilles nerveux, qui, d'après Breimer, diminuent par la fermeture de l'anode et l'action permanente de l'anode, tandis qu'au contraire ils s'exagèrent par l'ouverture de l'anode et la fermeture de la cathode ; aussi doit-on, pour éviter toute cause persistante d'irritation, procéder très-doucement à l'ouverture et à la fermeture du courant. Dans les hyperes-

tliésies avec Ibrmule inverse de l'oreille non irritée et "sensations acoustiques subjectives, il faut, d'après Brenner, appliquer sur les deux oreilles l'anode divisée en deux branches. Benedikt recommande contre les bruits d'oreilles, l'emploi de courants alternes (modification de l'excitabilité par renversement du sens du courant). J'ai vu, dans quelques cas, les accidents se calmer après la galvanisation, mais presque toujours il y avait tôt ou tard des rechutes. Dans ces cas, on a quelquefois de bons effets d'un séjour prolongé dans les contrées alpestres ou dans l'air marin.

Vanesthésie du nerf acoustique ou torpeur (réactions faibles ou complètement absentes pour la fermeture de la cathode, pour l'action permanente de la cathode, l'ouverture de l'anode ou le renversement du courant, Brenner) s'accompagne presque toujours de troubles graves et persistants de la faculté auditive, reconnaissant pour cause des troubles de conductibilité dans les fibres centrales ou périphériques du nerf acoustique. Indépendamment des altérations, encore très-mal connues, que peut subir le noyau de l'acoustique dans les processus médullaires, indépendamment de certaines affections en foyer du mésocéphale, des régions postérieures et du cervelet, il faut encore tenir compte ici des néoplasmes de la base, des augmentations de la pression intra-crânienne (en raison des communications démontrées par E . Weber entre l'espace arachnoïdien et le labyrinthe) , des affections organiques du labyrinthe lui-même, et probablement aussi de certaines formes de névrite de l'acoustique encore peu étudiées. Dans deux cas de surdité nerveuse, Hiebrich a pu constater récemment (/Irc/i. f. Psijch .,V. Bd., 1874) l'intégrité du labyrinthe et delà caisse du tympan, et poursuivre jusque dans la moelle allongée une dégénération amyloïde du nerf acoustique. La surdité qu'on observe dans l'ataxie, l'hystérie, la fièvre typhoïde, les exanthèmes aigus doit tenir, soit à des désordres profonds, soit, dans les formes curables, à des altérations légères des méninges. La surdi-mutité a sa source dans des malformations de l'oreille moyenne et interne, soit congénitales, soit acquises pendant l'enfance à la suite de maladies cérébrales.

La thérapeutique ne peut espérer ici que de très-minces résultats. L'hyperesthésie acoustique aurait été améliorée quelquefois par la galvanisation (Brenner), en employant des courants forts, mais non douloureux, et en alternant le courant de l'anode à la cathode; Duchenne, Erdmann, etc. ont obtenu des succès parla faradisation de l'oreille dans la surdité nerveuse ; Duchenne a réussi également dans un cas de surdi-mutité.

d. >'évroses des nerfs gustatifs.

Pour terminer nos considérations sur la pathologie des nerfs de sensibilité spéciale, nous examinerons les faits les plus saillants de l'histoire normale et pathologique des organes du goût, bien que les nerfs qui se distribuent à ces organes appartiennent en réalité aux nerfs mixtes. Le plus important des nerfs gustatifs de la langue est le glossopharyngien, qui se distribue principalement au tiers postérieur de cet oroane, mais aussi à sa partie antérieure, au moyen d'un filet découvert par Hirschfeld. D'après les recherches de Stannius, il préside exclusivement, dans les parties correspondantes de la langue, à la sensation d'amertume. Quant aux autres perceptions gustatives, elles sont perçues par des fibres nerveuses de différents ordres. Ce sont surtout les fibres de la corde du tympan, et celles du lingual, qui pourvoient aux fonctions gustatives de la région antérieure de la langue. La section ou les lésions delà corde du tympan en dedans de l'oreille moyenne (Bernard, Lussana, Neumann) anéantissent la gustation dans le tiers antérieur de la langue, de même que la section de ce nerf avant sa réunion avec le lingual, à la base du crâne. Chez l'homme, la résection du nerf lingual prive la partie antérieure de la langue de toute faculté gustative (Busch, Inzoni, Vanzetti, etc).

Ainsi qu'il résulte des recherches de Schiff [Molesch. Unters., X Bd., et // Morgagni, 1870), les fibres de la corde du tympan quittent le facial au niveau du ganglion géniculé, cheminent avec les nerfs orand et petit pétreux superficiels, passent par les ganglions otique etsphéno-palatin, pour arriver au trijumeau et gagner le cerveau avec la deuxième branche de ce nerf. Au contraire, d'après Lussana {Arch. dephysioL, 1869 et 1872), les fibres delà corde du tympan arrivent au cerveau avec le facial, et le tronc du trijumeau ne renferme aucune fibre gustative. Les faits pathologiques témoignent en faveur de l'opinion de Schiff. Dans les paralysies du trijumeau au niveau de la base du crâne, avec intégrité du facial, le goût est altéré dans la moitié antérieure de la langue. Erb a rassemblé et analysé avec soin les observations qui parlent dans ce sens (Arc/i. f. klin. Med.^ XV Bd., 1874). D'autre part, d'après les résultats nécropsiques rapportés par Ziemssen, Wachsmuth, etc. (en excluant les cas compliqués de lésions de la cinquième paire), il ifest pas probable que le tronc de facial, au niveau de la base du crâne, renlèrme des fibres <'ustatives i)our la partie antérieure de la langue. Dans certains cas de paralysie faciale isolée, on constate une altération ou la perte du ooùt dans la partie correspondante de la langue, ce qui doit tenir à

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ratteintc simultanée des fibres de la corde du tympan contenues dans le facial.

Toutes les questions qui précèdent demandent à être éclaircies par la pliysiologie, la clinique et l'anatomie pathologique ; il nous reste encore à considérer, comme faits intéressants, l'hyperesthésie et l'anesthésie des nerfs gustatifs. Vliyperesthésie du goût (hypergeusie), ou surexcitation anormale des perceptions gustatives, s'observe quelquefois dans les états névropathiques prononcés, l'hystérie et la mélancolie. Pour apprécier d'une manière scientifique cette liyperestliésie du goût, il faut tenir compte des recherches de Valcntin [Lehrb. d. PhysioL, II Bd.) sur les conditions minima d'excitabilité gustative, ainsi que des degrés de sensibilité récemment établis par Keppler, suivant la concentration différente des solutions. J'ai déjà reconnu depuis longtemps que, dans des états d'irritation des centres, chez des personnes très-nerveuses, anémiques, hystériques, il suffît de courants galvaniques ascendants faibles (surtout par la fermeture et l'action permanente de l'anode) appliqués sur les vertèbres cervicales ou dorsales supérieures, pour provoquer une sensation gustative d'origine électrique. Le courant doit exercer, dans ces cas, une action excitante sur les centres correspondants.

Vaneslhésie du goût (ageusie) s'observe à la suite de la section chirurgicale du nerf lingual, dans les névralgies, ainsi qu'après les paralysies traumatiques ou intra-crâniennes du trijumeau (Ilirschberg). J'ai rapporté aussi des cas de tumeur de la base (p. 174), où l'on constatait, outre une anosmie unilatérale, l'abolition du goût sur la moitié gauche de la langue. Dans l'observalion de Bôttcher, lelatée dans le même chapitre, le malade se plaignait d'une sensation de brûlure et d'amertume dans la bouche, et à l'autopsie on trouva une tumeur de la base comprimant le glosso-pharyngien et le pneumogastrique, lesquels étaient atteints de dégénérescence graisseuse. On a observé également la perte du goût dans l'atrophie du glossopharyngien, suite de compression par des tumeurs au niveau du trou déchiré postérieur. Mais dans les cas rapportés par Longet (dans sa Physiologie nerveuse)^ l'affection était compliquée de lésions du trijumeau, du pneumogastrique et de l'accessoire. Enfin dans l'anesthésie, suivant qu'une seule ou les deux moitiés de la cavité buccale et de la langue sont anestliésiées, il y a aussi ordinairement une abo^ lition du goût incomplète ou complète. En général il existe en même temps des anesthésies d'autres nerfs des sens (olfactif, optique, acoustique), et de l'anesthésie de la peau, des muqueuses et des articula* lions.

Le pronostic de l'anesthésie du goût dépend de la nature de la maladie fondamentale. Dans les troubles gustatifs par paralysie faciale rhumatismale, la guérison se fait spontanément ; les anesthésies du goût de cause centrale (cérébrale ou spinale) comportent un pronostic défavorable; il est meilleur dans l'ageusie hystérique. Quant au rétablissement des fonctions gustatives après l'excision chirurgicale du lingual ou du facial, nous manquons jusqu'ici de faits d'observation suffisants. Dans l'anesthésie du goût d'origine hystérique, Duchenne aurait eu des succès par la faradisation de la langue.

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