MÉNINGITE DE LA BASE
Les méningites siégeant à la base du cerveau présentent, dans leur invasion comme dans leur marche, des caractères distinctifs qu'il
importe d'observer avec soin pour discerner des états pathologiques dont les symptômes se touchent de très-près. Au point de vue clinique, le meilleur plan serait d'étudier séparément; d'une part, les formes de méningite simple de la base, tantôt circonscrites, tantrjt diffuses, avec leurs symptômes et leurs lésions anatomiques propres; d'autre part les formes tuberculeuses comprenant la méningite tuberculeuse de la base proprement dite et la tuberculose méningée aiguë à caractère hydrocéphalique.
a. Méningite simple de la base.
La méningite peut faire naître à la base du cerveau des produits inflammal aires localisés. Dans deux observations de ce genre que j'ai recueillies, on voyait des traces de méningite chronique limitée à la base, des adhérences des méninges, et une compression de l'oculomoteur, qui sur l'un des sujets était, d'un côté, décoloré et atrophié. Pendant la vie, il y avait eu de la céphalalgie chronique, des vertiges, du ptosis, des paralysies des muscles de l'œil, des parésies dans le domaine du facial, et dans un eus une parésie du membre intérieur gauche. L'irrégularité des paralysies oculaires, leur disparition s})ontanée ou à la suite de la galvanisation, les atteintes légères du facial ou du trijumeau, l'intégrité plus ou moins complète de la motilité des membres, sont autant de points de repère pour le diagnostic des processus inflammatoires localisés de la base du cerceau.
Lorsqu'au contraire la méningite de la base occupe une plus grande surface et touche à plusieurs nerfs cérébraux, et lorsqu'il y a des troubles considérables dans la motilité des membres, il n'est plus guère possible de distinguer la méningite d'une tumeur de la base du cerveau. Dans un cas de Benedikt, où l'on trouva des adhérences des méninges depuis la selle turcique jusqu'au trou occipital, et plusieurs nerfs de la base entourés d'un tissu conjonctif rétractile, l'affection avait présenté pendant la vie les apparences trompeuses de la paralysie labio-glosso-pharyngée. Dans un cas analogue de Grafe (paralysies des oculo-moteurs communs et externes, et des pathétiques, sans douleur ni fièvre, et à la fin dysphagie et dyspnée), Virchow et Klebs trouvèrent à l'autopsie une ostéo-périostite de la base du crâne.
Le plus souvent la mmïngite simple de la base est généralisée., diffuse. La base du cerveau est alors recouverte en grande partie ou même entièrement, d'un exsudât purulent, qui remplit l'espace sousarachnoïdien depuis le chiasma des nerfs optiques jusqu'à la })rotubérance et à la moelle allongée. Les fosses cérébrales contiennent aussi une grande quantité de liquide; les ventricules sont considérablement
FORMES TUIJKRCULEL'SES DE LA MENINGITE DE \A UASE. 29
dislcndus par un épaiichcmciit louclio, llocomieux, |)nnilent ou pseudo-membraneux, qui s'y accumule jusqu'à 100-150 <^r. L'cpendyme est épaissi ou ramolli ; les plexus clioroïdes sont inliUrés d'exsudat, ou fortement congestionnes, la substance cérébrale environnante et les commissures sont imbibées de sérosité et ramollies. L'écorce du cerveau en contact avec l'exsudat est parfois décolorée, souvent rouge et parsemée de petites licmorrliagies. La convexité du cerveau est ordinairement exemple d'exsudat; quand l'hydropisie ventriculaire atteint un baut degré, les circonvolutions sont aplaties et pressées les unes contre les autres. On trouve çà et là la trace d'inflammations éteintes sous forme de fausses membranes, d'épaississement et d'adliérences des méninges.
La méningite de la base dont nous venons de nous occuper peut exister comme maladie essentielle. Il est plus fréquent de l'observer à la suite d'autres affections cérébrales, telles que les lésions de la boîte crânienne, les fissures de la base du crâne, la phlébite des sinus, les néoplasmes, les inflammations en foyer, les abcès et le ramollissement du cerveau. Souvent l'affection primitive masque les symptômes de la méningite secondaire ; celle-ci se révélera dans quelques cas par le mal de tète violent, la roideur de la nuque, la rétraction de l'abdomen, l'évolution lente de la maladie avec fièvre et chaleur modérées, et par l'apparition de parésies disséminées de plusieurs nerfs cérébraux s'ajoulant aux autres signes de ménin-
gite.
h. Formes tuberculeuses de la méningite de la base.
L'observation clinique n'est pas à môme, jusqu'à présent, de tirer parti de la distinction établie, au point de vue anatomique, entre la méningite tuberculeuse de la base et la tuberculose miliaire de la pie-mère, qui en est très-voisine. D'après les lésions anatomique s, la méningite tuberculeuse de la base se développe au milieu d'un processus inflammatoire; dans l'exsudat gélatineux ou jaunâtre qui occupe l'espace sous-arachnoïdien de la base du cerveau, on trouve par places sur les méninges des granulations tuberculeuses, qui s'étendent parfois vers la convexité et la scissure de Sylvius ; dans leur voisinage, la substance cérébrale est ramollie et décolorée. Cet exsudât manque dans la tuberculose miliaire aiguë de la pie-mère ; le tubercule apparaît sous forme de petites granulations grisâtres, que souvent on ne découvre qu'à une inspection minutieuse de la piemère de la base, qu'il faut alors regarder à contre-jour après l'avoir détachée du cerveau. Des granulations semblables peuvent aussi se
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montrer dans les scissures, à la convexité, entre les circonvolntions cérébrales, et sur la toile choroïdienne. D'après les recherches de Weisbach {Med. Jahrb, t. XYl, 1868), \r proportion (Veau contenue dans le cerveau est trés-augmentée dans les méningites tuberculeuse et simple ; l'augmentation est, pour la suljstance grise centrale et les circonvolutions, de plus de 1 p. 100. pour la substance médullaire, de 0,5 p. 100, pour le cervelet et la protul)érance, de 0,7 p. 100; l'inflammation des méninges accroît la quantité d'eau de la masse céréJjrale de la même façon que l'élévation en âge. La moelle allongée seule voit diminuer sa proportion d'eau. D'après les dernières recherches de Bastian (Edinb. med. Journ, avril 1868), les granulations dans la méningite tuberculeuse viendraient d'une prolifération des noyaux épithéliaux contenus dans la paroi des vaisseaux hyalins de la pie-mère. Dans un cas de Magnan [Gaz-, med., n^ 15, 1870), où l'on avait noté des attaques épileptiformes, des contractions musculaires. irrégulières et des spasmes fil)rillaires, on constata à l'autopsie une affection tuberculeuse conmiune aux méninges cérébrales et spinales. Liouville a rencontré le même fait dans des cas de méningite tuberculeuse chez des enfants.
Les transitions nombreuses qui existent entre les deux formes de tuberculisation des méninges, leur i)assage de la base à d'autres parties du cerveau, la tuberculisation d'autres organes qui survient dans les deux formes, leur retentissement analogue sur les ventricules, ne permettent pas de tracer cliniquement sur le vivant une ligne de démarcation entre elles, et nous obligent à comprendre leurs symptômes pathognomoniques dans une seule description. ?s'ous préférons le nom de méningite tubercideuse au terme fréquemment employé àlujdrocéphale aiguë, parce que celle-ci ne comprend qu'une partie du tableau symptomatique de la méningite, et que d'ailleurs elle peut exister dans beaucoup d'affections complètement étrangères à la tuberculose.
La méningite tuberculeuse, d'après les observations concordantes de Bennett, Barthez et Billiet, est rare dans les premières années de la vie; sa plus grande fréquence est de deux à sept ans; elle diminue ensuite, pour se montrer très-exceptionnellement après dix ans. Chez les adultes, la période de vingt à quarante ans donne la plus forte proportion; les cas sont plus nombreux pour le sexe masculin. Les grandes villes, avec leur poi)ulation compacte, donnent une mortalité