NÉVRALGIE DORSO-INTERCOSTALK
Sous le nom de névralgie intercostale, on désigne les douleurs siégeant dans les branches intercostales qui se dirigent des nerfs dorsaux vers le sternum et l'épigaslre. Cette affection a été signalée vers la fin du siècle dernier, par Wedekind et Chaussier, et étudiée plus tard par Nicod, Bassereau, Vallcix et Beau.
Lu névralgie intercostale est In plus fréquente de toutes les névralgies. Elle est beaucoup plus fréquente à gauche qu'à droite, et siège ordinairement dans un ou plusieurs des espaces intercostaux compris entre le 5* et le 9*. En général, elle
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débute insidieusement, augmente peu à peu d'intensité, et présente, comme les autres névralgies, des exacerbations et des rémissions. Les malades accusent une tension douloureuse autour du tronc et des élancements douloureux intermittents du dos verti le thorax. Tout mouvement tant soit peu violent, les respirations profondes, la toux, la mastication, voire même le simple contact des vêlements, peuvent réveiller la douleur. La névralgie intercostale s'observe surtout de 20 à 45 ans, et principalement chez les femmes nerveuses (Valleix).
Nous savons peu de chose sur les altérations anatomiques des nerfs dans la névralgie intercostale. Nicod et surtout Beau, dans les cas de douleurs intercostales chez des pleurétiques et des phthisiques, ont trouvé les nerfs enflammés, ou atrophiés et en dégénérescence graisseuse. On a vu aussi des névromes, et des épaississements de la gaine des nerfs. Dans les cas ordinaires, on a rarement lieu de pratiquer des recherches nécroscopiques. On a signalé les causes occasionnelles suivantes : refroidissement, traumatisme, efforts exagérés, affections vertébrales (inflammation, carie, cancer), maladies des côtes, adénite, anévrysme de l'aorte, tuberculose, exsudations et épaississement de la plèvre. Une stase sanguine dans les veines intercostales peut aussi devenir une cause de névralgie ; c'est surtout à gauche que le fait se produirait, et il faudrait l'attribuer, d'après Henle, aux sinuosités et aux détours plus longs de la veine demi-azygos, qui reçoit le sang des espaces intercostaux inférieurs ; la réplétion des plexus veineux du côté gauche deviendrait ainsi une cause de compression pour les racines nerveuses. D'après Bassereau, la névralgie intercostale s'accompagne presque toujours de quelque affection utérine (congestion, sensibilité anormale, catarrhe et troubles menstruels); mais il semble qu'il ait aussi rangé dans cette catégorie des cas de névralgie lombo-abdominale. Enfin la névralgie intercostale çst fréquente dans l'hystérie et les maladies de la moelle.
Les points douloureux de la névralgie dorso-intercostale sont : un point dorsal, un peu en dehors de l'apophyse épineuse, au niveau du trou intervertébral ; un point latéral, au milieu de l'espace intercostal, au niveau de la bifurcation du nerf intercostal (ce point n'est pas constant) ; un point sternal ou épigastrique, en dehors du sternum pour les nerfs intercostaux supérieurs, en dehors de la ligne médiane, à l'épigastre, pour les inférieurs.
Comme complications, on observe quelquefois une anesthésie circonscrite, et un zona, qui s'explique facilement par la présence de fibres vaso-motrices dans les nerfs dorsaux. L'apparition du zona doit être occasionnée, d'après ce que nous avons vu plus haut, par l'existence d'une névrite. Souvent la névralgie précède l'exanthème, d'autres fois elle lui succède et [)eut durer longtemps encore aprèslui.
Le diagnostic n'offre pas, en général, de difficultés particulières. Dans le rhumatisme intercostal, qui serait le plus facile à confondre avec la névralgie, la douleur est plus étendue, augmente plus par les mouvements et les respirations profondes que par la pression, et s'accompagne assez souvent de symptômes fébriles. Dans les douleurs intercostales lancinantes de la pleurésie, de la pneumonie et de lapéricardite, on ne constate pas de points douloureux circonscrits, et l'examen physique révèle d'ailleurs des signes caractéristiques. Il en est de même pour la tuberculose, où la douleur se montre ordinairement dans les espaces intercostaux supérieurs, prés du sternum. L'angine de poitrine se caractérise par une sensation de défaillance, par l'irrégularité du cœur et l'absence de points douloureux. Les douleurs intercostales, symptomatiques des affections spinales, se compliquent d'autres névralgies des bras et des jambes et de symptômes de dépression de la motilité. Dans les affections vertébrales, on reconnaîtra la nature des névralgies concomitantes par les signes pathognomoniques précédemment exposés.
En général, le pronostic de la névralgie intercostale n'est pas défavorable, mais il est assez commun qu'elle affecte une marche traînante ; dans les cas rebelles, la maladie peut se prolonger pendant un nombre d'années indéterminé.
Traitement. Il doit être dirigé avant tout contre la maladie principale, surtout l'anémie, l'hystérie et les affections utérines. Contre la névralgie elle-même on emploie, avec un succès plus ou moins prompt, les vésicatoires volants, la morphine par la méthode endermique ou hypodermique, des courants galvaniques stabiles dirigés à travers la colonne vertébrale et sur le trajet des nerfs intercostaux. D'après Anstie, l'application d'un vésicatoire au niveau des filets nerveux postérieurs agirait aussi favorablement sur la névralgie des branches antérieures, et empêcherait même le développement ultérieur de l'herpès. Souvent aussi on se trouve bien des enveloppements humides, suivis de demi-bains à 24-22° C, des douches locales, des bains de mer, des eaux de Gastein, Teplitz, Tùffer, Voslau, Tobelbad, Wiesbaden, Baden-Baden, etc.
Mastodynie (irritable bre as t de Cooper). La névralgie de la glande mammaire doit être considérée comme une variété de névralgie intercostale (nerfs cutanés pectoraux). Cette manière de voir est appuyée par les circonstances suivantes : complication de brachialgies (la branche supérieure du premier nerf intercostal contribue à former le plexus brachial) ; apparition de douleurs analogues à la paroi interne de l'aisselle, dans le dos et à l'épaule, points auxquels se dislri-
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buent les nerfs cutanés pectoraux ; enfin, complication accidentelle de névralgie des parois abdominales (des filets du cinquième nerf intercostal se répandant jusque dans les muscles de l'abdomen).
Dans la névralgie mammaire, qui s'observe le plus souvent depuis l'époque de la puberté jusqu'à trente ans, la glande mammaire est, sur quelques points, le siège de douleurs lancinantes, s'irradiant vers l'épaule, le bras, et jusque dans la hanche et l'abdomen; elles augmentent surtout avant la menstruation, et diminuent de violence pendant les règles. Cooper a trouvé quelquefois dans k glande mam maire des nodosités mobiles de la grosseur d'un pois à celle d'une noisette, extrêmement sensibles au contact, comme les névromes; on les a reconnues pour des productions de tissu conjonctif. (On trouvera de nouveaux documents sur cette question dans mon travail, Ueber Neuralgie derMammaund neuralgische Brustdrilsenknoten^ W. med. Presse^ n"'2 et 3, 1875.) Dans un cas de Franque {Med. Halle, 1864), la mastodynie était liée à un carcinome du foie et de l'estomac (probablement comme névralgie irradiée). Dans une observation de Beigel (riVc/i.^rc/i.,XLII Ed., 1868), il s'agit d'une jeune fiUededix-neuf ans, qui n'avait jamais été enceinte, et qui avait été prise à l'âge de dixsept ans de galactorrhée, avec douleurs consécutives dans les deux mamelles ; dans le cas de Fr. Schultze {B. klin. Wschr., if 42, 1874) on observa une sécrétion de colostrum avec mastodynie double (excitation réflexe des nerfs sécréteurs, par névralgie des nerfs cutanés delà mamelle).
Traitement. Relever la mamelle douloureuse et la recouvrir d'un cuir fui ; frictions de pommade belladonèe ; à l'intérieur, opium, calomel (méthode de Cooper). Le traitement indiqué pour la névralgie intercostale conserve ici la plus grande partie de sa valeur.