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MÉNINGITE CÉRÉDRO-SPINALE ÉPIDÉMIQUE

était fluide, les caillots mous et peu nombreux. Le sang conlenu dans les vaisseaux était foncé comme dans la fièvre typhoïde et le typhus. Le liquide des ventricules renfermait du chlorure de sodium, du phosphate de soude et d'ammoniaque, et une forte proportion d'oxalate d'urée (Meschede). Sur le tégument externe, on remarque souvent des pétéchies et des exanthèmes rubéoliques.

Étiologie.

Certaines conditions hygiéniques défectueuses ont exercé une influence incontestable sur la naissance et le développement de la maladie. Sur 47 épidémies observées en France, Ilirscli en attribue 46 à la population militaire. Ses plus grands ravages portèrent aussi sur l'armée, dans les Pays-Bas, en Russie et en Espagne; les soldats étaient bien plus éprouvés que les officiers et les sou^-ofliciers. L'encombrement des casernes, l'accumulation et le mélange de déjections animales et de détritus végétaux provoquaient rexi)losion des miasmes, que l'on peut considérer, d'après les recherches les plus récentes sur le choléra, comme des organismes végétaux inférieurs, et qui déterminaient l'apparition et la rapide extension de lépidémie. Dans les faits observés en Suède, la plus forte mortalité appartenait aux quartiers habités par la population pauvre, avec leurs maisons sales et encombrées, leurs rues étroites et leur aération insuftîsante. Dans les prisons, dans les maisons d'ouvriers (surtout en Irlande), les mômes conditions défectueuses ont entraîné la même propagation de la maladie. Les classes élevées de la population jouissaient, dans presque tous les pays, d'une immunité remarquable. La mortalité des enfants, dans certaines épidémies, doit tenir à d'autres causes occasionnelles, peut-être à l'action délétère des émanations miasmatiques sur l'organisme impressionnable des enfants. L'hiver, où toutes les circonstances antihygiéniques sont à leur maximum, et le printemps, où les décompositions organiques ont leur plus grande activité, ont fourni le plus grand nombre des cas de méningite cérébrospinale (environ 7/8 du nombre total).

L'évacuation des casernes était presque toujours suivi de la disparition de la maladie régnante. Une ventilation plus attentive, le nettoyage et l'évacuation, au moins partielle, des logements encombrés de la classe pauvre, la fermeture des écoles, ont })romptement atténué ou enrayé la marche épidémique de l'affection. Tous les faits rapportés confirment l'importance des mesures hygiéniques et prophylactiques, et prouvent qu'il s'agit là d'une maladie infectieuse.

dont les causes déterminantes et adjuvantes sont bien celles que nous lui avons assignées. Les avis sont trés-partagés quant à son pouvoir contagieux. Quelques médecins, s'appuyant sur des séries de faits, soutiennent énergiquement la contagion ; d'autres en doutent fortement. Comme il faudra sans doute longtemps encore avant que nous possédions des données claires et positives sur la nature du principe contagieux des maladies, il est prudent d'attendre avant de trancher la question pour la méningite cérébro-spinale.

Au point de vue de l'âge, l'enfance et l'âge moyen de la vie ont fourni le plus grand nombre des cas. Au dire de Rudne>v et Burzew (Virch. Arch., XXXXI, 1 Heft., 1867), on a vu souvent, en Russie, des individus de cinquante à soixante ans atteints de méningite. Ces derniers faits prouvent encore avec évidence que Finlluence de la race et de la nationalité est aussi négative que celle du sexe. C'est par le seur fait du hasard que les populations de langue slave ont moins soulfert que celles d'origine latine et germanique. En Afrique, les Arabes et les Français ont payé un égal tribut. La mortalité plus élevée observée parmi les nègres par quelques médecins américains résulte moins d'une prédisposition que de conditions hygiéniques plus défavorables. Certaines épidémies semblent se complaire à rcnversel toutes nos vues théoriques.

Symjj tom a tologie .

La méningite cérébro-spinale épidémique, appelée aussi typhus apoplectique ou cérébral, méningite encéphalo-rachidienne , cérébro-spinite (Chaussard), crampe épidémiqu? de la nuque, présente, comme on peut le penser d'après les détails qui précèdent, une grande diversité dans ses formes symptomatiques. L'état qui constitue pour la plupart des auteurs le stade prodromique laisse apercevoir déjà quelques troubles morbides dans le système cérébro-spinal. Les malades se plaignent de céphalalgie, de vertiges, d'engourdissement des membres, d'une tension et d'une roideur pénibles de la nuque et des extrémités ; il s'y joint des frissons erratiques et des bouffées de chaleur passagère. Ces premiers symptômes peuvent être assez peu caractérisés pour échapper à l'observation, ou d'une durée si courte, si éphémère, qu'ils se confondent presque avec l'établissement com plet delà maladie.

Elle débute ordinairement pendant la nuit, par une fièvre intense, un violent frisson suivi d'une chaleur brûlante, une forte céphalalgie et des vomissements. Ce sont d'abord les symptômes lèbrilcs ordi-

MEMNGITE CEREBRO-SPINALE EPIDEMIQl'E. 45

iiaires de l'hypéréinie cérébrale (congestion, iiallucinations, délire, strabisme, tremblement des membres, etc.); il y a en outre une élévation considérable de la température, et des crampes tclanlqucs dca muscles de la nuque et du dos (de là le nom populaire de maladie de la nuque, Nackenkrankheit; en Suède, Nacksjuga). Souvent les malades se plaignent de douleurs s'irradiant depuis le dos jusqu'aux extrémités. Les crampes tétaniques, variant d'intensité et de siège, apparaissent sous la forme de pleurostbotonos ou d'opistbotonos, d{^ contractures tétaniques des membres ou de convulsions; il peut survenir du trismus et, à une période plus avancée, des paralysies (qui d'ordinaire ne persistent pas). Comme phénomènes douloureux, il existe souvent une hypëresfhésie générale, qui rend tous les mouvements et tous les contacts insupportables ; lorsqu'elle est portée à un haut degré, elle peut, dans l'état d'engourdissement où se trouvent les malades, provoquer des convulsions. S'il y a un commencement d'amélioration, la peau, encore froide un -instant auparavant, se réchauffe peu à peu et devient même brûlante ; la face, qui était pâle, se colore ; les yeux reprennent leur éclat. La température varie de 59" à 4rC. Lorsqu'elle s'élève au-dessus de 4T C, la terminaison fatale est la règle. Le pouls, dans cette période, est ordinairement petit ; l'urine contient souvent de l'albumine, est pauvre en chlorures, riche en urates; les évacuations alvines restent suspendues pendant longtemps. La polyurie et la melliturie (observées par Ziemssen, Mannkopff et liasse) sont des exceptions.

Cet état peut ne durer que douze ou vingt-quatre heures ; dans des cas plus rares, il dure trois jours. 11 est suivi du stade de dépression pendant lequel le malade reste endormi dans le décubitus dorsal, quelquefois avec du tremblement des extrémités; le pouls est plus lent, la face pâle; les pupilles tantôt rétrécies, tantôt dilatées. A la roideur persistante de la nuque s'ajoute assez souvent, à cette période, un exanthème qui est tantôt rubéolique, tantôt scarlatiniforme, tantôt herpétique, et qui s'étend en haut aux yeux et aux oreilles; en bas, au menton et au cou. Les suffusions sanguines, les pétéchies, sont des phénomènes plus rares (on les a rencontrées aussi post mortem sur les séreuses). Dans les cas mortels, le coma augmente rapidement, et se complique de symptômes paralytiques, ptosis, strabisme, parésie des extrémités ; la peau est froide, couverte d'une sueur profuse ; le pouls et la respiration deviennent irréguliers, intermittents; d'après Hirsch, la peau est quelquefois cyanosée, comme dans l'asphyxie cholérique; les malades ne tardent pas à succomber. La mort, parfois, survient dès le commencement du

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deuxième stade (méningite foudroyante) ; d'autres fois, à la fin du deuxième ou pendant le troisième.

Quand le malade échappe au stade de dépression, la maladie se termine par la convalescence, qui est ordinairement fort lonuue ; ce qui tient évidemment aux secousses violentes que viennent d'éprouver les centres nerveux. La guérison est la terminaison la plus fréquente ; elle peut se déclarer dès le premier stade; c'est alors la forme abortive de la méningite ; ou bien après l'évolution complète de tous les stades. Le type de raiièclion, tel que nous l'avons dépeint par ses traits caractéristiques, est sujet à des modalités patliologi(|ues trèsnombreuses. Ces différences résultent de la rapidité avec laquelle se forme l'cxsudat. de son abondance, du siège qu'il occupe, enfin, de l'apparition plus ou moins prompte et de l'action délétère du pus. La durée moyenne de la maladie est de 2 à 5 semaines. Le chiffre de la mortalité varie, suivant les épidémies, de 50 à 80 pour 100.

Connue affections secondaires, les observateurs mentionnent : le catarrhe intestinal, la pleurésie, la pneumonie, la bronchite, la péricardite, la parotidite, l'irido-choroïdite suppurée avec décollement de la rétine. 11 faut citer encore parmi les complications : la fièvre paludéenne, la fièvre typhoïde, quelquefois aussi la rougeole, la scarlatine, et (dans deux cas de Botkin) la fièvre récurrente ; celle-ci ne fut diagnostiquée qu'à l'autopsie.

Diagnostic et Pronostic.

S'il est vrai que le diagnostic est facile lorsque la maladie est épidémique, par contre on a dû assez souvent, dans les cas sporadiques, la confondre avec d'autres affections miasmatiques ou contagieuses à symptômes analogues ; de même que celles-ci ont pu prendre les allures de la méningite cérébro-spinale épidémique. L'opinion de Boudin, que la forme épidémique existe seule, est positivement contredite par liasse et par d'autres observateurs, qui ont constaté des cas sporadiques.

La fièvre intermittente pernicieuse, avec ses manifestations foudroyantes ; les maladies typhoïdes, où existent souvent des douleurs de la nuque ; la fièvre scarlatine, lorsqu'elle débute par de violents symptômes d'irritation des centres nerveux ; les affections cérébrales, (jui, cliez les enfants, se compliquent souvent d'hy[)éresthésie et de douleurs à la nuque; enfin, la forme aiguë de la méningite spinale, ont beaucoup de symptômes patliognomoniques communs avec la maladie qui nous occupe, et faits pour induire en erreur. On peut

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