AFFECTIONS TROPHIQUES DE LA PKAU
Danielssen et Boeck (Recueil d'observations sur les maladies de la peau, 1856) ont appelé les premiers l'attention sur les éruptions cutanées survenant sur le trajet des nerfs atteints de névralgie. Chez un malade qui avait depuis 2 mois une névralgie intercostale gauche compliquée de zona, et qui mourut de pneumonie, on trouva à l'autopsie une rougeur vive et un gonflement sur un grand nombre des filets cutanés du 6*" nerf intercostal gauche, avec infiltration du névrilemme. Plus lard, Barensprung, se basant sur un grand nombre d'observations [AnnaL d, Chainté zu Berlin, 1861-65), a cherché à établir que, dans le zona, V irritation des fibres trophiques est à leur point d'origine dans le ganglioji intervertébral, et dans le ganglion de Casser pour le zona de la face. L'autopsie montrait une injection et un gonflement de plusieurs nerfs intercostaux et des ganglions intervertébraux correspondants ; au microscope, on découvrait dans les enveloppes et dans l'intimité de ces organes une substance granuleuse, d'une couleur brunâtre (globules sanguins désagrégés), une prolifération nucléaire dans le tissu conjonctif, et sur quelques points des tubes nerveux varsiqueux, à gros grains.
Dans la meningo-névrite-spinale de la région cervicale inférieure, Brown-Séquard a observé (Quart. Jour, of med., may, 1865) des éruptions cutanées sur les bras; Gharcot et Cotard (Gaz. niéd., 1866) ont trouvé dans un cancer des vertèbres cervicales, avec zona sur le trajet des plexus nerveux comprimés^ une rougeur intense et un gonflement des ganglions et des troncs nerveux en dedans des trous de conjugaison, à droite; Bahrdt (Zur Aetiol. des Ilerpes zoster , Diss., Leipzig, 1866) et E. Wagner (Arxh. d. Heilk., 1870) ont vu, dans la carie vertébrale, la pachyméningite caséo-tiiberculeuse se propager aux nerfs rachidiens et aux ganglions (avec dégénérescence des cellules nerveuses). Dans un cas de Weidner (B. klin. Wschr., 1870), ki racine postérieure du nerf thoracique présentait des néoplasies conjonctives, avec des grumeaux de matière calcaire (produits inflammatoires organisés); dans un second cas du même auteur, il y avait un zona douloureux sur le trajet de la première branche du triju-
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meau, avec récidives de névralgie et ophlhalmie de l'œil droit, et cinq ans après on trouva à Fautopsic : hyperémie et rétraction cicatricielle à V origine de la cinquième paire droite^ dans la moelle allongée^ atrophie de la grosse racine, avec épanchement d'un liquide rougeâtre entre ses faisceaux ; les cellules nerveuses du ganglion de Casser enveloppées d'un tissu conjonctif très-riche en noyaux, avec une substance finement granulée et riche en pigment dans l'intérieur des cellules (traces d'une inflammation ancienne). Dans les couches profondes du derme, Haight a trouvé le tissu conjonctif [JVien. akad. Sitz. Ber., 57 Ed., 1868) ramolli, infiltré de cellules, très-abondant surtout autour des nerfs du tissu conjonctif sous-cutané, les fibres nerveuses tuméfiées. Mentionnons enfin les faits importants rapportés par 0. AYyss (Arch. d. Ileilk., XII Bd. 1871); dans un cas d'herpès sur le territoire de la première branche du trijumeau, avec inflammation de la conjonctive et de la cornée, cet auteur a trouvé une mflammation purulente d' une partie du ganglion de Casser et du nerf, jusque dans les petits filets nerveux de la face, avec de nombreux globules purulents entre les cellules nerveuses, et des extravasations dans l'intérieur et autour du ganglion.
L'interprétation de ces faits, pour expliquer les troubles trophiques, présente encore de grandes difficultés. Eulenburg et Landois {/. c.) admettent une paralysie vaso-motrice, avec élévation de la pression dans les capillaires, et développement de vésicules à contenu séreux; l'hypothèse est loin d'être satisfaisante, car des paralysies très-prononcées des nerfs vasculaires, par section du grand sympathique, ne s'accompagnent pas des mômes transsudations sur le tégument externe. Les médecins militaires américains (Milcliell et autres), ainsi que Charcot, voyant que les troubles trophiques de la peau se montrent surtout après les lésions nerveuses incomplètes, les rattachent à une irritation inflammatoire du nerf. Le dernier de ces auteurs s'appuie sur un cas de Paget, de fracture de l'extrémité inférieure du radius, avec compression du médian pendant la formation du cal, et lésions inflammatoires sur les doigts correspondants; les ulcérations ne guérirent qu'après la suppression de la compression du nerf. Pour Friedreich (/. c), il s'agirait là d'une névrite, se propageant depuis le point irrité, par V intermédiaire des rameaux nerveux, jusque dans les filets cutanés.
S'il est vrai que les faits anatomiques, aussi bien que les signes cliniques (fièvre, hyperesthésie, puis anesthésie cutanée), parlent en faveur de l'origine inflammatoire des troubles tropliiques en question, il est beaucoup d'autres considérations qui empêchent de les