‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 35 sur 184 · I. TUMEURS DE LA CONVEXITE DU CERVEAU · texte numérisé non relu

I. TUMEURS DE LA CONVEXITE DU CERVEAU

L'intensité des symptômes dépend ici de la profondeur à laquelle pénètrent les tumeurs, et du degré d'irritation auquel sont exposées directement ou indirectement certaines parties profondes du cerveau. Chez les animaux on peut enlever une grande partie des hémisphères du cerveau et du cervelet, sans que l'on voie se manifester le moindre signe d'irritation ; les grenouilles, les oiseaux, les lapins mêmes supportent l'ablation des lobes cérébraux sans présenter de symptômes de paralysie, le chien par contre tombe frappé de paralysie. Chez des hommes qui ont subi l'opération du trépan, ou peut enlever avec la curette des portions d'hémisphère sans qu'ils en aient conscience ; des abcès et des tumeurs, surtout de consistance molle, j)euvent exister dans le cerveau, sans provoquer des désordres notables. Dans un cas que j'ai observé à Thôpital général de Vienne, chez un sujet tuberculeux, ou Uouva une production tuberculeuse i)lus grosse qu'une noisette à la convexité du cerveau du coté droit, sans qu'on ait constaté pendant la vie aucun symptôme particulier.

D'après les nouvelles recherches déjà mentionnées de Charcot et

Pitres (/. c), des tumeurs et des lésions limitées aux parties antérieures de la convexité de l'écorce cérébrale, aussi bien que celles des lobes sphénoïdal, occipital, etc., ne déterminent pas de paralysie persistante.

De même qu'à la moelle éj>inière, les destructions parallèles aux principales directions des fibres dans les hémisphères cérébraux sont généralement moins graves (d'après Valentin) que les lésions perpendiculaires au trajet des libres. Si néanmoins l'activité première, autant que la chose demeure possible, se rétablit au bout de quelque temps, cela ne peut avoir lieu que par des voies collatérales, car à la suite des sections chez les animaux on n'observe pas de régénération. Quand après l'excision de parties considérables des deux hémisphères cérébraux, les animaux réagissent contre les excitations de la peau par des cris ou par des mouvements pour s'y soustraire, ou quand les oiseaux atteignent encore assez exactement avec leur bec les points où ils sentent la présence d'un parasite, ces mouvements ne se font plus sous l'influence du cerveau, mais sont bien plutôt commandés par les amas ganglionnaires et leurs fibres unissantes dans la moelle allongée et la moelle spinale. Ces mouvements de réaction disparaissent seulement quand on a enlevé la moelle allongée. D'après Flourens [Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés, Paris, 1824, p. iOO), l'excision successive des hémisphères cérébraux par couches de plus en plus profondes, entraîne l'abolition des différentes sensations de l'animal ; plus tard encore la destruction du cerveau est suivie de surdité. Les sensations reparaissent au bout de quelque temps, et se manifestent soudainement pour les influences les plus diverses.

Parmi les symptômes morbides des tumeurs de la convexité, la céphalalgie est un des plus fréquents. Elle siège tantôt à la région frontale, tantôt à la région occipitale, ou bien sur un côté de la tête, et dans ce cas la tumeur est souvent du même côté. Les troubles de la sensibilité sont très-rares. Dans un cas de Finger (Pra^. Vierteljschr., 57 Bd, 1860), le mal de tête était accompagné de sensations douloureuses et de fourmillements dans le bras droit ; ces symptômes, ayant disparu ensuite, furent remplacés par de l'anesthésie du membre. A l'autopsie, on découvrit l'existence d'une tumeur tuberculeuse de la grosseur d'une noix, insérée sur la convexité de l'hémisphère gauche du cerveau ; les altérations pathologiques s'étaient étendues aux parties profondes du cerveau, dont nous avons vu les lésions s'accompagner d'anesthésie des membres. Les troubles de la motilité sont beaucoup plus fréquents et plus caractéristiques, et constituent ordinairement des signes d'excitation. Lebert les a trouvés onze fois sur treize cas, Ladame, dans son relevé, douze fois sur dix-sept cas. Ce sont des attaques épileptiformes, des secousses d'une moitié du corps ou seulement d'un membre. Les paralysies de forme hémiplégique sont assez rares, et doivent tenir à un ramollissement ayant gagné en profondeur les voies motrices.

Chez un maLide de vingt-six ans, atteint de gibbosité, observé à l'hôpital général de Vienne, il y avait de temps en temps depuis un an des crampes dans les membres du côté droit. La connaissance n'était pas altérée, mais sous l'influence de crampes plus fortes et plus généralisées, le malade perdait la parole. Plus tard, les attaques se reproduisant à quelques jours d'intervalle, furent sensiblement modérées et retardées par l'atropine. Au bout de plusieurs mois, il se développa une tumeur blanche du genou droit, puis des troubles des facultés intellectuelles, de l'affaiblissement de la mémoire, de la confusion dans les idées, et un dépérissement rapide de la nutrition. A l'autopsie, on trouva, à la convexité de Vhémisphère cérébral gauche^ plusieurs tumeurs tuberculeuses de la grosseur d'une noix, et de plus des tubercules du rein droit et de la prostate, celle-ci communiquant avec la vessie également atteinte de tubercules; à la jambe droite, une arthrite chronique du genou avec luxation.

Les troubles des organes des sens sont en très-petit nombre dans les tumeurs de la convexité. Lebert et Ladame ont noté dans quelques cas l'amblyopie, l'amaurose ; dans un cas de Fischer, l'otite interne unie depuis trois ans à la dureté de l'ouïe avait amené Traube à diagnostiquer un abcès du cerveau. L'intelligence présente quelquefois aussi des symptômes d'excitation (manie des grandeurs, délire furieux, etc.). Les vomissements sont un symptôme moins constant que la constipation. Les mouvements de fièvre qu'on a observés quelquefois, ainsi que le strabisme, doivent tenir à de la méningite intercurrente.

On peut donner, comme signes caractéristiques des tumeurs de la convexité, la céphalalgie, la fréquence des convulsions et des attaques épileptiformes, la grande rareté des paralysies et des troubles des sens, les symptômes d'excitation du côté de l'intelligence.

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