‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 39 sur 184 · Y. TUMEURS DES GANGLIONS MOTEURS DU CERVEAU · texte numérisé non relu

Y. TUMEURS DES GANGLIONS MOTEURS DU CERVEAU

(Corps strié et noyau lenticulaire.)

Les faisceaux du pied du pédoncule cérébral qui ont leur origine central dans le corps strié et le noyau lenticulaire se relient, comme nous l'avons montré p. 62, aux fibres centrifuges de la pyramide, cl comme ils reçoivent les faisceaux de la couronne rayonnante provenant de l'écorce cérébrale, ils servent à la transmission des impulsions volontaires aux racines antérieures. D'accord avec l'histologie, les expériences de Nothnagel ont démontré que le noyau lenticulaire chez les animaux renferme surtout des appareils moteurs, et Ferrier, dans ses dernières expériences, a vu naître, par l'irritation électrique de l'un des corps stiiés, un pleurosthotonos très-prononcé du côté opposé. Les ganglions en question contiennent en outre des fibres dos nerfs crâniens moteurs ; la substance médullaire environnante donne aussi passage, comme nous l'avons démontré, à l'appareil central de transmission de la sensibilité vers les régions externes et postérieures de la couche optique, ainsi qu'aux parties qui unissent celleci aux régions postérieure et temporale du cerveau.

La perte de la motilité qui accompagne les tumeurs des ganglions cérébraux est souvent précédée de symptômes d'irritation, comme des crampes musculaires, des tremblements et des troubles de coordination, qui méritent par suite toute notre attention. C'est ainsi que Duchek [Mediz. Jahrbûcher, I, Heft, 1865), dans un cas de tubercule de la grosseur d'une noisette occupant le corps strié gauche, a vu au début des mouvements choréiques, incoordonnés, des muscles de la face et des extrémités du côté droit ; de môme Lind, dans un cas de tumeur de la grosseur d'un œuf de poule ayant pris la place du corps strié gauche, a observé pendant la vie des tremblements dos mains. Les symptômes d'excitation dans la sphère de la motilité servent ordinairement de précurseurs aux symptômes de dépression ; ralternance entre les uns et les autres durera aussi longtemps que la conductibilité ne sera pas complètement abolie, et si cet état se prolonge, on songera plutôt à une tumeur se développant lentement, ot repoussant le parenchyme environnant, qu'à un ramollissement*.

J'ai observé un musicien âgé de vingt-six ans, qui éprouva dans l'été de 1805 des douleurs périodiques, violentes et s'étendant depuis le vertex jusqu'à la 4" vertèbre cervicale (celle-ci était trés-sensible à la pression). Plus tard, son état se compliqua de maux de tête, d'un affaiblissement manifeste de la mémoire, de vomissements fréquents et de pertes de connaissance passagères; il survint ensuite (les crampes, des trem])lements et de la parésie dans la moitié gauche du corps,

TUMEURS CÉRÉBRALES. l«.j

et un hoquet fréquent. Du côté des poumons on constatait une expiration rude. On porta le diagnostic de tumeur cérébrale tuberculeuse qui i)araissait vraisemblable et qui fut conlirmé par l'autopsie. Sur V emplacemenl de la queue du corps strié, ainsi que de la couche optique, du côté droit, on trouva une tumeur plus grosse, quune noix, bosselée, d'un jaune caséenx, dégénérée dans sa partie centrale et s' étendant jusque dans leô° ventricule. Autour du chiasma, de petites nodosités, orosses comme des graines de pavot, déposées dans un exsudât salin; dans les poumons adhérents, des granulations grosses comme des grains de millet.

Un cas de tumeur analogue, un sarcome refoulant en partie le noyau lenticulaire, a été cilé à propos des tumeurs des lobes antérieurs.

Les troubles de la motilité consistent le plus souvent dans une hémiplégie de la face et des extrémités du côté opposé; on observe plus rarement des attaques épileptiformes, et plus rarement encore des convulsions. Dans l'observation de Lind, la tumeur qui occupait le corps strié gauche, avait aussi produit des désordres dans l'autre hémisphère, et il y eut une paralysie simultanée des deux membres inférieurs. Quand on aura dorénavant l'occasion d'observer des tumeurs de cette catégorie, on devrait songer à examiner soigneusement la moelle épinière, et à rechercher s'il n'y a pas des dégénérations secondaires dans les cordons antéro-latéraux.

Dans une observation récemment publiée par Schùppel, il y avait dans le corps strié un myxosarcome hémorrhagique, de la grosseur d'une pomme (sarcome avec tissu muqueux intermédiaire), sans qu'il eût existé aucun signe de paralysie des extrémités. Il faut en conclure que si les fibres de transmission de la motilité ne sont pas détruites, mais seulement refoulées sur le côté, la motilité ne présente pas de troubles manifestes. Dans les tumeurs en question, les organes des sens demeurent indemnes. Les troubles de la vue qu'on a mentionnés dans quelques observations tenaient à une destruction du chiasma ou des tubercules quadrijumeaux.

Les troubles de l'intelligence sont fréquents ; ce sont le plus souvent des symptômes de dépression. La parole elle-même, sur les seize cas relevés par Ladame, était atteinte sept fois; trois fois c'était de la lenteur de la parole, deux fois une difficulté dans l'articulation des mots, deux fois une perte de la parole. D'après la distinction des troubles de la parole établie dans les chapitres précédents, je pense que dans les tumeurs de cette catégorie il s*agit le plus souvent de troubles moteurs de la langue, ou d'une lenteur de la parole consécutive à l'affaiblissement des idées. Comme nous l'avons dit plus haut, les faisceaux du corps strié et du noyau lenticulaire sont contenus dans la portion centrale de la pyramide, et dans le pied du pé-

doncule céi'él)ral ; ils émettent des faisceaux qui pénètrent dans le noyau du facial, ainsi que dans la masse d'origine de l'hypoglosse, et qui traversent en s'entrc-croisant le plan médian du tronc du cerveau (Ilirnsiamm), comme Meynert l'a démontré directement. Des troubles de la parole de nature aphasique doivent résulter de la lésion des fibres, qui de l'écorce de l'insula pénètrent dans le noyau lenticulaire. On s'explique également par ce qui précède, comment des lésions centrales peuvent diminuer ou anéantir l'influence des idées, et agir de même sur les racines de certains nerfs crâniens moteurs. Ainsi, on peut donner comme signes des tumeurs des ganglions moteurs du cerveau : l'hémiplégie, précédée le plus souvent de symptômes d'excitation du côté de la motilité, les convulsions, les troubles de la parole, surtout de l'articulation des mots, les parésies faciales, les troubles de l'intelligence, et l'intégrité des organes des sens, dont les fonctions ne sont que très-rarement altérées.

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