SYPHILIS DU CERVEAU
méningites circonscrites, et des tumeurs de la base, peuvent produire des paralysies multiples des nerfs crâniens. Mais qu'à ces paralysies s'ajoutent des convulsions épileptiformes, qui manquent ordinairement dans les autres affections ; ou que des attaques apoplectiques surviennent après une amélioration rapide de ces paralysies nuilliples, ces symptômes pourront être rapportés à la syphilis cérébrale, surtout s'il s'agit d'individus jeunes ou d'un âge moyen (exempts d'ailleurs d'affections organiques du cœur).
Dans les inflammations méningées consécutives à la syphilis cérébrale (avec symptômes .céphaliqucs, contracture de la nuque vomissements, etc.), on trouve, malgré la gravité de ces symptômes, le pouls peu fréquent, et la température à peine augmentée. Le traitement antisyphilitique fait disparaître promptement les accidents cérébraux ; s'il est abandonné trop vite, ils reparaissent bientôt (Poucet). Cet état, qui diffère complètement de la véritable méningite, et la guérison singulièrement rapide des malades après des symptômes aussi graves, ne s'observent que dans les affections cérébrales de nature syphilitique. Le diagnostic des maladies mentales syphilitiques n'est possible qu'en raison de la préexistence d'autres signes de la diathèse, des maux de tète que nous avons décrits plus haut, et en raison des effets du traitement spécifique.
Les symptômes cérébraux de la syphilis congénitale se montrent ordinairement sous forme de convulsions épileptiformes, que l'on observe pendant les dix premières années de la vie. On trouve dans ces cas des ulcérations du voile du palais et de la luette, du gonflement des os du nez, des périostites, de l'ozène, de l'enrouement; une disposition particulière des incisives médianes supérieures (aspect cunéiforme avec bords crénelés), regardée par Ilutchinson comme caractéristique; un gonflement de la rate ; par les commémoratifs, on reconnaît la diathèse chez les parents ; la mère a avorté plusieurs fois, ou a déjà perdu plusieurs enfants ; toutes ces considérations seront utiles pour le diagnostic.
Quant au pronostic, l'invasion de la syphilis dans le cerveau doit être considérée en général comme un état grave, et plein de dangers pour les centres nerveux. Les symptômes cérébraux aigus ou d'irritation, sont d'ordinaire moins graves et moins persistants ; par un diagnostic exact et un traitement approprié, on en triomphe plus facilement, que des symptômes de dépression à marche chronique, surtout des paralysies qui sont d'autant plus graves, que leur développement est plus continu et plus régulier. Il s'agit évidemment dans tous ces cas, de guérir par un traitement convenable les altérations spécifi-
ques des vaisseaux et des méninges, avant qu'il y ait des troublés de nutrition et des troubles fonctionnels plus profonds dans le cerveau.
Le pronostic est d'autant plus grave que les centres nerveux sont plus fortement atteints. Sur 21 cas dans lesquels la syphilis avait gagné le cerveau et la moelle, après les os et les tissus fibreux, il y a, d'après les relevés de Gros et Lancereaux (Des affections nerveuses syphilitiques, Paris, 1861), 17 morts et 4 guérisons seulement. D'autre part, ces relevés montrent aussi que sur 51 cas dans lesquels le cerveau était le siège principal des altérations syphilitiques, il n'y a eu que 12 morts; mais on fait remarquer avec raison que l'on n'est pas autorisé à considérer les 59 autres cas comme des guérisons définitives, car une partie, et peut-éire la plupart d'entre eux, ont pu n'éprouver qu'une amélioration momentanée, avec des rechutes certaines par la suite.
Les troubles psychiques dus à la syphilis offrent de grandes chances de guérison ; et certainement, bon nombre de guérisons attribuées à la folie parahjtique appartiennent aux: affections cérébrales syphilitiques. Mais il arrive quelquefois que la syphilis guérit, tandis que la maladie mentale persiste, quoique sous une autre forme. Il peut arriver aussi, comme dans un cas de folie paralytique guérie, publié par Flemming (Pathologie und Thérapie der Psijchosen^ 1859), que le malade succombe quatre ou cinq ans plus tard à la syphilis secondaire, sans récidive des troubles psychiques.
D'après Jaksch (loc. cit.), sur 45 malades atteints de troubles phsychiques, 25 ont guéri, 5 seulement ont été améliorés, 2 n'ont présenté aucune modification et 14 sont morts. Dans les cas favorables, l'affection mentale a duré ordinairement plusieurs semaines ou plusieurs mois ; une fois seulement elle a duré plus de deux ans. Parmi les cas qui se sont terminés par la mort, on note les formes suivantes : folie paralytique, manie, folie mélancolique, folie sans paralysie ni perte de connaissance, avec inanition volontaire.
Le pronostic des affections mentales d'origine syphilitique n'est, en somme, pas défavorable, mais s'aggrave d'autant plus que la maladie dure depuis plus longtemps, qu'elle a récidivé plusieurs fois, qu'il s'y ajoute d'autres symptômes cérébraux, surtout des paralysies, et que la forme de raffection se rapproche davantage de la folie, ou se complique de paralysies. Les récidives ne sont pas rares.
Ajoutons enfin, au point de vue du pronostic de la syphilis cérébrale, qu'après les paroxysmes apoplectiformes ou épilepliques, quand par leur intensité croissante ils ne mènent pas à la mort, on voit les troubles de la motilité et de la sensibilité marcher vers la