‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 62 sur 184 · MÉNINGITE SPINALE · texte numérisé non relu

MÉNINGITE SPINALE

Lcyden a publié tout récemment (Klinik der Rilckcnmarks Krankh. 1874) un cas de pacliyméningite hémorrhagique traumatique, avec sopor, symptômes de méningite cérébro-spinale (hypéresthésie, raideur musculaire, raideur de la nuque), et après une amélioration apparente, mort au bout d'un mois par gangrène pulmonaire. A l'auto])sie, on trouva une fissure du crâne; la lace interne de la duremère spinale recouverte d'une fausse membrane peu adhérente, d'un rouge brun, avec de nombreuses extravasations; la moelle, surtout à la partie postérieure, ramollie, et parsemée d'un piqueté sanguin abondant. Dans les poumons, des loyers gangreneux entourés de pneumonie.

La pathogénie de la pachyméningite spinale hémorrhagique n'est guère mieux connue que ses caractères cliniques. Dans les formes cérébrales, où l'alcoolisme joue encore un rôle étiologique inipor- (ant, on considère, d'après les travaux de Virchow (1. c), l'inflammation comme primitive, l'hémorrhagie comme consécutive aux ruptures des réseaux vasculaires délicats des fausses membranes. Dans la forme spinale de la pachyméningite hémorrhagique, la réaction inflammatoire donnerait naissance, de la même façon, à des membranes conjonctives fortement vasculaires, à des ruptures fréquentes dans leurs réseaux capillaires. Bien des recherches et des observations sont nécessaires pour éclairer les caractères encore si obscurs de cette affection.

B. MALADIES DE l'aRACHNOÏDE ET DE LA PIE-MÈRE SPINALES. — MENINGITE SPINALE.

Anatomie pathologique.

Les exsudations inflammatoires des enveloppes de la moelle procèdent, dans leur forme la plus fréquente, de la pie-mère, de l'arachnoïde, ou môme des couches internes de la dure-mère spinale L'exsudat, tantôt fibrineux, tantôt purulent, épais, jaunâtre, occupe le tissu lâche de la pie-mère et de l'arachnoïde, et se dépose souvent à la face interne de la dure-mère.. Les enveloppes profondes de la moelle, d'après l'ancienneté de l'exsudat, sont vivement injectées rouges, et môme infiltrées de petites hémorrhagies; dans les cas chroniques elles sont louches, d'une consistance calleuse, adhérentes, et couvertes de fausses membranes. On trouve dans l'arachnoïde des lamelles osseuses et des amas de pigment qui n'ont aucune signification pathologique, en raison de leur fréquence chez les vieillards.

L'exsudat est rarement limité et circonscrit, en général il occupe une étendue considérable, et peut occuper une grande partie, sinon toute la longueur de la moelle ; les mêmes lésions peuvent gagner les méninges crâniennes, ou inversement descendre du cerveau à la moelle. La moelle allongée est ordinairement peu atteinte. La moelle paraît souvent pâle, anémiée, mais sans altérations de texture; dans d'autres cas, elle est fortement hypérémiée, œdémateuse, ramollie, ou atrophiée et sclérosée. Les mêmes altérations peuvent atteindre aussi les racines postérieures.

Étiologie.

L'inflammation des méninges spinales peut être primitive et succéder à l'action d'un froid intense, à des Iraumatismes graves de la colonne vertébrale, même sans fracture des vertèbres. La méningite spinale secondaire survient dans les caries, les fractures ou les luxations des vertèbres, plus rarement à la suite du décubitus quand les ulcérations vont jusqu'au canal du sacrum, des épanchcments de pus dans le canal rachidicn (obs. d'ouverture d'une caverne pulmonaire dans le canal rachidien, Cruveilhier, Gaz-, hebdom., 1856), ou d'altérations des méninges partant d'un spina-bifida. La méningite cérébro-spinale, dont nous avons décrit dans le premier chapitre les formes sporadiques et les manifestations épidémiques, doit également trouver sa place ici.

La méningite spinale, et ses combinaisons avec des formes cérébrales, s'observent le plus souvent dans l'adolescence et l'âge adulte ; le sexe masculin y est le plus exposé. Quand la méningite est épidémique, elle éclate souvent, surtout chez les enfants, comme complication des maladies fébriles et des exanthèmes aigus. Après l'opération du spina-bifida, une méningite spinale à invasion brusque et à marche rapide peut mettre en danger les jours du malade.

Symptomatologie.

En raison de la participation .fréquente des méninges crâniennes aux inflammations des enveloppes de la moelle, l'appareil symptomatique de la méningite spinale est souvent Irès-complexe, et il est rare que les symptômes spinaux dominent la scène. Ils ont leur plus grande netteté dans les formes aiguës rhumatismales, exemptes de complications cérébrales.

Le développement de la méningite spinale s'accompagne ordinairement de symptômes fébriles, accélération du pouls, élévation de la

MENINGITE SPINALE. 295

température du corps, délire; la perte de connaissance, le coma appartiennent aux complications cérébrales. Un des premiers signes et des plus fréquents est une rachialgie intense, qui occupe tantôt quelques points seulement, tantôt toute la hauteur de l'épine dorsale, afïecle un caractère rémittent ou intermittent, et s'exaspère à la moindre tentative de mouvement. Dans les cas récents il y a, en même temps, une hypéresthésie cutanée et musculaire plus ou moins étendue au tronc, aux membres inférieurs.

11 s'y joint des crampes cloniques des muscles de la nuque et du dos, avec renversement de la tête en arrière, raideur du tronc, opisthotonos, ou orthotonos. La crampe de la nuque dénote une irritation de la moelle cervicale et des nerfs accessoires, qui tirent leurs fibres des cordons latéraux de celte région jusqu'à la sixième vertèbre cervicale, et de la partie inférieure de la moelle allongée. La raideur musculaire douloureuse, étendue à une grande partie du tronc, présente des rémissions lorsqu'elle est modérée, et permet encore quelques mouvements ; quand cette raideur est persistante, le malade est condamné à une immobilité presque absolue. Les muscles de la vessie et du rectum participent aussi à ces phénomènes spasmodiques, d'où la rétention d'urine et la constipation initiales. On note des irradiations douloureuses, ordinairement périodiques, qui affectent surtout les membres inférieurs et paraissent de nature névralgique.

Dans la méningite spinale de la région cervicale, il y a de la dyspnée, les muscles inspirateurs présentent une rigidité douloureuse ; dans les cas terminés par la mort, il n'est pas rare de trouver de la congestion et môme de l'apoplexie pulmonaires ; l'énergie du cœur est augmentée comme dans la fièvre ; l'élévation générale de la température, les transpirations abondantes appartiennent aux formes sur-aiguës. Il en est de môme des troubles gastriques; les vomissements, le ballonnement du ventre indiquent que le cerveau est pris.

Quand la période aiguë est passée, on voit apparaître des atrophies et des contractures plus ou moins prononcées, ainsi que des paralysies de différents groupes musculaires, notamment des extenseurs. Les cordons de la moelle ou les racines nerveuses comprimés par les exsudais ne sont pas toujours altérés au même degré. Comme je l'ai montré antérieurement [dans mon Traité d' électrothérapie . V^ édit. 1865, p. 142-45), les formes graves de la méningite spinale présentent des paralysies semblables à celles de l'atrophie musculaire progressive (atrophie et paralysie des éminences thénar et hypothénar,

des interosseux, des muscles de l'épaule, des extenseurs du bras et de la jambe).

V excitabilité motrice et sensitive des nerfs (aux deux courants) diminue en raison de leur éloignement du centre. Dans les gros troncs nerveux (mixtes), les éléments moteurs sont atteints plus tôt et plus gravement que les éléments sensitifs; le courant électrique, alors qu'il ne provoque plus aucune contraction, agit encore sur la sensijjilité à la périphérie. Tous les muscles ne sont pas également compromis, quelques-uns se contractent encore sous l'influence de la volonté ou du courant électrique, tandis que d'autres (le plus souvent les extenseurs) n'obéissent plus à ces influences, ce qui doit tenir à l'inégalité d'action et de lésions des terminaisons centrales des trajets nerveux. Enfin, la motilité peut s'améliorer progressivement et se rétablir, tandis que l'excitabilité électrique reste abolie; c'est-à-dire que les voies nerveuses peuvent redevenir perméables à l'excitation centrifuge de la volonté, lorsqu'elles sont encore réfractaires à l'action inverse du courant électrique ; l'obstacle vient probablement d'une abolition de l'excitabilité des fibres nerveuses intra-musculaires.

L'étendue et la gravité de tous ces symptômes varient suivant le degré des lésions ; la marche de la guérison est subordonnée à la même cause. La guérison demande en général plusieurs mois. Les cas défavorables, ou aggravés par des complications, se terminent par la mort au bout de quelques jours ou de deux à trois semaines. Le caractère de gravité de la méningite, son influence sur la moelle et les centres qu'elle renferme et sur l'encéphale, jouent un rôle décisif dans la terminaison de la maladie.

Ijdiméningite spinale chronique résulte delaprolongation del'inflammation et de ses conséquences, et se caractérise anatomiquement par un épaississement et une pigmentation des méninges, de l'arachnoïde, de la pie-mère, de la face interne de la dure-mère, qui adhèrent entre elles et à la moelle. Cette transformation conjonctive peut entraîner une atrophie des racines nerveuses, et quand les racines postérieures sont prises, une dégénération des cordons postérieurs. Dans d'autres cas, il se développe avec le temps une myélite parenchymateuse chronique, par compression.

Les signes cliniques de la méningite spinale chronique sont moins nettement déterminés. La marche latente, insidieuse, apyrétique de l'affection, des difficultés et des douleurs dans les mouvements de la colonne vertébrale, les paralysies des membres à développement lent, des douleurs irradiées avec des hypéresthésies de la peau et des muscles, font plutôt penser à un processus médullaire chronique.

Page 1