‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 85 sur 184 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

NÉVROSES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE (irritation spinale, neurasthénie)

Au siècle dernier (1791) P. Frank introduisit dans la médecine pratique une maladie singulière que Brown décrivit plus tard sous le nom d'irritation spinale (On irritation of the spinal nerves, Glasg. Med. journ., may 1828) ; vers i840, elle fut l'objet de considérations étendues de la part de Slilling, Eisenmam et Hirsch, dont les déductions forcées el les exagérations trouvèrent en Griesinger, Henle et Romberg leurs adversaires les plus résolus. En France, cette forme morbide a été étudiée sous les noms d'état nerveux, diathèse ou cachexie nerveuse par Pougens, de névralgie générale par Valleix, et plus récemment de nervosisme par Bouchut ; parmi les auteurs anglais et américains qui s'en sont occupés, il faut citer surtout Redcliffe, Handfield Jones, Hammond et Hutchin.

Quand on observe un grand nombre de maladies nerveuses, il n'est pas rare de rencontrer certains états que l'on ne peut considérer comme de véritables affections spinales, et qui ne rentrent pas non plus dans le cadre large et élastique de l'hystérie. Ces maladies peuvent même durer plusieurs années, sous les aspects les plus divers, sans donner lieu à des accidents graves, à des altérations profondes, ni à des complications, comme on l'observe à la suite des altérations de texture de la moelle épinière. Cependant, on ne peut méconnaître que des symptômes médullaires d'irritation ou de dépression constituent les traits les plus saillants de ces états morbides encore mystérieux. Aussi, sans partager les vues théoriques émises autrefois sur la maladie en question, nous pensons cependant qu'au point de vue pratique il convient de conserver le terme symptomatique d'irritation spinale, pour désigner ces états morbides dont la délimitation et la classification exactes sont encore à chercher. On peut même se demander si des symptômes aussi mobiles, aussi capricieux, pourront jamais trouver leur raison anatomique dans les autopsies.

Avant d'entrer dans la description des formes et variétés de l'irritation spinale, il est bon de faire remarquer que ses symptômes complexes ne semblent pas toujours sous la dépendance unique de la

moelle épinière ; la complication fréquente d'accidents psycliopatliiques indique que souvent la sphère cérébrale est aussi en cause. L'analyse clinique des formes qui rentrent dans l'irritation spinale démontre, en outre, que pour chaque cas, ce sont tantôt les symptômes d'irritation, tantôt les symptômes de dépression qui prédominent. Mais on rencontre aussi des formes mixtes où ces deux ordres de symptômes sont confondus. Je crois cependant qu'au point de vue pratique on doit distinguer pour l'étude et le traitement de l'irritation spinale une forme hyper esthësique et une forme dépressive (neurasthénie de plusieurs auteurs).

a. Forme hyperesthésique de l'irritation spinale.

Dans cette forme dominent les symptômes d'irritation; on les observe surtout chez des femmes, et en général ils se développent progressivement. Les premières manifestations de la maladie sont des malaises d'esprit à retours fréquents, et un sentiment de malaise dans le dos et dans les membres. Le plus souvent, les malades se plaignent d'une rachialgie incommode, qui n'apparaît d'abord que par intermittences, après des efforts et des fatigues, mais qui devient ensuite plus persistante et plus intense. Elle siège ordinairement entre les omoplates, ou à la nuque, plus rarement à la partie inférieure de l'épine dorsale; presque toujours elle occupe plusieurs vertèbres, et est sujette à des variations portant moins sur le siège que sur l'intensité.

La région douloureuse présente une vive sensibilité, même à de légères excitations mécaniques, électriques ou thermiques (le contact d'une éponge imbibé d'eau chaude) (tenderness of the spine). Les apophyses épineuses et une partie des apophyses transverses ne peuvent supporter la plus légère pression, et quand l'iiyperesthésie existe aussi pour la peau qui les recouvre, l'application des vêtements ou l'adossement contre un meuble provoque une douleur insupportable. La douleur dorsale augmente aussi, au dire des malades, dans les efforts, les mouvements étendus, dans la flexion du tronc, la station verticale, l'ascension des escaliers, etc. La colonne vertébrale est alors hypereslhésiée et douloureuse dans une grande partie de sa hauteur, et constitue en quelque sorte un centre d'où rayonnent des douleurs vers les parlies du corps les plus diverses.

D'après la hauteur où siègent ces phénomènes d'irritation, on voit certains accidents prendre plus d'importance. Quand l'affection occupe principalement la région cervicale, la douleur spinale et la sen-

sibilité sont surtout marquées à la nuque. On peut observer alors d'autres symptômes concomitants : céphalalgie, vertiges, insomnie, nausées, vomissements, névralgies cervico-occipitales ou cervicobrachiales, douleurs irradiées dans les nerfs de la face. On note aussi quelquefois de la dyspnée, des battements de cœur, du hoquet. Les membres supérieurs sont lourds et sensil)les.

Si c'est la région dorsale qui est prise, on trouve souvent, à côté des douleurs vertébrales de cette région, des brachialgies, des névralgies intercostales, de la gastralgie et de la dyspepsie. Si enfin l'affection occupe la région dorsale inférieure et la région lombaire, on voit apparaître surtout des névralgies lombaires, des douleurs dans les nerfs crural et sciatiquc, des névralgies des parois abdominales, des coliques, des ovaralgies et des crampes vésicales. 11 y a aussi, en général, de la faiblesse des jambes; les pieds sont beaucoup plus souvent froids que chauds.

Les douleurs, dans les difTérents points du corps que nous avons signalés, sont tantôt fixes, tantôt vagues, intermittentes; souvent elles suivent le trajet des nerfs. Elles peuvent être accompagnées de fourmillements, d'engourdissement dans les extrémités, de sensations de brûlure, de chaleur, quelquefois de froid. En général, on ne constate pas, dans ces formes d'irritation spinale, de véritables anesthésies.

Souvent aussi il y a des troubles plus ou moins graves de la motilité. Dans les formes légères on observe de la faiblesse musculaire, peu de résistance à la fatigue, et des crampes musculaires partielles des extrémités. Dans les formes plus intenses, les douleurs augmentant rapidement de violence, privent les malades de l'usage de leurs membres. Ils n'avancent de quelques pas qu'avec des efforts manifestes, du tremblement et des vertiges. Ils ne peuvent même plus se servir de leurs mains pour les occupations les plus simples, pour un travail manuel, ni pour écrire, jouer du piano, etc., toute action musculaire provoquant des douleurs dans le dos et dans les extrémités. Le malade ne demande qu'à rester immobile dans le décubitus dorsal, et dans une inertie musculaire absolue. Cependant, on ne trouve pas là de véritables paralysies.

Les facultés psijchiques sont altérées aussi, et présentent surtout un état d'irritabilité anormale. Il y a un état de malaise intellectuel, un sentiment de constriction de la tête ; le malade ne peut ni parler ni lire longtemps, la fatigue survenant promptenient ; il rougit ou paht facilement. Ordinairement il y a aussi de l'insomnie.

Des sujets aussi profondéjnent sensibles doivent ressentir trés-vi*

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vemcnl les impressions du monde extérieur. Les contres nerveux subissent rapidement et à un haut degré toutes les influences, l'irritabilité vaso-motrice et l'excitabilité réflexe sont augmentées ; il en résulte des anomalies du côté du sensorium et des sens, une perversion des sensations, une augmentation des sécrétions (surtout des larmes et de l'urine), des bouffées passagères de chaleur ou de fi'oid, etc. Des troubles fonclionnels légers suffisent pour provoquer de forts mouvements fébriles et des symptômes cépliali({ues, avec épuisement consécutif.

La marche de r incitation spinale (forme hyperesthésique) est presque toujours chronique. Les pliénomènes d'irritation peuventbien disparaître après avoir duré quelques semaines ou quelques mois ; mais les aggravations et les rechutes sont fréquentes, elles surviennent pour une cause légère, souvent môme sans cause connue. Une amélioration durable des symptômes d'irritation a une influence favorable sur l'état général, alors que les malades, condamnés jusque-là au décubitus dorsal, peuvent recommencer à se lever, que leurs mouvements gagnent en énergie et en durée, et que la digestion, le sommeil et l'état moral s'améliorent.

L'amélioration peut persister pendant un temps plus ou moins long. Si elle atteint une certaine durée, on peut, dans des conditions favorables et si les malades se dirigent bien, parvenir à la guérison. Mais souvent ils gardent pendant toute leur vie des troubles spinaux incommodes qui ne leur laissent qu'un repos relatif. Quelquefois la forme hyperesthésique passe à la forme dépressive de l'irritation spinale, que nous décrivons plus loin.

Au point de vue de Vétiolocjie, on note que l'irritation spinale est beaucoup plus fréquente chez les femmes, et particulièrement chez les sujets jeunes, de 10 à 30 ans. Une disposition héréditaire aux affections nerveuses joue souvent un rôle important.

Parmi les causes occasionnelles, on peut citer toutes les causes de stimulation ou de dépression du système nerveux. Les émotions vives, les chagrins, les soucis, l'amour contrarié, l'excitation des désirs sexuels, les fatigues corporelles excessives et le travail nocturne se rencontrent parmi les causes les plus fréquentes. Une vie précaire, les vices du sang (anémie, hydrémie), les affections contagieuses et miasmatiques (exanthèmes aigus, fièvres typhoïde et intermittente, etc.), les hémorrhagies, les pertes séminales, enfin les affections traumatiques et rhumatismales pourront aussi donner naissance à l'irritation spinale.

Quant à la nature de V irritât ioyi spinale, tout ce qu'on peut en dire

jusqu'à préseut, c'est qu'elle consiste dans une irritabilité anormale des centres nerveux, ordinairement héréditaire, ou bien acquise sous l'influence de différentes maladies, de l'anémie, ou de commotions psychiques prolongées. L'épuisement trop rapide et l'irritabilité excessive des appareils vaso-moteurs contenus dans la moelle doivent avoir une part considérable dans les symptômes de l'irritation spinale. On peut tout au moins supposer que les influences excitantes et débilitantes que nous avons signalées causent un ébranlement exagéré des centres vaso-moteurs, d'où relâchement des vaisseaux et hypérémie; et ces centres se relevant avec peine, les vaisseaux de leur côté seraient longtemps avant de recouvrer leur tonus normal. Dans d'autres formes, ce sont les fortes excitations psychiques qui provoqueraient des contractions par les vaso-moteurs ; et ce spasme vasculaire se reproduisant souvent, il en résulterait une anémie rebelle et de longue durée.

Le diagnostic de l'irritation spinale rencontre quelquefois de grandes difficultés, surtout dans les formes initiales. Mais en observant quelque temps, on note la douleur vertébrale avec hyperesthésie circonscrite, les douleurs excentriques, la vive excitabilité du sensorium, l'épuisement rapide de l'énergie motrice, l'absence de paralysie et d'anesthésie manifestes, la variabilité des phénomènes nerveux concomitants, le peu de gravité des signes objectifs ; le diagnostic se déduira de cet ensemble de symptômes, quand en môme temps on pourra exclure aussi toutes les lésions spinales à manifestations analogues.

La distinction de la spondylite et de la carie vertébrale, plus fréquentes aussi chez les jeunes sujets, a été établie dans les chapitres qui traitent de ces affections. La méningite spinale se caractérise au début par l'élévation de la température et la fréquence du pouls, par la complication fréquente de symptômes cérébraux, par une douleur dorsale violente et très-étendue, des crampes toniques des muscles de la nuque et du dos qui rendent tous les mouvements douloureux, et par les paralysies et les contractures atrophiques desmembres que la maladie laisse à sa suite, avec perte de l'excitabilité farado-musculaire.

La myélite se distingue de l'irritation spinale par l'apparition précoce d'anesthésies et de paralysies évidentes; par la corrélation des troubles de la sensibilité avec les surfaces de distribution des nerfs médullaires sensitifs ; par l'existence de douleurs en ceinture, et souvent de crampes et de contractures. On trouve encore dans la myélite d'autres signes importants pour le diagnostic : abolition de

l'activité des sphincters ; sensibilité et douleur à la pression de la colonne vertébrale, beaucoup moins prononcées; pas d'excitabilité psychique anormale ni de fluctuation dans les symptômes, comme on le voit pour l'irritation spinale.

Celle-ci partage avec V hystérie une susceptibilité extrême du svstéme nerveux scnsitif ; mais on n'y trouve ni ces profondes altérations de la vie psychique, ni ces formes convulsives ou paralytiques du mouvement ou de la sensibilité, avec anomalies des réactions électriques, ni ces troubles de la vie végétative, qui appartiennent en propre à l'hystérie. Abstraction faite de ces symptômes importants, les autres manifestations de l'état nerveux dans l'irritation spinale n'offrent pas cette ténacité, cette périodicité, ni ces difficultés pronostiques et thérapeutiques, qui rendent quelquefois si triste le tableau de l'hystérie.

Le traitement de l'irritation spinale doit se proposer d'éloigner autant que possible les causes pathogéniques que nous avons signalées dans l'étiologie, ainsi que de relever et de fortifier le système nerveux. Les meilleurs effets stimulants et toniques seront obtenus par une nourriture abondante et réparatrice^ avec des vins légers ou de la bière; on peut y joindre encore de petites doses de ferQi de quinine. Un long séjour dans l'air pur de la campagne, et de préférence sur de hautes montagnes, au milieu des forêts, exerce ordinairement une influence salutaire sur l'ensemble des fonctions nerveuses.. Mais dans ces conditions il ne faut pas imposer aux malades un mouvement exagéré ; ils ont besoin au contraire de se reposer souvent et longtemps.

Les antiphlogistiques et les dérivatifs de Tancienne thérapeutique s'emploient rarement aujourd'hui. Chez les sujets robustes et sanguins, on pourra se bien trouver de ventouses scarifiées le long de la colonne vertébrale, de sangsues à la vulve ou à l'anus. On n'aura guère recours aux moxas et au fer rouge. On recommanderait plutôt l'emploi circonspect de vésicatoires et de nommade stibiée.

Pour calmer les douleurs dorsales pénibles et les sensations de brûlure aux jambes et à la plante des pieds, on conseillera au malade de porter dans le dos un tube de caoutchouc, rempli d'eau modérément froide ; on fixe le tube par des bandes transversales de manière qu'il ne soit pas trop gênant, et si la sensibilité vertébrale est très-vive, on lui interpose une couche de ouate.

On a quelquefois de bons effets en dirigeant à travers la colonne vertébrale des courants galvaniques stables ascendants (en sou-

mettant les points douloureux à l'action de la cathode). Mais le courant doit être d'une force modérée, et la séance de courte durée.

La noix vomique et la strychnine sont recommandées par plusieurs auteurs. Hammond conseille de donner en plusieurs fois dans la journée la noix vomique (0,05) associée au phosphure de zinc (0,005). D'après lui, les injections sous-cutanées de strychnine seraient utiles dans Firritation spinale, mais nuisibles dans l'hypérémie spinale ; on pourrait donc en essayer comme moyen d'épreuve.

Enfin \ hydrothérapie réussit aussi dans l'irritation spinale. On fait d'abord des affusions sur le dos, avec de l'eau de jour en jour plus fraîche, dans un demi-bain à 24-'20°C.; plus tard on emploie des enveloppements mouillés jusqu'à retour de la chaleur, suivis de lotions et d'irrigations de la colonne vertébrale, dans un demi-bain tempéré. On recommandera aussi de porter sur le dos un linge humide, recouvert d'un linge sec, et renouvelé deux ou trois fois par jour; les applications froides et les douches froides doivent être évitées; des douches chaudes sur l'épine dorsale font souvent du bien.

h. Forme dépressive de rirritation spinale (neurasthénie).

Pour faire suite à la forme hyperesthésique, caractérisée par des symptômes d'irritation, nous allons étudier une autre forme trèsvoisine dont les traits les plus saillants sont représentés par des symptômes de dépression spinale. C'est cette névrose de la moelle épinière que l'on avait principalement en vue autrefois quand on parlait de « faiblesse nerveuse », et c'est pour elle que plus récemment Beard, Rockwell et Erb ont proposé le terme de « neurasthénie ». Ces auteurs font ressortir le caractère spinal de ces troubles fonctionnels, et comme leur terminaison presque toujours favorable exclut l'hypothèse d'aucune lésion anatomique, je crois qu'il est préférable de considérer cette névrose comme une simple variété de rirritation spinale, ayant cela de particulier que ses manifestations appartiennent aux symptômes de dépression. Leyden a décrit derjiièrement des cas de ce genre comme une « irritation spinale, suite de pertes sémmales » .

Dans cette forme comme dans la précédente il y a presque tou* jours une douleur dorsale, mais ici elle n'est ni aussi vive ni aussi persistante. La douleur a son siège tantôt dans la portion lombaire, tantôt dans la portion dorsale supérieure de la colonne vertébrale ; quelques apophyses épineuses sont modérément sensibles à la pression, et le malade accuse dans ces points une sensation de brûlure,

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de compression ou de tension. La douleur dorsale augmente après les fatigues, les efforts, dans les mouvements étendus de la colonne vertébrale, ainsi qu'après les refroidissements et les excès. Comme symptômes concomitants on observe souvent de l'oppression, de ki dyspnée, des battements de cœur, une constriction de la tète. Certains malades se plaignent d'un engourdissement incommode ou de fourmillements dans les téguments du crâne.

Mais les phénomènes les plus pénibles pour les malades sont une faiblesse dans les mouvements et un épuisement rapide. Apjès une marche très-courte, les mouvements deviennent difficiles. Les genoux et la région lombaire sont le siège d'une sensation particulière de relâchement. Les malades ne peuvent conserver longtemps la station verticale, sans s'appuyer ou se soutenir en fléchissant un des genoux. Presque toujours aussi il leur est impossible de se tenir sur un seul pied les yeux fermés,- tandis qu'ils le peuvent avec les yeux ouverts. Les membres supérieurs participent aussi, quoiqu'à un degré moindre, à cet épuisement. Les mouvements forcés provoquent bientôt une sensation de lourdeur dans les jambes, avec des douleurs uuisculaires. Une petite quantité de vin prise pendant le repos produit souvent des effets fortifiants et toniques.

D'autres troubles importants se montrent aussi du côté des fonctions (jénitales. En général les malades sont facilement excitables, mais les érections et la puissance virile laissent beaucoup à désirer; au moment du coït l'éjaculation est souvent précipitée, et suivie de sensations pénibles dans le dos et dans les jambes. Quand l'esprit se porte sur des pensées erotiques, de même qu'après la défécation ou la miction, on voit fréquemment apparaître au méat urinaire quelques gouttes de liquide prostatique (presque toujours sans mélange de spermatozoïdes). La véritable spermatorrhée ne s'observe que de loin en loin ; par contre les pollutions chroniques sont fréquentes, et quand elles se succèdent rapidement, elles aggravent beaucoup les manifestations de la maladie. Chez la plupart des malades, le canal de l'urèthre présente, surtout dans la région prostatique, une vive sensibilité, même quand on introduit sans difficulté une sonde de petit calibre (19 ou 20 de Charrière), et cette manœuvre peut provoquer des douleurs locales intenses, une sensation de brûlure et même des convulsions. La vessie fonctionne bien en général; quelquefois pourtant il y a une sensation de brûlure après le passage des dernières gouttes d'urine.

Les facultés psychiques peuvent être plus ou moins en cause. L'intelligence est conservée, c'est la mémoire et rentendeinent qui souf-

l'rent le plus; l'aptitude aux travaux intellectuels est très-diminuée, les malades manquent de volonté et de persévérance. Il y a surtout une disposition hypocondriaque, quelquefois avec une tendance à pleurer, et avec une crainte particulière de la consomption par la moelle épinière. Le sommeil est agité, fréquemment interrompu ; après s'être ainsi réveillés vite et souvent, les malades accusent le matin de l'abattement et de l'étourdissement.

Il y a souvent aux pieds de l'engourdissement ou des fourmillements. Mais ce qui est le plus désagréable aux malades, c'est aux juains et aux pieds une sensation de froid, qui ne disparaît que lentement par la chaleur du lit, car d'autre part, en se couvrant trop chaudement, ils ont facilement des congestions vers la tête.

Presque toujours les fonctions de nutrition s'accomplissent mal. Les malades se plaignent de flatuosités, de renvois, de diminution de l'appétit, de constipation ; ils ont la langue chargée, ils sont amaigris, pâles, d'un aspect anémique; rarement on constate une dilatation de l'estomac.

A Y examen objectif on ne découvre ni dans la motilité, ni dans la sensibilité, des altérations correspondant aux troubles subjectifs nombreux et divers dont se plaignent les malades. Le phénomène le plus saillant de la maladie est le défaut de persistance dans l'activité musculaire.

L'affection, dans la plupart des cas, se développe progressivement et presque insensiblement ; elle ne devient complète qu'au bout de plusieurs mois, ou même de plusieurs années. Pourtant, dans des cas exceptionnels, ces accidents peuvent apparaître plus rapidement sous l'influence d'émotions, de fatigues, d'excès, ou de pertes séminales répétées. Les formes récentes, légères, peuvent rétrocéder au bout de quelques semaines. Dans les formes anciennes, chroniques (datant de plusieurs années), l'état du malade peut varier beaucoup ; mais on ne peut espérer une amélioration persistante qu'après des mois ou des années, même avec le traitement et le genre de vie les plus appropriés. Les rechutes ne sont pas rares, souvent provoquées par des causes légères, et le malade déjà triste, misanthrope, fuit encore plus la société de ses semblables. Dans des conditions défavorables les efforts excessifs, les fatigues, les refroidissements violents, les émotions, s'ajoutant à une vie nécessiteuse, peuvent faire naître les premiers germes de lésions organiques de la moelle épinière.

Quant à Vétiologie, c'est le sexe masculin qui fournit le plus fort contingent à la forme dépressive de l'irritation spinale, contrairement

à ce que nous avons vu pour la forme hypercsthésiquc. Les cas sont le plus uoinJ)reux à Tépoque de la puberté el dans Tàgc moyen de la vie. L'inducnce de l'hérédité se manifeste par la coexislence des névroses les plus diverses dans une même famille; la maladie est beaucoup plus fréquente dans les classes élevées de la société, que dans le peuple.

Les surexcitations des fonctions sexuelles sont la cause la ))lus l'réquente et la plus positive que Ton puisse mentionner. Telle est avant tout la masturbation, dont souvent les jeunes garçons conservent l'habitude dans l'adolescence, et qui, se combinant alors avec les exigences de plus en plus grandes de la vie, développe au plus haut point l'irritation du système spinal. L'onanisme peut provoquer les mêmes accidents chez les filles. Les excès sexuels agissent aussi dans le même sens, comme ceux que les jeunes gens peu robustes commettent souvent à l'âge de la puberté ou dans les premiers temps du mariage; de même aussi les excitations sexuelles prolongées et non satisfaites, qui sont le propre des amours platoniques.

Enfin les efforts intellectuels, les veilles, un genre de vie misérable, les émotions vives et prolongées peuvent, chez les sujets prédisposés, provoquer l'éclosion de cette névrose de la moelle.

Quant à la nature de la maladie, on ne peut jusqu'ici former làdessus que des hypothèses ; l'action prolongée des causes que nous avons signalées, se faisant sentir pendant la jeunesse, provoquerait une irritabilité excessive des centres médullaires et vaso-moteurs ; cet état, devenant chronique, entraînerait un épuisement rapide de l'influx nerveux spinal, et un ralentissement du courant sanguin avec hypcrémie passive, d'où abaissement de température dans les parties périphériques. Les douleurs lombaires, la faiblesse des jambes, les troubles circulatoires des mêmes régions, la perturbation des fonctions sexuelles indiquent une anémie de la moelle dans sa portion lombaire, et le caractère chronique de celte lésion rend compte de la ténacité des symptômes de dépression qui en dépendent.

Pour le diagnostic, il faudra examiner soigneusement le malade, et tenir compte de la marche antérieure de l'affection ; souvent une observation prolongée sera nécessaire pour exclure d'autres maladies de la moelle à leur début.

Vafaxie commençante, qui serait la plus facile à confondre avec l'irritation spinale dépressive, s'en dislingue par les douleurs lancinantes et la sciatique caractéristiques, par les troubles ordinairement précoces de la sensibilité, la douleur en ceintuie, les anomalies

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piipillaires , les parésies des muscles oculaires, les oscillations qu'éprouve le malade quand il veut se tenir debout les yeux fermés, et par l'exagération de l'excitabilité galvanique. La myélite commençante se caractérise par l'apparition rapide de névralgies vagues, de parésies et de paralysies manifestes des extrémités inférieures, par la prompte abolition des différentes formes de sensibilité dans les mêmes régions, par la raideur et la difficulté des mouvements et Taffaiblissement des sphincters. Les signes distinctifs de la carie vertébrale commençante ont été donnés longuement dans un cliapitre précédent. Enfin une douleur dorsale intense, une vive sensibilité de la colonne vertébrale, les névralgies, les douleurs pendant les mouvements sont le propre de l'irritation spinale hyperesthésique : tandis que dans la forme dépressive les phénomènes prédominants, sont l'épuisement de l'énergie motrice, la faiblesse sexuelle, les pertes séminales, les altérations psychiques; etc.

Pour le traitement, il faut tout d'abord procurer au malade un repos prolongé et l'isolement, et le préserver avec soin de toute émotion, des excitations sexuelles et des efforts intellectuels. Les meilleures conditions sont le séjour à la campagne, sur des montagnes élevées, ou au bord de la mer, en évitant les fatigues et les longues marches. L'alimentation devra être fortifiante et facile à digérer, on peut -permettre un peu de vin ou de bière aux repas. On donne souvent avec avantage de petites doses de quinine, de noix vomique, des préparations ou des eaux ferrugineuses légères.

Pour les malades anémiques, amaigris, sensibles au froid ou souffrant de tiraillements douloureux, \q% stations thermales ferrugineuses sont indiquées. Plus lard, quand la reconstitution a fait des progrès, des lotions modérément fraîches peuvent servir de transition au traitement hijdrotliérapique. Ici il faut avoir soin d'atténuer l'action stimulante du froid ; on commencera par faire des irrigations sur le dos dans un demi-bain tempéré, en abaissant graduellement la température; on y joindra plus tard des lotions avec un lino-e mouillé. 11 faut éviter les douches, les bains avec chute, les orands bains froids, etc. Les bains de mer conviennent aussi dans la convalescence.

Enfin Vélectricité donne de bons résultats : on fait passer pai' l'épine dorsale des courants continus ascendants, modérés; on les applique aussi sur les jambes ; on doit s'abstenir de courants faradiques à forte tension;

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