‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 86 sur 184 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Pour faire suite aux maladies de l'encéphale et de la moelle pi'écédemmeni décrites, nous allons étudier une névrose qui leur tient de près, et qui réunit en elle la plupart des troubles nerveux que nous avons passés en revue. Nous voulons parier de Thystérie et de ses dilïérentes formes. L'hystérie compte parmi les fruits les plus anciens de la civilisation. Déjà dans Hérodote et dans Hippocrale, ainsi que dans les écrits de Platon, on la trouve indiquée d'une manière précise. A d'autres époques de l'humanité, dans ces terribles histoires de sorcières qui ont assombri les premiers temps du christianisme, certains accidents de l'hystérie ont joué un rôle néfaste. Les hystériques atteintes de convulsions et de catalepsie, ainsi que d'autres malades délirantes ou extatiques, étaient accusées de commerce avec le diable; certains sujets, chez qui Ton avait découvert cfccidentellement de l'analgésie cutanée, étaient littéralement traqués, et ces malheureuses périssaient en musse sur le bûcher, comme possédées du démon. Pendant un siècle entier (jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, où l'on cessa de brûler les sorcières), les pauvres hystériques lurent l'objet de ces horribles poursuites. A l'hystérie revient encore une part considérable dans les épidémies convulsives du siècle dernier, liées à un état d'exaltation religieuse ; de même pour les nonnes possédées de France et d'Allemagne, pour les convulsionnaires deSaint-Médard,pour les épidémies de danse de Saint-Guy, pour les flagellants et les prédicants de la Suède, et plus récemment ])our d'autres épidémies et endémies analogues.

Symptomatologie .

Le groupement des symptômes dans l'hystérie affecte toutes les bizarreries du kaléidoscope, et revêt les apparences les plus étranges. Les spécialisations multiples de cette entité morbide ne permettent pas d'en exposer les symptômes suivant un ordre chronologique rigoureux. Nous sommes donc forcé de répartir ses innombrables manifestations en plusieurs chapitres distincts. Nous allons étudier séparément les troubles de la sensibilité, de la motilité, des fonctions sensorielles et de la vie végétative.

Les troubles de la sensibilité sont représentés par l'hyperesthésie, l'anesthésie et les névralgies.

Hyperesthésie. Chez les malades atteintes d'hyperesthésie, la peau est fréquemment le siège de douleurs spontanées ; les plus légers attouchements, le frottement du linge provoquent aussi des sensations douleureuses ; à un degré plus élevé, les mains ne peuvent saisir aucun objet, les pieds ne peuvent supporter le contact du sol.

Il est très-rare que l'hyperesthésie s'étende à toute la surface du corps; dans une de mes observations, les seules parties exemptes d'hyperestliésie étaient les régions céphahques innervées par le trijumeau, et la région latérale du cou, qui d'après Yoigt reçoit ses nerfs des 5^ et 4^ paires cervicales (jusqu'au côté interne de la clavicule et à la partie supérieure de l'épaule) ; partout ailleurs, le tégument externe présentait une vive hyperestliésie. Dans un quart des cas d'hyperesthésie notés par Briquet {Traité de l hystérie, Paris, 1859), celle-ci portait sur une des moitiés du corps (le plus souvent la moitié gauche), et s'arrêtait exactement à la ligne médiane, en avant comme en arrière.

V hyperesthésie se manifeste, sur le cuir chevelu, principalement à l'occiput; sur le dos, elle occupe une étendue plus ou moins grande (on l'y désigne souvent comme de l'irritation spinale) ; on la constate encore sur le thorax, sur les parois abdominales, et quand il y a en même temps du ballonnement du ventre, on pourrait croire à une péritonite ; il existe aussi sur les membres des plaques plus ou moins considérables d'hyperesthésie, qui passent facilement inaperçues. Brodie a signalé le premier une hyperesthésie articulaire (elle existait dans la proportion de o, 5 pour cent chez les malades de Briquet), qui siège le plus souvent à la hanche et au genou; quand elle s'accompagne de gonflement et d'œdème des parties environnantes, elle peut simuler une inflammation articulaire. La véritable nature de ces phénomènes articulaires se démontre par les circonstances suivantes : attitude normale des parties (à moins qu'il n'y ait dans

Page 1