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TROUBLES DE LA SENSIBILITE

les muscles des contractures secondaires) ; mouvements passifs conservés; sensibilité particulière de la peau aux pincements, jusque dans des points éloignés de l'article ; pas d'altération appréciable de la nutrition musculaire, même après une longue durée de la maladie; changements se produisant à chaque époque menstruelle (Stannius).

Par suite d'une hyperesthésie musculaire fréquente chez les hystériques, une pression superficielle, une excitation laradique faible, ou même le moindre mouvement, provoquent des douleurs insupportables, et les malades sont condamnées à un repos absolu. Vhijpei^esthésie des organes des sens est en somme un symptôme rare, mais fort pénible. L'œil est alors d'une sensibilité extrême à la lumière, l'oreille au moindre bruit, le nez à certaines odeurs.

L'hypcresthésie se montre ordinairement à la suite d'émotions, après une attaque d'hystérie; elle peut s'étendre à la peau et aux muscles sous-jacents, se limiter à une moitié du corps, tandis que de l'autre côté il y a de l'anesthésie. Enfin l'hyperesthésie, comme nous le verrons plus loin, semble constituer un signe favorable et annoncer le début de la guérison, dans les paralysies hystériques primitivement compliquées d'anesthésie. Sur les causes et les symptômes concomitants de l'hyperesthésie, on trouvera des détails plus loin dans une observation relatée à propos de l'anesthésie.

Mentionnons encore ici V augmentation morbide de V excitabilité réflexe qui procède de différents foyers chez les hystériques. Ainsi StiUing et Tiirck ont constaté qu'une pression exercée sur les apophyses épineuses pouvait provoquer des convulsions et même des attaques. Dans d'autres cas, c'est une pression profonde sur l'ovaire ou sur la région épigastrique (Schûlzenberger), qui détermine des accidents hystériques analogues. J'ai vu deux malades chez lesquelles l'introduction du spéculum était bien supporlée, mais chaque fois qu'on touchait par hasard ou volontairement le col de Tutérus, il survenait une attaque.

Anesfhésie. Par opposition à cette exagération de la sensibilité dont nous venons de parler, on trouve chez les hystériques l'abolition de la sensibilité normale, Vanesthésie. On distingue, depuis Beau, deux formes d'anesthésie : l'anesthésie au contact et l'anesthésie à la douleur (analgésie) ; cette dernière forme se constate aussi dans l'hypochondrie, l'apoplexie cérébrale, les maladies spinales (voy. plus haut), l'intoxication saturnine, et dans la première période du narcotisme par l'élher et le chloroforme. Chez les hystériques, la disparition de la sensibilité au contact implique une aggravation de l'insensibilité; elle se fait du centre à la périphérie.

L'anesthésie (qui peut être complète ou incomplète) n'occupe que

rarement toute la surface du tégument externe. Il y a plus souvent une hémiplégie de la sensibilité, et presque toujours du côté gauche, ce qu'il faudrait attribuer, d'après Briquet, au fait démontré par E. H. Weber, de la plus grande sensibilité de la peau aux excitations, et de ses facultés tactiles plus délicates sur la moitié gauche du corps. L'analgésie s'arrête à peu près aux mêmes limites ; pour l'explorer, on se sert d'une épingle ou du pinceau électrique (mais sans adresser de questions aux malades, qui indiquent la douleur spontanément ou par des soubresauts). D'après les observations récentes de Charcot (/. c), l'hémianesthésic, ainsi que les parésies et les contractures des membres, semblent en rapport avec une ovaralgie double ou simple, et changent souvent de siège en môme temps que celle-ci. L'anesthésie peut encore s'étendre à une partie du tronc, des membres supérieurs ou inférieurs, et s'y montrer d'un seul ou des deux côtés, ou seulement par places. L'anesthésie est quelquefois entremêlée de petits îlots où la sensibilité est intacte; elle peut se combiner, comme nous l'avons déjà signalé, avec une hyperesthésie du côté sain. En général, les parties insensibles ont aussi perdu leur sensibilité à la température et leur excitabilité réflexe.

J'ai observé deux cas de paraplégie hystérique dans lesquels l'anesthésie et l'analgésie s'étendaient à toute la moitié inférieure du corps ; l'anesthésie était complète en avant et en haut jusqu'à deux travers de doigt au-dessous de la clavicule, en arrière jusqu'aux vertèbres lombaires supérieures. Les parties antérieures et postérieures des membres supérieurs et inférieurs, la partie antérieure du tronc, et les régions sacrée et coccygienne, suivant la distribution des nerfs cutanés, étaient l'rappées d'anesthésie; les parties supérieures du corps étaient indemnes. J'ai vu d'autres hystériques chez lesquelles la partie inférieure du bassin était seule prise; tantôt la petite région correspondant aux nerfs coccygiens (depuis les trochanters jusqu'à l'anus et à la symphyse pubienne) était exempte d'anesthésie, tantôt c'étaient seulement la partie postérieure des membres, certains points de leur face antérieure, ou la partie antérieure du tronc jusqu'à la ligne médiane, qui participaient à l'anesthésie, toutes ces subdivisions répondant à autant de département^ distincts de l'innervation cutanée.

Si j'ai rapporié ces détails, c'est pour prouver, d'accord avec les faits analogues déjà cités (à propos des maladies spinales), que Tanesthésie et l'analgésie doivent être rattachées au mode de distribution de certams nerfs cutanés, bien loin de présenter cette extrême bizarrerie que leur assignait Bri(|uet.

Avant de poursuivre l'étude de ces troubles d'innervation dans l'hystérie, je vais relater une observation intéressante à plusieurs points de vue, que j'ai publiée eu détail dans le Wiener med. Zeifung, n"^25ett>4, 1871.

ïllOlinLKS lii; L.\ SMNSIIIILITK. 471

Une jeune (îlle de 25 ans, que j'avais soignée antérieurement pour des attaques d'hystérie et de catalepsie, lut prise d'une récidive à la suite d'un coup violent sur la mamelle gauche; elle avait un hoquet opiniâtre avec paroxysmes, qui ù certains jours alternait avec des attaques épileptilormes. Celles-ci avaient pour signes précurseurs une sensation subjective de IVoid et une décoloration des mains et du bout des doigts. Les deux mains devenaient très-pâles, le bout des doigts elles ongles d'un bleu foncé, la malade ressentait dans les mains un froid désagréable, leur température qui était de 35°, 4 C. à Vêlai normal, descendait à 50%6 C, le pouls baissait de l'2 à G5 ou C>G. Après la tin de l'attaque hystéro-épileptiquC; la lempéraiure des mains remontait à 55°, (i ou 55", 8, la chaleur reparaissail, les doigts et les ongles devenaient très-rouges, étaient le siège d'une transpiration abondante, et le pouls se relevait à 84-88.

Pendant les heures qui i)récédaient l'attaque, plus rarement pendant les jours qui se passaient sans attaques, il se manifestait un symptôme curieux : c'était une hyperesthésie delà peau, sur différents points du tronc, plus souvent à gauche qu'à droite; quelquefois elle était croisée, occupant le bras gauche et la jambe droite; . les 7nuscles présentaient aussi de VJiyperesthésie à la pression et au contact du lit, et la malade était obligée de changer souvent de position. On constatait alors une élévation 7iotable de température sur le côté du corps hyperesthésie : à la main il y avait 55%à, une fois même ôi)\i, au heu de la normale 3-4%4, au pied 55% 5 au lieu de 54°, 2; dans l'aisselle (\u même côté la température était légèrement abaissée.

Les jours où ï hyperesthésie précédait les attaques, elle durait jusqu'à l'apparition des symptômes décrits plus haut, pâleur et cyanose des mains et du bout des doigts. Dès que ces derniers symptômes se manifestaient, l'hyperesthésie diminuait, et aux mains, outre le relroidissement appréciable que nous avons signalé, elle faisait place à de Yanesthésie, avec sensation d'engourdissement dans les doigts et les orteils. Ces signes indiquaient toujours infailliblement rapproche de l'attaque. Vers la fin de l'attaque, si l'on touchait les mains ou les doigts, ils s'écartaient par un mouvement réflexe, bien qu'à ce moment la connaissance fût encore abolie, les pupilles insensibles à la lumière. Ce retour de la sensibilité, qui gagnait progressivement de la périphérie au centre, était un signe certain du retour prochain de la connaissance. Tant que les doigts ou les orteils restaient insensibles, on pouvait être certain que l'attaque durerait encore longtemps. Cet état ayant persisté environ trois mois, il survint tout d'un coup un mouvement fébrile, qui céda dès le jour suivant à de fortes doses de quinine; les règles, supprimées depuis plusieurs mois, reparurent, le hoquet, les vomissements et les attaques cessèrent subitement, et ma convalescente retourna très-satisfaite dans son pajs.

On voit, dans cette observation, qu'avec les attaques se produisaient des symptômes manifestes de contraction spasmodique, puis de dilatation consécutive des vaisseaux, ce qui permet de supposer que l'attaque épileptiforme était causée par une extension des phénomènes spasmodiques aux artères cérébrales. Des troubles analogues de l'innervation vaso-motrice devaient présider aux retours périodiques de l'hyperesthésie; car celle-ci se montrait toujours avec une élévation notable de température du côté malade, elle précédait les attaques et disparaissait aussitôt que l'anesthésie entrait en scène.

avec abaissement de température, pâleur de la peau et cyanose partielle.

La dilatation vasculaire et l'élévation de la température tiendraient, d'après les idées admises jusqu'ici, à un état de paralysie des nerfs vaso-moteurs; au contraire, d'après les recherches récentes de Gollz {Pfliig- Arch., 9. Bd., 1874), ces phénomènes tiendraient à un fonctionnement exagéré des nerfs vaso-dilatateurs, qui recevraient leur incitation du centre spinal ; le tonus vasculaire rentrerait en jeu une fois l'incitation épuisée. En enveloppant le grand sympathique ou le nerf sciatique dans des spirales formées de fils de cuivre et de platine, et donnant naissance à des courants électriques, 0. Wcber(Cen/rrt/Z>/. n" iO, 1804) vit survenir un rétrécissement des vaisseaux, un abaissement de température et une pâleur des téguments, dans les régions correspondant à ces nerfs ; ces phénomènes duraient plusieurs semaines, précédés d'hyperesthésie et souvent de convulsions spasmodiques, et pourtant, quand les expériences étaient faites avec soin, on ne voyait se produire ni troubles de nutrition, ni inflammation.

Quand l'anesthésie (combinée aussi dans ses formes chroniques avec la pâleur de la peau et l'abaissement de la température) est plus intense et plus étendue, la niuscidatiire se prend à son tour, la force musculaire diminue, la sensibilité électro-musculaire et cutanée disparaît. Souvent aussi, les înuqueuses des cavités naturelles participent à ces troubles ; l'anesthésie de la muqueuse nasale entraîne ïanosmie; il survient une aneslhésie du goiit complète ou incomplète, suivant f[ue la cavité buccale et la langue ont perdu leur sensibilité au contact et à la douleur dans toute leur étendue, ou sur une de leurs moitiés seulement ; les malades, ne trouvant plus aucun goût aux aliments, ne sont plus sollicités que par leur aspect plus ou moins appétissant. Si on leur place un morceau dans la bouche en leur fermant les yeux, ils le laissent en place, et s'ils ont en même temps les doigts anesthésiés, ils ne s'aperçoivent qu'ils ont quelque chose dans la bouche qu'en se regardant dans un miroir, et alors seulement les mouvements de déglutition commencent. Les femmes qui ont de l'anesthésie du vagin éprouvent de la répulsion pour le coït. L'abolition de la sensibilité peut atteindre encore les grandes el les petites articulations des membres et du tronc, ainsi que les os; on peut imprimer aux malades les mouvements les plus anormaux, les heurter violemment sans qu'elles en aient conscience. Dans certains cas, j'ai observé une vive résistance aux mouvements passifs, sans conscience ni volonté de la part des malades (contractions réflexes des muscles antagonistes). Quand l'anesthésie est très-pronon-

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