‹ Traite clinique des maladies du systeme nerveuxChapitre 90 sur 184 · TROUBLES MOTEURS · texte numérisé non relu

TROUBLES MOTEURS

ordre de faits, il ïdul signaler ï asthme hysiérique, asthme utérin ((|ui tiendrait peut-être, d'après Valeniiner, à un spasme des muscles ])roncliiques). et la toux lujstérique (irritation du nerf laryngé supérieur), aussi fatigante pour les malades que pour leur entounige; elle s'aimonee par des picotements désagréables dans le larynx, et dure pendant un certain temps sur un ton perçant, aigu, ou bien survient par quintes, et s'accompagne souvent de mouvements convulsifs. L'exploration physique a toujours donné des résultats négatifs dans ces cas. Les bâillements des hystériques résultent de mouvements spasmodiques d'inspiration, et s'accompagnent d'extension des membres ou d'autres phénomènes spasmodiques.

Las phénomènes spasmodiques qu'on observe du côté de V abdomen chez les hystériques sont: les sanglots, les éructations, les borbol'ygmes , et les spasmes de l'appareil uro-génital. Le sanglot (ou hoquet) est une crampe clonique du diaphragme, avec pénétration bruyante de l'air inspiré à travers la glotte, rétraction de l'épigastre et des hypochondres, et expirations consécutives. Le lioquet est fréquent chez les hystériques après des causes morales, et constitue un accident pénible (il s'accompagne d'accélération du pouls) ; souvent aussi il figure parmi les premiers signes qui annoncent l'approche d'une attaque hystérique ou cataleptique, ou bien il marque, au contraire, la fin des attaques. Dans une observation qui sera rapportée à propos de la catalepsie, le hoquet ne pouvait être arrêté que si l'on pratiquait aussitôt une injection sous-cutanée de morphine ; comme on avait cessé d'en faire pendant un jour, le hoquet persista pendant vingt-quatre heures entières. Le hoquet n'est pas rare dans notre pays chez les juives polonaises (qui sont souvent hystériques) ; on le rencontre chez plusieurs sœurs ou plusieurs membres de la même famille. Les rapports hystériques (éructations) consistent dans l'expulsion de gaz stomacaux, avec déglutition d'air très-évidente ; une de mes hystériques pouvait distendre à volonté la région abdominale supérieure en avalant de l'air. Les borboryymes (gargouillements de ventre) sont constitués par les mouvements en sens inverse des gaz intestinaux ; les contractions intestinales sont souvent appréciables à la vue et au toucher.

Le spasme du vagin (vaginisme) est une contraction douloureuse du constricteur du vagin, qui empêche les rapports sexuels et s'oppose même à l'introduction du doigt. Les sphincters de la vessie et de Vanus sont quelquefois aussi atteints de spasmes chez les hystériques. Dans le premier cas, il y a rétention d'urine avec ténesme vésical douloureux : la sonde ne pénètre qu'après quelques efforts,

et aiissitôl riiriiic est expulsée avec l'orce, symptômes qui excluent la paralysie vésicale. Dans le spasme de l'anus il y a une constipation opiniâtre, les lavements sont rejetés, et le doigt même arrive difticilement dans le rectum. Citons enfin le phénomène de la chair de poule qui est très-fréquent chez les hystériques, par contraction spasmodique des tihres musculaires lisses de la peau.

Des crampes toniques se montrent dans l'iiystéric au cou, dans les memhres, à l'abdomen, et sous Îovvîig ào, contractures , avec attitudes anormales des membres. Ces contractures apparaissent ordinairement après des émotions, après différents accidents ou des convulsions hvstériques : elles attaquent le plus souvent le genou, le poionct et les articulations des phalanges à l'un et à l'autre bras ; on voit plus rarement le pied-bot d'origine spasmodique, les contractures d'une moitié du corps ou des deux membres inférieurs, et très-rarement une contracture de tous les membres. La contracture siège de préférence dans les adducteurs et les fléchisseurs de la main et des doiots, et présente cette circonstance caratéristique peu étudiée jusqu'ici, que non-seulement elle s'associe dans la plupart des cas à une paialysie des antagonistes , mais s'accompagne aussi d'une aboli lion simultanée des fonctions de certains autres muscles, et d'anesthésies, plus rarement d'hyperesthésies.

Certaines formes se compliquent de symptômes d'irritation du côté des centres. J'ai observé, avec les professeurs Oppolzer et Duchek, une fille qui eut, après une tentative de viol, des attaques hystéroèpile})tiques pendant plusieurs années ; elle eut ensuite le membre supérieur droit contracture au niveau du coude et du poignet, avec vibrations continuelles du bras droit (comme dans la paralysie agitante) ; le même phénomène existait à la jambe droite à un moindre de^ré ; chaque tentative d'extension exagérait l'intensité des tremblements. Les nombreux traitements mis en usage pendant cinq ans (injections hypodermiques de curare, antihystériques, électricité et hydrothérapie) étaient restés sans résultats durables. Dans un cas analogue récemment publié par Charcot {loc. cit.), la guérison se iit spontanément. 11 sera question })lus loin des contractures incurables (par sclérose des cordons latéraux).

Les convulsions hystériques se divisent en partielles et générales, avec ou sans perte de connaissance. Il n'y a presque pas un seul nuiscle qui échappe complètement aux nombreuses variétés des convulsions hystériques. Les plus fréquentes sont celles des membres, soit les supérieurs, soit les inférieurs, soit ceux d'un seul côté ; ou bien tous les membres y participent. Sous l'inlluence de crampes

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inleriniticnlcs des lléciiisscurs ou des extenseurs, il se prodiiif quelquefois des mouvemeuls tout particuliers, clioréiques, une sorle de martelage. Les fortes émotions ont une influence particulièrement nuisible sur ces accidents, tandis qu'ils s'apaisent par les causes (pii procurent le calme de l'esprit et de l'ame, et })ar le sommeil.

Dans un tiers des 505 cas de Briquet, l'hystérie avail débuté par des accidents convulsifs. Les attaques étaient le plus nond)reuses dans la première année de la maladie. Dix fois sur 100 la connaissance n'était pas troublée pendant les accès. Les malades ont presque toujours conscience de ce qui se passe autour d'elles. Mais elles ne peuvent ni parler, ni acc()m|)lir aucun mouvement volontaire. Elles accusent des douleurs dans la tête; , le larynx, les mendjres, l'épigastre.

Les attaques dliystérie sont souvent annoncées })ar certains symi)tomes, langueur, malaise, inquiétudes dans les jambes, tiraillements dans les membres, ténesme vésical, oppression à l'épigastre. Pourtant dans beaucoup de cas l'attaque s'établit rapidement, avec des symptômes d'excitation réflexe de la moelle allongée, palpitations cardiaques, suffocations, crampes du pliarynx, hoquet. Bientôt les actes réflexes s'étendent aux différentes voies du système cérébrospinal ; la coiuiaissance peut être conservée en très-grande partie, ou disparaître rapidement dans le tourljiilon des symptômes. Bans le premier cas, le plus favorable, les mouvements convulsifs sont moins violents, les fonctions des sens peu atteintes, pourtant les malades pendant l'attaque ne peuvent ni parler, ni faire aucun mouvement volontaire, ni donner quelque signe d'intelligence; après l'attaque elles rendent parfaitement compte des douleurs vives qu'elles ont eues dans la tête, les membres, le creux épigastrique, le ventre. D'après Briquet, sur 500 de ses malades atteintes de convulsions hystériques, il y en a 50 seulement chez lesquelles la connaissance était demeurée intacte ; Georgct l'a observé pour un tiers environ de ses cas. Les hystériques jeunes ont, en général, des attaques plus fréquente* et plus graves, que les malades plus avancées en âge.

Dans les paroxysmes hystériques graves qui sont, comme Ton voit, de beaucoup les plus fréquents, après l'oppression, les palpitations cardiaques, la perte de connaissance, la malade pousse un cri perçant, puis la face pâlit et devient grimaçante, des crampes Ioniques et cloniques se succèdent rapidement entre elles, dans les muscles de la face, des yeux et de la mâchoire, dans les membres d'un seul ou des deux cotés, dans les ninscics du dos, du thorax et de l'abdo-

mon ; viennent ensuite le spasme de la glotte avec symptômes d'asphyxie (strangulation hystérique), bouflissure et cyanose de la face, écume sanguinolente à la bouche (par morsure de la langue ou des lèvres), respiration convulsive entrecoupée de cris, mouvements automatiques ou renversement de la tête en arrière, projection du bassin en avant, opisthotonos, pleurosthotonos et autres symptômes analogues; les malades même faiblement constituées étendent leurs membres et frappent sur leur lit au point de le faire craquer. Ces cas constituent [liijsfcro-épilepsie.

A la fin de ces attaques, qui durent de quelques minutes à plusieurs heures sous les aspects les plus cliangcants, il y a souvent un état d'épuisement, avec sensation de vide dans la tête et relâchement des membres. En général, cette scène dramatique est suivie d'un torrent de larmes, du développement de gaz en abondance dans l'estomac et les intestins, et de l'émission d'urines copieuses, pâles, inodores, et pauvres en sels. Plus rarement, on note un sommeil prolongé ou une syncope, de la catalepsie, du délire, du somnambulisme. (Une observation des plus remarquables sera rapportée dans le chapitre de la catalepsie.) En traitant du diagnostic, nous indiquerons les signes fournis par la température dans certaines attaques hystériques et permettant de les distinguer de celles qui se rattachent à l'épilepsie.

Paralysies hystériques. Les troubles de la motilité, observés chez les hystériques par les plus anciens auteurs , peuvent revêtir la forme de parésics ou de paralysies de sièges divers. En général, on peut reconnaître chez les hystériques une grande diminution de la force musculaire au dynamomètre. Les troubles de la motilité comptent parmi les accidents les plus fréquents chez les malades de cette catégorie. Briquet a trouvé des parésies et paralysies 120 fois sur 450 hystériques; Landouzy, 40 fois sur 570 cas. Les extrémités en sont atteintes le plus fréquemment, et de préférence le côté gauche ; moins souvent les membres inférieurs, les muscles du tronc, du larynx, de la face; les plus rares sont les paralysies du diaphragme.

Pour examiner suivant l'ordre anatomique les muscles exposés aux paralysies hystériques, nous commencerons par ceux de la face. Les parésies faciales dans Pliystérie existent quelquefois conjointement avec des paralysies étendues des membres, presque toujours du même côté que celles-ci, et accompagnées ordinairement d'anesthésie de la peau et des organes des sens. Ce sont des parésies qui guérissent promptement. Mentionnons encore à la face le plosis hysté-

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rique signalé par quelques auteurs, et les parésies alternantes des muscles moteurs de l'œil.

A la région cervicale, plusieurs observateurs ont noté des paralysies des constricteurs du pharynx et de ï œsophage, rendant la déglutition impossible. Dans ces cas de dyspliagie, il faut, pour s'assurer que les accidents ne sont pas de nature spasmodiquc, pratiquer le catliétérismc de l'œsopliage; on ne pourra admettre avec certitude une paralysie de cet organe, que si la sonde pénétre sans dii'liculté, malgré l'impossibilité de la déglutition. Les paralysies des muscles du larynx sont plus fréquentes et mieux connues depuis quelque temps. D'après les recherches de Tûrck (Klinik der lùxmkheiten des Kehlkopfes, etc., Wien, 1866, p. 469), il peut y avoir dans l'iiystérie différentes formes de paralysie des constricteurs de la glotte, avec aphonie, alternant entre elles chez le même sujet. La double paralysie des cordes vocales se développe spontanément ; souvent aussi elle succède aux convulsions, et s'accompagne d'une hyperesthésie considérable de l'isthme du gosier (Tûrck). D'après cet auteur, dans certains cas d'aphonie hystérique, il s'agirait bien plus d'un trouble de coordination que d'une paralysie. Dans d'autres cas, le trouble fonctionnel dépend évidemment d'une parésie musculaire, comme le prouvent la fatigue qu'éprouve rapidement la malade, quand elle émet des sons pendant l'examen laryngoscopique, la glotte qui s'entr'ouvrc de plus en plus, et le passage fréquent de l'enrouement à l'aphonie. La paralysie du diaphragme, étudiée pour la première fois par Duchcnne, est un des troubles de la motilité les plus rares chez les hystériques; Briquet ne l'a observée que deux fois. L'affection, ordinairement opiniâtre, est caractérisée par l'interversion du rhythme respiratoire, et l'extmction de la voix. Etendant l'inspiration, l'épigastre et les hypochondres se dépriment, tandis que les parois tlioraciques se dilatent; le contraire a lieu pendant l'expiration, les parois abdominales s'élèvent et le thorax se rétrécit. On constate en outre une augmentation de l'orthopnée dans les inspirations lentes et profondes, une respiration accélérée, pénible pendant les mouvements et la parole, la fatigue et enfin l'extinction de la voix.

La paralysie des extrémités peut se limiter à certains segments des membres, ou bien les atteindre tout entiers, occuper les deux extrémités inférieures ou supérieures, ou celles d'un même côté du corps; très-rarement elle envahit simultanément les quatre membres. Les paralysies hystériques les plus fréquentes sont les paralysies d'un seul membre, les liémiplégies et les paraplégies. Vliéniiplégie (constatée par Briquet dans un sixième de ses observations) se montre or-

diiiaircment après des émotions vives ou des attaques ; la paralysie est en général moins prononcée au membre supérieur qu'au membre inférieur, qui pendant la marche (les arliculations étant en extension) reste traînant comme une masse inerte; très-souvent il y a en môme temps, du même côté, anesthésie et analgésie des parties profondes, diminution ou abolition des fonctions des sens. L'hémiplégie hystérique est sujette à récidiver. La paraplégie (qui existait dans un douzième environ des observations de Briquet) permet encore quelques traces de mouvements, ou bien les abolit complètement. Elle est ordinairement accompagnée d'anesthésie des membres inférieurs; dans deux de mes observations (l'une est rapportée dans mon traité d'Électrolhérapie, p. 183), à une paraplégie complète s'ajoutaient une anesthésie et une analgésie des membres supérieurs, qui avaient conservé leurs mouvements actifs, de toutes les muqueuses, et de la plupart des sens. Dans un troisième cas, la malade étant au lit pouvait exécuter tous les mouvements avec ses jambes ; mais, quand elle essayait de marcher, elle tombait aussitôt à la renverse après quelques mouvements maladroits [ataxie hystérique) .

La paralysie de la vessie accompagne presque toujours l'hémiplégie, et surtout la paraplégie hystérique. En pareil cas elle est assez rebelle, et se complicjue parfois d'anesthésie de la muqueuse vésicale. A la paralysie du rectum se lient la constipation, la tympanite, ou môme l'anesthésie du rectum, accidents heureusement fort rares dans l'hystérie.

Réactions électriques dans les paralysies hystériques. Duchenne le premier a donné les signes suivants comme caractéristiques des paralysies hystériques : intégrité de la contractilité électro-musculaire^ avec diminution notable ou abolition complète de la sensibilité électromusculaire et électro-cutanée. Il y a cependant des exceptions à ces règles. Ainsi j'ai vu, dans deux cas de paralysie hystérique incontestable, le raccourcissement électrique des muscles sensiblement diminué; dans un cas de Briquet (obs. 49) exuminé par Duchenne, les membres inférieurs paraplégiques avaient perdu et leur contractilité et leur sensibilité électro-musculaires. Chez une malade anesthésique qui s'était fait une brûlure au bras, je trouvai le derme et les muscles mis à nu complètement insensibles à l'excitation électrique. Nous avons vu précédemment que dans certaines paralysies apoplectiques ou par compression de la moelle, où la paralysie s'accompagne d'anesthésie des parties profondes, la contractilité électromusculaire peut être conservée, et la sensibilité électro-cutanée et électro-musculaire manquer comme dans les paralysies hystériques;

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