TROUBLES PSYCHIQUES
actions réciproques de la vie psychique et du monde extérieur dans l'hystérie. Laissant à la psychiatrie la description détaillée de ces accidents, nous n'en présenterons ici que les traits les plus saillants. Les troubles psychiques de V hystérie se manifestent, dans les formes légères, par une sensibilité anormale aux impressions extérieures, ainsi qu'aux reproches, par le passage subit d'une gaieté exagérée à la tristesse, par un entêtement obstiné ou de l'apathie. C'est assez souvent un désir d'attirer l'attention. Les altérations psychiques plus graves sont tantôt aiguës, tantôt chroniques. Les accès aigus consistent en hallucinations, délires, extase, ou môme en accès de manie; ceux-ci se terminent ordinairement par la guérison, et les malades sont alors incapables de se rappeler le moins du monde l'état d'égarement par lequel elles ont passé. Les psychoses chroniques de Vhystérie revêtent la forme de la mélancolie ou do la manie. L'état mental s'établit, d'après Griesinger, par une augmentation progressive des désordres intellectuels antérieurs, avec perte de la possession de soi-même et manifestations extérieures désordonnées : quelquefois aussi l'invasion est aiguë comme après les émotions, les maladies aiguës et les attaques d'hystérie. Il y a d'abord un léger changement dans le caractère, un amour-propre inaccoutumé, de l'impatience, de la violence, une absence de volonté et des inquiétudes excessives de la malade sur sa santé; viennent ensuite des troubles du sommeil, de la digestion, de la menstruation, des accidents anémiques, puis une mélancolie profonde, de la stupeur, un désir irrésistible de rester au lit. On constate souvent dans cet état le mélange de manifestations erotiques, il peut aussi survenir de l'extase. Griesinger n'a vu cette forme de démence hystérique que chez les femmes. Sa transformation en véritable folie est rare.
\Jextase hystérique a existé surtout au moyen âge et pendant les siècles suivants, chez des reHgieuses de France et d'Allemagne, et dans certaines sectes à l'état épidémique; elle trouvait à cette époque un aliment puissant dans la surexcitation religieuse des esprits. Dans les cas isolés qu'on observe encore aujourd'hui, des accidents hystériques et des convulsions précédent presque toujours l'apparition de l'extase; il est beaucoup plus rare que celle-ci se développe sans aucun signe précurseur. Pendant l'extase les malades perdent toute communication avec le monde extérieur, elles demeurent raides et immobiles, puis elles débitent des discours, des chansons, des vers, sans en conserver le moindre souve^ nir après leur réveil.
Ici se place encore le somnambulisme^ dans lequel des malades reconnues comme hystériques accomplissent pendant leur sommeil toute une série de mouvements extraordinaires, se lèvent à la suite de rêves pénibles, et se promènent tantôt avec un regard fixe, que
rien ne peut détourner, tantôt les yeux fermés, et se recouchent ensuite après un temps plus ou moins long ; tandis que si on les secoue pour les réveiller, elles poussent des cris, sont prises d'une vive frayeur et souvent de convulsions. Le lendemain elles ne se rappellent absolument rien des événements de la nuit. Des faits de ce genre sont rapportés par les auteurs anciens et modernes.
J'ai observé une jeune fille hongroise extrêmement délicate, et hystérique, qui se levait pendant la nuit, chantait tour à tour des chansons allemandes, hongroises, françaises ou anglaises avec un très-bon accent, racontait ses conversations avec un ancien médecin de la famille (elle ne voulait entendre parler à aucun prix d'autres médecins), sortait en chemise de son lit, se promenait dans une chambre faiblement éclairée, puis allait se cacher derrière une armoire à glace ou une psyché ; elle n'entendait ni ne voyait sa mère qui était là, et retournait ordinairement dans son lit au bout d'un quart d'heure. Ouand on secouait la m.alade pour la tirer de ces rêves, elle tombait aussitôt en poussant un grand cri, et était prise de tremblements et de hoquets. Ce somnambulisme ne revenait qu'à certaines périodes, et ne laissait pas la moindre trace dans le souvenir de la malade.
Cherchons maintenant une interprétation acceptable de ces curieux svmptomes de somnambulisme. On voit, d'après la description que nous en avons faite, que pendant le somnambulisme les rapports de l'àme avec les organes des sens sont momentanément abolis, mais que la faculté de former des idées persiste, ainsi que leur influence sur la production des mouvements. Ainsi, tandis qu'aucune incitation centripète n'est plus fournie par les organes des sens, l'impulsion de l'écorce cérébrale peut encore suivre sa marche centrifuge et arriver aux racines antérieures par le pied du pédoncule cérébral. Les discours que tiennent les malades pendant leur sommeil, les airs qu'elles chantent, prouvent évidemment que les cellules de l'écorce cérébrale, comme support des idées, et que leurs communications entre elles servant à l'association des idées, fonctionnent activement, et que des mouvements peuvent être produits par l'action centrifuge des cellules de l'écorce cérébrale à travers la couronne rayonnante. Il est probable qu'un certain reste de conscience intervient aussi en pareil cas, mais d'une manière si fugitive, qu'il n'en résulte aucune empreinte sur la mémoire.
Les phénomènes psychiques de dépression qu'on observe chez les hystériques sont Y envie de dormir, qui peut s'accentuer jusqu'au sopor ou à la léthargie véritables. Lasègue a décrit il y a quelque temps cliez les hystériques, sous le nom de catalepsie passagère (Arch. génér. de méd., 1866), un état dans lequel les malades, quand on leur couvrait les yeux avec la main ou avec un mouclioir, entniiont en catalepsie, tom])aient dans un sommeil plus ou moins