‹ Traité clinique du rhumatisme articulaireChapitre 14 sur 109 · XXVJ PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVJ PRÉFACE

« ses leçons et dans sa thèse? Quant à mon opinion person- « nelle sur le mérite de ce qu'on nomme statistique médi- « cale , les lecteurs, j'imagine, s'en soucieraient fort peu : « quel crédit aurait-elle, n'étant point entourée de ses preu- « ves? Mais tôt ou tard, je le sens, viendra le jour où je ne « résisterai plus à la démangeaison de m'expliquer à cœur « ouvert sur ce point, et de m'écrier avec le satirique latin :

« Semper ego auditor tantùm P numquamne reponam , « Vexatus toties »

Jeunes cliniciens , vous surtout qui vous destinez à la carrière de l'enseignement , et qui êtes appelés à remplacer un jour les professeurs de clinique actuels, que l'autorité et l'exemple du maître de l'auteur de ce passage ne soient point une loi pour vous. Recueillez , avec la plus scrupuleuse exactitude, les observations particulières, notezen expressément toutes les circonstances utiles à connaître , et péchez ici plutôt par excès que par défaut; rassemblez ces observations en masses et en faisceaux; comptez-les et pesez- les bien; rapprochez-les, comparez-les sous tous leurs rapports , cherchez et exposez ce qu'elles ont de commun entre elles; généralisez ou formulez des lois et des principes avec toute la prudence, toute la circonspection nécessaires. Cela fait, classez bien, catégorisez , appareillez pour ainsi dire les observations ; traitez ces classes et ces catégories comme les masses qui vous les ont fournies. Mesurez ce qui peut être mesuré , pesez et calculez ce qui peut être pesé et calculé ; faites et refaites Y analyse après la synthèse et réciproquement; en un mot, mettez à contribution toutes les facultés de l'esprit d'observation et de l'esprit philosophique ; procédez avec toute la précision, toute l'exactitude possible; continuez ce pénible métier pendant de Ion-

PRÉFACE. XXVij

gues années, et l'on peut vous promettre une abondante moisson de découvertes et de gloire, sans préjudice d'une foule de persécutions, grandes, moyennes ou petites, par dessus le marché.

8° Enfin , nos adversaires soutiennent que le rhumatisme articulaire ne doit pas être rangé dans la classe des phlegmasies. Ils lui font une place entre ces phlegmasies et les hémorrhagies. Ils admettent bien que ce rhumatisme se montre fréquemment avec des phénomènes évidemment inflammatoires ; mais, ajoutent-ils, ce n'est pas dans les parties affectées de rhumatisme que ces phénomènes ont leur siège. Une des principales raisons sur lesquelles ils se fondent pour contester au rhumatisme articulaire une nature inflammatoire, c'est que, selon eux, il n'existe aucun exemple indubitable de terminaison de cette maladie par suppuration (1).

Quanta nous, d'après la considération des altérations que le rhumatisme articulaire bien caractérisé entraîne à sa suite, et surtout de sa terminaison par suppuration ou épanchement purulent, quand il sévit à un haut degré d'intensité, terminaison dont nous avons rapporté plus de trente observations, pour la plupart indubitables ; d'après la considération de ses symptômes locaux et généraux, qui sont ceux des maladies inflammatoires les plus franches , les plus sincères , les plus légitimes ; d'après la considération de certains accompagnemens intérieurs de cette maladie, tels que la péricardite , l'endocardite , la pleurésie , etc. , lesquelles ne sont réellement autre chose que des rhumatismes intérieurs; d'après la considération de la cause ordinaire du rhumatisme articulaire aigu,

(i) A la pa-^e 43g des Leçons du rhumatisme, on lit que la terminaison par suppuration est complètement inadmissible à l' égard du rhumatisme musculaire, et très peu probable à l'égard du rhumatisme articulaire.

XXVUJ PKÉFACE.

qui est essenlieilement la même que celle de la pneumonie , de la pleurésie, de l'angine, etc. , en un mot, des maladies dont le génie inflammatoire ne saurait être contesté par personne ; d'après l'expérience la plus répétée des succès vraiment admirables qu'on obtient de l'emploi bien entendu,, et suffisamment énergique, des émissions sanguines (nous en donnerons la formule) dans le traitement de ce même rhumatisme articulaire ; quant à nous , dis-je , frappé de toutes. ces considérations auxquelles nous pourrions en ajouter quelques autres, nous déclarons hautement que le rhumatisme articulaire bien caractérisé (fièvre rhumatismale) doit être placé au premier rang des maladies essentiellement inflammatoires, dont il constitue, je ne crains pas de le dire, un des modèles ou des types les plus parfaits (1).

Nous venons d'opposer les unes aux autres les doctrines de l'auteur de cet ouvrage, et celles que l'on trouve dans les ouvrages de l'un des classiques les plus célèbres de Yecole médicale, qui a précédé l'ère nouvelle où la clinique est arrivée.

Nous laissons maintenant aux lecteurs impartiaux et bien éclairés le soin de se prononcer entre ces doctrines antagonistes. Nous osons espérer qu'ils trouveront dans ce Traite' les pièces et les documens essentiels dont ils ont besoin pour adopter telle ou telle opinion , en parfaite connaissance de cause. Ceux qui auront auparavant pris la peine de lire les œuvres de nos adversaires , et notamment les Leçons sur le

(i) Il est bien entendu que, comme les autres maladies inflammatoires de même origine que lui, et plus encore peut-cire qu'un grand nombre d'entre elles, le rhumatisme articulaire ou l'arthrite rhumatismale est susceptible de divers degrés d'intensité, dont le plus élevé est celui qui se termine par suppuration.

PREFACE. XXlX

rhumatisme, sauront alors quelle espace de justice nous y a été rendue.

Si les lecteurs trouvent que nos doctrines, laborieusement i déduites et pour ainsi dire exprimées de la pure substance de ; plus de deux cents observations, exactement recueillies, et dont plus d'une centaine ont été rapportées en détail, soit dans cet ouvrage, soit dans notre Clinique médicale , soit dans notre Traité clinique des maladies du cœur; si, dis-je , les lecteurs trouvent que ces doctrines sont conformes à la plus saine observation , à l'expérience la plus rigoureuse , ils auront quelque indulgence pour des phrases un peu vives qui auraient pu nous échapper, quand il nous a fallu porter un jugement sur les doctrines opposées de nos adversaires.

Profondément convaincu par les recherches cliniques les plus assidues et les plus répétées , que, sous la plupart des rapports, nos antagonistes avaient commis de graves erreurs dans l'étude du rhumatisme articulaire, fallait-il donc renoncer à toute discussion critique ou même grossir le nombre de leurs admirateurs? Non, nous ne pouvions ainsi faillira notre conscience; toutefois, nous avons bien pris soin de nous abstenir de ces formes acerbes et violentes outre mesure, dont on nous avait donné l'exemple dans les Leçons sur le rhumatisme.

Heureux d'avoir trouvé quelque sympathie parmi tous les vrais amis du progrès, certain de n'avoir rien négligé pour rester fidèle à la loi du devoir , ainsi qu'à celle de la vérité , je terminerai cette préface comme celle de mes Nouvelles recherches sur le rhumatisme, par le passage suivant de Sydenham (1) : Si qui reperiantur, qui vitio statim vertunt, si quis novi aliquid, ah illis non prius dictum , vel etiam

(i) Oprra med'ica, t. I, p. 4, éd. MDCXXXVl.

Page 1