SECONDE SECTION
DESCRIPTION GÉNÉRALE DES LÉSIONS ANATOMIQUES OU DES DI- VERSES ALTÉRATIONS MATÉRIELLES QUE LE RHUMATISME AR- TICULAIRE ENTRAINE A SA SUITE.
ARTICLE PREMIER
Caractères anatomiques du rhumatisme articulaire aigu.
Etudions successivement les lésions des tissus malades eux-mêmes et celles des produits normalement sécrétés par ces tissus, par les membranes synoviales en particulier.
& I . Lestons de l'appareil séro-fibreux et des cartilages articulaires.
On a trouvé les synoviales rouges, épaissies, ramollies, plus faciles à détacher que dans l'état normal (d'un aspect velouté chez le sujet de l'observation xxxn).
(0 M. le docteur Kaciliorski auquel j'ai adressé ce malade, a constaté de son côté ce phénomène, ainsi que les autres signes des lésions indiquées plus haut.
51S CâAACTÈRES ATOMIQUES
La rougeur de la synoviale , soit seule , soit avec épaississement de la synoviale, a été signalée che. les sujets des observations i. m, iv, v, xn, xiv, etc.
Cette rougeur présente divers degrés, des nuances plus ou moins prononcées, depuis la simple teinte rosée, jus- Là la teinte rouge foncé ou même livide. Il en est ainsi de ?épaississement de la synoviale. Chez le sujet de 1 observation xxviii , il a été noté que la synoviale avait deux ou trois lignes d'épaisseur (quatre à cinq millim.), ce qui nous parait
considérable. I
Au reste, la rougeur ne se rencontre pas également dans toutes les périodes de la maladie, et il en est même ou elle| manque complètement. A sa place, on trouve une teinte terne,^ grisâtre, etc. Dans les observations qui nous fournissent les éléwens de cette description , il n'est pas question , a l'occasion de la rougeur, d'arborisations vasculaires, en sorte qu( cette rougeur paraît devoir être assimilée à celle que l'on observe sur les membranes séreuses, et qui affecte la forme d< plaques, de bandes, etc. , d'un rouge continu (1). Le tissi cellulaire sous-synovial n'ayant pas été examine, nous n a vons rien à dire sur l'injection et la rougeur dont il aurait pi
être le siège.
Dans quelques cas , et lorsque la maladie avait dure un cet tain temps , on a trouvé la synoviale détruite, ulcérée en que ques points (observations xxvni, xxx).
Enfin , dans les cas d'épanchemens articulaires, les sync Viales sont distendues plus ou moins, selon la quantité du 1 quide épanché.
Les observations précédemment rapportées nous apprei nenl bien peu de chose soit sur les franges synoviales , so. sur les ligamens et les capsules fibreuses (les ligamens et . capsule fibreuse sont notés intacts dans quelques observlions, dans les xxvm, xxx et xxxv, par exemple; dans »
(i) Dans l'observation v, il est même dit expressément qu'on ne point apercevoir de traces de vaisseaux, d'arborisations proprement dites, bien J les synoviales fussent en plusieurs points d'un rouge plus ou moins vif (di côté, c'étaient de petites plaques roses, ailleurs la couleur était foncée).
xxxiv, on note un ramollissement des ligamens baignés par le pus). C'est là une lacune qu'il est réservé à des observations ultérieures de faire disparaître".
Comme les synoviales , les cartilages et les fibro-cartilages articulaires ont été trouvés épaissis, tuméfiés, ramollis. De plus*, ils ont aussi subi quelquefois un travail d'érosion , d'ulcération, de destruction; et dans quelques cas, les altérations des cartilages avaient pénétré jusqu'à la substance osseuse elle-même. Rappelons ici quelques faits particuliers comme exemples des altérations dont il s'agit : chez le sujet de l'observation m, en même temps que les synoviales étaient très rouges et épaissies, 4es cartilages paraissaient un peu ramollis; chez le sujet de l'observation xi, les cartilages de l'articulation fémoro-libiale gauche étaient ramollis, elles fibro- cartilages détruits sur quelques points ; chez le sujet de l'observation xiv, les condyles du fémur gauche étaient érodés; chez le sujet de l'observation xvi, tuméfaction légère de la tête des os du poignet gauche , et ulcération des surfaces articulaires des os pisiforme et cunéiforme. Chez le sujet de l'observation xxvhi, la surface articulaire de l'extrémité inférieure du fémur était rouge et très inégale ; les cartilages de la rotule et de la poulie articulaire du fémur étaient en partie détruits; chez le sujet de l'observation xxxi , dénudation et carie des surfaces articulaires des extrémités inférieures du radius et du cubitus , de celles des os du carpe, avec teinte rouge de ces surfaces; dénudation, carie de la face postérieure de la rotule droite ei des condyles des fémurs ( ici la carie existait sous forme de petits trous).
§ II. /■Itérations de la synovie, production de pus et de pseudo- membranes ou épanchemens articulaires.
Il est bien certain que la matière de tous les épanchemens articulaires dont on constate l'existence pendant la vie chez ies individus atteints de rhumatisme articulaire aigu , ne consiste pas en un véritable pus ou même en une simple synovie purulente avec pseudo-membranes. En effet , il est certains degrés où cette maladie, à l'instar de plusieurs
autres de la même famille, augmente les sécrétions séreuses, sans les altérer au point de les transformer en une véritable suppuration. Dans ces degrés fégers ou moyens, la quantité du seeretum normal est augmentée sans altération grave et profonde de ses qualités. Mais, dans le rhumatisme articulaire très intense, soit général , soit surtout partiel et fixe, il n'en est plus ainsi , et d'abondans épanchemens de véritable pus ou d'une synovie purulente et pseudo - membraneuse s'opèrent dans les cavités articulaires, ou dans l'intérieur des synoviales, comme il se forme des épanchemens de pus ou de sérosité pseudo-membraneuse dans les cas de péricardite el de pleurésie ,*que ces affections coïncident ou non avec un rhumatisme articulaire. Toutefois, c'est ici le lieu de faire remarquer que les épanchemens purulens si souvent rencontrés à la suite des péricardites rhumatismales , étant l'effet d'une maladie du péricarde qui est essentiellement la même que celle des synoviales rhumatisées, étant, en un mot, l'effet d'un violent rhumatisme du péricarde , il ne faut pas s'étonner de voir le rhumatisme violent des synoviales, c'est-à-dire une sorte de péricardite de ces membranes, se terminer aussi par des épanchemens purulens semblables aux précédens , sauf les modifications provenant des différences de texture ou d'organisation qui existent entre les membranes séreuses proprement dites et les séreuses synoviales.
Au reste, pour résoudre la question qui nous occupe, pour savoir à quoi s'en tenîr sur les changemens que le liquide sécrété par les synoviales peut subir sous le double rapport de sa quantité et de sa qualité, dans le cas de rhumatisme articulaire, il faut consulter les faits. Or, voici ce que nous apprennent les observations rapportées ci-avant.
Commençons par reconnaître que, parmi nos observations de rhumatisme articulaire aigu bien caractérisé il n'en est aucune dans laquelle on n'ait rencontré , après la mort , qu'une augmentation pure et simple de la quantité de synovie qui lubréfie normalement l'intérieur des articulations (1).
(i) Un cas qui se rapproche aulant que possible du genre de ceux caracîé-
DU RHUMATISME ARTlC.Ul-A.IRE AIGU. 221
La raison de ce fait est facile à donner : c'est que la forme purement hypercrinique ou supersécrétoire du rhumatisme articulaire n'est pas celle qui entraîne ordinairement la perte des malades.
La matière des épanchemens articulaires dont nous ayons rapporté trente-trois exemples (1) s'est présentée sous différens aspects que nous allons rappeler.
1° Dans vingt-et-un de ces trente-trois cas, les épanchemens étaient formés de pus véritable, louable, bien lié, homogène phlegmoneux, quelquefois jaunâtre (voy. les observ. i, n ni, iv, vu, vin, ix, xi, xv, xvi, xx, xxi de la première catégorie ; xxm , xxiv, xxv, xxvi , xxix, xxx, xxxm, xxxiv, xxxv de la seconde catégorie).
2° Dans un cas (xix) le pus était séreux et sanguinolent (il provenait de l'articulation du genou, et on lui avait donné issue par une incision).
3° Dans six cas, il existait un mélange de pus et de synovie ou une synovie purulente, trouble (observ. x, xn, xm, xiv, xxn, xxxn). Dans l'un de ces cas (xxxn), il existait en même temps une couche membraniforme sur la synoviale malade, qui était celle du genou droit.
risés par les circonstances ci-dessus énoncées, a été rapporté par Pinel. Un iniividu de 34 ans, ayant succombé à un rhumatisme dit musculaire assez compliqué, on trouva dans l'articulation scapulo-humérale droite une synovie aunâtre, plus épaisse, plus abondante que dans l'état ordinaire. Toutefois, même dans ce cas où, si la description est bien exacte } la synovie ne paraît pas avoir été purulente, ce liquide était plus épais en même temps que plus ibondant qu'à l'état normal. Deux cas du même genre ont été rapportés dans aie thèse de M. William Vergne, soutenue en i836..
(r) Le nombre des observations particulières rapportées dans cet ouvrage, :omme matériaux de l'anatomie pathologique du rhumatisme , est de trente- :inq ; mais nous faisons abstraction ici de deux de ces observations (xvn et ixxvn), attendu qu'elles sont uniquement relatives à un rhumatisme musculaire. Ajoutons toutefois que dans ces deux cas, la maladie s'était terminée par suppuration, par abcès. L'un d'eux (obs. xvn) était relatif à un rhumatisme :hronique, et dans ce cas, la matière des collections purulentes consistait soit ;n un liquide séreux, jaunâtre, grumeleux, soit en un liquide analogue à de 'huile blanchâtre, contenant des flocons albumineux.
222 CABACTÈHES AIÏATOMIQUES
fto Dans un cas (observ. *«>, on ne rencontra que des floeonsalbumineux; dansun autre, il existait un liquide serolun ineuK (obs^v. xvm). Dans ce dernie&as, le rhuma- Se d'abord aigu, était passé à l'état chronique et lou posait élever quelques doutes sur le véritable foyer du pus P 7» Dans un ca" (observ. v), l'épanchement était constitue narune synovie épaisse Jaunâtre, trouble, semblable a de l'huile confie, ou mieux, au fluide spermatique, si Ion suppose celui-ci coloré enjaune.Bws un autre cas (observ xxvhi), la synovie était d'une couleur jaunâtre et avait Plus'de consistance qu'à l'état normal (l'affection articulaire semblait à-peu-près terminée, lorsque le sujet de cette observation fut enlevé par une maladie intercurrente).
6° Enfin, dans un dernier cas (observ. xxxi), il n est question ni de pus ni de synovie purulente , etc., mais simplement de sérosité amassée dans la cavité de l humérus qm reçod
l'oléerane(\)'
Voilà pour la qualité des épanchemens articulaires.
La quantité de ces épanchemens ne se trouve point précisée ou rigoureusement déterminée , mesurée, dans la plupart des observations que nous résumons. Il n'est guère que les observations xxx et xxxn dans lesquelles cette détermination ait eu lieu. Dans la première , l'articulation de 1 épaule
(I) C'est une chose digne d'être notée que le petit nombre de cas dans ta» quels on a rencontré quelqnes flocons on quelques couches de matière pseudo-membraneuse ou plastique, ainsi que l'absence d'adhérences récentes entr les snrfaces contiguës des articulations. Il n'en est pas ainsi dans les enflamma lions avee épanchement des membranes séreuses proprement dites, telles quia plèvre et le péricarde en particulier. D'après les faits actuellement connus on peut donc établir que la formation de pseudo-membranes organisâmes , -, suile l'établissement d'adhérences accidentelles, sont bien plus rares da* l'inflammation aiguë des membranes synoviales que dans celle des membrane séreuses proprement dites. Grâce à cette particularité , qui semblerait mit ter en faveur des causes finales ou delà prévoyance de la nature, les artiev lationsrhumatisées conservent, après la gnérison , toute la liberté de lem mouvemens, dans une foule de cas où il n'en eut pas été de même, si des adhrj rences accidentelles s'étaient formées, comme il arrive à la suite de la pieu;
X'ésie , etc.
droite contenait une once (30 grammes) de pus louable; dans la seconde, la synoviale du genou droit renfermait un ou deux verres d'un liquide séreux, purulent, et de véritable pus avec une couche membraniforme sur cette synoviale.
Dans divers cas, on se borne à dire que plusieurs articulations étaient pleines de pus, qu'il existait une grande quantité de pus dans les articulations ( observ. i , h , m , iv, XI, xv).
Au reste , cette quantité a dû être très variable , comme on le conçoit, selon l'étendue et le nombre des synoviales affectées.
Avant de terminer ce paragraphe, nous ajouterons que ce n'est pas seulement dans les synoviales articulaires, maïs aussi dans les synoviales des tendons et dans le tissu cellulaire musculaire que des collections purulentes plus ou moins abondantes ont été rencontrées chez un bon nombre des sujets dont nous avons rapporté les observations. C'est qu'alors il existait en même temps un rhumatisme articulaire, un rhumatisme musculaire et un rhumatisme des gaines tendineuses. Si nous n'insistons pas plus long-temps sur cette circonstance non plus que sur les altérations des muscles, telles que le ramollissement , etc., et sur celles des aponévroses, du périoste, des os eux-mêmes, c'est que nous ne traitons spécialement, dans cet ouvrage, que du rhumatisme articulaire.
Les vaisseaux des membres frappés d'un long et violent rhumatisme qui s'est terminé d'une manière funeste , les veines surtout présentent assez souvent, comme le démontrent plusieurs de nos observations , des altérations plus ou moins profondes, soit que ces vaisseaux aient été frappés eux-mêmes d'inflammation rhumatismale , soit que l'inflammation rhumatismale des articulations et des muscles se soit propagée jusqu'à eux par voie de contiguïté ; mais la description de ces altérations n'entre pas dans notre cadre et nous entraînerait trop loin.
C'est par les mêmes raisons que nous ne présenterons point ici Vanatomie pathologique des accompagnemew intérieurs
auviscéraux du rhumatisme articulaire aigu.Ces rhumatismes intérieurs , et spécialement X endocardite et la péricardite rhumatismales, ne doivent pas plus être décrits à l'occasion du rhumatisme articulaire, que celui-ci ne devrait l'être à l'occasion de l'endocardite et de la péricardite de même origine que lui.
Ce qu'il fallait savoir, c'est le grand fait de la coïncidence de ces affections les unes avec les autres. Or, nous n'avons rien négligé pour bien convaincre nos lecteurs de cette vérité, pour les détails qui se rattachent à l'anatomie pathologique de l'endocardite et de la péricardite , comme pour les détails relatifs aux autres points de vue sous lesquels ces maladies peuvent être étudiées , nous renvoyons aux faits particuliers d'une part, et d'autre part à notre Traité clinique des maladies du cœur, où se trouve leur description générale.