ÉVOLUTION, PÉRIODES, MARCHE, DUREE DU RHUMA- TISME ART! COL AIRE AIGU
§ Ie*'. Périodes, évolution et marche.
Considéré sous le point de vue de sa complète évolution , le rhumatisme articulaire aigu présente trois grandes périodes ou trois phases principales : la première comprend le temps qui s'écoule depuis le début de la maladie jusqu'à son entier développement : c'est la période d'augment (incrementum) pour nous servir du langage de l'école; la seconde comprend le temps durant lequel la maladie persiste dansson entier développement : c'est la période d'étal; la troisième enfin comprend le temps qui s'écoule depuis le moment où la maladie commence à décroître jusqu'à celui de sa terminaison complète : c'est la période de déclin ou de décaissement (decrementuni).
Aux trois périodes ci-dessus établies , quelques auteurs en ont ajouté une autre sous le litre de période d'incubation, de prodromes ou de phénomènes précurseurs.
On tomberait dans une grave erreur si l'on prenait trop à la lettre tout ce que les auteurs ont écrit sur la période dont il s'agit , et notamment sur une prétendue fièvre qui , dans le rhumatisme articulaire aigu, comme dans les fièvres érupûxes proprement dites, devancerait de quelques jours la manifestation de l'affection articulaire.
Remarquons d'abord qu'à un degré très léger, et lorsqu'il n'occupe qu'un petit nombre d'articulations d'un volume peu considérable , le rhumatisme articulaire est souvent apyréti-
que, à quelque période qu'on examine les malades. Que devient, dans cet ordre de cas, le système d'après lequel la fièvre précéderait constamment les phénomènes locaux dont les articulations sont le siège?
L'exacte observation nous apprend que dans le rhumatisme articulaire aigu fébrile, comme dans les grandes phlegmasies aiguës les plus franches, les plus légitimes , telles que la pneumonie , la pleurésie, etc., survenant à la suite d'un brusque refroidissement, les phénomènes de l'affection locale naissante et les phénomènes fébriles se développent à-peuprès simultanément. Toutefois, hors les cas où la cause s'éparpille en quelque sorte sur tout le système sanguin, ou du moins sévit sur son organe central en même temps que sur les poumons, la plèvre, les synoviales, etc., la raison nous enseigne que les phénomènes locaux doivent précéder les phénomènes généraux ou réactionnels et partant la fièvre , comme la cause doit précéder l 'effet , bien que, dans un bon nombre de cas , l'effet suive la cause de si près que l'intervalle qui les sépare ne puisse être , si j'ose le dire , saisi que par l'œil de l'entendement.
Mais si dans la famille de maladies qui nous occupe, et à laquelle appartient de droit le rhumatisme articulaire aigu fébrile, on peut, on doit même, à la rigueur, admettre que la fièvre suit l'affection locale , comme l'ombre suit le corps , il n'est donc pas permis de dire, en thèse générale, que la première précède de quelques jours la seconde. Au reste , le simple bon sens médical a, depuis un temps indéfini, décidé la question agitée ici, en donnant à la fièvre qui accompagne ces maladies , l'épithète de consécutive , de secondaire , de symptomatique.
Toutefois , n'exagérons rien et sachons toujours bien distinguer les cas au lieu de les confondre dans une généralisation extrême, excessive. Or, il peut se présenter certains cas dans lesquels un mouvement fébrile précède l'apparition formelle des phénomènes articulaires, chez un individu qui plus lard sera frappé d'un rhumatisme articulaire. Mais gardons-nous bien de conclure de là, comme le font certains auteurs, que la fièvre dite rhumatismale est la cause des inflammations articu-
laires au lieu d'en être l'effet, et qu'il en est de cette fièvre comme de celle qui précède lu variole. Pour qu'une pareille conclusion fût logique, légitime, il faudrait que, à l'instar de l'éruption variolique, l'affection articulaire, et, s'il m'est permis de parler ainsi, V éruption rhumatismale articulaire fût constamment précédée, du moins dans les cas suffisamment intenses, d'une fièvre d'incubation tellement manifeste, que nul observateur éclairé et de bonne foi ne pût en nier l'existence. En est-il cependant ainsi? Non, assurément non. Donc, dans les cas, réellement exceptionnels , que nous supposons et que nous discutons, si l'on n'est pas en droit de dire que la fièvre soit l'effet du rhumatisme articulaire, puisqu'il n'existe pas encore, ou que du moins son intensité, s'il existe déjà, n'est pas en proportion avec l'intensité de la fièvre, on n'est pas autorisé non plus à soutenir que le rhumatisme articulaire est l'effet de la fièvre (proposition d'ailleurs insoutenable sous certains autres rapports que nous n'examinons pas ici). Il y a donc alors, jusqu'à un certain point, indépendance entre les deux faits dont il s'agit , ou du moins ils ne s'enchaînent l'un à l'autre par aucun lien de causalité, par aucun rapport de cause à effet. Et qu'on n'aille pas, à l'occasion de cette prétendue fièvre d'incubation , comme à l'occasion de cette autre fièvre qui persiste quelquefois après la disparition du rhumatisme articulaire {fièvre rhumatismale sans rhumatisme de quelquesuns) , qu'on n'aille pas, dis-je, évoquant le fantôme d'une doctrine renversée sans retour, nous parler encore de je ne sais quelle nouvelle fièvre essentielle! Un peu plus haut, nous avons vu comment , grâce à la découverte de la loi de coïncidence de l'endocardite ou de la péricardite , une lumière imprévue avait lui sur la question, jusque-là si obscure, de la fièvre qui survit assez souvent au rhumatisme articulaire (1). Eh bien! que dans les cas, à la vérité bien rares, puisque je n'en ai pas rencontré depuis huit ans que mon attention est fixée sur l'étude du rhumatisme , que dans les cas de fièvre
(i) Si , par exceplion, ces inflammations n'existaient pas dans les cas dont il s'agit, on trouverait la raison de la fièvre dans la présence de quelque autre des accompagnemens du rhumatisme articulais, signalés précédemment.
■2§(] MARCHE , I>UREE
précédant le développement d'un rhumatisme articulaire , on explore avec soin tous les organes, toutes les fonctions, et l'on ne tardera pas à se convaincre, si l'on est suffisamment versé dans la pratique des méthodes exactes d'exploration , que celle lièvre se rattache soit à un état inflammatoire direct de l'appareil sanguin , soit à une réaction exercée sur cet appareil par quelque organe intérieur ou extérieur enflammé.
Mais revenons à nos trois périodes fondamentales dont les précédentes considérations nous ont assez et peut-être trop long-temps éloignés.
Nous ne croyons pas devoir insister sur les caractères particuliers qui distinguent chacune de ces périodes. Ce n'est là, en effet, qu'une application des principes que fournit l'étude attentive des maladies à la famille desquelles appartient le rhumatisme articulaire, considérées d'une manière générale ; nous ajouterons seulement les réflexions suivantes.
Le rhumatisme articulaire aigu ne parcourt pas toujours, et d'une manière fatale, les trois grandes périodes que nous venons de lui assigner; il peut en quelque sorte avorter ou ne parcourir qu'une partie de la courbe qui représente son évolution complète. Cet avorlement de la maladie est tantôt naturel, spontané, comme on dit assez improprement, tantôt artificiel, ou le produit d'une thérapeutique dont nous parlerons plus loin. L'avortement dit naturel ou spontané du rhumatisme articulaire aigu n'a lieu que dans les cas où celui-ci est extrêmement léger, et c'est alors qu'il se termine par véritable délitescence , selon l'expression consacrée. Nous verrons plus loin que, par un traitement bien dirigé et suffisamment énergique , on peut faire avorter un rhumatisme articulaire d'une grande intensité, et, à fortiori, celui qui n'atteint pas à un aussi haut degré.
Considérée en général, la marche du rhumatisme articulaire aigu, bien que continue, est entrecoupée d'exacerbations ou de paroxysmes et de rémissions. Comme dans la plupart des autres maladies aiguës , les paroxysmes ont lieu le plus souvent le soir et la nuit; c'est alors surtout que les douleurs redoublent et deviennent atroces, selon
l'expression de Sydenham , expression qui se retrouve d'ailleurs dans un très grand nombre des observations de divers auteurs que nous avons rapportées dans le premier chapitre de cet ouvrage (1).
Il ne faut pas confondre les simples paroxysmes ou exacerbations avec les recrudescences et les récidives proprement dites, malheureusement trop communes dans la maladie qui nous occupe. Celles-ci constituent, en effet, de véritables attaques nouvelles, qui le plus souvent reconnaissent pour cause quelque imprudence commise par les malades pendant le cours d'une convalescence , quelquefois encore mal assurée.
Ajoutons enBn qu'il n'est pas très rare de voir des individus bien guéris d'une première atteinte de rhumatisme articulaire , en éprouver plus tard de nouvelles. Nous avons depuis huit ans observé un grand nombre de cas de ce genre. Cette récidivité a lieu à des intervalles plus ou moins éloignés qu'il est impossible de soumettre à aucun calcul , même purement approximatif.
§ II. Durée.
Jusqu'ici les auteurs qui ont écrit sur la durée du rhumatisme articulaire aigu, n'ont point fondé leurs assertions sur des faits bien recueillis, analysés avec toute l'exactitude convenable et suffisamment nombreux. Ils n'ont point étudié sérieusement chacune des nombreuses circonstances qui
( i ) Disons , à cette occasion , un mot de Ja marché de la maladie articulaire que Sydenham et d'autres après lui ont décrite sous le nom de goutte aiguë, et qui, jusqu'à un certain point, n'est qu'une forme spéciale du rhumatisme articulaire aigu. L'affection dont il s'agit offre une marche qui se compose fréquemment d'une série d'accès ou d'attaques qui semblent tenir le milieu entre les paroxysmes simples et les récidives proprement dites. Aussi l'illustre médecin de Londres ne s'est-il peut-être pas servi de l'expression la plus exacte possible, en leur donnant le nom fa petits paroxysmes et celui de paroxysme à l'ensemble de la série. A cela près, il a dit avec autant de bonheur que de vérité-. « Ex série horum paroxysmulorum (sit veroo venid) constat paroxysmus, « quidicitur podagra... neque enim censendum est, quotiès quis cum hoc morbo « ad merises duos, vcl tresjuerit confliclatus , irnum illum paroxrsmum fuisse,. « sea sérient potins et catcnam paroxysmulorum. »
peuvent faire varier la durée du rhumatisme articulaire, telles que : 1° les degrés si variables d'intensité, la fixité ou la mobilité la concentration ou la dissémination , les accompagnemens, les complications de la maladie; 2° les conditions individuelles, le genre et le mode de traitement, etc. ,
etc. (1).
Cependant, avant de faire connaître les résultats de nos propres recherches fondées sur deux centaines d'observations recueillies avec un soin extrême, depuis un espace de sept à huit ans , voyons ce que nous apprennent les principaux auteurs qui se sont occupés de la matière.
I . Durée du rhumatisme articulaire sous l'influence desméthodes usitées jusqu'ici. De l'aveu de tous les auteurs qui , à différentes époques, ont traité la question qui nous occupe , la durée du rhumatisme articulaire aigu, à un certain degré d'intensité, est généralement fort longue, et l'on pourrait l'évaluer approximativement à un terme moyen de quarante à cinquante jours. Voici quelques détails à ce sujet:
En feuilletant l'ouvrage de Celse , pour savoir si j'y rencontrerais quelque article qui se rapportât au rhumatisme articulaire, j'y ai trouvé, à ma grande surprise, je l'avoue, une évaluation numérique de la durée de cette maladie , qui rentre précisément dans la moyenne approximative ci-dessus indiquée. Dans le livre où Celse traite des maladies, spécialement des douleurs des grandes et des petites articulations , après ce qui concerne celles des hanches et des genoux, on lit ce qui suit : « In manibus pedibusque articulorum vitia fré- « quenliora longioraqus sunt quœ in podagris chiragris- • ve esse consueverunt....ubi dolor et inflammatio se remi- « serunt, quod intradies quadraginta fit , nisi vitium ho- « minis accessit , etc. (2). »
(i) On ne sait pas tout ce qu'il en coule pour recueillir, pendant plusieurs années, des observations où l'on puisse trouver les élémens nécessaires à la solution exacte des questions générales dont se compose l'histoire des maladies, et parmi lesquelles la durée tient un des premiers rangs.
(i) Aidl Cornel. Celsi } Medicin. , lîbri vin, p. ai3-2iG; edit. Patavii, Mncccxv,
Le prince des observateurs du dix-septième siècle , Sydenham s'exprime ainsi sur la durée du rhumatisme articulaire aigu intense: « Licet rarissime hominem è medio tollat « tamen et vehementia dolotïs et diuturnitas eum prorsùs « contemni non sinunt. Etenim si minus peritè tractetur « non admenses tantùm, sed ad annos etiam aliquot, imo « per omnem adeo vitam misernm haud infrequenler dis- « cruciat.... »
Dans le siècle qui suivit celui de Sydenham , Stoll parle de la durée du rhumatisme articulaire dans des termes qui ressemblent assez a ceux de l'illustre praticien de Londres ainsi que le prouveront lés passages que nous allons extraire de sa médecine pratique :
« Quelquefois le rhumatisme avec fièvre (1) était opiniâtre « et ne cédait qu'avec peine aux remèdes les mieux indi- « qués ; alors la maladie traînait en longueur. »
« Le rhumatisme se prolonge souvent pendant plusieurs « semaines; et rarement se termine-t-il en peu de temps « lorsqu'il est abandonné à la nature.... La longueur du «• rhumatisme fébrile est au nombre des circonstances qui « tourmenlèrent beaucoup les malades. Celte longueur du « mal éluda souvent le traitement actif de Sydenham , de « sorte que les forces se trouvaient plutôt abattues que la « maladie. Des malades restaient plusieurs semaines sans « pouvoir se remuer.... Le plus souvent la maladie était re- « belle et résistait à tous mes efforts. »
« Si on la néglige (la dysenterie séreuse), elle se change « en une fièvre rhumatismale des intestins, longue et difficile, « comme nous le voyons arriver aux fièvres rhumatismales « des membres, dans lesquelles les poignets et les genoux « sont tuméfiés et très douloureux.
« La seconde espèce de rhumatisme » (Stoll avait d'abord parlé des rhumatismes sans fièvre, bénins, qu'on dissipait facilement), « la seconde espèce de rhumatisme était ce rhuma-
(i) Dans plusieurs endroits, Stoll n'ajoute point l'épithète articulaire au mot rhumat'ume, mais une lecture attentive prouve que ces endroits sont bien relatifs au rhumatisme articulaire.
,tisme opiniâtre des extrémités, d'abord avec fièvre et un « gonflement de la partie affectée; ensuite, quoique la fièvre « eût été dissipée, restant long-temps douloureuse.... s'il n'é- « tait pas traité convenablement, les articulations ne cessaient « qu'à fa longue d'être douloureuses : il les laissait moins pro- « près au mouvement, raides, pleines de nodosités, tumé- « fiées et pour toujours comme à demi contournées. Il y avait « un troisième genre de fluxions; elles faisaient pousser des « cris au malade lorsqu'on le touchait avec le doigt, même « très légèrement. Je traitai , en 1777, deux jeunes filles dont « l'une eut la main et l'autre le pied affectés d'un pareil rhu- <« matisme. Je pensai que la maladie avait été plutôt adoucie « par le temps que domptée par mes soins , qui , quoique très « multipliés et diversifiés, ne purent l'emporter sur le carac- « tère opiniâtre de la maladie. Chez quelques malades, ces « rhumatismes, après les avoir fait souffrir long-temps, se « tournèrent en suppuration » (l). Et pour prouver plus positivement encore la longue durée du rhumatisme articulaire aigu fébrile, dans les cas ordinaires, Stoll cite comme des exemples remarquables, extraordinaires, d'une guérison rapide du rhumatisme articulaire aigu, deux observations relatives à des sujets chez lesquels cette maladie , d'une intensité moyenne, se prolongea vingt jours environ, bien que soumise au traitement que Stoll avait jugé le plus convenable. Dans la première de ces observations de fièvre rhumatismale, il s'agit d'une fille de dix-huit ans, qui fut traitée par deux saignées, deux vêsicatoires et cinq vomitifs. Voici les réflexions de Sioll à l'occasion de ce fait : « Ce n'est qu'a- « vec répugnance que je me suis occupé de cette maladie, que .. j'avais observée fréquemment et si souvent accusée d'une « opiniâtreté extrême. Mais cette fois mes espérances furent «< surpassées par la promptitude et l'efficacité du traitement « que j'employai (1). » Or , quelle fut cette merveilleuse
(i) On voit que Stoll n'est pas au nombre de ceux qui nient la terminaison du rhumatisme par suppuration. Les passages que nous venons de rapporter se trouvent aux pages 24, i5, 86, 87 du tome premier, 2a3, 224 et 243 du tome troisième de la Médecine pratique (Ratio biedeNdj).
(2) Ouv. cit., t. ir, pag. 188 et suiv.
promptitude du traitement employé? La malade entra à l'hôpital le 23 mai, quatrième jour du rhumatisme, et, le U juin , seizième jour à dater du début, Sioll, après avoir expressément nolé que les malléoles devinrent douloureuses, ajoute: « Mais un vomitif ayant évacué beaucoup de matières bilieu- « ses et muqueuses, la malade fut bientôt remise dans son bon « état. »
Ainsi, chez une jeune malade, traitée dès le quatrième jour après le début, la convalescence n'est pas encore bien établie au seizième jour, puisqu'à cette époque les malléoles deviennent douloureuses, et néanmoins c'est au sujet d'un pareil cas, que Stoll se félicite de ce que ses espérances furent surpassées par la promptitude et V efficacité du traitement qu'il employa ! Qu'on.juge , d'après ce cas , choisi comme un modèle de courte durée, de ce que devait être la longueur de la fièvre rhumatismale dans les cas où cette maladie fut si souvent accusée par Stoll d'une opiniâtreté extrême !
Suivant M. Fauchier, « comme l'établit fort bien Stoll et « après lui Barthez , un des caractères distinctifs de Finflatn- « mation rhumatismale , est d'être de longue durée » (!)•
Nous avons rapporté précédemment l'observation à l'occasion de laquelle M. Fauchier s'exprime ainsi (obs. xx). Elle ne milite que trop en faveur de celte proposition , puisque la malade qui en est le sujet n'était pas encore guérie au bout de trois mois, et que, d'ailleurs, l'une des articulations rhumatisées,le genou droit, resta frappée d une incurable ankylose.
D'après Haygarlh, le rhumatisme articulaire aigu peut se prolonger jusqu'au quatre-vingtième jour (2).
Selon Pinel, le rhumatisme articulaire aigu dure de sept à soixante jours (Nosogr. philosçph., t. n , page 549; sixième édit., 1818).
(i) Journal gênerai de Médecine t i8i5.
(2) M. Chomel, après avoir rapporté cette assertion, ajoute : o Mais je crois « que les exemples en soDt infiniment rares : dans presque tous les cas où la « maladie s'est prolongée au-delà du sixième septénaire, je l'ai vue offrir les « caractères du rhumatisme chronique » ( Dissert, ïnaug., 18 i3). Qu'importe ici le nom ?
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Un relevé de vingt-et-un cas, fait par M. Marlin-Solon et publié à l'article rhumatisme du grand Dictionnaire des Sciences médicales , nous fournit les résultats suivans : six jours, un seul cas; dix jours, deux cas; onze à quinze jours, quatre cas; seize à vingt jours, six cas ; vingt-et-uu à vingtcinq jours, trois cas; trente à trente-trois jours, trois cas; quarante-deux à cinquante jours, deux cas. Malheureusement , cette statistique manque des détails propres à satisfaire les esprits exacts et positifs. Mais, telle qu'elle est, elle nous montre que chez le tiers seulement des malades, l'affection n'a duré que de six à quinze jours, tandis que chez les deux autres tiers , elle s'est prolongée de seize à cinquante
jours.
Dans la dissertation inaugurale de M. Ch'omel, soutenue en 1813, nous lisons : « La durée du rhumatisme est très varia- « ble dans les diverses espèces. Dans le rhumatisme aigu, « elle s'étend rarement au-delà du deuxième ou troisième « septénaire , quand il est intense , et du sixième , quand il « est léger (l).
« Le rhumatisme aigu se termine assez souvent le qua- « torzième jour, surtout quand la marche de la maladie n'est « troublée ni par le» erreurs de régime ni par un traitement « actif '(2).
« J'ai cherché à connaître quelle influence les âges et les « saisons exercent sur la durée de la maladie. De quinze à <• trente ans, elle s'est terminée ordinairement avant le qua- « rantième jour; de trente à quarante-cinq , plus commu- « nément après le quarantième jour, dans le rapport de
(i) 11 est difficile de concevoir comment un rhumatisme /«-Verdure six septénaires, taudis qu'un rhumatisme intense n'en dure que deux ou trois. C'est, peut-être , l'inverse que l'auteur a voulu dire. Cependant, cette erreur d'impression, si c'en n'est une, se trouve reproduite dans la nouvelle édition de la dissertation inaugurale de M. Chôme], publiée en 1837 , à la fin des Leçons sur le rhumatisme.
(7) Ainsi, d'après M. Chomel, un traitement actif, â l'instar d'une erreur de régime, est une des causes qui empocheraient le rhumatisme de se terminer au quatorzième jour!
« deux à un; après quarante-cinq ans , j'ai observé la même « chose , mais dans le rapport de quatre à un.
« Les rhumatismes que j'ai vus ont été beaucoup moins « longs dans le printemps que dans toute autre saison; pen- « dant l'automne, un nombre à-peu-près égal s'est terminé « avant et après le quarantième jour; beaucoup de ceux « qui se sont manifestés pendant l'été, et presque tous ceux « qui ont débuté pendant l'hiver, se sont prolongés au-delà « de ce terme. »
Rapportons maintenant ce qui est relatif à notre sujet dans les divers comptes rendus de la Clinique de M. Chomel :
Ier. « Les rhumatismes accompagnés de fièvre ont duré « vingt- trois jours au moins et cinquante jours au plus; les « rhumatismes sans fièvre , huit à treize jours (1).
IIe. « L'arthrite (rhumatisme articulaire) disparaît rare-
. « ment avant le vingtième jour, et se prolonge quelquefois
« trois mois, quelle qu'ait été la médication employée (2).
o . IIIe. « La durée du rhumatisme articulaire général a été
« une seule fois de quinze jours ; dans les autres cas, la ma-
« ladie s'est prolongée de trois semaines à trois mois (3).
IVe. « La durée du rhumatisme articulaire aigu fut, chez « les sujets atteints pour la première fois, vingt jours; chez « les sujets atteints pour la seconde fois, vingt-sept jours-, « chez les sujets atteints pour la troisième fois, quatorze « jours.
« La durée de la maladie a été plus longue dans les cas « où l'on a fait usage des abondantes émissions sanguines « que dans ceux où elles ont été employées dans une certaine « mesure » (û).
d) Lancette française 7 uuméro du io septembre iSàli.
(2) Ibid. Leçons sur le rhumatisme, iS34.
(3) Ibid. Résumé de quarante-neuf cas de rhumatisme, recueillis pendant l'année scolaire r 8 34-35.
(4) Ibid. Hé s unie de quatorze cas de rhumatisme articulaire aigu, recueillis pendant l'année scolaire 1 835-36.
On remarquera que, daus ce dernier compte rendu , époque à laquelle la Nouvelle formule des émissions sanguines comptait déjà tant de sftecès en sa
|£g MARCHE, DUREE
Selon M. Roche : « La durée du rhumatisme articulaire « ai<ni presque toujours très longue , varie depuis une quin- « zaine de jours jusqu'à deux et trois mois ; on l'a vu, dans « quelques cas rares , disparaître en trois et quatre jours, et, « dans d'autres, se prolonger au-delà de quatre à cinq mois. « Sa durée moyenne est de quarante jours (1). »
Dance nous fournit des documens assez précieux sur la durée du rhumatisme articulaire aigu , traité parle tartre stibié à haute dose , soit seul , soit combiné avec les émissions sanguines selon les anciennes pratiques ('>).
Des vingt observations qu'il a publiées il résulte ce qui suit:
Chez dix malades atteints de rhumatismes , ou très aigus , ou médiocrement intenses, ou fixés sur un petit nombre d'articulations, la durée de la maladie fut indéfinie dans deux cas de soixante jours ou deux mois dans quatre cas, de quarante-cinq jours ou un mois et demi dans un cas , de quarante-deux jours ou six semaines dans deux cas, et de trente jours ou d'un mois dans un seul cas.
Certes, en présence de toutes les citations précédentes, il est difficile de comprendre comment, dans un ouvrage récent (3), on a pu nous accuser d'avoir imaginé, par on ne sait quelle étrange méprise , que les auteurs qui avaient parlé de la prolongation du rhumatisme articulaire jusqu'au quarantième jour (&).... donnaient cela non comme
faveur, on prend soin de noter que la durée de la maladie fut plus longue dans les cas oh l'on fit usage des abondantes émissions sanguines que dans ceux oh elles furent employées dans une certaine mesure...!
(i) Ariic. arthrite rhumatism. du Dictionnaire de médec. et de chirurgie pratiques.
(2) Mémoire sur l'emploi du tartre stibié, à haute dose dans le rhumatisme articulaire aigu , publié dans les Archives générales de médecine, avril 1829.
(3) Leçons sur le rhumatisme, etc., pag. 244.
(4) Il est dit, dans le passage ci-dessus rapporté, jusqu'au quarantième, soixante et même quatre-vingtième jour; mais j'ai dû supprimer ces deux dernières époques, attendu qu'il n'eu avait point été question dans notre évaluation de la durée moyenne du rhumatisme articulaire aigu, d'après les auteurs. Voici, en effet , le texte littéral auquel on fait ici allusion : « De l'aveu de
exception , mais comme règle. S'il était permis à quelqu'un de nous accuser de cette prétendue étrange méprise ,• du moins n'était-ce pas à M. le professeur Chomel, c'est-à-dire à celui de tous les praticiens modernes qui , antérieurement à l'époque où nous avons montré comment on pouvait diminuer la durée du rhumatisme articulaire aigu , insistait, avec le plus de complaisance, sur la longueur de cette durée, ainsi que le démontrent si évidemment les passages que nous avons cités tout-à-1'heure.
Au reste, c'est au public éclairé qu'il appartient maintenant de décider de quel côté se trouve F étrange méprise dont il a été question plus haut. J'ai mis sous ses yeux les élémens qui doivent servir de base à son jugement, élémens que l'on chercherait bien vainement dans les, Leçons sur le rhumatisme, etc.
2° Durée du rhumatisme articulaire aigu sous Finfluence de la méthode de traitement de Fauteur de cet ouvrage. Dans mes J\ ouvellesrecherches sur le rhumatisme articulaire, etc^ je disais : « L'expérience démontre, de la manière la plus claire , la plus formelle, que la durée du rhumatisme articulaire aigu est en rapport avec le mode de traitement. Par conséquent, la moyenne de la durée telle qu'elle vient d'être indiquée plus haut, n'est vraie que dans les conditions du traitement employé par les médecins dont nous avons invoqué les témoignages , et cesse de l'être dans d'autres conditions thérapeutiques (1). Appuyé surplus de cent observations, re-
« tous les observateurs qui jusqu'ici ont tracé l'histoire du rhumatisme articu- « laireaigu, la durée de celte-maladie est très longue, et, terme moyen, de « quarante à cinquante jours. » {Nouvelles recherches sur le rhumatisme artic, etc., pag. 73.)
(1) En signalant ici la suprême influence des méthodes thérapeutiques sur le plus ou moins de durée du rhumatisme articulaire, je suis, je le sais bien, en contradiction avec la plupart des praticiens , tant ancien* que modernes ; mais jfcmûs d'accord avec la saine clinique, et cela doit me suffire. On a déjà vu par quelques passages rapportés précédemment, que Stoll et d'autres avouaient, avec amertume, l'impuissance de leurs moyens thérapeutiques pour arrêter le cours d'un rhumatisme articulaire aigu. La même doctrine est enseignée dans uos écoles , par des observateurs dont l'autorité est d'un grand
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cueillies avec un soin extrême et en présence d'un grand nombre d'élèves et de plusieurs confrères, j'ose affirmer que sous l'influence du traitement que nous employons la durée du rhumatisme a diminué de plus de moitié, et ne dépasse pas en général, un à deux septénaires. Et qu'on ne dise pas que nous avons eu affaire à des rhumatismes légers : ils étaient pour le moins aussi graves que ceux que f avais vu autrefois durer quarante ou cinquante jours. Encore une fois il ne s'agit point ici d'une chose douteuse: il nous est démontré, avec la rigueur mathématique , que la seule cause de la
poids. Par exemple, daus le mémoire que nous avons eité plus haut , Dauce donne pour raison de ce qu'il n'insisterait pas sur le tartre stibié, la persuasion où il est que le rhumatisme aigu a quelque chose de fixe dans sa marche et sa durée, malgré les moyens les plus actifs et les plus perturbateurs.
Dans les Leçons de M. Chomel sur le rhumatisme, nous lisons ce qui suit : « L'incertaine durée du rhumatisme articulaire aigu est cause que les ma- « lades, et quelquefois même les médecins, se font illusion sur la valeur de « tels ou tels remèdes. Car, il n'y a aucun moyen sûr de juger d'avance si tel
« rhumatisme durera un ou deux, ou trois septénaires ou davantage On
« pourrait composer un énorme volume, rien qu'en recueillant les faits authen- « tiques de rapides guérisons qui se sont opérées à l'aide , et peut-être même « à l'encontre des médications les plus différentes... Que l'on ne se presse ja- « mais de chanter victoire, lorsqu'on sera peut-être tombé sur quelques cas « heureux dans l'expérimentation d'une méthode nouvelle de traitement. « Que l'on trouve un médicament, une médication qui, sur une masse de trente « à quarante malades, affectés de fièvre rhumatismale, amène constamment la « guérison après quatorze jours; alors il n'y aura plus de doute sur l'efficacité « de ce médicament, de cette médication. Depuis long-temps, hélas! on cher- « cheun tel secret, et il est encore à trouver. »(Pag. a 44, 25o-5i.)
Non, certainement, un tel secret n'est plus à trouver et ne l'était déjà plu* à l'époque où fut publié (1837) l'ouvrage d'où nous venons d'extraire ce passage. Dès cette époque , en effet, plus de quarante faits bien authentiques démontraient qu'attaquée dans les premiers jours de son invasion , la fièvre rhumatismale était enlevée en moins de quatorze jours. Ces faits n'empêchèrent pas d'enseigner, comme devant, la doctrine ci-dessus; et les nouveaux faits, au nombre de plus de trente , que contient cet ouvrage, ajoutés a ceu*des Nouvelles recherches et de la Clinique médicale, ne seront vraisemblablement pas plus heureux. Tant il est wai qu'il est des hommes, dont les yeux restent toujours fermés à la lumière ! wuios huheni et non vident.
DU nHUMATISMK ARTICULAIKE AIGU. 297
moindre durée de nos rhumatismes gît dans le mode de traitement qui nous est propre. »
Si l'on n'oublie pas cette moyenne d'un à deux septénaires donnée par nous d'une part, et celle de quarante jours expressément donnée par les auteurs que nous avons cités d'autre part, on sera, peut-être, un peu surpris, pour ne pas dire plus, de lire dans les Leçons sur le rhumatisme que la moyenne vraie de la durée totale du rhumatisme articulaire aigu traité par notre méthode, dépasse d'un septénaire celle que la plupart des pathologistes donnent comme la plus ordinaire (p. Ihk). Quant aux procédés mis en usage pour arriver à ce chef-d'œuvre de calcul différentiel, nous les avons fait connaître dans le chapitre du tome second de notre Clinique médicale, où nous nous sommes occupé du rhumatisme articulaire aigu , et nous y renvoyons le lecteur , car de pareilles discussions sont trop affligeantes pour s'y engager à deux fois sans évidente nécessité.
Quoi qu'il en soit, depuis bientôt quatre ans que nous avons déterminé , ainsi qu'il vient d'être dit , la durée moyenne du rhumatisme articulaire aigu sous l'influence du traitement que nous formulerons plus loin , plus de cent nouveaux faits sont venus confirmer l'exactitude de notre calcul, et montrer même qu'au lieu de les exagérer nous avions sensiblement atténué les succès dus à la nouvelle méthode (1). Ainsi que je l'ai déjà tant de fois déclaré , ces succès sont tels qu'on n'y peut réellement ajouter foi qu'après en avoir été témoin. Je ne suis donc point étonné ni affligé du doute philosophique de quelques personnes, qui ne les connaissent en quelque sorte que par ouï-dire. Mais ce qui me paraît peu philosophique , c'est de voir nier formellement des résultats dont on n'a pas voulu s'assurer par sa propre expérience ou par celle des autres. Ce qu'il y a de certain, c'est que bien des centaines de témoins que comple aujourd'hui notre clinique , ont été vivement frappés de la vérité des résultats que nous proclamons. Ajoutons que parmi ces témoins, il s'est rencontré un assez
(i) Voyez les obseï varions placées dans le chapitre du traitement., et ajoute?, - Ici à celle; dcjà publiées dans notre Clinique médicale.
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bon nombre de personnes qui n'étaient rien moins que prévenues en sa faveur, et qui n'étaient pas toujours faciles à convertir (1).
Au reste, pour la détermination delà durée du rhumatisme articulaire aigu, sous l'empire d'une médication donnée, il faut distinguer les cas en plusieurs catégories : il faut tenir compte, comme nous l'avons dit, dès en commençant, du degré d'intensité, de l'étendue, des complications de la maladie , des conditions individuelles des sujets, etc. Il serait trop long de parcourir ici toutes ces particularités dont nous aurons soin de faire ressortir l'influence, à l'occasion des observations particulières que contient le chapitre du traitement.
Relevons seulement en passant une erreur qui se trouve dans les Leçons sur le rhumatisme (page 263), relativement à l'influence de l'étendue du rhumatisme articulaire sur sa durée. On y lit qu'il est aussi rare de voir le rhumatisme articulaire général se terminer dans l'espace d'un septénaire qu'il est fréquent d'observer cette courte durée dans le rhumatisme articulaire partiel.
On croirait , d'après celte assertion formulée en termes absolus, que, toutes choses égales d'ailleurs, le rhumatisme articulaire partiel cède beaucoup plus facilement et plus rapidement que le rhumatisme articulaire général. Or, il n'en
fi) Quelques élèves de nos antagonistes nous offraient parfois un spectacle assez instructif. L'un deux, par exemple, se trouvait auprès d'un malade affecté d'un rhumatisme articulaire aigu généralisé des plus intenses: c'était un beau modèle delà fièvre rhumatismale la mieux caractérisée. Presque toutes les articulations des membressupérieurs et inférieurs étaient fortement prises; immobile dans son lit comme une statue, le malade présentait une fièvre des plus violentes. Le rhumatisme ne datait que de quelques jours. « Qu'on jugule en un septénaire ce rhumatisme-là ! » disait cet élève, de l'air le plus incrédule à-lafois et le plus ironique, à ceux de ses condisciples qui, comme lui, se pressaient autour du lit du patient. Au grand étonnement du jeune incrédule , le rhumatisme fut effectivement enlevé, et hieu enlevé sans retour, dans le premier septénaire. Mais savez-vous ce que disait ensuite l'élève dont nous parlons ? Il disait que la maladie qu'on avait ainsi guérie n'était pas un rhumatisme. Que pense le lecteur de ce trait qui s'est renouvelé plus d'une fois, soit à l'occasion de cette maladie, soit à l'occasion de quelques aunes?
est rien , du moins dans un très grand nombre de cas. Nos observations, conformes d'ailleurs à celles de Stoll et de Dance, nous ont appris, en effet, qu'il n'est point d'espèce de rhumatisme articulaire plus rebelle, plus tenace, plus opiniâtre que certains rhumatismes, d'un degré intense, fixés sur une seule grosse articulation, comme le genou, ou sur un groupe de petites articulations, telles que celles de la main et du pied, entre autres.