CHAPITRE VII
pronostic; mortalité.
I. On chercherait bien vainement dans les auteurs des données précises sur l'objet de ce chapitre. En effet , de telles> données supposent une application éclairée de la statistique ai la médecine clinique exacte, et jusqu'ici cette hypothèse ne s'était point réalisée.
Mais ce n'est pas tout. L'ignorance où l'on était de Ia/oide coïncidence des inflammations rhumatismales du cœur avec le rhumatisme articulaire aigu, frappe nécessairement d'une sorte de nullité ce que Ton trouve dans les écrits de nos prédécesseurs sur le pronostic de cette dernière maladie. Et s'il était besoin d'une nouvelle preuve de l'ignorance où l'on était de la loi dont il s'agit, on la trouverait dans le silence que les auteurs ont gardé sur les inflammations du cœur, à l'occasion des vagues considérations qu'ils ont pu consacrer au pronostic du rhumatisme articulaire. Certes, ils n'auraient pu s'empêcher de tenir compte de cet élément, s'ils avaient connu les déplorables suites de la coïncidence signalée, sous les conditions de traitement adoptées jusqu'à ces derniers temps.
II. Voici d'ailleurs ce que nous lisons sur le sujet qui nous occupe, dans quelques-uns des principaux auteurs que nous avons déjà précédemment mentionnés :
A l'occasion de la durée du rhumatisme articulaire, nous avons vu que , selon Sydenham , bien que cette maladie emportât très rarement les sujets qui en sont atteints , néanmoins, la véhémence et la diuturnité des douleurs , la persévérance assez fréquente de la maladie (quand elle n'est pas assez bien traitée), non pas seulement pendant des mois, mais
UOP.TAIJTE.
sot
encore pendant quelques années, et même pendant toute la vie, méritaient d'être prises en considération. Stoll insiste sur les mêmes circonstances, et tous les deux ont soin d'ajouter qu'à la longue, la maladie entraîne les plus graves lésions matérielles dans les articulations affectées. Mais Sydenham et Stoll étaient loin de prévoir qu'un jour viendrait où l'on démontrerait clairement que , dans les cas de rhumatisme articulaire fébrile prolongé, le cœur , bien plus souvent encore que les articulations elles-mêmes , devient le siège d'incurables lésions organiques.
Dans l'article terminaison par la mort de sa dissertation sur le rhumatisme , M. Chomel s'exprime ainsi : « Il est bien « rare que cette affection conduise les malades à la mort; ce- « pendant cela peut avoir lieu dans le rhumatisme chroni- « que. Les malades , privés presque complètement de la fa- « culte de se mouvoir , sont forcés de garder le lit ; la fai- « blesse augmente , et les dispose à être atteints de fièvre « adynamique , surtout s'ils restent pendant long-temps dans « un hôpital. Dans d'autres cas, l'impossibilité de changer de « position , détermine la formation d'eschares au sacrum et « aux trochanters ; la fièvre hectique se manifeste , et hâte la « fin des malades. Tels sont les phénomènes qu'ont présen-
- tés trois individus que j'ai vus succomber à des rhuma- <■- tismes chroniques. »
Le même auteur, dans ses Leçons sur le rhumatisme, publiées en 1837, se borne aux réflexions suivantes, en ce qui concerne le pronostic du rhumatisme articulaire :
« Le pronostic est relatif : 1° à la durée de la maladie ; 2° à « la terminaison; 3° aux rechutes. Sous le rapport de la du- « rée, il faut présenter au patient le chiffre ordinaire, qui *■ est de vingt à trente jours; mais pendant ce temps, qu'elle « série de sensations douloureuses! Quanta la terminaison, « elle est heureuse en général, dans les premières attaques,
- hormis le cas de phlegmasie mélastatique des membranes « séreuses, et consiste dans une résolution complète. Mais « après de fréquentes rechutes , le mal laisse ordinairement « après lui de la dureté, delà raideur, et des concrétions lo- L phacéesdnns les articulations. (>s rechutes, d'ailleurs, soqt
S02 proxostic ;
« comme nous l'avons vu , immanquables, ou peu s'en faut, i « moins que, par un destin plus funeste encore, le sujet n> « survive pas long-temps à sa première attaque. »
On voit que dans ses Leçons sur le rhumatisme, publiée à une époque où tant de bons observateurs avaient eu d nombreuses occasions de confirmer mes recherches sur la pt ricardite et l'endocardite rhumatismales, M. Chomel ne tien aucun compte des suites de cet important accompagnemen du rhumatisme articulaire , dans ce qu'il dit sur le pronostl de cette dernière maladie. Il n'en tient pas compte, à unn époque où les faits les plus concluans avaient démontré quu la moitié au moins des individus qui succombent à ce qu'oi appelle un affection organique du cœur, avaient été atteint d'une endocardite ou d'une péricardite rhumatismales.
Le chiffre ordinaire de la durée est, comme nous l'avons vu , subordonné à la méthode thérapeutique employée , ains qu'à d'autres circonstances bien connues des vrais cliniciens; Comment M. Chomel a-t-il pu, en traitant du pronostic, né gliger cette grande donnée, ainsi que la considération du de gré, de l'étendue de la maladie, des complications, des coni ditions individuelles, etc.?
L'auteur de l'article rhumatisme du grand Diction-nain des sciences médicales, n'a rien dit du pronostic du rhuma; tisme articulaire en particulier. Voici ce qu'il dit du pronostic du rhumatisme en général :
« Le rhumatisme est, en général, une maladie peu dan « gereuse , au moins pour les jours de ceux qui en sont at- « teints. Les terminaisons funestes du rhumatisme aigu sont « règle générale , le résultat d'une rétrocession ou d'um « métastase du principe qui cause cette affection sur les or> « ganes intérieurs...
« Sur 168 affections rhumatismales aiguës, Haygarth en « perdit 12 par suite de rétrocession; Raymond , sur 690., « en perdit 16 ; dans les tables de mortalité d'une partie delà « ville de Londres pour 1816, on trouve que sur 20,316 dé-
* ces, 14 ont été causés par la maladie qui nous occupe...
« Le rhumatisme local est'ordinairement plus opiniâtre que
• celui qui est universel. »