‹ Traité clinique du rhumatisme articulaireChapitre 49 sur 109 · RATURÉ ET SIÈGE · texte numérisé non relu

RATURÉ ET SIÈGE

séquence des lois de la physiologie. Le désordre d'une fonction nous porte nécessairement à admettre une lésion quelconque dans l'organe auquel cette fonction est confiée. Le second repose sur les bases beaucoup plus solides de l'anatomie pathologique ; il est le résultat d'une coexistence constamment observée entre une série déterminée de phénomènes morbides et une altération toujours semblable des mêmes parties. Le premier de ces moyens est applicable à toutes les maladies , et pendant long-temps sans doute il fut seul en usage. Le second qui a répandu de si grandes lumières sur les affections organiques et la plupart des phlegmasies, n'ai encore rien appris de certain sur les névroses, les fièvres et sur le rhumatisme.

« Quelques faits épars dans les recueils d'observations porteraient à admettre (c'est toujours M. Chomel qui parle), dans les muscles, les aponévroses, les tendons et les membranes synoviales , certains désordres de structure attribués au rhumatisme. Mais, 1° comme je le prouverai, la plupart de ces faits sont mal observés ou invraisemblables ; 2° ils sont en très petit nombre , comparés à la fréquence extrême du rhumatisme; et si ces lésions ne sont pas constantes , elles ne peuvent en déterminer ni la nature ni le siège; elles peuvent même être indépendantes de cette affection....

« C'est donc uniquement par le trouble des fonctions que nous pouvons parvenir, sinon à connaître d'une manière certaine, du moins à indiquer, avec le plus de probabilité possible , les parties qui sont le siège du rhumatisme. De toutes les fonctions de l'économie , la locomotion est la seule qui soit constamment lésée dans cette affection. Elle a pour organes les muscles, les os et leurs annexes. Le tissu osseux lui-même, entièrement passif dans le mouvement, presque incapable d'être comprimé ou fléchi , et recouvert en général par une grande quantité de parties molles, pourrait bien être le siège d'une douleur continue ou intermittente; mais le simple mouvement, une pression légère sur les tégumens, et plus encore la simple contraction des muscles sans aucun mouvement imprime au membre , seraient insuflîsans pour provoquer ou e*aspé>er cette douleur : la marche souvent aiguë du rhuiua-

tisme paraît d'ailleurs'iaconipatihle avec les propriétés connues des os. Tout, au contraire, porte a croire que le

RHUMATISME A SON SIÈGE DANS LES MUSCLES : leur Contraction

augmente constamment, et leur repos diminue toujours la douleur; les degrés d'intensité suivent exactement les degrés de force et de vitesse avec lesquels le muscle se contracteelle est plus forte Quand le muscle doit mouvoir le membre cpntre les lois de la pesanteur que dans les cas où la contraction et la pesanteur agissent dans le même sens ; un, poids extérieur ajouté au poids naturel du membre l'augmente encore plus ou moins, et elle devient nulle ou presque nulle quand les mouvemens sont exécutés indépendamment de toute îontraction des muscles placés dans le trajet de la douleur : ;nfin le repos lui-même soulage d'autant plus qu'il est plus complet, et que le membre, entièrement abandonné à luinême , n'a besoin d'aucune contraction , quelque faible iu'elle soit, pour conserver sa position. J'ajouterai encore lu'à la suite de cette affection les muscles offrent beaucoup dus de faiblesse , de raideur, et souvent d'atrophie que ne aurait pu produire le repos imparfait des membres pendant n temps plus ou moins long. Il est donc, sinon prouvé, du toins extrêmement probable , que c'est dans les muscles ue le rhumatisme a son siège.

« En considérant ce qui se passe dans un rhumatisme aigu ui se montre au niveau d'une articulation >., en voyant une vflammation manifeste du tissu cellulaire sous- cutané et de ipeau, qui paraît se propager de l'intérieur vers l'extérieur, eut-être serait-on porté à croire que c'est dans le tissu cellutire interposé entre les faisceaux musculeux que réside cette ffection. A cette objection , je répondrai d'abord que ces promgemens celluleux qui pénètrent dans le corps d'un muscle, a font aussi bien partie constituante que celles qui unissent nsembleles grains glanduleux des parotides ou des maxiliires,oules vésicules qui forment le tissu du poumon, et u'il n'est pas possible d'admettre une affection partielle du ssu cellulaire inter-musculaire, à moins d'étendre cette proosition à celui des glandes et des viscères, et de doubler inuilement le nombre des phlegmasies. Mais, pour substiiuer

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des faits aux raisonnemens , comparons l'inflammation du tissu cellulaireet les phénomènes inflammatoires que détermine le rhumatisme sur le contour des articulations, et nous serons convaincus bien plus fortement encore de la différence qui les distingue. Le phlegmon est fixe, circonscrit, occupe indifféremment toutes les parties du corps , se termine le plus souvent par -suppuration, n'offre aucune tendance à larécidive: l'inflammation rhumatismale , au contraire, est mobile , diffuse , ne se montre guère qu'au niveau des articulations superficielles , et offre presque toujours des retours périodiques.

« J'aborderai maintenant plusieurs questions beaucoup plti*; importantes. Le rhumatisme est-il borné à la portion charnue ou fibreuse des muscles? peut-il les attaquer l'une et l'autre? se monlre-t-il dans d'autres portions du système fibreux ? doit-on considérer comme telle l'inflammation des membranes synoviales?...

« Je ne connais aucune observation qui prouve que U rhumatisme puisse avoir son siège dans les fibres char*

nues Il est beaucoup plus facile de démontrer que lé>

tissu fibreux peut en être le siège.... En réfléchissant sur là rareté des cas où l'on peut s'assurer que le rhumatisme a soft siège dans le tissu fibreux , et la presque impossibilité de M reconnaître dans les fibres charnues , il me semble qu'on ne devait pas admettre dans les affections rhumatismales une dii vision fondée uniquement sur un caractère aussi difficile à safr sir, et dont presque jamais on ne peut faire usage au lit de! malades. L'expression de rhumatisme articulaire était dont préférable à celle de rhumatisme fibreux quon lui a suffi stituée. En indiquant qu'il avait son siège au niveau d'uni articulation , elle ne présentait aucune idée fausse ou doit* leuse : ce sera uniquement dans ce sens que je l'emploierai dans le cours de cette dissertation.

« Le rhumatisme enfin peut-il avoir son siège dans les synoviales? Chez un malade qui succomba à l'hôpital de la Charité, les deux articulations scapulo-humérales avaient été affectées successivement de douleurs vives et de gonflementj chez deux autres observés à l'Hôtel-Dieu, toutes les articula

DU RHUMATISME ARTICULAIRE. £gg|

tions mobiles devinrent douloureuses et tuméfiées, avec Impossibilité d'exécuter les mouvcmcns; on trouva après la mort chez tous ces malades, les synoviales enflammées, et des épanchemens purulens dans les cavités articulaires. Quelles conséquences déduire de ces faits? Que les synoviales sont susceptibles de s'enflammer , et que les symptômes qui accompagnent celte inflammation ressemblent beaucoup à ceux du rhumatisme. Mais quelle connexion y a-t-il entre l'une et l'autre maladie ? Nulle autre que la seule contiguïté des parties affectées,- l'inflammation simultanée ou successive de plusieurs ou de toutes les membranes synoviales semble à la vérité rapprocher cette affection du rhumatisme' et Y éloigner des phlegmasies des membranes séreuses. Mais quand on se livre aux recherches d'anatomie pathologique, ne rencontre-t-on pas plusieurs membranes enflammées à-Iafois , et notamment les deux plèvres et le péricarde? J'en ai vu même des traces manifestes dans les trois grandes cavités splanchniques. Enfin, lors même que dans certains cas le rhumatisme se serait montré d'une manière indubitable, avant ou pendant l'affection des synoviales, je persisterais avoir, entre ces deux maladies, la même différence que personne ne refusera d'admettre entre une pleur ody nie et une pleurésie, entre un rhumatisme quelconque et l'inflammation d'un viscère qui peuvent se présenter isolément, se succéder ouco-exister dans le même malade, sans qu'il soit permis de les confondre. Les symptômes , à la vérité, se ressemblent beaucoup; mais quand l'inflammation des membranes synoviales aura été plus fréquemment observée , peut-être y trouvera-t-on des différences qu'il est assez facile sans doute, mais peu prudent de vouloir indiquer d'avance. En supposant même qu'aucun symptôme constant ne pût assurer le diagnostic de ces affections, cet inconvénient ne se rencontre-til pas dans beaucoup d'autres maladies : la pleurésie et la pétfpneumonie, par exemple, qui n'en sont pas moins pour cela |deux maladies bien distinctes , par l'espèce de lésion qui les1 constitue , et le siège qu'elles occupent?

« C'est aussi cette double considération qui établit une différence tranchée entre le rhumatisme et l'inflammation des mem-

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