SECONDE SECTION
RELATION ET CATÉGORISATION DE CINQUANTE-DEUX CAS NOU- VEAUX DE RHUMATISME ARTICULAIRE, QUI DÉPOSENT DIRECTE- MENT OU INDIRECTEMENT EN FAVEUR DE LA MÉTHODE DE TRAITEMENT FORMULÉE PAR L' AUTEUR DE CET OUVRAGE (1).
Considérations préliminaires sur la nécessité de bien catégoriser les cas.
Je dois rappeler ici une vérité sur laquelle j'ai beaucoup insisté dans ma Clinique médicale , savoir, que s'il est une science dont les faits exigent impérieusement d'être distingués en diverses catégories , c'est assurément la médecine. Le vrai clinicien doit donc être, qu'on me passe cette expression, un habile et sévère casuisle. Mais la détermination précise des cas, leur catégorisation exacte et consciencieuse, comme je l'ai déjà dit au chapitre premier de cet ouvrage, est une œuvre aussi délicate que longue et laborieuse. Il ne faut
(i) A l'époque où je publiai le troisième volume de ma Clinique médicale (1837), le nombre des observations de rhumatisme articulaire recueillies dans notre service; depuis que la nouvelle formule des émissions sanguines y est en vigueur, s'élevait déjà à i5o. En ajoutant à ces observations les 5s qui vont être rapportées, nous obtenons un total de 202. Un seul cas s'est terminé par la mort ; mais le sujet de ce cas était un malheureux rachitique , chez lequel la nouvelle formule ne fut pas exactement appliquée.
Il me semble que l'on doit ajouter quelque confiance à des assertions rigou- 1 reusement déduites de l'analyse d'une masse aussi imposante de faits, recueillis dans tous leurs détails sous les yeux de plusieurs confrères et d'un grand nombre d'élèves.
donc point s'étonner si jusqu'à présent les auteurs l'ont à-peuprès entièrement négligée. Il est pourtant impossible de s'entendre dans les discussions médicales, si l'on ne prend pas soin de bien préciser, de spécifier clairement les cas. En effet, comme les cas relatifs à une seule et même maladie diffèrent beaucoup selon un grand nombre de circonstances, n'est-il pas évident que telle proposition vraie par rapport à quelques-uns de ces cas, ne le sera plus par rapport à d'autres? Il est vrai de dire , par exemple , que dans presque tous les cas d'un violent rhumatisme articulaire aigu , le cœur se trouve pris à un degré plus ou moins prononcé , tandis que la même proposition appliquée aux cas de rhumatisme articulaire aigu, léger, serait d'une insigne inexactitude. Et pour rentrer dans le sujet qui nous occupe spécialement dans ce chapitre, n'est-il pas clair comme le jour que le précepte de tirer quatre à cinq livres de sang dans un espace de deux à trois jours à un individu atteint d'un rhumatisme articulaire, excellent , ainsi que nous l'avons démontré précédemment, s'il s'agissait d'un rhumatisme articulaire intense chez un individu bien constitué, dans la force de l'âge, serait éminemment condamnable, s'il s'agissait, au contraire, d'un rhumatisme articulaire peu intense chez un individu d'une constitution chétive,elqui d'ailleurs n'aurait pas atteint l'âge de son entier développement, ou bien serait déjà parvenu à un âge très avancé , etc. , etc. ?
Sans doute , sous quelque rapport qu'on veuille étudier exactement une maladie , la catégorisation des cas qu'on a recueillis sur elle , est de la dernière nécessité; mais on peut dire néanmoins que jamais cette nécessité ne se fait sentir avec plus de force que quand il s'agit du point de vue thérapeutique.
Bien pénétré de celte grande vérité , j'ai classé les observations qui vont être rapportées de la manière suivante :
Dans une première série se trouvent les cas relatifs au rhumatisme articulaire aigu. Une seconde série contient ceux appartenant au rhumatisme articulaire chronique.
Les cas de la première série, ceux qui nous intéressent le plus, ont été partagés en deux groupes qui renferment : le
premier, les cas de rhumatisme articulaire aigu généralisé; le second , ceux de rhumatisme articulaire localisé sur un petit nombre d'articulations ou même sur une seule. De plus, les cas du premier groupe ont été divisés en trois catégories, fondées sur les degrés divers d'intensité ou de gravité de la forme de rhumatisme articulaire aigu dont ils sont des exemples, catégorisation que nous aurions d'ailleurs appliquée à l'autre forme de rhumatisme si les cas qui la concernent eussent été suffisamment nombreux.
Nous avons eu soin aussi de tenir compte de toutes les autres circonstances qui établissent des différences entre lesdivers cas, telles que les complications , le sexe, l'âge, la constitution, la profession des sujets, etc., etc. Mais les faits que renferme ce chapitre ne sont pas en assez grand nombre pour que nous ayons dû établir sur ces particularités de nouvelles catégories. En les réunissant à d'autres , ils pourront plus tard être utilisés sous ces derniers rapports.
Première série. — Cas de rhumatisme articulaire aigu.
Ces cas sont au nombre de quarante-quatre. Un de ces cas était à son déclin au moment de l'entrée, et ne doit en quelque sorte figurer ici que pour mémoire.
PREMIER GROUPE. — Cas de rhumatisme articulaire aigu généralisé.
§ Ie'. Coup-d'œil analytique et comparatif; résumé général et statistique.
Ce groupe contient trente-neuf cas. Comme les trois derniers sont relatifs à des sujets déjà atteints de lésions organiques du cœur consécutives à d'anciennes attaques de rhumatisme articulaire, nous les laisserons à part, et nous ne nous occuperons que de l'analyse des trente-six premiers. Ces trente-six cas ont été partagés en trois catégories , relatives à leurs degrés divers d'intensité et de gravité.
I. Sexe des sujets. Le nombre des hommes est de vingtneuf et celui des femmes de sept; par conséquent le nombre des premiers est au nombre des secondes :: k et une fraction : 1. Mais il faut savoir que, dans notre service, la salle
des hommes compte vingt-six lits, tandis que celle des femmes n'en compte que quatorze , en sorte que la proportion :: h : 1, peut être remplacée par celle-ci : :: 2 : 1.
Au reste , le nombre des cas que nous analysons ici , n'est pas assez grand pour que nous en tirions une conclusion générale relativement à la fréquence comparative du rhumatisme articulaire aigu généralisé dans les deux sexes- C'est un simple document à consulter sur ce point que nous offrons au
lecteur.
II. Age des sujets. Vingt-quatre ou les deux tiers de nos malades étaient âgés de quinze à vingt-cinq ans; huit, de vingt-cinq à trente-cinq ; trois de trente-cinq à quarantecinq; un de quarante-huit.
III. Constitution , tempérament , force. Nous renvoyons pour les détails aux observations particulières. Mais nous devons noter ici que trente de nos trente-six malades offraient
'la disposition constitutionnelle que j'ai signalée , d'une manière générale , en traitant de la prédisposition et des causes prédisposantes du rhumatisme articulaire. Ils étaient d'un tempérament lymphatique ou lymphatico-sanguin , avaient les cheveux blonds ou châtains , la peau fine , mince ,
blanche.
IV. Nombre des cas graves, moyens et légers. La catégorie des cas graves ou intenses se compose de six ; celle des cas moyens , de vingt-deux , et celle des cas légers, de huit. Les huit derniers cas de la seconde catégorie tiennent presque autant aux cas légers qu'aux cas moyens , ce qui nous les a fait désigner sous le litre de cas à peine moyens.
V. Mortalité, passage à l'état chronique. Aucun cas ne s'est terminé par la mort ; aucun n'est passé de l'état aigu à l'état chronique.
VI. Nombre de cas dans lesquels il s'est rencontré une coïncidence d'inflammation plus ou moins prononcée du cœur avec le rhumatisme articulaire. Parmi les vingt-huit sujets des deux premières catégories , on en compte vingt-etun chez lesquels existaient les signes d'une endocardite ou d'une endo-péricardite plus ou moins bien caractérisée. Cette coïncidence se rencontrait dans les six cas de la première ca-
SESUAIK STATISTIQUE. 371
tégorie (cas graves ou intenses), parfaitement caractérisée quatre fois, légère une fois, un peu douteuse une fois. Dans les quatorze premiers cas ou les plus intenses de la seconde catégorie , la coïncidence eut également lieu , bien caractérisée cinq fois , légère six fois , douteuse trois fois. Dans quatre des huit derniers cas de cette seconde catégorie, tenant à-lafois et des cas moyens et des cas légers , ou observa la coïncidence, légère chez trois malades, douteuse chez le quatrième; dans les quatre autres cas , la coïncidence fut nulle. Enfin , dans les huit cas de la troisième catégorie (cas légers), on en trouve sept sans coïncidence d'endocardite ou de péricardite, plus un cas douteux.
Celte nouvelle série de faits confirme donc, de la manière la plus positive, les résultats que les faits antérieurs nous avaient fournis.
Dans un cas, une aortite nous parut exister en même temps que l'endocardite rhumatismale.
Dans un autre cas , une endocardite et une pleurésie coïncidaient à-la-fois avec le rhumatisme articulaire.
VII. Nombre et proportion des saignées générales et locales,- dose totale, moyenne, maximum et minimum du sang retiré à nos 36 malades. 136 saignées (de 3 à k palettes pour la plupart) , savoir, 95 générales et 41 locales ont été pratiquées dans les trente -six cas que nous résumons.
Le nombre des saignées générales est donc à celui des saignées locales :: 95 : kl , c'est-à-dire un peu plus que double.
Les 136 saignées ont fourni 423 palettes 1/2 ou 106 livres 2 onces de sang.
mqyemne des saignées générales et locales : h& = g saig. 44 ou U saignées environ.
moyenne de la dose du sanq : *'3 pM- 1/a ou '-- '"' * once8
= 11 pal. f-f ou 3 livres k onces ~. maximum : 6 livres 6 onces.
minimum : — 8 onces.
VIII. Moyenne de l'espace de temps dans lequel les saignées générales et locales ont été pratiquées. Cette moyenne est de j? jours ou de 2 à 3 jours.
IX. Moyenne de la durée de la maladie à compter du premier jour des émissions sanguines jusqu'à la convoies-
187 jour» , ^
cence commençante. Cette moyenne est de -— c est-adire de 5à6jours(l).
X. Parallèle des trois catégories de cas considérés sous le rapport des résultats des émissions sanguines.
PREMIÈRE CATÉGORIE
38 saignées générales et locales, savoir : 27 générales et il locales, ont été pratiquées chez les six malades de cette catégorie (cas graves).
Ainsi dans cette catégorie prise à part, comme dans les trois catégories prises ensemble , le nombre des saignées générales a été plus que double de celui des saignées locales.
Les 38 saignées générales et locales ont fourni 127 palettes 1/2 ou 31 livres \h onces de sang.
Moyenne du nombre des saignées générales et locales 21 — fi -
127 pal. lfi 3i li». i4 ontts
Moyenne de la dose du sang : \ — ou 6 —
= 21 pal. et une fraction ou 5 liv. 5 onces.
Cette moyenne particulière l'emporte donc d'un peu plus de deux livres sur la moyenne générale indiquée plus haut (3 liv. k onc. |).
Maximum : 6 livres 6 onces (celui déjà indiqué plus
haut).
Minimum : 3 livres ïh onces (le minimum des cas pris ensemble était de 8 onces).
Moyenne de l'espace de temps dans lequel les saignées générales et locales ont été pratiquées. Cette moyenne est
(1) Cinq à six de nos malades ont éprouvé des recrudescences ou des récidives, dont certaines ont exigé quelques nouvelles émissions sanguines. Pour ne pas compliquer nos calculs, j'ai fait abstraction de ces accidens dans tout ce qui précède. On trouvera tous les détails qui s'y rapportent dans les observations particulières. Ajoutons seulement ici que ces recrudescences ou ces récidives, ont promptement cédé aux moyens que nous leur avons opposés.
de HJpi ou de 3 jours 1/3 , c'est-à-dire d'environ 1 jour de
plus que la moyenne générale.
Moyenne de la durée de la maladie à compter du premier jour des émissions sanguines jusqu'à la convalescence
commençante. Cette moyenne est de — j^-s ou de 6 jours, c'est-à-dire qu'elle dépasse à peine d'un jour la moyenne générale, comme si l'énergie du traitement eût compensé en grande partie l'augmentation de temps que semblait exiger la violence et l'intensité de la maladie dans la catégorie de cas que nous examinons.
SECONDE CATÉGORIE
A. 64 saignées générales et locales , savoir : 43 générales et 21 locales , ont été pratiquées chez les quatorze premiers malades de cette catégorie.
Dans ces cas, le nombre des saignées générales a été à-peuprès exactement double de celui des locales.
Les 64 saignées générales et locales ont fourni 196 palettes 1/2 ou 49 livres 6 onces de sang.
Moyenne du nombre des saignées générales et locales : -f-f- 4 saig. f .
Moyenne de la dose du sang : - p ' 1<a ou ±J1:__^1'
= 14 palettes et une fraction ou 3 liv. 8 onces 7.
Cette moyenne est de 1 livre 13 onces environ moindre que celle des cas graves , et l'emporte de 4 onces environ sur la moyenne générale.
Maximum. 18 palettes ou 4 livres 8 onces, par conséquent de 1 livre 14 onces moindre que celui des cas graves.
Minimum. 10 palettes ou 2 livres 8 onces , c'est-à-dire de 1 livre 6 onces moindre que celui des cas graves.
Moyenne de l'espace de temps dans lequel les saignées générales et locales ont été pratiquées. Cette moyenne est de ^— = 2 jours tV, c'est-à-dire d'environ deux jours et
demi. Elle est donc d'un peu moins d'un jour inférieure à celle des cas de la précédente catégorie.
Moyenne de la durée de la maladie à compter du prc-
mierjour des émissions sanguines jusqu'à la convalescence commençante. Celte moyenne est de ^~-° = 5 jours ff ou de 6 jours très approximativement. Par conséquent, elle n'est que d'un quatorzième de jour inférieure à celle des cas de la précédente catégorie. Elle s'en rapproche donc plus que la moyenne générale , ce qui est rationnel.
B. 23 saignées générales et locales, savoir : 16 générales et 7 locales ont été pratiquées dans les huit derniers cas de la seconde catégorie (cas intermédiaires aux moyens proprement dits et aux légers).
Dans ces cas, comme dans les précédens, le nombre des saignées générales a été à-peu-près exactement double de celui des saignées locales.
Les 23 saignées ont fourni 6U palettes 1/2 ou 16 livres 2 onces de sang.
Moyenne du nombre des saignées : *JpZ: — 3 i.
, 6k pal. 1)2 16 lïv. 2 ouces
Moyenne de la dose du sang : — g — ou 8
=z 8 palettes et une fraction ou 2 livres 2 gros , moyenne inférieure de 1 livre S onces à la précédente.
Maximum. 10 palettes ou 2 livres 8 onces. Ce maximum est exactement égal au minimum des cas précédens , ou des quatorze premiers de la catégorie que nous étudions.
Minimum. 2 palettes ou 8 onces (il faut noter que le sujet était chloro-anémique , d'un tempérament lymphatique, et que partant , il ne comportait guère l'emploi des émissions sanguines).
Laissons maintenant de côté les huit derniers cas de la seconde catégorie pour passer à ceux de la troisième, avec lesquels ils tendent à se confondre sous le double rapport de l'espace de temps pendant lequel les saignées ont été pratiquées, et de la durée moyenne de la maladie, comme d'ailleurs , sous les autres rapports.
TROISIEME CATÉGORIE
11 saignées générales et locales , savoir : 9 saignées générales , et 2 saignées locales ont été pratiquées chez les huit
malade^ de celle catégorie (ds légers)-
Dans ces cas , le nombre des saignées générales est quintuple de celui des saignées locales.
Les 11 saignées ont fourni 35 palettes ou 8 livres 12 onces de sang.
, ij .H saign. __ .. . 3
Moyenne du nombre des saignées : — g — — 1 saign. ,.
55 pal. 8 liv. 12 otic. ___ , , ,
Moyenne de la dose du sang : -j— ou s 4 pal. £
ou 1 liv. 1 onc. 1/2.
Cette moyenne est inférieure de 2 livres 7 onces à celle des vrais cas moyens et de près de 1 livre à celle des cas intermédiaires aux cas moyens et aux cas légers.
Maximum. 8 palettes ou 2 livres, c'est-à-dire de 2 livres 8 onces inférieur à celui des cas moyens, et de 8 onces à celui des cas intermédiaires à ces derniers et aux légers.
Minimum. 3 palettes ou 12 onces. Ce minimum est de 1 livre 12 onces inférieur à celui des cas moyens.
C'est par exception qu'il se trouve supérieur de h onces à celui des cas intermédiaires aux moyens et aux légers. En effet, si le sujet qui a fourni le minimum de ces derniers cas n'eùt'pas été chloro-anémique, l'exception ci-dessus n'existerait pas, et le résultat serait inverse de celui que nous venons
de noter.
Moyenne de l'espace de temps dans lequel les saignées générales et locales ont été pratiquées. Cette moyenne est de 8J^f! c'est-à-dire exactement d'un jour.
Moyenne de la durée de la maladie à compter du jour des émissions sanguines jusqu'à la convalescence commençante. Cette moyenne est de ¥■ ou de k jours. Elle est donc de deux jours ou d'un tiers moindre que celle des deux précédentes catégories.
Un grand intérêt , si je ne me trompe, doit s'attacher aux calculs statistiques qui viennent d'être mis sous les yeux des lecteurs. Ils concourent à prouver, de la manière la plus heureuse à la-fois et la plus éclatante, les principes et les lois développés dans le cours de ce traité. Et qu'on n'oublie pas , d'ailleurs , que la série de cas étudiés par nous en ce moment, ayant été recueillie à une époque où nous avions déjà posé et formulé les lois et les principes dont nous voulons parler, nous
avions, en les recueillant, prévu tous les résultats ci-dessus
détaillés. Certes, on aura beau faire et beau dire, ce n'est pas
un vain mot que la clinique exacte. C'est peut-être aussi quelque chose que d'avoir ainsi, à l'occasion d'une des maladies
les plus rebelles , et, sous presque tous les rapports , les plus désespérantes de celles que contient le cadre nosologique, montré par des chiffres exacts , tirés d'observations également exactes , la toute-puissance d'une nouvelle formule de traitement.
Toutefois , pour que rien ne manque à la certitude comme à l'importance des résultats que nous venons de faire connaître, il nous reste à examiner : 1° si la promptitude de la convalescence chez nos malades ne tiendrait pas , non à la méthode par nous employée , mais bien à ce que la maladie était sur son déclin à l'époque où nous avons commencé le traitement ; 2° si la méthode dont il s'agit ne prolonge point la convalescence au-delà du terme ordinaire et partant le séjour des malades à l'hôpital.
Pour résoudre cette double objection , invoquons encore le secours delà statistique bien faite, bien éclairée.
1° Age moyen de la maladie à l'époque de l'entrée des malades, influence de cette circonstance sur la durée delà maladie à compter du jour où le traitement a été commencé jusqu'à la convalescence commençante. Parmi les trente-six cas compris dans nos trois catégories, il en est quatre que nous ne croyons pas devoir porter en ligne de compte, attendu que la maladie approchait de son déclin , lorsque les sujets entrèrent à l'hôpital (elle datait alors de trente jours chez trois et de trente-cinq chez un). Restent trente-deux cas.
L'âge moyen de la maladie dans ces trente-deux cas est de
5> = 5 jours ff ou 5 jours ~. Par conséquent, il est de toute impossibilité de rapporter la rapidité de la convalescence à ce que la maladie était à son déclin à l'époque où nous avons commencé le traitement , c'est-à-dire dès le jour même de l'entrée des malades.
Il y a bien plus : c'est que, toutes choses étant égales d'ailleurs , la promptitude de la convalescence a été en raison inverse du nombre des jours que la maladie comptait au mo-
ment de l'entrée des sujets , c'est-à-dire que ceux-là sont arrivés les premiers à la convalescence , qui étaient plus récemment atteints à l'époque de leur entrée. Prouvons encore cette assertion par des chiffres. Pour cela nous allons diviser nos malades en deux classes. La première comprendra ceux qui sont entrés du deuxième au cinquième jour inclusivement après le début , et la seconde ceux qui , à leur entrée comptaient de cinq à quinze jours à partir également du début.
La première classe se compose de quatorze cas et la seconde de dix-huit, chiffres qui réunis donnent bien notre total de trente-deux cas.
Moyenne de la durée à compter du jour de l'entrée ou du commencement du traitement jusqu'à la convalescence commençante , dans les quatorze cas de la première classe.
^-, .71 jours , . . , , n
Celte moyenne est de -—r— ou de cinq jours tj , c est-adire decinqjours, car nous pouvons sans inconvénient supprimer la fraction.
Moyenne de la durée à compter du jour de l'entrée ou du commencement du traitement jusqu'à la convalescence commençante , dans les dix-huit cas de la seconde classe. Cette moyenne est de lu i)8°ur- ou de six jours exactement.
Ainsi donc la durée moyenne de la maladie a été d'un jour de plus dans les cas où cette maladie datait de cinq à quinze jours au moment de l'entrée que dans ceux où elle ne datait que du deuxième au cinquième jour inclusivement. Par conséquent les trente-deux nouveaux cas que nous rapportons, d'accord avec ceux recueillis par nous antérieurement, et publiés en partie, soit dans le Traité clinique des maladies du cœur, soit dans les Nouvelles recherches sur le rhumatisme, soit dans la Clinique médicale, démontrent la vérité de l'assertion émise plus haut.
Pour plus de précision encore, ajoutons que des trois seuls malades qui soient arrivés le second jour après le début , deux entraient en convalescence le cinquième jour après l'arrivée , et le troisième ,1e sixième jour; que des six malades qui ont été admis le troisièmejour après le début , trois entraient en convalescence du troisième au quatrième jour ,
un le cinquième , un autre le sixième , le dernier enfin le septième jour après le commencement du traitement.
Je le demande , en présence de résultats aussi constans , qui sont tous les jours prévus et pour ainsi dire calculés par nous, est-il possible de révoquer en doute la puissance et! l'exactitude de l'art ?
Passons maintenant à l'examen delà seconde question, ou,, si l'on aime mieux , de la seconde objection.
2° De la durée de la convalescence et du séjour à l'hôpital des malades traités par la nouvelle formule desi émissions sanguines. Pour ne pas multiplier inutilement les calculs , laissons de côté les cas légers auxquels ne s'applique point l'énergique méthode dont nous étudions consciencieusement et péniblement les effets thérapeutiques. Celte soustraction faite, il nous reste vingt cas de rhumatisme articulaire aigu généralisé fébrile {fièvre rhumatismale ) , parmi lesquels nous en comptons six graves ou intenses et. quatorze de moyenne intensité.
La moyenne de la durée du séjour de uos vingt malades à l'hôpital est de 5-^~ = 26 jours tt ou 26 jours en négligeant la fraction.
Ce résultat n'est-il pas vraiment admirable? En effet, il montre que nos malades sont sortis de l'hôpital parfaitement rétablis , et déjà depuis plus d'une semaine pour la plupart , après un séjour dont la durée est réellement moindre que celle de la maladie à dater du jour de l'entrée jusqu'à celui, de la convalescence commençante chez les sujets traités pan les méthodes ordinaires ou dites classiques. Et quelle convalescence ensuite , quelle guérison que celles des malheureux qui ont essuyé une fièvre rhumatismale , qui les a retenus un mois et plus au lit!
Ajoutons que nos malades n'ont reçu leur exeat qu'à l'époque où ils l'ont demandé d'eux-mêmes , et que loin de les renvoyer avant leur entier rétablissement, nous les avons: quelquefois engagés à rester quelque temps de plus à l'hôpital, afin d'avoir bien repris leurs forces avant de le quitter. Aussi la plupart mangeaient-ils la demie ou les trois quarts, | plusieurs jours , et quelques-uns même plusieurs semaines
avant leur sortie , ainsi que l'on pourra s'en assurer par la lecture des observations particulières.
Voyons maintenant quelle a été la différence de la durée du séjour à l'hôpital, selon que les malades appartenaient à la catégorie des cas graves ou à la catégorie des cas de moyenne gravité. Voici ce que donne le calcul.
La durée totale de séjour des six malades réunis de la catégorie des cas graves est de cent quatre-vingt-seize jours. La moyenne est donc ^-j — s=32 jours -§- ou 32 à 33 jours, moyenne qui l'emporte de six à sept jours sur la moyenne générale de vingt-six jours indiquée plus haut.
Mais il est bon de noter qu'une récidive survint chez trois des six malades de cette catégorie. Des trois autres, un ne séjourna que trente jours, un second que vingt-quatrejours(l), un troisième que vingt-et-un jours, ce qui donne une moyenne de vingt-cinq jours ou d'un jour inférieure à la moyenne générale.
La durée totale de séjour des quatorze premiers malades réunis delaseconde catégorie est de trois cent vingt-cinq jours. La moyenne est par conséquent de 02Ji'6°"-'- — 23 jours '—. Donc cette moyenne est d'environ neuf jours moindre que la moyenne correspondante des cas de la première catégorie, et d'environ trois jours inférieure à la moyenne générale de vingt-six jours (2).
Si l'on met à part un malade qui resta pendant soixantequatre jours à l'hôpital , bien qu'il fût déjà à la demie six semaines avant sa sortie, nous obtenons une moyenne de 3--]'5°urou de 20 jours.
Terminons ici nos recherches statistiques et laissons aux
(r) Le sujet de ce cas séjourna plus long-temps à l'hôpital; mais cette prolongation de séjour fut due à une variole assez grave dont la malade fut atteinte à l'hôpital même, lorsqu'elle était parfaitement rétablie de son rhumatisme articulaire. Au reste, on peut , si l'on veut , mettre ce cas de côté.
(2) Un des malades de cette seconde catégorie fut également pris de variole (bénigne ou discrète), à une époque où il était bien guéri de son rhumatisme. J'ai dû relrancher de la durée totale de son séjour le nombre de jours que la petite-vérole l'avait retenu à l'hôpital.
observations particulières suivantes le soin d'achever de porter la conviction dans les esprits impartiaux.
§ II. Relation de trente-six cas de rhumatisme articulaire aigu généralisé.
PREMIÈRE CATÉGORIE
Cette catégorie est affectée aux cas graves. Elle ne se compose que de six cas.
OBSERVATION LXXV. — Rhumatisme articulaire aigu généralisé avec coïn« cidence d'endocardite. — Cas grave. — En cinq jours 8 saignées, générales (6) et locales (2), ayant fourni i5 palettes ou 6 livres 4 onces de sang. — Convalescence commençante le septième jour après l'entrée.
Salle saint-jean de dieu, n° 3. Le nommé Lucas Laverdure, âgé de trente-et-un ans, cocher, demeurant rue da Paris, M; entré le 29 août 1838 ; sorti le 28 septembre 1838.
Constitution assez forte ; tempérament bilioso-sanguin ; à Paris depuis seize ans ; santé habituellement bonne ; malade depuis trois jours.
Sa maladie a commencé par une courbature , accompagnée de frissons, de douleurs de reins et dans les jointures des membres inférieurs. Il s'est alité dès le commencement de sa maladie , et a observé une diète absolue. — Aucun traitement actif.
Il ne peut marcher , à cause des douleurs qu'il ressent dans les membres inférieurs. Il a été apporté à l'hôpital sur un brancard.
Étal du malade à l'entrée. Le malade éprouve beaucoup de douleurs lorsqu'il remue les membres inférieurs; les deux, genoux sont douloureux, sans gonflement bien notable; le pied gauche est douloureux et sensiblement gonflé; le malade ressent aussi une vive douleur dans le grand trochanler de chaque côté, douleur qui augmente par la pression.
Figure pas trop animée ; langue blanche , saburrale , humide; peu d'appétit; soif; pas de nausées; le ventre offre un développement normal; il est indolent, sans gargouillement. Résonnance et respiration bonnes eu avant et en arrière , des deux côtés.
Chaleur de la peau un peu au-dessus de l'état normal. Pouls à 100, médiocrement développé, assez résistant. Matité du cœur normale; bruits du cœur un peu sourds. Saignée de h palettes.
30 août. Le malade n'accuse que fort peu de soulagement du côté des articulations , qui étaient douloureuses la veille. Il lui est survenu, pendant la nuit, de nouvelles douleurs dans le coude et l'épaule gauches; des douleurs existent aussi , mais à un degré plus faible, dans les articulations correspondantes du côté droit.
Les articulations des membres supérieurs ne sont pas sensiblement gonflées, excepté les deux premières articulations métacarpo-phalangiennes du côté gauche.
Les douleurs persistent dans la région trochantérienne de chaque côté. Les genoux sont, ce matin, sensiblement gonflés , et on sent une fluctuation distincte dans le droit : ia circonférence de chaque genou est de treize pouces. Le pied gauche seul est douloureux , et l'articulation tibio-tarsienne est gonflée, surtout vers la malléole externe où la douleur devient très vive au moindre attouchement. Un peu de sueur pendant la nuit; pouls à 100-104. Bruits du cœur étouffés, surtout à gauche. Insomnie pendant la nuit, à cause des douleurs. Le sang de la saignée offre un caillot assez volumineux, en grande partie rétracté , recouvert d'une couenne générale àpeu-près d'une demi-ligne d'épaisseur. Caillot sous-jacent d'une bonne consistance. Sérosité médiocrement abondante, claire, jaune-verdâtre.
Saign. 3 pal. matin et soir,- vent, scarif. aux genoux 3 pal.,- calapl.; infos, de guim. bourr. s. gom. 3 p.; Uni. cit. gom. lp.; lav. émoi.; diète.
31. Le malade se trouve soulagé , quant aux douleurs des membres inférieurs. Les genoux sont sensiblement moins gonflés, et le genou droit ne présente plus de fluctuation : le genou droit présente une circonférence de douze pouces et demi; le gauche de douze pouces neuf lignes. Le malade se plaint plus de celui-ci que du droit; il exécute assez faei-
lementles niouvemens de flexion et d'extension. L'articulation tibio-iarsienne est encore restée douloureuse.
Hier, dans la journée, le malade a ressenti des douleur; dans l'épaule, le coude et la main du côté droit; aucune do ces articulations n'est sensiblement gonflée.
Le malade a beaucoup sué hier ; il a dormi un peu dans lî journée , et environ deux heures dans la nuit.
Pouls à 100.
Les bruits du cœur sont presque revenus à l'état normal pas de bruit de diable dans les carotides; langue blanche, un peu saburrale.
Le sang de la première saignée offre un caillot rétracté recouvert d'une couenne d'environ deux lignes d'épaisseui sur ses bords, soutenant facilement le poids du caillot.
Le sang de la saignée du soir offre une sérosité proportionnellement plus abondante. Caillot moins rétracté ; couenne mince, d'une demi-ligne d'épaisseur; il supporte très bien soin poids.
Rondelles des ventouses réunies en une seule masse, dfi consistance moyenne.
Saign. 3 pal.; vent, scarif. sur la main et l 'épaule drov tes, opal.,- cat. laud. sur les artieul. doulour.; guim. bourr. s. gom. 2 p.; Uni. cit. 1 p.; sol. s. gom. 1 p.,- lav. e'moll.j diète.
1er septembre. Le malade se trouve assez bien et se retourne assez facilement dans son lit. Il éprouve à peine quelques légères douleurs dans les membres inférieurs; il se plaint prin* cipalement des articulations des mains; les poignets, les; coudes et l'épaule du côté droit ne présentent aucun gonflement appréciable.
Le malade a peu dormi cette nuit ; il a sué : ce matin , la peau est moite.
Pouls à 92-96.
Les bruits du cœur sont parfaitement dégagés.
Le caillot de la saignée est ferme , glutineux , supportant facilement son poids ; couenne mince et partielle.
Rondelles des ventouses , fermes , glutineuses , réunies en un seul caillot.
DE RHUMATISME ARTICUI AÏRE AIGU GÉNÉRALISÉ. 383
Urines d'un jaune d'ambre, claires, acides. Saign. 3 pal.; 2 pil. ext. gom. opium, 1/2 gr. — Mêmes boissons; diète,
2. Le malade ne sent aucune douleur dans les membres inférieurs ; mais les articulations des membres supérieurs sont fort douloureuses , et le moindre mouvement fait pousser des plaintes au malade.
Un peu de sueur cette nuit; peau moite ce matin.
Bruits du cœur parfaitement nets.
La saignée a fourni un caillot assez volumineux, rétracté , glutineux, pouvant être secoué sans se rompre. Couenne générale, mince, mais ferme. Sérosité médiocrement abondante, claire.
Saign. Ôpal.; cat. laud.; 2pil. ext, op.; diète.
3. Les douleurs des articulations des bras sont en grande partie enlevées.
Les bruits du cœur sont un peu obscurs.
Pouls à 84, médiocrement développé, assez ferme, régulier.
Eruption de sudamina et de miliaire sur les parties latérales du cou et aux aisselles.
Caillot adhérent, recouvert d'une couenne infiltrée, de quatre à cinq lignes d'épaisseur sur ses bords. Sérosité en médiocre quantité.
Les urines de ce matin sont troubles comme du moût de raisin.
Vésicat. sur la région prëcordiale; compresses alum. sur les mains; diète.
k. Pouls à SU ; les bruits du cœur sont notablement dégagés , depuis l'application du vésicatoire ; mais le premier bruit est accompagné d'un souffle très léger , au niveau de l'orifice aorlique ; pas de bruit de diable dans les carotides, ni dans les sous-clavières.
Les membres inférieurs sont complètement dégagés, et le malade éprouve à peine un léger endolorissement dans les supérieurs. — Sueurs; sommeil bon.
Convalescence commençante.
Pansem. ve'sical. digit. gr. iv; compr. alum.; un bouillon coupé.
6. Le malade n'éprouve plus, de douleurs; il ne se senti qu'un peu ;faible; les articulations sont entièrement libres.
Pouls à 76.
Le malade a sué cette nuit; il a été obligé de changer de chemise.
Le premier bruit du cœur n'est que très peu enroué.
Pansem. vésicat. digit. gr. iv ; compr. alum.,- 2 bouil.; soupe aux herbe; lait.