PREMIÈRE EXPÉRIENCE
Je mets à nu, au milieu de la cuisse, la veine crurale d'un lapin; j'y fixe un trocart muni de sa canule; la veine piquée, le trocart est enlevé et la canule dirigée vers le centre circulatoire ; elle se remplit immédiatement de sang. J'y visse aussitôt la seringue chargée de poussière de fibrine et je pousse l'injection vers le cœur. La quantité de fibrine équivaut à un centimètre cube. Cela fait, la veine est refermée au moyen d'un presse-artère. Les phénomènes pulmonaires ne se révèlent qu'au bout de quinze minutes et ne se traduisent que par une augmentation de fréquence de la respiration. L'animal, quoique paraissant mal à son aise, n'en exécute pas moins toutes ses fonctions. Nous l'observons pendant une heure sans remarquer chez lui autre chose qu'une certaine dyspnée , qui l'empêche de courir aussi vite et aussi longtemps qu'à l'ordinaire, quand on l'effraie et qu'on le poursuit.
Le lendemain de l'opération l'animal vit encore, mais respire mal; on compte jusqu'à 70 respirations par minute ; la température est au-dessous de la moyenne 36°, 5 ; les battements du cœur sont plus précipités qu'à l'état normal.
Je fais une nouvelle injection dans la veine crurale du côté opposé de la même manière que la veille. L'animal supporte
bien l'opération ; mais quarante-cinq minutes après l'injection, il succombe dans quelques convulsions. Durant ce temps il a respiré très-fréquemment, n'a pas pu courir; c'est à peine s'il s'est traîné d'une place à une autre avec grande difficulté.
La mort survint à la suite d'une profonde inspiration.
L'autopsie démontre que le poumon est farci de notre poussière de fibrine, mais nous découvrons que les valvules des veines en ont retenu une très-grande quantité. Sur certains points le poumon est rouge et comme marbré. Le sang des veines pulmonaires ne contient pas de poussières ; je les ai aussi vainement cherchées dans le foie.
Chez un chien de petite taille j'injecte 3 centimètres cubes de poussières dans la veine crurale, en poussant l'injection du côté du cœur. Il supporte parfaitement l'opération ; mais à peine estil détaché de la planche qu'il donne des signes manifestes de dyspnée; il est haletant, dans l'impossibilité de courir; il marche à peine. Cet état de dyspnée dure pendant une heure et demie. A ce moment la respiration parait plus libre, tout en étant très-fréquente; l'animal peut descendre tout seul deux escaliers; rentré dans sa niche, il se met à manger. Le lendemain matin il vit encore, mais il est toujours très-oppressé. La température est au-dessous de la normale. Voulant vérifier l'état du poumon, je fais abattre l'animal sans lui faire de nouvelle injection.
On constate dans l'organe de la respiration un grand nombre de taches rouges exactement semblables à celles que nous avons vues chez la malade de M. le professeur Michel. Le sang renfermé dans ce viscère est chargé de poussière de fibrine, surtout au niveau des points rouges.
Je puis presque assurer que, chez le chien, les capillaires du poumon laissent passer des parcelles de fibrine, car il me semble en avoir vu dans le sang des veines pulmonaires. Dans
Les principales divisions de l'artère pulmonaire étaient libres. En poursuivant avec soin ses plus petites divisions, on trouvait dans de nombreux points des caillots qui les remplissaient (voy. pl. IV, fig. 8). llsn'étaient point homogènes ni dans leurs consistance ni dans leur couleur. Ils se composaientde petits fragments blancs, plus solides, emprisonnés dans des coagulums rouges et plus mous. Au niveau de ces capillaires remplis, les poumons oiïraient de petits noyaux rouges, saignants sur la coupe, indurés (infarctus pulmonaires), surtout dans les lobes inférieurs.
Examen microscopique des caillots des veines saphènes, du cœur droit et des capillaires de l'artère pultnonaire etc. Les portions blanches des caillots se composaient: 1° d'une grande quantité de graisse libre en gouttelettes ; 2° de beaucoup de globules rouges à divers degrés de décomposition moléculaire; 3° de quelques globules blancs normaux ; 4° de quelques cellules fusiformes dépendant sans doute de la desquamation de l'épilhélium vasculaire.
En eiaminant même la surface lisse des caillots extraits des capillaires pulmonaires les plus fins, on remarquait un trèsgrand nombre de ces cellules implantées sur leur surface , à la façon des grains d'un épi de seigle.
Les coagulums rouges contenaient quelques globules rouges renfermés dans de la fibrine peu consistante.
Le sang pris dans différentes artères du corps offrait quelques globules blancs , des globules rouges déformés ronds , beaucoup de gouttelettes de graisse libre. Nombre de petits caillots microscopiques formés de ces divers éléments se trouvaient dans le sang liquide des veines des extrémités inférieures. Le sang contenu dans les orteils gelés était composé de globules rouges beaucoup plus petits qu'à l'état normal et déformés.
Des coupes pratiquées dans les infarctus pulmonaires montraient l'intégrité des vésicules de cet organe. Il n'y avait pas trace de pneumonie. Nombre de cellules étaient en voie de dégénérescence graisseuse. On aurait dit que certains capillaires étaient remplis par place de graisse libre. Cette graisse ne venait
tout le trajet veineux, depuis la plaie d'injection jusqu'au cœur, il a été facile de retrouver la poussière injectée; et même au niveau des valvules nous remarquons qu'elle avait déterminé des coagulums sanguins. Ce fait nous porte à penser que la matière injectée ne reste pas longtemps en suspension, qu'elle ne tarde pas à former des amas qui gênent la circulation périphérique, la ralentissent et empêchent la production immédiate de phénomènes asphyxiques.
Il se passe ici quelque chose de semblable à ce que nous avons vu dans l'observation de Weber, où une petite masse enchondromateuse est devenue dans le cœur le point de départ d'une concrétion considérable très-dense.
TROISIEME EXPÉRIENCE
Un cochon d'Inde est soumis à la même opération que le chien et le lapin dont je viens de faire mention. J'ai observé chez lui les mêmes phénomènes ; il ne périt que dix heures après la seconde injection , avec tous les signes de l'asphyxie et présenta à l'autopsie les mêmes taches rouges caractéristiques dans le poumon.
Ces expériences démontrent bien que la mort n'est presque jamais immédiate si l'on fait partir les embolies de la périphérie; cela lient à ce qu'une grande partie dea poussières reste dans le tronçon de la veine qui sépare le point d'injection de la première collatérale , ensuite à ce qu'une autre partie des éléments étrangers se fixe dans les nids valvulaires et en dernier lieu à ce qu'il se fait toujours, malgré tout, une division inégale des produits injectés ; d'où des masses relativement assez considérables pour n'être que difficilement entraînées par le sang.
Comme application des connaissances acquises par l'expérimentation à la pathologie, j'ai essayé de produire des embolies par brûlure et d'imiter les morts subites survenant à la suite de frac-
tures compliquées ou d'autres lésions graves des os ; de là les deux paragraphes suivants.
# r o x î^x xxx ô o i"i ô ^1 ^^3C^3 g rx o i^ c ô s 1^ c s â c o x d o ix ^ p xi 1 nx o xx ^.x r © s ^1 iX xx ^
les brûlures.
Deux lapins furent plongés dans l'eau bouillante, l'un jusqu'à mi-corps, l'autre jusqu'aux jambes de devant inclusivement et y furent maintenus environ deux minutes. L'expérience a été faite en présence de MM. Denis et Billet, externes à l'hôpital civil.
Le second de ces lapins mourut une dizaine d'heures après l'opération. Nous constatons sur tout le corps des brûlures plus ou moins profondes : la peau est partout lésée, les poils tombent aussitôt qu'on les touche ; au ventre , le tissu cellulaire et les muscles sont atteints ; il en est de môme à la partie interne des cuisses. Les muscles attaqués sont d'un rouge vif; ceux du dos et des parties externes ont conservé leur coloration normale ; ils paraissent intaets, mais la peau est entamée dans toute son épaisseur; elle est ramollie et se laisse arracher avec les doigts ou avec des pinces. Les vaisseaux veineux se présentent, au niveau et au voisinage des brûlures, comme des cordons pleins plus ou moins consistants, ne se vidant que difficilement par la pression du doigt.
L'examen microscopique des parties brûlées montre les lésions suivantes: dans les vaisseaux , des dépôts sanguins d'un rouge noir, composés de cellules sanguines ratatinées ressemblant à des globules de sang desséchés ; la fibrine est coagulée sous forme de plaques irrégulières plus ou moins granuleuses ; l'état fibrillaire habituel n'existe pas. Les fibres du tissu conjonctif n'ont pas subi de modifications ; les muscles ont perdu une partie de leurs stries transversales et longitudinales et sont devenus plus transparents.
L'autopsie complète du lapin faite aussitôt après sa mort, nous montre une énorme distension du ventre produite par les gaz renfermés dans le canal entérique ; nous en trouvons surtout
dans le gros intestin. Nous cherchons en vain des lésions dans le tube digestif; c'est à peine si nous y trouvons quelques rougeurs et quelques arborisations vasculaires.
La rate , le foie et les reins présentent à leur surface quelques taches rouges superficielles.
L'ouverture du crâne ne nous apprend rien : les vaisseaux sont gorgés de sang; pas d'exsudatdans les ventricules cérébraux.
Du côté du thorax , nous constatons que le cœur droit est rempli de sang et que les poumons sont tachetés de noir. Le fond de la couleur de cet organe est d'un rose tendre , les macules ressortent donc parfaitement. A l'incision de ces plaques purpurines, il s'écoule un peu de sang; on voit à la surface de section une marque rouge plus profonde, ce qui nous apprend que ces ecchymoses ne sont pas seulement superficielles , mais qu'elles s'étendent en profondeur. L'examen histologique y montre des dépôts de substances analogues à celles qu'on trouve à la périphérie, au niveau des points brûlés : des corpuscules sanguins ratatinés, des amas de fibrine granuleuse, ressemblant à des poussières opaques. Le sang du cœur droit contient une grande quantité des mêmes éléments.
Le lapin échaudé jusqu'à mi-corps, vit deux jours; il présente de vastes brûlures sur le ventre et à la partie interne des cuisses. La peau s'enlève par lambeaux , les muscles atteints sont d'un rouge vif, le tissu cellulaire paraît œdémateux et infiltré d'un liquide séro-sanguinolent. L'abdomen ouvert, on ne trouve d'apparent à l'œil nu qu'une forte congestion des organes ; des arborisations vasculaires sont très-visibles sur l'intestin grêle ; le duodénum ne présente pas d'ulcérations. La muqueuse entérique est très-rouge, ce qui explique la diarrhée que le lapin a eue le dernier jour de sa vie. L'autopsie de la poitrine fait voir les poumons couverts de petites taches rouges , ecchymotiques, sur un fond rose clair. Le cœur droit est gorgé de sang.
après l'avoir entouré d'une bande compressée et l'avoir mis dans une position convenable. Le malade a le pouls petit. Température 35° 8.
Le lendemain température au matin 40%2; pouls 140; respirations 36. Le malade est abattu, souffre beaucoup de sa jambe; son corps est le siège d'un tremblement général. La peau est brûlante. On renouvelle le pansement et on remarque que les ecchymoses ont augmenté. Sur la cuisse surtout se montrent des plaques énormes rouge noirâtre, qui font craindre la gan r grène ; la jambe aussi présente de ces plaques.
Le soir â quatre heures et demie température 39»,2 ; pouls 142 ; respirations 40 ; pendant la journée délire, qui persiste encore à quatre heures; pas de convulsion; le blessé répond difficilement aux questions. On ouvre l'appareil ; les points de suture sont enlevés. La plaie saigne encore et contient du sang liquide en assez grande abondance. On panse avec de la charpie sèche.
Vers six heures du soir le malade tombe dans le coma , ne répond plus aux questions et ne reconnaît plus les personne que très-lentement. Il reste dans cet état toute la nuit. Le lendemain matin 23 janvier il succombe à six heures et demie.
Il est bon de remarquer que le malade n'a eu de frissons que le jour de son entrée vers six heures du soir. Ils ont duré deux heures environ. Le jour suivant, sauf le tremblement que nous signalons plus haut, le patient n'a eu qu'une chaleur de la peau très-élevée.
Autopsie vingt-quatre heures après la mort.
Elle est commencée par la dissection de la fracture et des veines qui partent de ce point. Épanchement de sang considérable sous les lambeaux de peau qui couvrent la lésion osseuse. Déchirure des muscles ainsi que de la veine saphéne au niveau du genou. La fracture elle-même, disséquée avec soin , est coraminutive. Elle porte sur l'extrémité supérieure du tibia et du péroné. L'articulation périnéo-libiale supérieure est ouverte et
le fragment supérieur du péroné est brisé en trois morceaux. Le tibia a cinq fragments, dont deux en dents de loup; le bout inférieur du tibia présente deux fêlures ; les veines des os fracturés, ainsi que celles des parties molles ambiantes, sont remplies de thrombus noirs. Examinés au microscope, ces caillots montrent une forte quantité de graisse libre dans le sang sous forme de gouttelettes et de détritus pigmentaires paraissant provenir d'une altération des globules rouges. On ne trouve rien qui puisse indiquer une intoxication septicéraique. Le sang ne renferme ni bactéries ni bactéridies.
La dissection des veines jusqu'à la veine cave et de celle-ci jusqu'au cœur moutredans ces vaisseaux du sang liquidée! quelques bulles d'air. Il est possible qu'il y ait eu introduction de ce fluide pendant la dissection. Le cœur droit est rempli d'un liquide noir, tenant en suspension une grande quantité de graisse en gouttelettes.
L'ouverture de l'artère pulmonaire dans toute son étendue et l'examen histologique des vaisseaux capillaires montrent partout une grande quantité de graisse libre. Sur différentes places du poumon, nous trouvons des points rouges, manifestement hémorrhagiques, dépendant de l'arrêt de circulation dans les capillaires et de rupture de ces derniers sous l'influence des embolies graisseuses.
Rien de particulier dans les autres organes, ni du côté du crâne , ni du côté de la cavité abdominale.
Nous pouvons rapprocher de cette observation celle que Busch, étudiant en médecine à Kœnigsberg, a publiée dans les Archives de Virchow, 1866 , p. 321. L'autopsie faite par le professeur Recklingshausen présente tous les caractères de véracité. Il s'agit d'un homme qui, à la suite d'un coup de pied de cheval, eut une fracture du tibia au "niveau de l'épiphyse inférieure et qui mourut subitement trente-six heures après l'acci-
La mort par l'appareil respiratoire est en somme, la plus fréquente. On peut se demander si c'est là le résultat d'une sympathie directe entre la surface tégumentaire et les poumons , ou si l'affection pulmonaire est due à un empoisonnement du sang analogue à celui qui paraît exister dans la résorption purulente. M. Wilks démontre^en effet qu'il y a dans les organes et dans les vaisseaux surtout , des dépôts plutôt fibrineux que purulents. Il signale aussi dans les organes la fréquence des taches purpurines.
Nos observations nous font penser que la mort arrive souvent par les poumons. Nous penchons vers l'explication que M. le professeur Michel a donnée pour les cas de congélation. Nos recherches nous autorisent à dire que le sang s'altère en effet dans les organes atteints par la brûlure, que les veines charrient alors vers le cœur des amas de fibrine et de globules décomposés, que c'est dans les poumons que ces détritus se déposent, qu'ils y arrêtent la circulation capillaire et qu'ils déterminent ainsi la mort par asphyxie. La lecture attentive des observations de Wilks nous enseigne encore que cet auteur a assisté à l'évolution des infarctus pulmonaires, puisqu'il a vu dans plusieurs cas des pneumonies lobulaires suppurées. La tache purpurine qu'il signale n'est pas autre chose que le premier effet de l'embolie capillaire , dont la suppuration est le dernier terme : je le démontrerai plus loin.
Je n'entends nullement dire que la mort arrive toujours cl uniquement par embolies capillaires, ni contester d'une manière absolue les théories du choc ou des réflexes ; je veux seulement attirer l'attention sur ce fait important , à savoir que dans les brûlures graves il se produit des détritus que l'on retrouve dans le sang veineux et dans le poumon, et qu'il faudra, à l'avenir, tenir compte de ces lésions. Les faits de Wilks , l'observation de M. le professeur Michel et de plus mes expériences m'autorisent à affirmer que la plupart du temps les embolies capillaires jouent un grand rôle dans les différents processus morbides qu'on observe à la suite des brûlures et des congélations.
dent avec des phénomènes asphyxiques que rien ne faisait prévoir avant leur apparition.
A l'examen histologique des pièces, Recklingshausen trouva dans les petites artères et les veinules de presque tout le corps et surtout des principaux parenchymes une grande quantité de gouttelettes graisseuses incolores , transparentes , tranchant souvent sur l'injection du vaisseau. Le poumon présentait le plus de graisse; presque tous les capillaires de l'organe en étaient pleins, de telle sorte que le passage du sang devait être à peu près impossible. Dans quelques glomérules du rein, les vaisseaux étaient si complètement remplis qu'on eût dit une injection des mieux réussies.
Les deux observations que nous venons de rapporter, rapprochées de celles que Wagner et Henri Mùller ont fait connaître , nous ont amené à l'idée d'étudier expérimentalement le problème posé par la clinique ; nous avons cherché à imiter la nature le mieux possible, notre but étant de résoudre, dans les limites du possible, l'importante question des embolies graisseuses laissée dans le vague jusque dans ces derniers temps.
Nous avons fait ce travail avec un de nos élèves M. le docteur Mulot, actuellement médecin stagiaire au Val-de-Gràce.
S 7. — Quatrième série d'expériences : Introduction de graisse dans les veines par injection et par lésion grave des os.
PREMIÈRE EXPEB1EXCE.
Le 13 avril nous injectons suivant le mode habituel, 3 centimètres cubes d'une émulsiou d'huile d'olives, coloriée à la fuchsine, dans la jugulaire gauche d'un lapin fort et vigoureux. L'injection n'était pas terminée, que le lapin donnait tous les signes de l'asphyxie : profondes inspirations, mouvements convulsifs agitant le tronc et les membres, battements du cœur précipités, relâchement des sphincters, selles et urines involontaires. L'animal meurt avant que la canule soit retirée.
La dissection de la veine jugulaire jusqu'au cœur nous démontre qu'il n'y a pas de déchirures. Le cœur est normal; les poumons sont fortement gorgés de sang; à la surface pleurale, on dislingue même des taches d'un rouge foncé , résultant de petits épanchements sanguins disséminés sous la plèvre. Dans le sang du cœur droit il est facile de retrouver notre injection ; il en est de même dans l'artère pulmonaire.
Au microscope on reconnaît facilement les globules graisseux dans les petits vaisseaux pulmonaires ; le trajet des capillaires est nettement indiqué par la matière à injection ; en différents points nous constatons des déchirures de capillaires , ce qui explique parfaitement les hémorrhagies (voy. pl. X, fig. 5).
Il nous a été impossible de trouver les globules graisseux dans les veines pulmonaires et le système aortique.
DEUXIÈME EXPERIENCE
Nous répétons la môme expérience le même jour et par le même procédé. Le lapin vécut deux minutes. Les résultats de l'autopsie sont à peu près les mêmes que ceux de la première. Les capillaires étaient complètement remplis de graisse, mais présentaient moins de déchirures (voy. pl. X, fig. 4).
Ces deux expériences démontrent jusqu'à l'évidence que la mort est possible, facile même par le transport d'une quantité suffisante de globules graisseux dans la circulation du poumon.
Les lésions pulmonaires ci-dessus signalées nous serviront de types dans les expériences ultérieures.
TROIHIÈMK EXPÉRIENCE.
Nous fixons le lapin sur la planche d'opération; nous incisons la peau au niveau de la partie moyenne du tibia dans l'étendue de 2 centimètres. Nous décollons ensuite avec soin le périoste et nous enlevons une portion d'os d'un centimètre environ à l'aide d'un ostéotome. L'usage de cet instrument fait éclater les deuxfragments, d'où des fractures csquilleuses ou en dents de loup.
La portion d'os enlevée, nous versons dans le manchon périostique restant une petite quantité d'huile et nous broyons , en y enfonçant une sonde cannelée, la moelle dans les deux fragments osseux. Nous réunissons ensuite les deux bords du périoste au moyen de points de suture; nous opérons de même pour la peau.
Le lapin supporte parfaitement cette opération ; c'est à peine s'il s'écoule quelques gouttes de sang'; il meurt trente heures après l'opération.
Nous pratiquons immédiatement l'autopsie. Nous commençons par l'examen de la moelle de l'os. Le microscope nous montre une quantité considérable de granulations évidemment graisseuses, réfractant fortement la lumière et se disolvant dans l'élher; des globules de pus et des corpuscules sanguins déformés (voy. pl. X, fig. 3).
Dans le sang de la veine crurale, en communication avec la fracture, nous trouvons ces mêmes granulations graisseuses, disposées sous forme d'amas, de plaques séparées les unes des autres par des globules sanguins normaux. Quand on ajoute une goutte d'eau distillée au sang, les amas ne se désagrègent pas et flottent en masse dans le liquide de suspension comme les globules. Les plus grands de ces amas mesurent 3 ou l longueurs de globules et n'ont aucune forme déterminée (voy. pl. X, Bf- 2).
Le poumon se présente avec de petites ecchymoses en assez grand nombre. Le pourtour des taches est teinté en rouge clair; en dehors de ce cercle existe l'aspect rose normal. L'ensemble de ces couleurs donne l'apparence d'une mosaïque. L'incision des macules montre sur les surfaces de section les mêmes couleurs que celles que nous venons de signaler.
Les plus grandes ecchymoses mesurent en étendue de 1/4 à 1/3 de centimètre, et en profondeur au maximum 1/4 de centimètre. Tout autour le tissu est normal.
D'après les caractères que nous venons de mentionner, nous
KKl.TZ. EtfMfct, 2- ChML
n'hésitons pas à conclure à des infarctus hémorrhagiques. Avec la pointe du scalpel et des pinces fines nous pouvons énucléer les caillots ; nous n'avons donc pas de doute sur l'existence de l'hémorrhagie.
En examinant au microscope le tissu pulmonaire voisin du foyer à un grossissement de 150 diamètres, nous distinguons certains capillaires gorgés de poussières qui à 300 prennent la forme de granulations , libres et en amas , semblables à celles décrites ci-dessus (voy. pl. X, fig. 1).
QUATRIÈME EXPERIENCE
Le 3 mai nous opérons un lapin dans les mêmes conditions que le précédent. Il meurt le 7 mai. \ous constatons à l'autopsie de l'ostéomyélite dans les deux fragments du tibia ; une partie de l'os ayant fait saillie à travers la plaie présente déjà une décoloration manifeste.
Pas de sang entre les fragments.
Rien qui indique du côté du périoste un travail de reformation ; partout du pus, tant infiltré dans les tissus qu'à l'état libre. Les veines correspondantes aux os malades ne présentent pas de caillots, si ce n'est tout à fait au voisinage du tibia quelques grumeaux. Rien dans la veine crurale et dans la veine cave inférieure. Le sang examiné avec soin ne présente rien de particulier dans le cœur droit; cependant nous trouvons dans le poumon des lésions évidentes: des points apoplectiques nettement limités, sans traces d'inflammation dans le tissu voisin des épanchemcnts.
Les lésions hémorrhagiques peuvent, à notre sens, être attribuées à des embolies ; mais nous ne pouvons pas affirmer cette genèse, parce qu'il nous a été impossible de voir les obli térations capillaires.
CINQUIEME EXPÉRIENCE
Le 27 avril 4869 nous faisons une nouvelle expérience par un
procédé un peu différent. Nous ne faisons pas de fracture, nous détachons le périoste du tibia gauche d'un lapin, puis nous trépanons une portion d'os et formons ainsi un petit canal conduisant dans la cavité médullaire. Nous broyons la moelle et nous faisons au moyen d'une seringue une injection d'huile d'olives pure. Nous fermons l'ouverture osseuse avec un bouchon de cire et nous plaçons trois points de sutures. Il ne s'est pas écoulé de sang. Le lapin ne présente rien de particulier pendant les jours qui suivent l'opération. Il meurt une semaine après.
Autopsie. Nous constatons une ostéomyélite complète et une périostile phlegmoneuse. Rien dans les parties voisines. Le sang des veines crurale et cave ne présente pas de traces de graisse. Rien dans le cœur. Le poumon offre des infarctus nombreux. Cinq surtout sont très-visibles dans le lobe supérieur gauche et à la face postérieure de celui-ci. On en constate aussi trois ou quatre dans le lobe inférieur du même côté. Examinant au microscope à un grossissement de 150, nous voyons que les taches ci-dessus signalées dépendent d'hémorrhagies ; les capillaires renferment des caillots à apparence fibrineuse; impossibilité de découvrir des éléments étrangers.
Quoique nous n'ayons pas trouvé de bouchons graisseux, nous considérons la mort comme résultant d'embolies à cause de la lésion particulière que nous venons de décrire.
Les expériences ci-dessus relatées sont les seules qui nous aient donné des résultats satisfaisants sur 14 qui ont été faites. Nous pouvons en conclure que la mort subite ppr embolies graisseuses n'est pas niable, que l'injection forcée de substances grasses dans le canal médullaire semble donner des résultats; mais ce procédé est en tous cas condamnable, parce qu'il s'éloigne trop de ceux de la nature. La dégénérescence stcalique de la moelle des os et du sang des veines osseuses dans les grands traumalismes est incontestable; la cinquième
expérience de la quatrième série le démontre. Cette même série montre aussi la possibilité de la migration des poussières organiques et de leur dépôt dans le circuit pulmonique ; elle établit, sinon la fréquence, du moins la possibilité des accidents pulmonaires asphyxiques mortels ou non immédiatement consécutifs aux fractures compliquées.
L'étude comparative des faits cliniques et des résultats expérimentaux nous semble converger vers le même but.
Tout aussi bien sous le rapport des lésions que sous celui des accidents survenus pendant la vie, il y a parfaite concordance dans les deux séries de cas.
La conclusion s'impose d'elle-même, à savoir que l'on peut expliquer un grand nombre d'accidents pulmonaires survenant à la suite de traumatismes des os en particulier et des traumatismes en général, par la migration d'éléments étrangers â travers le torrent circulatoire.
Les accidents asphyxiques surtout trouvent leur explication dans les embolies; pour ceux qui surviennent dans les autres organes, il est infiniment probable que la génèse est la même, toutes les fois que c'est à la poussière graisseuse que l'on a affaire. Nous le démontrerons plus loin.
L'étude des lésions locales nous permet aussi d'établir que dans les os fortement compromis la substance médullaire subit , tout aussi bien dans les gros que dans les petits canaux, une dégénérescence , moléculaire dans sa forme , graisseuse dans sa nature. Cette même métamorphose peut du reste envahir les caillots obturateurs des vaisseaux déchirés. La nature graisseuse de ces dégénéralions se prouve par l'action de l'éther.
Les résultats de l'accumulation de ces poussières dans le poumon sont évidents : déchirure des capillaires par tension exagérée, production de petits foyers hémorrhagiques qui peuvent, si l'individu vit suffisamment longtemps, aboutir à la formation d'abcès ou de produits caséeux et au besoin même disparaître par résorption.
INFARCTUS PULMONAIRES. 69