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GENÈSE DES EMBOLIES CAPILLAIRES DE L'ARTERE PULMONAIRE

J'emprunterai une partie de ce chapitre au discours de rentrée de M. le professeur Michel (1867).

Les substances capables de fournir les embolies capillaires du poumon ont deux sources distinctes: les unes naissent dans une partie du système circulatoire, les autres sont étrangères à ce système et s'y introduisent.

INFARCTUS PULMONAIRES.

Voyons d'abord celte dernière provenance.

$ t. — Embolies provenant de sources extra-vasculaires.

Parmi les corps étrangers introduits spontanément dans le sang de l'homme pendant la vie, constatés par la clinique et vérifiés par l'expérience, nous trouvons l'air, la graisse liquide ou en globules, des débris albumino-fibrineux et des produits de néoplasmes.

Je n'hésite pas à placer l'air en première ligne. Son introduction a lieu par l'ouverture de certaines veines, surtout pendant les opérations. Cet accident peut amener une mort immédiate , ou des troubles fonctionnels pendant une durée variable. On a cherché à expliquer ces résultats par la paralysie du cœur, par l'action de l'air sur le cerveau; ces hypothèses sont indubitablement fausses. Tous les phénomènes morbides dépendent d'embolies aériennes obstruant les plus petites divisions de l'artère pulmonaire. Il est absolument impossible de donner sur l'homme une démonstration visible de ce fait; il faudrait pouvoir observer pendant la vie la circulation du poumon. Les expériences sur les animaux que nous avons citées mettent celte assertion hors de doute. Que disent du reste , les autopsies relatées dans les observations publiées par Dupuytren et Roux?

Dans toutes on signale la présence de l'air dans les cavités droites du cœur, dans les artères cl les veines du corps. N'est-il pas évident que l'existence de ce fluide dans toul le système circulatoire accuse son passage de l'arbre de l'artère pulmonaire dans celui de l'aorte? 11 a donc dû se former dans les capillaires du premier des masses de petites colonnettes qui, fermant le passage du sang, ont amené la mort subite par syncope ou asphyxie.

Dans deux mémoires successifs, 1802 c! 1805, Wagner a fait connaître les résultats de six autopsies dans lesquelles il a rencontré un grand nombre de capillaires du poumon remplis par de la graisse liquide. Celle lésion était tellement évidente dans quel-

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ques points, que l'on pouvait y étudier la distribution de ces petits vaisseaux comme sur une pièce injectée. Leucker et Busch ont depuis publié des faits analogues.

Wagner aurait trouvé ces sortes d'embolies à la suite de vieux abcès et dans des cas de traumatisme porlant sur les os.

On explique alors facilement le passage de la graisse liquide dans l'intérieur des veines déchirées et de là le transport dans les cavités droites du cœur et les divisions de l'artère pulmonaire. Le tissu médullaire des os est très-riche en graisse et la dégénérescence graisseuse des vieux abcès est très-commune.

Dans quelques cas d'infection purulente, à côté de l'embolie graisseuse , Wagner signale encore la réplélion d'un certain nombre de districts capillaires par une substance albumineuse homogène, d'aspect mat, parsemée çà et là de molécules graisseuses, réfraclairc à l'action de l'acide nitrique et de la potasse caustique. Cette matière, de même que la graisse, remplissait entièrement les capillaires et les distendait considérablement; elle ressemblait à tous égards à celle que l'on rencontre dans ces foyers d'embolies capillaires provenant d'endocardite ulcéreuse aiguë. Wagner ajoute qu'il a vu le même produit morbide à la face interne de la matrice et dans les veines de cet organe dans des cas d'endométrile et de phlébite utérine.

Quant aux néoplasmes qui perforent les veines et deviennent ainsi la source d'embolies capillaires venues du dehors, nous en avons des preuves certaines. Virchow et Cohn n'avaient que supposé la possibilité des faits qui résultent clairement des observations de Wagner, de Coze et de Laveran.

S 2. — Embolies capillaires provenant de sources intra-vasculaires.

Si , depuis les travaux de Virchow, )a genèse des thromboses veineuses et leurs rapports avec les embolies d'un certain volume ont été bien connus dans leurs causes et leurs effets, il n'en est pas de môme pour les obstructions capillaires de l'artère pulmo-

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naire. Leur provenance a plutôt été soupçonnée que démontrée. Ainsi Cohn parle de certaines phlébites, d'abcès du cœur droit ou de l'artère pulmonaire, de dégénérescence des valvules sigmoïde et mitrale. Les observations que nous publions plus haut, suivies d'autopsies , sont les premières qui mettent bien en évidence le morcellement des caillots veineux ou cardiaques et qui établissent d'une manière définitive la possibilité de la mort subite par obstructions capillaires du poumon.

On ne peut donc plus hésiter à admettre qu'après certaines phlébites utérines, suites d'accouchement, on ne trouve des embolies capillaires de l'artère pulmonaire. Les congélations, certaines fractures compliquées et les brûlures sont d'autres causes de formation de ces embolies.

Nous nous appuyons sur des preuves certaines pour justifier notre assertion ; car d'une part, chez la femme congelée du service de M. le professeur Michel, nous avons trouvé dans l'artère pulmonaire de petits caillots exactement semblables par leur composition aux thrombusplus gros trouvés dans les veines périphériques ; d'autre part , l'altération du sang dans les brûlures permet de reconnaître dans le poumon , s'il y a lieu , la provenance périphérique des caillots. En effet , si l'on découvre dans les poumons des embolies constituées par des éléments identiques à ceux des coagulums trouvés autour des plaies, on peut aflirnrer que les premiers ont été amenés de la périphérie parle courant sanguin.

Chez nos lapins nous avons pu établir expérimentalement le fait, surtout en ce qui concerne les accidents pulmonaires, suites de la résorption graisseuse dans les fractures compliquées. Pour se rendre compte des lésions emboliques qui se trouvent quelquefois simultanément dans les poumons et dans le foie, on n'a qu'à se rappeler que la distribution de la veine porte ressemble beaucoup à celle de l'artère pulmonaire et que de plus le système p.orte communique par certains ramuscules veineux des intestins avec la veine cave inférieure. Dans l'observation

de Weber, relative à l'embolie cartilagineuse, ne voit-on pas des enchondrômcs développés dans le foie? Dans les cas où l'on ne peut retrouver l'embolie pulmonaire, on doit attacher une grande importance aux infarctus, car, comme nous l'avons démontré plus haut, il y a une relation immédiate, constante , entre l'obstruction mécanique des capillaires et la lésion matérielle , qui est l'infarctus; l'une est cause, l'autre effet. La présence de l'infarctus permet donc toujours de supposer l'embolie; l'examen rigoureux de la périphérie fera le plus souvent reconnaître les sources emboliqucs qui ont déterminé les infarctus.

Avons-nous besoin de rappeler les différentes affections du cœur droit, entraînant la formation de concrétions fîbrineuses, susceptibles de se fragmenter pour devenir ainsi des foyers générateurs d'embolies?

Avant de passer â l'élude des embolies aortiques, nous devons résumer les principaux points établis jusqu'ici touchant les obturations capillaires du poumon.

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