CHAPITRE PREMIER
S 1. — Idée fondamentale des expériences snr le système aortiqne. ■
Nous plaçons ici l'observalion par laquelle nous avons été amené à toutes les expériences qui suivent; ce n'est pas une relation de mort subite, mais elle nous a conduit h l'étude d'une foule d'accidents que nous ne soupçonnions pas et c'est pour cette raison que nous avons cru devoir la maintenir en têle de notre premier chapitre.
OBSERVATION XIII. — Rhumatisme articulaire aigu. — Éruptions cutanées successives. — Endocardite ulcéreuse aiguë. — Mort. — Autopsie. - Observation recueillie par M. le docteur Lereboullel , interne du service. — Clinique médicale de Strasbourg.
Le nommé G... W... , né à Strasbourg, âgé de quarante ans, brossier, entre à la clinique le 1 er septembre 1866. Non marié; tempérament sanguin, constitution très-robuste, pas de maladies antérieures ; a été soldat pendant sept années.
Cet homme, habitant un logement froid, humide, peu aéré, était très -bien portant, lorsque le 12 août dernier, en se réveillant le matin, il fut pris d'un frisson violent, avec claquement de dents. Il se leva cependant et rentra le soir avec une violente
douleur dans le pied droit; l'articulation tibio-tarsienne était rouge, gonflée, douloureuse. Cet état dure quinze jours environ ; quatre autres articulations se prennent. Le malade est traité par des applications de cataplasmes et l'administration de teinture de colchique. Le genou droit se prend à son tour au bout de quinze jours.
État actuel. Température 39°; pouls plein, vif, 104; langue blanche, chargée, saburrale; appétit modéré, soif assez vive. Au pied droit, un peu de rougeur et de douleur, pas de gonflement; au genou gauche, rougeur, chaleur, tuméfaction, douleur. Épanchement assez abondant dans l'articulation. Aucune complication cérébrale ou pectorale. Les battements du cœur sont tumultueux, le choc est très-étendu. Les urines sont normales.
On applique un large vésicatoire sur le genou gauche. Douleurs et gonflement au coude droit ; douleurs dans toutes les articulations des doigts; peu de gonflement, rougeur diffuse.
Le 3 septembre l'état du genou reste à peu près le même ; mais il se déclare un véritable rhumatisme intestinal, caractérisé par des selles séreuses, ne contenant que des débris d'épithéliums, sans matières fécales; ballonnement du ventre, tympanisme, coliques, pouls à 80°, température 38°,7.
Le 4 le pied droit est plus rouge, plus gonflé, plus doulou : reux; on y applique un nouveau vésicatoire. La diarrhée a cessé ; il y a eu dans la nuit une seule selle renfermant des matières fécales. La fièvre persiste ; température 39°,4; pouls 104 ; soif vive; choc du cœur très-violent; bruits indistincts, tumultueux, pas de bruit de souffle. Les doigts de la main droite sont à peu près libres, ceux de la main gauche restent douloureux.
Du 4 au 8 amélioration; la fièvre tombe; les articulations du genou gauche et du pied droit sont moins gonflées, moins douloureuses; la diarrhée a cessé; le 7 cependant est survenue encore une évacuation séreuse avec débris floconneux. Le 8 frisson suivi de chaleur et de sueur. Légère rougeur au sacrum.
Le 9 une selle séreuse; depuis le matin la jambe gauche est œdématiée; la peau est blanche et luisante, conserve l'empreinte du doigt. Pas d'albumine dans les urines. Rien au cœur. Cet œdème reste stalionnaire du 9 au 13 ; à partir de ce jour il augmente considérablement, sans changer de caractère. La diarrhée aqueuse continue ; les selles sont volontaires ; la fièvre est peu intense (frictions avec opodcldoch chloroformé; opium à l'intérieur 0bx,15). L'épaule et le coude droits, primitivement douloureux et gonflés, reviennent à l'état normal.
Le 14 l'œdème augmente encore; la jambe et la cuisse gauches sont très-gonflées jusqu'au niveau de l'articulation coxofémorale. La peau est d'un blanc mal; les veines ne paraissent pas volumineuses, il n'existe pas de cordon rougedlre sous la peau ; s'il y a oblitération veineuse , elle siège dans la profondeur. Le malade reste immobile, couché sur un matelas à eau. Pouls impossible à compter; température 39°,4; sueurs abondantes; battements du cœur confus et tumultueux; prostration ; selles abondantes à la suite de l'administration du colchique.
Les articulations des doigts de la main gauche redeviennent libres.
Le 15 et 16 la fièvre persiste; la prostration augmente; la respiration est haletante, les sueurs continuelles; ventre tendu , ballonné; tympanile. Deux évacuations après l'administration du colchique. Apparition de taches rouges légèrement indurées sur plusieurs points du corps.
Le 17 l'enflure de la jambe augmente; à la partie externe et postérieure on remarque trois ou quatre nodosités espacées de 2 à 3 centimètres. Deux d'entre elles se présentent sous forme d'élevures rougeâtres, sans traces de pus; la troisième est recouverte d'une vésicule remplie d'une sérosité grisâtre puriforir.e, entourée d'un cercle inflammatoire rouge.
Le soir deux nouvelles indurations apparaissent sur la cuisse gauche ; les trois premières ont changé d ? aspect; la vésicule qui les surmontait s'est ouverte et a livré passage à une sanic puni-
lente, mélange de sérosité et de pus, qui salit et empèse les linges de pansement. On y remarque maintenant une ulcération grisâtre, couenneuse.
Le 18 l'éruption augmente; huit pustules nouvelles apparaissent sur le corps, dont l'une sur le dos de la main gauche au niveau de l'articulation mélacarpo-phalangienne de l'index. Rien à la jamhe ; le malade n'a pas de selles; le ventre reste ballonné, tympanitique, très-douloureux; les circonvolutions du gros intestin sont dessinées sous la peau. Affaissement considérable (vin de quinquina et de Malaga).
Le 19 six déjections séreuses dont trois involontaires; ventre très-ballonné, tympanitique. Parois abdominales œdémaliées. Sensation de flot perçue par la palpai ion. L'éruption reste stationnaire à la cuisse. Deux pustules se montrent au front au-dessus du sourcil gauche ; langue sèche, chargée; inappétence ; pas de troubles cérébraux. Le soir température 39* ; figure animée ; agitation ; apparition de douleurs très-vives dans l'épaule et le coude gauches , rougeur et tuméfaction; deux garde-robes séreuses (opium 0« r ,10, vin de Malaga 100 grammes).
Le 20 les douleurs du bras gauche s'amendent ; la pustule du doigt indicateur gauche a considérablement augmenté; on y voit aujourd'hui une forte vésicule d'un brun rougeàlre , large comme une pièce de cinquante centimes. Elle est entourée d'une aréole d'un rouge foncé, recouvrant toute l'articulation, mais ne communiquant pas avec elle. La fluctuation se perçoit dans toute son étendue. Les bulbes du front ont laissé à leur place de très-petits ulcères grisâtres. Venlre tendu, ballonné ; cinq ou six départs séreux, involontaires. Apyrexic.
Le 21 et 22 même étal du ventre; prostration plus considérable; inappétence; paralysie du sphincter anal; pouls imperceptible, excessivement fréquent; langue rouge, fuligineuse; soif très-vive. L'éruption reste slationnaire ; l'œdème de la jambe gauche augmente encore ; l'étal du cœur est toujours le même: bruits sourds, tumultueux, pas de souffle franc.
Le 23 et 24 l'état du ventre ne change pas ; de nouvelles taches rouges apparaissent sur la jambe droite et sur le dos.
Du 25 au 27 l'éruption s'affaisse, se sèche sur le ventre et sur la jambe gauche; au sacrum, les puslules qui ont déterminé un commencement de décubitus semblent aussi diminuer. Le tympanisme et les selles involontaires persistent.
Le 28 et 29 nouvelles papules rouges, avec induration, sur tout le corps et môme sur les joues. Fièvre très-forte; ventre toujours gonflé, cinq ou six selles séreuses involontaires chaque jour. On explore tous les organes avec attention : les poumons sont sains ; le foie ne dépasse pas les fausses côtes. Rien du côté de la rate.
Le 30 en examinant soigneusement le ventre, on perçoit audessous de la tumeur formée par l'accumulation des gaz intestinaux, une matité anormale. Elle est située immédiatement audessus du pubis et paraît être due à la réplétion de la vessie. Le malade, qui avait une incontinence depuis plusieurs jours et conservait un bassin entre les jambes, urinait donc par regorgement et remplissait ainsi un vase de deux litres. Aujourd'hui on retire avec la sonde environ trois litres d'un liquide trouble, chargé de mucus. Le ventre s'aflaise un peu après le calhétôrisme , mais reste cependant tympanilique. L'éruption a un peu diminué depuis quelques jours. L'œdème de la jambe est tombé. Les émissions alvines sont involontaires; la langue est rouge, mais humide; respiration facile; les poumons ne présentent pas la moindre altération.
Le 1 er octobre on sonde le malade le malin et le soir, et l'on retire environ trois litres d'urine dans les vingt-quatre heures ; cependant le vase que le malade conserve entre les jambes est toujours rempli. La langue reste rouge, devient fuligineuse; le tympanisme persiste, l'état du cœur est toujours le môme; tumulte, irrégularité, pas de souffle.
Du 2 au 4 même état, fièvre intense; le ventre reste ballonné ; le 4 pendant la nuit , apparaît une dureté anormale autour
de l'articulation libio-tarsienne droite ; l'article paroil indemne. Après un examen minutieux on trouve de la fluctuation en divers points, ce qui fait penser à un épanchement dans les bourses séreuses environnant celte jointure.
Le 5 la fluctuation est de plus en plus manifeste; un peu «affaissement, ée stupeur et de céphalée; langue rouge, fuligineuse. Jambe gauche moins œdémaliée. Le pied droit reste dans le même étal ; la vessie est toujours paralysée ; six à huit selles involontaires par jour.
Du 6 au 8 le malade laisse aller plus fréquemment sous lui ; fièvre intense, le gonflement du pied ne diminue pas.
Le 8 sur la face antérieure de l'avant-bras apparaît une induration volumineuse, dont 4» base a la largeur d'une pièce de deux francs. Pas de fluctuation. Le gonflement du pied droit augmente et la fluctuation se perçoit à cinq travers de doigt environ au-dessus de l'articulation tibio-tarsicnne, s'arrêtant au niveau des malléoles. L'examen microscopique du sang ne révèle ni bactéries ni bactéridies.
Le 0 on plonge une lancette dans les tumeurs du bras et de la jambe. Celle de la jambe laisse écouler un liquide laiteux mal Hé ; celle du bras ne donne que du sang , il n'y a pas encore de pus. Affaissement de plus en plus considérable. Le malade finit par succomber le 10 octobre, à deux heures du soir.
S 2. — Idée générale du rôle des embolie» capillaires du système aortique dans les maladies.
L'observation qu'on vient de lire est à beaucoup d'égards pleine d'intérêt. Durant tout le cours de la maladie, le diagnostic n'a pas cessé d'être difficile. Au début, certainement je n'hésitai pas à croire à un rhumatisme articulaire franc ; l'apparition des phénomènes typhiques du côté du ventre et du système nerveux vint en premier lieu jeter le trouble dans mon esprit, et, sans la connaissance des travaux français, anglais et allemands,
j'eusse changé mou diagnostic et prononcé le mot de fièvre typhoïde. Les accidents dont le cœur était le théâtre me tinrent en garde contre l'erreur, et, en pleine clinique, je me prononçai pour un rhumatisme articulaire typhoïde.
L'apparition des phénomènes de thrombose me confirma dans ma manière devoir. J'accusai, non une phlébite, mais une coagulation du sang, suite de viciation de ce liquide par augmentation de fibrine. La surveuance de suppurations multiples du côté de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané ne me fit pas un instant varier dans mes appréciations. Inutile d'ajouter qu'avec Senhouse Kirkcs, j'attribuai tous les accidents dont je fus successivement témoin, à des embolies capillaires parties du cœur gauche atteint d'endocardite ulcéreuse.
Les faits de ce genre ne sont pas nouveaux ; déjà Bouillaud en 1841 les a signalés dans son Traite clinique des maladies du cœur; puis vinrent les travaux de Senhouse Kirkes en 1853, de Virchow, de Bamberger, de Friedercich, de Charcot, de Lcfeuvre, de Cotard, de Prévost et de Vulpian. L'endocardite ulcéreuse, athéromateuse, survenant au début du rhumatisme articulaire aigu, ou paraissant au milieu de cette affection, forme la base des différentes recherches que je viens de citer. Les autopsies faites avec grand soin donnèrent la connaissance des lésions anatomiques observées du côté du cœur et des troubles que ces altérations centrales occasionnaient à la périphérie.
Le mot d'embolies capillaires fut prononcé en premier lieu par Senhouse Kirkes, qui démontra leur existence dans quelques nécropsies, ainsi que les lésions qu'elles déterminent par leur présence.
Trousseau montre dans sa clinique tout le parti que l'auteur anglais a su tirer de sa découverte et lui rend pleinement justice. «Si Kirkes, dit-il, n'a pas décrit l'endocardite ulcéreuse, il a du « moins démontré par des observations quels sont les effets prin- « cipaux qui résultent, soit du détachement de concrétions fibri- « neuses développées dans le cœur, soit de leur mélange avec le
126 EMBOLIES DU SYSTÈME DE l.'ARTÈRE AORTE.
c sang. A celte époque , comme on pourra s'en convaincre en « lisant les observations de cet intéressant mémoire, le docteur
< Kirkes avait déjà établi qu'elles pourraient être les conséquences « de la migration des concrétions valvulaires sur la circulation c périphérique et pulmonaire. Il avait constaté sur les mêmes « malades le ramollissement cérébral avec hémiplégie subite par « oblitération de l'artère sylvienne. Il avait constaté l'existence « des infarctus de la rate et du rein coïncidant avec une oblitéc ration des gros troncs vasculaires de ces organes. Les petites c ecchymoses de la peau et des muqueuses, épanchements san- «guins, au centre desquels il avait trouvé une petite tache de € couleur jaune ou chamois, étaient pour le docteur Kirkes le c résultat d'embolies capillaires ; le môme auteur avait de plus c remarqué que les lésions delà valvule tricuspide déterminaient
< de graves altérations du parenchyme pulmonaire. Enfin il avait c été conduit à accepter, ainsi que le prouve la quatrième obscrc vation de son mémoire , que la fibrine divisée pouvait donner c lieu à une infection du sang, qui se traduisait par des sympc tomes typhoïdes. »
Convaincu par mes lectures et ajoutant pleine et entière confiance aux auteurs que je viens de citer, je posai donc le diagnostic : rhumatisme articulaire , endocardite ulcéreuse du cœur gauche, thrombose par hypérinose, embolies capillaires; d'où accidents du côté de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané.
L'autopsie devait confirmer ou infirmer le diagnostic posé ; elle fut faite avec tout le soin possible, en présence des élèves qui suivaient la clinique. Guidé par les considérations que je viens de présenter, j'opérai de la manière suivante : comme je voulais avant tout montrer que nous n'avions pas affaire à une fièvre typhoïde, je commençai l'autopsie par la cavité abdominale; celle-ci ouverte, nous vîmes en tout premier lieu les intestins très-dislendus par des gaz et presque transparents , vu leur énorme dilatation ; il fut donc facile de Rassurer qu'il n'y avait pas dans le petit intestin, de glandes de Peyer ni tuméfiées nî
ulcérées; l'examen du mésentère démontra l'absence de tout gonflement des glandes lymphatiques. L'intestin , ouvert avec soin et lavé, donna la preuve la plus concluante de l'absence de dothiéncntérie.
Nous procédons à la dissection des branches vasculaires oblitérées, cause de l'œdème du membre inférieur gauche : la veine crurale est remplie par un caillot fibrineux très-consistant , occupant la partie supérieure de ce vaisseau, commençant un peu au-dessous de l'abouchement de la veine saphène interne, c'està-dire au milieu du triangle de Scarpa, adhérant intimement au côté interne de la paroi, remontant dans ce canal jusqu'au point où il se replie sur l'arcade pubienne. Le caillot est d'un rouge clair; la fibrine qui le compose a perdu sa structure lamellaire ou fibrillaire, elle est granuleuse; les globules rouges du sang sont déformés, ratatinés; i;à et là se voient quelques dépôts pigmentaircs ; les éléments blancs seuls ont conservé leur structure normale. Les membranes veineuses ne sont ni épaissies ni injectées ; l'épithélium de la tunique interne du vaisseau a disparu dans les points où le thrombus fibrineux a contracté des adhérences. Le sommet du coagulum ne présente ni ramollissement ni déchiquctures. Sa partie la plus ramollie siège à peu près vers le milieu, dans le sens de la longueur; elle est bridée en haut et en bas par des parties encore très-résistantes. Il est donc trèspeu probable que des embolies aient eu leur point de départ dans cette coagulation.
Pour nous en assurer, nous ouvrons le thorax et nous examinons les poumons: ces organes sont sains, ils ne présentent ni œdème, ni hépatisalion, ni induration, mais un peu d'hypostasc à la partie déclive. Ces viscères étant indemnes, il était à peu près certain que le ventricule droit ne présenterait pas de lésions.
L'examen du cœur en place ne révèle rien ; le péricarde ne renferme pas de traces de sérosité. Les cavités droites, ouvertes méthodiquement, montrent qu'elles sont saines; les valvules ne sont ni indurées, ni ulcérées, ni recouvertes de dépôt fibrineux.
128 EMBOLIES DU SYSTÈME DE l'aRTÈRK AORTE.
Un caillot d'agonie occupe la cavité de l'oreillette droite et l'orifice des veines caves.
Le cœur gauche est plus gros que d'habitude; l'oreillette renferme un caillot fibrineux remontant jusque dans les veines pulmonaires. Les parois internes du ventricule, surtout les valvules aortiques et milrale, sont couvertes d'une espèce de fausse membrane, granuleuse à sa surface et très-molle. Sur certains points, elle se laisse très-facilement détacher; sur d'autres, elle parait adhérer plus fortement. En l'examinant avec soin , on voit qu'eHe n'est pas continue, qu'elle est constituée par de petits grains fibrine», déposés sur les valvules. Celles-ci ne sont pas trop déformées; elles sont quelque peu épaissies et légèrement indurées, dépourvues de l'épithélium qui les recouvre ordinairement et qui est remplacé par la couche granuleuse dont nous venons déparier. Les ulcérations, qui paraissent quand on enlève la couche fibrinetise, sont très-peu profondes. A l'examen microscopique nous trouvons qu'il y a une légère hypertrophie de la lame conjonctive des valvules aortiques et milrale , une desquamation des épithéliums sur certains points, d'où apparence de solution de continuité.
La pseudo-membrane est composée de grains fibrineux. En certains points, surtout au niveau des valvules semi-lunaires, cette fibrine est très-mollasse, les grains se détachent sous un filet d'eau. Leur composition est celle de caillots très-ramollis , c'est-à-dire qu'on n'y voit qu'une masse de petites molécules réfractant fortement la lumière.
L'inspection du cœur et des poumons nous permet jusqu'ici d'affirmer que la thrombus de la veine crurale n'était cause d'aucun des accidents, si ce n'est de l'œdème de la jambe gauche; autrement, nous aurions trouvé des débris de ce coagulum dans le poumon, ou au moins dans le cœur droit.
L'état du cœur gauche nous donna immédiatement l'idée d'examiner les lésions périphériques et artérielles; nous commentâmes par l'élude des indurations les moins avancées que nous
MORTS SUBITES. . i'29
avons signalées sur tout le corps, aux membres et à la face. Nous trouvâmes à la partie externe du bras droit une tache indurée paraissant toute récente, ne dépassant pas le derme. Cette plaque, de la grandeur d'une pièce de deux francs, est d'un rouge violacé; en l'incisant, on a une surface de section légèrement grenue, infiltrée d'un sang à peu près coagulé, très-facile à exprimer avec le doigt. Le tissu cellulaire sous-cutané n'est pas atteint.
L'examen histologique montre que la couche épithéliale est saine; le derme est tuméfié, sans être malade à proprement parler, car les cléments qui le constituent sont normaux ; il est simplement gorgé de sang, ses capillaires sont fortement distendus; de plus, on y voit du sang libre, des globules rouges plus ou moins déformés , de la fibrine granuleuse et môme de la graisse. On dirait plutôt avoir affaire à un caillot de sang en voie de transformation ; d'où l'idée d'infarctus cutanés. Dans les plaques ramollies, soi-disant remplies de pus sanieux, on trouve presque un processus gangréneux : un liquide essentiellement composé de détritus de globules sanguins, de graissé libre, de fibrine granuleuse et de débris épithéliaux ; à l'œil nu même on reconnaît de petits lambeaux de tissu fibreux mortifié.
Les abcès, ou plutôt les tumeurs ramollies sous-cutanées, présentent le même aspect ; mais les lésions sont plus étendues : le tissu cellulaire sous-cutané est comme sphacélé ; les artérioles qui rampent dans ce tissu sont remplies de coagulums en voie de métamorphose graisseuse, de fibrine granulée, dégraisse en gouttelettes et de globules rouges ratatinés ; dans les artérioles plus grosses entourant la tumeur, on voit à l'œil nu de petits thrombus fibrineux ; tout enfin révèle un arrêt de la circulation dans les parties malades. Les obstructions ne peuvent provenir que du cœur gauche; les grosses artères, ouvertes avec soin, ne montrent nulle part de lésion, ni desquamation épithéliale ni dépôts alhérornateux.
Cet examen fait, nous passons aux articles qui ont été en
FELTZ, Embolie*, î« ddlt î>
souffrance. Nous trouvons la jointure tibio-larsienne droite parfaitement saine , entourée d'un manchon d'un pus sanieux déterminé par le sphacèlc du tissu cellulaire péri-articulaire; les cartilages et la synoviale ne présentent pas d'altérations. Les autres articulations du pied droit sont intactes; il en est de même du pied gauche. Le genou droit est à peu près sain, mais la gaîne des extenseurs est remplie d'un liquide sanieux ne coutenant que des granulations graisseuses, des globules de pus en voie de dégénérescence et une gande quantité de graisse libre, en un mot, quelque chose d'analogue, pour les formes in biologiques, à ce qu'on voit dans le lait. Le genou gauche seul renferme un excès de liquide, celui-ci n'est pas franchement purulent et ressemble en tous points au fluide que nous venons de décrire. Du côté de la synoviale, nous trouvons une espèce de ramollissement graisseux ; les cartilages sont gras , les cellules infiltrées, rien n'indique un travail pathologique actif antérieur. Les os sont sains. Les portions articulaires des membres supérieurs, qui avaient été successivement atteintes par le rhumatisme, ne présentent plus la moindre altération.
Le sang, examiné au microscope, était pauvre en globules rouges, très-riche en globules blancs et en fibrine.
L'examen des organes des cavités splanchniques ne nous donne rien du côté du foie, ni des reins; la rate ne présente que quelques petits infarctus coniques et jaunâtres.
Aucune lésion macroscopique ni microscopique, dans le cerveau; la veine jugulaire interne est considérablement distendue par un caillot, mais ne présente du reste aucune altération sensible, soit à l'œil, soit au microscope.
Il résulte clairement de cette autopsie que notre sujet avait un rhumatisme articulaire à type typhoïde, que les accidents secondaires cutanés, sous-cutanés, péri -articulaires et même articulaires , dépendaient de la migration vers la périphérie de
MORTS SUBITES. iJl
grains fibrineux détachés successivement de l'endocarde du cœur gauche; cl qu'enfin la thrombose de la jambe gauche avait probablement la même cause que le dépôt de fibrine dans le cœur, c'est-à-dire le rhumatisme.
Notre diagnostic avait donc été juste et devait nous satisfaire.
S 3. — Procédé opératoire employé pour jeter dans la grande circulation des poussières organiques ou inorganiques.
Cependant, pour chasser jusqu'au dernier doute , nous avons essayé d'imiler la nature et de reproduire expérimentalement les faits que nous venions d'observer; voulant donner ainsi une assise pratique à des vues qui, en somme, pouvaient être discutées et réputées purement théoriques.
La première difficulté que nous avions à vaincre dans la voie expérimentale que nous voulions aborder, était de trouver le moyen par lequel nous pourrions mettre dans le torrent circulatoire général des poussières organiques ou inorganiques, pour voir l'effet qu'elles produiraient, et sur le sang, et sur les organes à travers lesquels elles passeraient. Nos expériences sur les poumons et celles de nos prédécesseurs depuis Darcet, nous avaient démontré que chez la plupart des animaux les capillaires pulmonaires ne laissaient guère passer ni poussières impalpables, ni produits organiques cellulaires en suspension dans l'eau distillée. Nous devions donc renoncer à chercher, par la voie de la jugulaire, les effets que nous voulions obtenir.
L'injection des poussières dans les arlères périphériques et dans le sens de la circulation nous donna quelques résultats que nous relaierons en temps et lieu ; mais la vraie voie était le cœur gauche.
Nous rappelant le moyen qu'avait employé Claude Bernard pour puiser alternativement du sang dans le cœur gauche et dans le cœur droit, nous avons procédé de la môme manière, maisen sens inverse. Au lieu de puiser dans le cœur, nous avons □jouté au sang qu'il renfermait déjà les produits que nous vou-
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lions envoyerFdans tout l'organisme, pour déterminer des obstructions capillaires. Pour obtenir ce résultat, on n'a qu'à mettre à nu une carotide et à y adapter une canule suffisamment longue pour pénétrer dans l'aorte et même dans le ventricule gaucbe. On atteint très-facilement ce but avccuntrocart; la canule placée et remplie de sang, on y adapte une seringue chargée des poussières qu'on veut injecter dans le cœur.
Pour nos expériences, nous nous sommes servi de liquides purulents, cancéreux, tuberculeux et d'eau distillée tenant en suspension de la poussière de fibrine ou de charbon préparée comme pour nos premières expérimentations.
S 4. — Première série d'expériences ■ Injections de poussières dans le cœur gauche, ayant déterminé des morts subites par anémie cérébrale. '
En procédant comme nous venons de le dire, nous avons obtenu sur quatre lapins et un chien les résultats suivants :
rUEMIÊBK KXI-fiRIKXCK.
Un lapin adulte reçoit dans la carotide droite, par l'intermédiaire d'une canule qui atteint le cœur, six centimètres cubes d'eau distillée tenant en suspension un centimètre cube de poussière de fibrine. L'injection est faite lentement avec le plus grand soin pour ne pas provoquer de déchirure; la seringue n'est pas à demi vidée que des convulsions se déclarent pour se calmer immédiatement; la respiration de haletante qu'elle était redevient tranquille , ce qui me permet de terminer l'injection et de lier l'artère en retirant la canule. Le lapin est pas encore détaché, qu'il est pris de nouvelles convulsions plus fortes que les premières ; la respiration et les battements du cœur s'accélèrent notablement , des déjections alvines surviennent, puis le coma et la mort.
En voyant ce résultat, je me rappelai les expériences de mon ami, M. le docteur Jules Ehrmann, de Mulhouse, qui, en 4858, répétait avec mon aide les expériences de Bichat, de Cooper, de
Kussmaul et de Tenner, sur l'anémie cérébrale, en faisant simultanément la ligature de quatre troncs artériels encéphaliques.
Le lapin mort, je fis l'autopsie immédiatement, sans attendre la résolution de l'état tétanique: il me fut facile de constater l'anémie cérébrale et la présence de mes poussières dans la plupart des vaisseaux ; sur tous les points je trouvai ces poussières dans les artères, les arlérioles et les capillaires.
La dissection de l'artère qui avait reçu l'injôction , celle du cœur et des poumons , me démontrèrent qu'aucune déchirure n'avait été produite et que la mort n'était pas le résultat d'un accident opératoire; les poumons étaient congestionnés et le cœur rempli.
L'examen du sang trouvé dans le cœur gauche me donna la preuve que mes poussières étaient parfaitement mêlées à ce liquide, je les retrouvai dans les artères bronchiques et dans l'aorte ; mais je n'en vis pas de traces dans le système veineux.
DEUXIÈME KXFl{RIKKCK.
Chez un lapin adulte, fort, je fais dans la carotide gauche une injection de 4 centimètres cubes de pus de bonne nature. L'opération se termine sans accident, mais l'animal esta peine mis en liberté qu'il est pris de convulsions : la respiration et les battements du cœur s'accélèrent, les yeux se renversent en haut, les pupilles se resserrent, la tète se rejette fortement en arrière. A l'agitation des membres succède un étal tétanique très-prononcé : la tête reste dans l'opisthotonos, les jambes se raidissent, la respiration s'arrête, mais les battements de cœur persistent; les pupilles se dilatent démesurément. Bientôt le cœur cesse de battre, la mort survient; elle est annoncée par le relâchement successif des muscles. La nuque d'abord, puis en dernier lieu les jambes , perdent leur état de rigidité.
L'autopsie nous révèle une quantité considérable de pus dans les arlérioles et les capillaires du cerveau. M. Coze fils, qui était
présent à l'expérience, a eu l'obligeance de dessiner une de ces petites artères remplies de pus (voy. pl. IV, fig. 1).
M. le professeur Michel, qui y assistait également, a fait aussi des préparations microscopiques qui confirment les miennes. Pas de pus dans le sang veineux du cerveau. Nulle part de déchirures de la substance cérébrale. On retrouve les globules purulents dans presque tous les organes, même dans la peau.
TKOlHlEME EXTÉKIKXCE.
Faite sur un lapin très-vigoureux. Nous examinons d'abord le sang artériel pour voir la quantité de globules blancs, quoiqu'il soit assez facile d'en différencier les éléments purulents dont nous nous sommes servi et qui venaient d'un homme. Au lieu de 4 centimètres cubes de pus, nous n'en injectons que 2. Le manuel opératoire, les résultats sont les mêmes. La mort arrive trente ou quarante secondes après le commencement de l'accès épilepliformc. L'animal était déjà debout quand l'accès commença par un cri perçant, puis la tête se convulsa en avant , le lapin roula sur le dos. Vinrent ensuite les contractures des membres; à ce moment le lapin se jeta sur le côté, et c'est dans celte position que le surprirent les phénomènes tétaniques.
L'autopsie démontre la présence du pus dans toutes les artérioles et tous les capillaires de l'encéphale.
(JITATKIÈME EXPÉRIENCE.
Injection de 4 centimètres cubes de liquide cancéreux en suspension dans 3 centimètres cubes d'eau distillée. Les éléments fibro-plasliques sont très-faciles à reconnaître. L'animal soumis à l'expérience meurt au bout de quarante-cinq secondes; on n'a pas le temps de le détacher de la planche ; il ne jette pas de cris, parce qu'un aide lui tient fortement la tête en arrière; on observe chez cet animal que les déjections alvines précèdent immédiatement la mort et surviennent à peu près au même moment que la dilatation pupillaire.
L'autopsie rentre dans les précédentes pour les résultats obtenus.
CIXQ11KME EXPERIENCE.
Chez un chien de moyenne taille, j'injecte dans le cœur gauche 8 centimètres cubes de pus louable, pris dans un abcès un quart d'heure à peine avant l'opération. L'injection est à moitié terminée que le chien présente déjà quelques convulsions très-passagères, après lesquelles je vide complélement la seringue. L'animal, détaché, ne peut se remettre sur ses jambes; il est pris tout à coup de nouvelles convulsions cloniques, elles se terminent par un état tétanique, qui dure un certain temps ; puis la respiration se rétablit, mais pour un instant seulement.
Le chien meurt; je pratique immédiatement l'autopsie. Je constate d'abord que la canule a pénétré jusque dans le ventricule gauche, sans occasionner aucune déchirure.
Le crâne est ensuite ouvert: l'encéphale est décoloré, les artérioles et les capillaires sont remplis de pus. Dans le sang veineux, on ne trouve pas de Iraces de la matière à injection. Toute la substance injectée n'a pas pénétré dans le crâne, car on en retrouve dans le sang de presque tous les organes en plus ou moins grande quantité.
c 5. — Confirmation des données expérimentales nar la cliniaue.
Les expériences que je viens de relater prouvent évidemment que la mort si rapide est le résultat de l'anémie cérébrale ; les symptômes observés et les autopsies ne laissent pas de doute à cet égard.
Si nous rapprochons de ces résultats ceux que nous avons obtenus par injection de poussières dans le bout périphérique des arlères, nous trouvons que la mort survient bien moins rapidement dans le second cas que dans le premier et que souvent ici on hésite à l'attribuer à la seule oblitération des arlérioles. MM. Vulpian , Cohn , Panum , Colard et Prévost étaient déjà arrivés à faire la même remarque. On produit, en effet, presque toujours des déchirures de la substance cérébrale, à cause de
la force qu'on est obligé d'employer pour faire passer les produits étrangers dans une artère où il n'y a plus de circulation et qui a peu de collatérales pour prendre les matières injectées. La distribution des poussières par ce moyen se fait bien plus lentement; de là des troubles cérébraux durant plus longtemps et une mort moins rapide. Dans les injections poussées jusqu'au cœur, au contraire, l'action des poussières est pour ainsi dire instantanée. On le comprend en se rappelant avec quellcuctivité fonctionne le cœur et quelles larges voies le sang trouve en sortant de cet organe. La mort par anémie cérébrale s'explique donc très-aisément.
Ces expériences prouvent encore que la mort survient de la même façon, quelles que soient les poussières employées. Elles nous apprennent aussi que dans les cas de mort subite , où l'on ne trouve pas de lésion matérielle visible à l'œil nu, on ne doit pas oublier de rechereber si la circulation cérébrale ne s'est pas trouvée entravée par des embolies capillaires ou autres, car nous ne sommes guère dispose à admettre la mort par apoplexie nerveuse.
Les observations de mort par embolies et ramollissement cérébral ne manquent pas dans les ouvrages ; mais celles où la mort a été subite sont assez rares ; aussi vais-je en rapporter un cas recueilli à la clinique des vieillards de Strasbourg, dirigée par M. le professeur Coze et qui m'avait été confiée pendant les vacances de l'année 1866.
OBSERVATION XIV. — Maladie du cœur ancienne. — Différents accidents du cAiè du système nerveux. — Embolies cérébrales. — Mort subite. — Clinique des maladies chroniques de Strasbourg.
Une pensionnaire de l'hôpital civil se présente au service vers, le mois d'août 1866 ; elle se plaint de palpitations qui l'empêchent de gravir les escaliers et demande à entrer dans la salle, afin de ne plus être obligée démonter et de descendre pour aller prendre ses repas.
Nous recevons la malade , quoique en apparence sa sanlé ne soit pas bien altérée. Le lendemain malin , son observation est prise très-rapidement. C'est une femme de soixante-douze ans, qui s'est toujours bien portée, sauf deux ou trois attaques de rhumatisme articulaire, dont la dernière remonte à dix ans. Elle n'a jamais été mariée et n'a pas eu d'enfants. La constitution est bonne, le tempérament lymphatique. Elle ne porte pas de traces d'infiltration sur le corps; les jambes et les mains ne sont nullement cedématiées. L'examen des organes inlernes ne révèle rien; il existe néanmoins un peu d'oppression et la respiration est plus fréquente qu'à l'état normal. Les poumons cependant paraissent sains. La percussion ne donne ni matité ni sonorité anormale; à l'auscultation, on perçoit partout le murmure vésiculaire. L'examen du cœur nous apprend qu'il y a un peu d'hypertrophie et un souflle rude au premier temps; le choc n'est cependant pas très-exagéré; le pouls, dur, paraît en rapport avec l'impulsion; les battements sont réguliers , donc pas d'altération de rhythme.
Vu les antécédents de la malade, nous pensons à une endocardite rhumatismale ayant déterminé un rétrécissement aortique. Nous allions abandonner l'examen, quand l'idée d'une dégénérescence athcromaleuse des artères nous vint à l'esprit. En examinant toutes les artères superficielles du corps, nous les trouvons presque toutes indurées, noueuses; le souffle du cœur s'entend dans la carotide et le long du sternum. Cet examen nous fit ajouter au diagnostic de rétrécissement aortique faible celui de dégénérescence alhéromateusc des artères périphériques et probablement de l'aorte. La femme se portant bien et ne demandant que du repos pour ne point ressentir ses palpitations , nous ne lui prescrivons aucun médicament; elle reste au moins pen* dant deux mois sans jamais se plaindre et sans jamais garder le lit. La sœur de la salle n'a jamais remarqué le moindre malaise chez elle; nous ne la voyons que très-rarement et jamais elle ne nous parle que pour nous remercier de l'avoir reçue au service.
Un des derniers jours du mois de septembre , nous la trouvons morte ; elle s'était couchée la veille comme à l'ordinaire et le malin à cinq heures on s'aperçut de sa mort. Ses voisines n'avaient rien entendu , si ce n'est quelques mouvements du lit et un léger cri que jeta la malade vers minuit. A cinq heures du matin elle était toute froide ; la mort devait donc remonter à quelques heures.
Autopsie faite vingt-quatre heures après la mort.
L'examen du cadavre ne révèle rien de particulier. Soupçonnant une lésion du cœur consécutive au rétrécissement aortique, nous ouvrons en premier lieu le thorax. Les poumons sont sains, quelque peu emphysémateux aux sommets et sur les bords.
Le péricarde ne renferme pas de sérosité en quantité appréciable. Le cœur est volumineux, surtoutdu côté gauche ; le ventricule correspondant est manifestement hypertrophié ; son diamètre vertical mesure 10 centimètres environ. Le cœur droit est moins dilaté. Les parois de l'organe sont épaissies; la cavité ventriculaire est en partie remplie par un caillot noir que nous retirons. L'orifice auriculo-ventriculaire ne semble pas rétréci, mais les valves sont tuméfiées et rugueuses. L'orifice aortique est induré, resserré; les replis semi-lunaires sont, comme la mitrale, durs, très-denses et couverts d'aspérités. Cet examen superficiel achevé, nous sortons le cœur et les poumons de la cavité thoracique pour examiner plus attentivement les lésions de l'endocarde et des valvules cardiaques gauches.
En fendant l'aorte, nous découvrons une grande quantité d'ulcérations athéromaleuses ; avec l'ongle il est facile d'enlever des particules de la substance morbide. Un filet d'eau entraîne également de ces détritus. Les nids semi-lunaires sont petits, rétractés, couverts d'incrustations très-faciles à détacher; sur divers points, on trouve de petites solutions de continuité de môme nature, à bords déchiquetés, en quelque sorte flotlanls, ressemblant en petit à celles de l'aorte. La valvule mitrale est moins incrustée de sels calcaires que les replis semi-lunaires.
L'endocarde présente sur divers points des plaques crétacées trèsappréciables à l'œil nu. Presque toutes les artères, même les arlérioles des mains et des doigts, participent à cette altération.
L'examen microscopique démontre qu'il y a sur certains points athérome ; sur d'autres, ramollissement et ulcération de la tunique interne; sur d'autres enfin, incrustation calcaire (phosphate et carbonate de chaux).
Le cœur droit est bien moins malade; l'artère pulmonaire ne présente pas la moindre altération ; ce vaisseau est ouvert dans toute sa longueur; mais on n'y découvre aucune embolie capable d'expliquer la mort par asphyxie ou par syncope; on voit seulement quelques petits caillots très-mous et tout à fait fiais. Les lésions trouvées du côté du cœur n'expliquent certes pas la mort subite.
L'inspection des organes abdominaux ne nous apprend rien : le tube intestinal est sain dans toute sa longueur; le foie présente une dépression sur sa face antérieure, résultat de la pression du corset et quelque peu de dégénérescence graisseuse. La vésicule est remplie de bile et renferme deux gros calculs. Les reins paraissent sains, ainsi que les organes du petit bassin: matrice, ovaires et vessie.
Nous ne pouvions guère mettre la mort sur le compte d'un épuisement nerveux ; l'étal de santé relative de la malade et ses antécédents ne le permettaient pas. Nous devions donc chercher du côté du cerveau , pour voir s'il n'y avait pas eu apoplexie cérébrale par rupture d'une artère alhéromaleuse. Chacun sait que cette cause de mort est fréquente chez les vieillards.
Le crâne est ouvert , l'examen de la masse encéphalique en place n'indique rien de particulier, sinon une certaine pâleur de la substance cérébrale. L'organe, sorti de sa cavité et placé les hémisphères en bas pour laisser voir la base, présente des artères très-malades; tout le cercle de Willis est altéré. La basilaire présente de plus un caillot d'un rouge foncé, au centre duquel
on aperçoit un fragment blanchâtre tout à fait analogue aux parcelles qu'on enlève aux valvules avec l'ongle.
Histologiquemcnt il est composé de substance athéromaleuse créliiiée; on y reconnaît parfaitement les grains calcaires. En poursuivant les différentes artères qui se rendent dans le cerveau, on y trouve surtout vers les capillaires, c'est-à-dire dans les arlérioles, une poussière graisseuse très-fine et quelques grains ayant l'apparence de sels de chaux. La substance cérébrale ne parait pas altérée, les capillaires ne sont pas graisseux.
S 6. — Quelques considérations sur le rhumatisme cérébral.
L'observation que je viens de rapporter est digne d'intérêt. Elle montre jusqu'à l'évidence que des produits délachés du cœur ou de l'aorte ont pu être entraînés par le courant sanguin. Lancés dans les artères de la tête, ils se sont constitués en embolies, qui, par l'arrêt de la circulation encéphalique , ont déterminé une mort des plus rapides. Certes, sans le microscope, on eût attribué la mort à une apoplexie nerveuse. Ce cas et d'autres qui se trouvent dans les auteurs, notamment dans le mémoire de MM. Prévost et Cotard, me font réfléchir aux phénomènes que l'on observe quelquefois dans le rhumatisme cérébral. A défaut d'autopsie pour confirmer l'opinion que je vais émettre, j'ai des faits cliniques. Je puis citer, entre autres, l'observation d'une jeune femme qui fut traitée par M. le docteur Weill, médecin aide-major à l'École du service de santé militaire et par moi. Elle était atteinte d'un rhumatisme articulaire très-aigu et fut soignée d'abord dans son domicile, ensuite à l'hôpital civil, où son mari, employé des hospices, la fil transporter dans une chambre particulière.
Dans le second septénaire de la maladie du cœur: palpitations presque continues, souffle aux deux temps, choc très-fort, pas d'hypertrophie sensible à la percussion. Deux ou trois jours après, tout son corps se couvrit de pétéchies, d'ecchymoses,
MORTS SUBITES. 1 il
dont la plus grande n'atteignait pas la largeur d'une pièce de vingt centimes. Jusqu'à ce moment pas d'accidents cérébraux. L'affection articulaire semble arrêter ses progrès, quand tout à coup la malade est prise de convulsions, d'accidents éclamptiques» des mieux caractérisés et de délire. Les accès durent parfois dix ou quinze minutes. Après deux jours de cet état, la malade tombe dans le coma; je la crois perdue. Au contraire trente-six heures après, elle reprend connaissance, recouvre l'usage de ses membres et au bout Je huit jours elle est presque complètement guérie, sauf les troubles cardiaques qui persistent encore.
Si on pèse toutes les péripéties de celle maladie , on arrive à la conclusion que nous avons émise tout à l'heure : gêne subite et mécanique de la circulation cérébrale par suite de produits fibrincux délachés des .orifices du cœur, entraînés vers le cerveau et finalement résorbés à cause de leur composition uniquement fibrineuse. Lps accidents cérébraux du rhumatisme articulaire doivent avoir souvent la cause que nous indiquons; il m'est impossible de les allribuer uniquement à ce qu'on appelle la dialhèse rhumatismale. Une autopsie faite dans le casque nous rapportons , eût probablement expliqué bien des obscurités qui voilent encore aujourd'hui l'importante question, dite du rhumatisme cérébral.
M. Bouchut a tout récemment publié dans la Gazette des Hôpitaux, mai 1809, une observation très-remarquable qui confirme entièrement ce que je croyais, déjà il y a deux ans , être la règle dans ces différentes formes du rhumatisme cérébral.
OBSERVATION XV. — Chorée aiguë. — Endocardite rhumatismale intercurrente. — — Embolies cérébrales. — Clinique de M. liouchut, extraite de la GmeUe des Hôpitaux, 29 mai 1869.
Marie R... , entrée le 45 mars 1869 , âgée de huit ans et demi, au n° 60 de la salle Sainte-Catherine , à l'hôpital des enfants malades, service de M. Bouchut.
uigiiizea uy
142 EMBOLIES DU SYSTÈME DE l'aRTÈHE AORTE.
Celle enfant, toujours bien portante, est atleinle depuis treize jours de chorée venue sans rhumatisme, sans vers et sans émotions morales. Les mouvements occupent les quatre membres et le visage. Ils sont tellement violents que l'enfant ne peut se tenir debout et que les parties saillantes sont rouges, un peu excoriées; ils ne sont du reste accompagnés d'aucun trouble de la sensibilité. Il existe un faible bruit de souille à la région du cœur, au-dessous du mamelon. Bon appétit. L'enfant va aisément à la garde-robe et n'a pas de fièvre.
Les mouvements sont devenus encore plus forts peu de jours après l'entrée et toutes les parties saillantes du corps étaient excoriées.
On donne à l'enfant de rarséuialcde soude, à dose croissante, jusqu'à 0i? r ,030 par jour. Le médicament, d'abord bien supporté, produisit ensuite de la diarrhée et on en cessa l'usage. Il avait produit très-bon effet et les mouvements choréiques avaient notablement diminué. Les écorchures de la peau purent se guérir; l'enfant n'avait plus de fièvre et mangeait bien. Elle restait pâle et maigre, modérément agitée, lorsque le 24 avril, à 5 heures du soir, elle fut prise très-subitement d'hémiplégie du mouvement cl de la sensibilité dans le côté gauche du corps , sans perte de connaissance, avec douleur vive de la tête à droite, avec déviation conjuguée des yeux à droite cl avec aphasie. Pas de changement de température appréciable des deux côtés du corps. La respiration est un peu gênée , incomplète, masquée par des râles sibilants et muqueux. Les battements du cœur sont accompagnés de frémissement vibratoire, et le premier lemps est couvert par un bruit de souffle un peu rude, couvrant le claquement valvulaire du deuxième lemps et dont le maximum d'intensité est à la base et dans la direction de l'aorte. La matité précordiale n'est guère que de 5 centimètres carrés. La peau est peu chaude et le pouls très-petit, 120. Soif fréquente, pas de vomissements ni de diarrhée.
A l'ophlhalmoscope, on constate dans l'œil droit une diffusion
MORTS SUUITES. 143
de la papille, qui est blanche, œdémateuse et dont les contours sont à peine visibles ; la choroïde est pdle , les veines sont assez nombreuses, mais minces et un peu colorées. Dans l'œil gauche, la papille est plus distincte et manifestement plus nette que dans le côté opposé ; la choroïde est également pâle et les veines trèsminces, peu colorées. Le lendemain, les choses étaient absolument dans le même état, avec un peu plus d'embarras de la respiration qui laissait entendre à dislance des râles muqueux. Le côté paralysé présentait un peu d'œdème sans douleur.
Les urines , examinées , ne contenaient ni sucre ni albumine. L'enfant vécut encore deux jours dans la môme situation, gardant une lueur d'intelligence, pouvant répondre par gestes à quelques sollicitations ; puis la respiration s'embarrassa davantage et elle succomba.
Autopsie faite vingl-qualre heures après la mort. Le cerveau parait mou et la pie-mère est infiltrée de sérosité un peu opaline sur quelques points de la convexité ; mais il n'en est pas de même à la base. A la partie postérieure de l'hémisphère droit, il y a, au niveau de deux circonvolutions, sur le trajet d'une arlôriole, une petite lâche blanche allongée, entourée d'une pelile zone de congeslion capillaire et cette tache est due à un thrombus que l'on peut facilement extraire. Çà et là , dans l'intervalle des circonvolutions, la pie-mère présente une injection tellement vive de ses vaisseaux, qu'elle est épaissie et forme une loile d'un rouge violacé Irès-inlense. Au centre de ces ilôts de pie-mère ainsi congestionnée, on retrouve un vaisseau oblitéré par une thrombose. Celte lésion existe également dans la pie-mère du côté gauche.
A l'examen de la base du cerveau , l'arachnoïde esl transparente et la pie-mère peu congestionnée. L'artère basilaire esl perméable, ainsi que Tarière sylvienne gauche et ses affluents. L'artère sylvienne droite présente une oblitération complète et forme un petit cordon de cinq millimètres, dur sous le doigt. L'artère paraît rose et çà el là, en suivant son cours, on voit des places
fontes, résultats de l'oblitération des gros vaisseaux qui donnent lieu aux ramollissements blancs proprement dits. Dans ces derniers, la dégénérescence graisseuse des éléments nerveux est primitive ; dans les ramollissements rouges ou par embolie capillaire, Je premier terme de la lésion est la fragmentation ou déchirure de la substance nerveuse; la nécrobiose ne vient qu'après.
Dans l'observation que nous venons de citer, les deux es pèces de lésions existaient et ont pu être distinguées sur le cadavre.
$ 2. — Deuxième série d'expériences : Infarctus cérébraux à différents âges obtenus par voie expérimentale.
rWWlilK ET DKIXIEUE KXI'ERIENC'K.
J'injecte par le bout périphérique de la carotide gauche d'un lapin 6 centimètres cubes d'eau distillée tenant en suspension une certaine quantité de poussière de labac.
L'injection se fait sans encombre; le lapin ne pousse pas de cris; la respiration s'accélère un peu. L'animal détaché marche, mais ne court pas quand on cherche à l'effrayer; il incline la tête à droite. Au bout de dix minutes, la démarche devient plus pénible, les jambes du côté droit paraissent plus difficiles à mouvoir que celles du côté gauche. La béte n'exécute pas de mouvements de rotation, mais cherche une place où elle puisse se cacher et être tranquille. Le lendemain le lapin mange, mais traîne toujours les pattes du côté droit; la tête est fortement inclinée à droite. Kien de particulier le deuxième jour; le troisième jour au matin je le trouve mort.
En même temps que je pratiquais cette expérience, je faisais lier la carotide gauche à un autre lapin, pour observer les effets de la ligature elle-même. Ce second animal ne présenta aucun ac-
452 EMR0I.1ES DU SYSTÈME dk l'artère aorte.
cidenl de paralysie ; je l'ai observé pendant une huitaine de jours, sans remarquer autre chose qu'une légère inclinaison de la tète du côté opposé à la ligature.
L'autopsie de ce dernier, sacrifié le huitième jour, ne montra pas la moindre lésion cérébrale appréciable.
Il n'en fut pas de même du premier qui présentait du côté gauche des signes anatomiqucs certains de ramollissement. On voyait à l'œil nu, par-ci parla, un pointillé rougeâtre de la substance cérébrale qui avait au niveau des taches une apparence de velours d'Utrecht rouge. Le corps strié gauche surtout offrait en trois points différents cette coloration. La substance cérébrale, en ces trois endroits, paraissait être le siège d'une multitude de petites hémorrhagies. Dans les capillaires et les artérioles on retrouvait les poussières injectées ; on en constatait même dans les petits foyers que je viens de signaler.
THoiRifeME Kxrânmc*.
A un autre lapin très-fort, j'injecte dans le bout périphérique de la carotide gauche , 2 centimètres cubes de pus dans 3 grammes d'eau distillée. L'opération se termine très-heureusement; pas d'accidents immédiats. Le sujet redevenu libre, marche et court même assez vile sous une table du cabinet où a eu lieu l'opération. Environ un quart d'heure après, l'animal se met à pousser quelques cris , puis à tourner assez rapidement sur lui-même pour tomber sur le côté droit ; il reste quelques minutes dans cette position et se relève pour marcher. A ce moment, les pattes gauches sont bonnes, mais celles du côté droit sont moins sensibles et moins agiles ; il n'y a cependant pas hémiplégie complète. Le lapin vit trente-six heures.
L'autopsie révèle un ramollissement rougeAtre de la surface de l'hémisphère gauche dans sa partie antérieure et moyenne. Le même piqueté que dans l'autopsie précédente le fait reconnaître ; il pénétre jusqu'à 1 centimètre de profondeur dans la masse de l'hémisphère, mais n'atteint pas le corps strié ni la couche op-
une petite tumeur arrondie, ayant deux centimètres et demi dans un sens et un demi centimètre dans l'autre, adhérente à la paroi et pouvant laisser passer le sang sur les côtés et en avant. Toutelois l'espace resté libre est peu considérable et n'a guère plus de trois millimètres. Cette tumeur est noire à la surface; quand on la divise , on la trouve entièrement formée de fibrine blanchâtre , ramollie, entourée d'une coque noirâtre, épaisse d'un millimètre, obstruant l'artère presque complètement. On trouve jusqu'aux pieds, ça et là, de petites ecchymoses dues à des thromboses capillaires; celte lésion n'existe qu'à gauche et point dans le membre droit. Le foie est volumineux, rougeàlre, violet, d'une congestion considérable.
La rate est plus rouge que le foie; on y aperçoit quatre ou cinq noyaux du volume d'un pois à une noisette , durs à la périphérie, où ils sont noirâtres, et un peu plus mous au centre, où ils sont décolorés.
Les reins sont volumineux, bosselés, couverts de marbrures noirâtres et jaunâtres qui se présentent sous formes de noyaux isolés ou agglomérés. A la coupe , les parties noires pénètrent dans la substance corticale et sont dues à une hyperhémie du tissu , tandis que les parties blanches entremêlées semblent être le résultat d'anémie. Mais à l'intérieur de l'organe, la lésion parait moins nettement circonscrite qu'à la périphérie.
L'intestin est rempli d'ecchymoses situées sur le trajet des artérioles transversales de la muqueuse et au centre desquelles on trouve le vaisseau oblitéré par un caillot.
Qu'il y ail possibilité de mort subite par embolies capillaires cérébrales, c'est ce qui a été démontré par les expériences que j'ai citées plus haut et par les deux observations que confirment pleinement les résultats obtenus sur les animaux.
Mon intention n'était pas de commencer mon chapitre par celte série, parce que je voulais avant tout élucider les questions bio-
FZLTZ, Embolie», ï« édit. 10
logiques qui se rapportenl à ma première observation; mais les les effets produits par mes poussières me frappèrent tellement que je ne pus ra'empêcher de les exposer d'abord. Je savais bien qu'on obtenait souvent des ramollissements en faisant des injections dans le bout périphérique des artères du cou ; toutefois j'étais loin de soupçonner la rapidité avec laquelle les accidents anémiques se produisaient et certes, si je n'eusse retrouvé mes poussières dans les capillaires cérébraux, je n'aurais jamais cru que l'arrêt de la circulation dans l'encéphale pût s'effectuer si facilement et si rapidement par les embolies capillaires. Dans les expériences de M. Jules Ehrmann, ces phénomènes ne survenaient pas plus vite.
Les choses ne se passent pourtant pas toujours ainsi ; je dirai même que des morts si violentes sont exceptionnelles , car sur cinquante injections dans le cœur gauche , je n'ai pu les obtenir que cinq fois; j'ai rapporté fidèlement ces cinq observations, parce qu'elles forment pour moi la base des recherches qui devront être faites à l'avenir, toutes les fois que l'on se trouvera en présence de ces morts foudoyantçs , sine materia , encore beaucoup trop nombreuses.
Notre appel a été entendu, si j'en juge par le remarquable travail Sur la mort subite dans lu fièvre typhoïde , de M. le docteur G. Diculafoy. Cet auteur a consciencieusement cherché des obstructions capillaires dans les différents organes sans toutefois en trouver. Il manque cependant un élément important dans son travail, car nous n'avons vu nulle part d'examen histologique du sang, très-nécessaire en semblable cas. Nous ferons la même remarque pour les observations publiées par M. Verneuil dans la Gazette hebdomataire , n° 43, 1869 et la thèse de M. Carret, présentée devant la Faculté de Paris, au mois d'août 1869.
Je suis loin de dire que toutes les morts rapides aient pour cause des embolies capillaires ; mais je ne crains pas de trop m'aventurer en n'admettant le mécanisme nerveux que lorsque tous les autres me font défaut.
Si Ton veut produire des accidents cérébraux simples , des altérations organiques dépendant de la présence d'embolies dans les arlérioles ou les capillaires du cerveau, le meilleur procédé est à coup sur celui de Virchow, de Panum , de Yulpian , de Gohn, de Prévost et Colard, c'est-à-dire l'injection de poussières organiques ou inorganiques par le bout périphérique d'une des carotides préalablement liée. Le seul reproche dont ce procédé soit passible, est de déterminer quelquefois des déchirures d'artères et même de la substance cérébrale, par suite de la force qu'on est obligé d'employer pour faire arriver les poussières jusqu'aux collatérales dans lesquelles la ligature de la carotide n'a pas arrêté le courant sanguin. S'il ne survient ni déchirure de vaisseaux ni lésions de la substance cérébrale , les animaux soumisà l'expérience peuvent vivre trois ou quatre jours, comme le témoigneront les expériences de la deuxième série.