I. SYMPTÔMES D’UN ACCÈS DE CETTE MALADIE
346. L’accès fébrile se partage en trois stades distincts. Le premier stade est marqué par un refroidissement général , le second est caractérisé par la
(1) Mémoire sur les fièvres intermittentes, inséré dans le
cahier de novembre i8a5, des Archives générales de médecine*
FIÈVRES INTERMITTENTES. 5 1 g
chaleur , et le troisième par la sueur. M. Récamier appelle le premier stade ; période de concentration des forces ; le second , période d’expansion ou de réaction ; le troisième , période de détente ou de crise.
a. — Premier stade . Les symptômes qui raccompagnent sont les suivants: bâillements, pandiculations , frissons , tremblement , sentiment d’une compression générale ; peau froide, contractée (chair de poule) ; pouls petit, fréquent, inégal ; décoloration et pâleur universelles , avec lividité des lèvres et des ongles; urine rare, claire et limpide.
Le froid de l’accès présente plusieurs degrés d’intensité et de durée. La durée moyenne du frisson est d’une demi-heure à une heure. Quelquefois il se prolonge pendant cinq à six heures. Lorsque le premier stade de la fièvre intermittente est très intense , la peau offre l’aspect quelle présente chez les personnes en santé qui sont restées longtemps exposées à l’air froid pendant un hiver rigoureux ; elle est violette, marbrée ou même bleuâtre. Les malades se replient sur eux-mêmes , se rapetissent en quelque sorte, comme pour se refroidir par une moindre surface ; ils tremblent avec tant de violence que l’on entend claquer leurs dents et qu’ils ne peuvent plus se soutenir : leur respiration est gênée et accélérée ; on dirait qu’ils l’accélèrent instinctivement , pour produire une quantité de chaleur capable de dissiper le froid qu’ils ressentent.
Cependant ]e froid diminue graduellement d’intensité , les frissons ne se font plus sentir , et les tremblements se dissipent ; alors commence le second stade.
b. — Second stade. Yoici les symptômes qui Je caractérisent : sentiment d’une chaleur générale, expansion, épanouissement, et teinte rosée de la peau en général et de celle du visage en particulier; agitation, anxiété, soif, fréquence et développement du pouls , urine rougeâtre.
Ce stade , ainsi que le premier, est sujet à de grandes variations dans l’intensité de ses symptômes.
Lorsque la chaleur est considérable, les malades offrent tous les phénomènes qui caractérisent la fièvre dite inflammatoire ou angio-ténique, tels que les battements des carotides et de toutes les artères en général, l’injection du visage, l’éclat des yeux, la céphalalgie, la rougeur des membranes muqueuses visibles, etc.
La durée du second stade peut être de plusieurs heures , ou bien seulement d’un quart d’heure à une demi-heure.
c. — Stade de sueur. La chaleur se termine par une sueur plus ou moins abondante. Tantôt la peau est dans un simple état de moiteur halitueuse, tantôt elle est abreuvée et comme inondée d’une pluie sudorale tellement abondante, que le linge qui enveloppe les malades est mouillé comme s’il eût été trempe dans l’eau.
Ce troisième stade, d’une durée variable, se
prolonge rarement au-delà cle trois ou quatre heures.
Pendant son cours, les phénomènes morbides, après avoir diminué insensiblement d’intensité , se dissipent complètement,
34 7. Au troisième stade succède un état de calme et de bien-être qui a reçu le nom d’^pyrexie. 11 ne reste plus qu’un peu de fatigue dans les membres , quand l’apyrexie est complète.
348. Lorsque l’accès que nous venons de décrire se manifeste tous les jours , on donne à la fièvre intermittente le nom de quotidienne.
3Zî 9. On appelle fièvre tierce celle dont les accès sont séparés par un jour pendant lequel il n’en existe point.
350. La fièvre est dite quarte, lorsqu’un intervalle de deux jours sépare ses accès.
35 1. « Des accès quotidiens revenant à des heu- »res différentes, ou différant sous le rapport de » l’intensité, delà durée, etc., mais se correspon- » dant tous les deux jours, constituent une clou - »ble-lierce . Deux accès dans les vingt-quatre heu- » res, tous les deux jours, forment une tierce doublée. »La fièvre est triple quand il y a deux accès tous » les deux jours, et un seul dans le jour intercalaire. On a été jusqu’à admettre une quadruplera tierce, caractérisée par deux accès chaque jour. »Un accès le premier, le deuxième et le quatrième «jour, correspondant à un accès survenu quatre «jours auparavant, caractérise la fièvre doublent quarte. Deux accès dans un jour, avec deux jours
» d’intervalle, forment la quarte doublée. Trois ac- » cès de quatre en quatre jours constituent la quarte » triplée. Enfin , un accès chaque jour, correspon- » dant à celui dont il est séparé par deux autres ac- » cès, indique la triple quarte . La quotidienne peut » être doublée et même triplée. Quelques auteurs rap- » portent un très petit nombre d’exemples de fiè- » vres intermittentes quintanes , sextanes, hebdo nmadaires , octanes, nonanes , décimales , quatuor y) décimales, quindécimales , mensuelles , bimensuel nies, trimestrielles, annuelles (i) Le retour des «accès à des époques indéterminées, constitue » la fièvre intermittente irrégulière, erratique ou » atypique.» (Boisseau, Pyrétologie physiologique , 5e édit. , pag. 554-5. )
De tous ces types , dont la mémoire peut à peine retenir les définitions, les seuls qu’il importe réellement de connaître, sont les types quotidien , tierce et quarte.
552. La fièvre tierce est celle qui se dissipe le plus facilement. Hippocrate avait remarqué que plusieurs fièvres tierces cessaient spontanément après le septième accès. D’autres cessent de la même manière, après quatre, cinq, neuf ou douze
(i) Si l’on veut soutenir qu’une fièvre qui se déclare un an après une autre , est un accès de celle-ci, je ne vois pas pourquoi l’on ne donnerait pas le nom de pe'ripneumonie intermittente annuelle aux péripneumonies que quelques individus contractent tous les ans , et pourquoi l’on ne considérerait pas comme les accès d’une seule et même pe'ripneumonie, douze ou vingt péripneumonies , dont chacune aurait eu lieu un an après l’autre.
accès. La fièvre quarte est la plus rebelle de toutes les intermittentes.
353. La fièvre tierce et la quotidienne se développent plus particulièrement au printemps, et affectent de préférence les adultes. La fièvre quarte, au contraire , règne le plus souvent en automne , et attaque particulièrement les sujets jeunes , lymphatiques, et les femmes.^
Le printemps guérit souvent, dit-on, la fièvre intermittente d’automne, et vice versa .
Les divers types indiqués plus haut peuvent alterner entre eux , et se remplacer en quelque sorte réciproquement.
354* La fièvre intermittente n’est pas toujours simple, elle peut se compliquer avec toutes les autres maladies.
355. Lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’accidents qui compromettent prochainement la vie des malades , on lui donne le nom de bénigne. Elle a reçu celui de pernicieuse lorsque ses accès sont tellement graves , qu’ils peuvent entraîner la mort des sujets.
356. Les symptômes de la fièvre intermittente , tels que nous les avons exposés plus haut, annoncent une lésion à peu près égale dans tous les viscères.
557. Mais, dans certains cas, les viscères du basventre , dans d’autres, les viscères de la poitrine, dans d’autres enfin , les viscères de la tête , sont le siège d’une affection plus violente que les autres. Alors, on observe les symptômes d’une irrita-
fièvres intermittentes.
tion gastro-intestinale, pulmonaire ou encéphalique.
358. Plusieurs pyrétologistes , fidèles imitateurs deTorti, ont divisé les fièvres intermittentes en autant d’espèces qu’il peut se présenter de symptômes prédominants. De là les fièvres cardialgiques , dysentériques , cholériques , pleurétiques , dyspnéiques , car ditiques , soporeuses , comateuses > apoplectiques ^ ataxiques , etc.
35q. La fièvre angio-ténique intermittente de M. Pinel n’est autre chose qu’une irritation intermittente du système sanguin,
360. La fièvre méningo-gastrique intermittente est celle dont les symptômes prédominants annoncent une affection des voies digestives. Or, nous avons démontré que la fièvre dite gastrique continue correspondait à une irritation gastro-intestinale. Par conséquent, si la'fièvre intermittente gastrique existe, ce ne peut être qu’une irritation générale du système circulatoire , avec irritation locale de l’appareil digestif.
36 1. Par la même raison , la fièvre ataxique intermittente de M. Pinel, si son existence est réelle, consiste en une irritation générale du système circulatoire , avec irritation de l’appareil encéphalique.
56 2 . Ce que je dis ici delà nature des fièvres angioténique , gastrique et ataxique intermittentes , est applicable à toutes les autres fièvres de ce type , dont les symptômes prédominants existent ailleurs que dans les organes qui sont le siège des précédentes.
FIÈVRES INTERMITTENTES. 62b
S’il est vrai que dans les fièvres intermittentes les symptômes locaux , soit gastriques , soit cérébraux ou autres, dépendent d’une irritation des organes auxquels ils se rattachent, on est obligé d’admettre que cette irritation est purement nerveuse, c’est-à-dire non compliquée d’altération de la structure intime de ces organes. En effet , puisque les symptômes dont il s’agit disparaissent avec l’accès , il est évident que l’irritation cesse elle-même ; et puisque cette irritation se dissipe avec l’accès, il est clair quelle ne constitue pas cette forme d’irritation dans laquelle les parties irritées ont éprouvé une altération profonde ou même une véritable désorganisation. En effet, il est impossible qu’une telle lésion puisse se dissiper en quelques heures, et si elle ne se dissipe pas, il est impossible que ses symptômes soient intermittents.
363. Peut-être l’irritation dans les maladies appelées fièvres intermittentes , a-t-elle son siège dans le système nerveux des parties où réside cette irritation ; mais l’inspection anatomique ne nous a rien appris encore à ce sujet. Cette opinion est donc tout-à-fait conjecturale. Une considération qui semble militer en sa faveur, c’est que les irritations des nerfs , auxquelles M. le professeur Chaussier a donné le nom de névralgies ^ affectent assez ordinairement la forme intermittente. Ajoutez à cela que les irritations névralgiques cèdent, comme par enchantement , à l’administration du quinquina.