‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 109 sur 113 · JI. ALTÉRATIONS ORGANIQUES · texte numérisé non relu

JI. ALTÉRATIONS ORGANIQUES

364. « Les résultats fournis jusqu a ce jour par «les recherches anatomiques sont très variés , et «ont été mal interprétés. En effet il suffit de lire «attentivement les auteurs qui ont écrit sur les «fièvres intermittentes , pour se convaincre qu’au- «cun malade ne meurt d’une fièvre d’accès simple. «Dans les cas devenus mortels , il s’est constam- » ment déclaré des affections nouvelles , consé- «cutives. Si l’ouverture des cadavres n’a jamais «démontré de lésions du cerveau et de la moelle «épinière à la suite de la fièvre intermittente , il «faut en accuser d’abord les observateurs qui ont «négligé d’ouvrir le crâne et le rachis. S’ils font «mention au contraire de lésions du foie, de la « rate , du mésentère , des poumons , etc. , on «n’en peut rien conclure relativement à la nature «et au siège de la fièvre intermittente, à moins «qu’on ne suppose , ce qui serait évidemment ab- «surde, qu’elle peut être tour à tour une maladie «du foie, du poumon, du cœur, etc. » (Rayer, article cité. )

La lecture de ce passage prouve combien est peu avancée l’anatomie pathologique des fièvres intermittentes.

565. M. le docteur Bailly, qui a ouvert à Rome un grand nombre d’individus morts de fièvre intermittente , n’a sans doute rencontré aucune altération organique générale , correspondant aux symptômes généraux de cette maladie, puisqu’il

les attribue « à un mouvement nerveux , à une es- ,»pèce d'aura , à un il ne sait quoi „ etc. » Ce n’est pas à dire pour cela qu’il n’ait observé aucune altération organique ; il assure positivement au contraire que« le résultat des ouvertures qu’il a faites «est que, dans tous les cadavres de ceux qui ont «succombé à une fièvre intermittente pernicieuse, »il a toujours trouvé des signes non équivoques »d’une inflammation qui , le plus souvent, était «tellement violente quelle dépassait de beaucoup » les lésions inflammatoires qu’on observe à la suite » des fièvres continues, et qui avait entraîné des dé- » sorganisations , sur la nature inflammatoire des- » quelles il n’y aurait eu qu’une même opinion. » (Traité des fièvres intermittentes , pages 4 et 5. )

566. Test-ce pas une chose vraiment incroyable que des désorganisations inflammatoires , plus profondes que celles qu’on observe dans les fièvres continues , aient pu exister sans produire les symptômes d’une fièvre continue?

367. Je le dis à regret : il existe tant de contradictions dans l’ouvrage de M. Bailly, que je 11’ose adopter aucune de ses opinions. Par exemple , à la page 1 1 , on lit : « Pendant que j’observais , »à Rome , des affections inflammatoires de la «tête et des intestins, offrant un type intermit- «tent...» Et, à la page 54, on trouve cette phrase :

« Quant aux inflammations intermittentes, je nie «le fait. » Quoi ! vous avez observé des inflammations intermittentes, et vous niez les inflammations intermittentes !

fièvres intermittentes.

568. Quoi qu’il en soit des opinions deM. Bailly sur la nature des fièvres intermittentes , les observations rapportées dans son traité tendent à démontrer que les symptômes prédominants qui se remarquent dans ces maladies correspondent à des congestions , ou même à de véritables inflammations locales. Je ferai seulement observer que , chez les sujets qui présentèrent à M. Bailly des traces d’inflammations profondes, la maladie n’avait pas offert une intermittence complète , du moins à partir de l’époque à laquelle s’étaient manifestés les symptômes de ces inflammations.

369. Il est fâcheux que M. Bailly n’ait pas examiné avec soin les systèmes nerveux et vasculaire, lesquels sont évidemment le siège des symptômes généraux qui caractérisent essentiellement la fièvre intermittente. Les altérations anatomiques , correspondantes à ces symptômes , n’ont encore été étudiées par aucun observateur. Ce précieux filon de la mine anatomico- pathologique mérite bien d’être exploité.

370. Les engorgements de la rate et du foie , les dilatations du cœur et des gros vaisseaux que l’on rencontre chez les sujets qui ont éprouvé de nombreux accès de fièvre intermittente , sont le résultat du refoulement du sang de la surface du corps dans les organes intérieurs , pendant le stade de froid.

Ce refoulement du sang est quelquefois tellement impétueux, qu’il détermine la rupture de la rate, celui de tous les viscères sur lequel les congestions

FLETRIS INTERMITTENTES. 5^9

sanguines s’opèrent, peut-être, avec le plus de violence. M. Bailly rapporte dans son ouvrage quelques exemples de ces coups de sang ou apoplexies de la rate. Le même auteur dit avoir observé des ramollissements putrilagineux de cet organe et du foie.

Il serait absurde de considérer les congestions dont nous parlons ici comme la seule cause d’où dépendent tous les phénomènes des maladies complexes décrites sous le nom de fièvres intermittentes.

En effet, les premiers phénomènes de ces maladies ne sont pas le résultat des congestions indiquées, puisque nous venons de voir, au contraire, que ces congestions elles-mêmes étaient produites par la constriction de la peau, et les contractions musculaires qui caractérisent la première période des fièvres dites intermittentes.

Ainsi donc ceux qui rapportent les phénomènes du premier stade de la fièvre intermittente aux congestions intérieures, prennent l’effet pour ' la cause.

571. M. Broussais est un des nombreux médecins qui ont expliqué la formation des engorgements sanguins viscéraux par le refoulement du sang de l’extérieur à l’intérieur. Les obstructions qui, suivant le langage des anciens auteurs, succèdent aux fièvres intermittentes , reconnaissent la même cause que les engorgements sanguins sur lesquels nous venons d’exprimer notre opinion.

g JH, DEs CAUSES DES FIÈVRES INTERMITTENTES, ET DES RAISONS DE L’INTERMITTENCE.

5 n2. Il est généralement admis aujourd’hui que la plupart des fièvres intermittentes doivent leur naissance aux exhalaisons marécageuses. Il est difficile de ne pas partager cette opinion, si l’on réfléchit que les lieux où régnent épidémiquement les fièvres intermittentes sont tous environnés de lacs , de marais, d’étangs ou de mares dont les eaux sont stagnantes et vaseuses.

373. Quelques auteurs pensent avec M. Broussais que l’action du froid et de l’humidité suffit pour produire les fièvres intermittentes.

5^4. Enfin M. Yaidy et quelques autres médecins prétendent que la fièvre intermittente peut se contracter par imitation ou se développer à la suite d’affections morales (1).

375. Jusqu’ici les expériences chimiques ne nous ont rien appris sur la nature des émanations marécageuses fébrifiques. De nouvelles recherches à cet égard ne sont pas aussi peu importantes que quelques uns paraissent le croire.

376. On avait pensé jusqu’à présent que les miasmes producteurs dès fièvres intermittentes provenaient indifféremment et des matières végé-

(1) Je ne sais si les maladies contractées par imitation , ou produites par une affection morale, peuvent être conside'rées comme tout-à-fait identiques aux lièvres intermittentes miasmatiques.

taies et des matières animales qui se putréfiaient dans la vase des marais.

577. M. Brachet, de Lyon, croit que ces miasmes sont fournis seulement par les substances végétales en putréfaction , tandis que c’est aux miasmes de nature animale que sont dues les fièvres continues décrites sous le nom de ty-

Phus(0-

378. Yoici les faits que M. Brachet allègue en faveur de son opinion.

«J’ai vu, dit ce médecin, des tanneries placées » au milieu du foyer de l’infection intermittente.; »j’ai questionné, et j’ai eu la réponse que celte ma - » ladie respectait V établissement. J’ai long-temps fré- »quenté les amphithéâtres et les hôpitaux, jamais » je n’y ai vu se développer de fièvre intermittente » parmi mes condisciples. J’ai vu les horreurs de »la guerre nous amener le typhus, mais non les » fièvres intermitentes. J’ai cherché dansles auteurs; «partout j’ai vu les épidémies du typhus naître de «l’infection miasmatique animale, et jamais les «épidémies de fièvres intermittentes ne sont le «résultat de l’encombrement des hommes et des «malades, onde l’action des émanations putrides «des substances animales. Les maladies épidémi- » ques de Pantin, village placé sous le vent de «la voirie de Belleville , aux portes de Paris, «ne sont jamais des fièvres intermittentes. Les

, (1) Cetle opinion est conforme à celle de M. Audouard , lequel, comme nous l’avons vu précédemment., attribue tous les typhus à xme infection purement animale .

» bouchers, les boyaudiers, les corroyeurs, etc., p ne contractent point la fièvre intermittente au «milieu des émanations animales qui leur forment p une atmosphère perpétuelle.

»Les foyers de la fièvre intermittente existent «partout où des eaux stagnantes contiennent des » substances organisées en putréfaction, substances

• qui ne sont que les débris des plantes qui croispsent sur les bords ou dans la vase meme de ces »eaux. Cela est si vrai que vous pouvez à volonté «produire et arrêter les épidémies des fièvres interpmittentes dans le village le plus sain, en y éta- »blissant, dans les grandes chaleurs, des rutoirs , «et en les détruisant. Cet effet du rouissage du «chanvre est une preuve convaincante que les fiè- «vres intermittentes sont le produit des seules éma- » nations des substances végétales en putréfaction.

«Une autre remarque essentielle, c’est que les «fièvres intermittentes ne régnent jamais en masse «pendant l’hiver . mais dans les premières chaleurs » du printemps et en aiitomne ; la raison de ce phé- «nomène consiste en ce1 que le froid de l’hiver «ne permet pas aux débris des végétaux de subir «la décomposition putride , tandis que les chaleurs «du printemps la déterminent. La végétation ac- «tive qui survient à cette dernière époque ne «fournit aucun détritus jusqu’à la fin de l’été, «temps où l’on voit reparaître les fièvres intermit- » tentes, un peu plus tôt, un peu plus tard, selon

• que la végétation est plus ou moins avancée, et » que les plantes marécageuses cèdentplus ou moins

«vite leur détritus ou leur dépouille entière aux »eaux stagnantes (1). »

079. Les émanations marécageuses se répandent dans l’atmosphère, à la faveur de l’évaporation des eaux qui contiennent des substances végétales en putréfaction , et c’est à l’action de cette atmosphère infectée sur l’économie animale qu’il faut attribuer le développement de la fièvre intermittente.

380. Les observateurs ont remarqué que les émanations marécageuses agissent avec plus d’énergie le soir et la nuit, que dans le reste de la journée, et que le sommeil favorise leur funeste activité.

38 1. On explique , d’une manière assez plausible , ces circonstances , en considérant que les émanations marécageuses se trouvent pendant le soir et la nuit dans un état de concentration qui en augmente l’énergie, tandis que la chaleur du jour, en les raréfiant, affaiblit leur action. Il est probable, d’ailleurs, que ces substances délétères 11’agissent qu’après avoir été absorbées; et l’absorption semble être plus active pendant la nuit que pendant le jour. On a aussi remarqué que les habitants des pays marécageux sont moins ex-^ posés que les étrangers à contracter la fièvre intermittente, comme si les émanations marécageuses sévissaient avec moins d’énergie sur les organes soumis habituellement a leur influence, que sur ceux qui la ressentent pour la première fois.

(1) Archives générales de médecine , toin. ix, pag. 38o-8i.

382. Il serait aussi important que curieux de déterminer pourquoi la fièvre produite par les émanations marécageuses affecte un type intermittent.

L’intermittence des fièvres est un phénomène qui pique trop vivement l’attention , pour qu’on ne se soit pas occupé depuis long-temps à en chercher la cause.

Plusieurs des médecins qui se sont livrés à la recherche de ce phénomène n’ont fait autre chose qu’éluder la question , et que reculer la difficulté. Ainsi Th. Wiilis attribue l’intermittence au développement périodique d’une matière fermentescible dans le sang, oubliant que, en supposant que la fièvre dépendît du développement d’une matière fermentescible dans le sang, il resterait toujours à expliquer pourquoi ce développement a lieu d’une manière périodique.

Fr. Deleboë dit bien que l’intermittence dépend de l’introduction périodique d'un suc pancréatique trop acide dans le sang ; mais , outre que cette introduction n’a probablement jamais existé que dans l’imagination de Fr. Deleboë, cet auteur n’en explique pas la périodicité ou l’intermittence.

Borelli, Torti, Boerhaave, Stoll , Selle, J. -P. Frank , se seraient étrangement trompés , s’ils avaient cru avoir donné une explication satisfaisante de l’intermittence, en disant que ce phénomène dépend du développement d’une acidité ou d’une acrimonie dans le suc nerveux (Borelli),

d’une affection inexplicable des nerfs ( Boerhaave et Stoll) , d’une irritation particulière du système nerveux , et notamment des nerfs des premières voies (Selle, J. -P. Frank).

Au lieu de rendre raison de l’intermittence de la fièvre, ces auteurs, à l’instar de Th. Willis et de Fr. Deleboë, ont émis sur la nature de la fièvre des idées purement hypothétiques, et qui ne reposent sur aucune observation directe.

Reil rattachait l’intermittence des fièvres à celle de l’action organique en général, et notamment à celle de la nutrition. Mais il est évident que l’intermittence de Faction vitale et de la nutrition ne saurait expliquer pourquoi , parmi les fièvres , les unes sont continues , tandis que les autres sont intermittentes. Reil attribuait d’ailleurs l’intermission organique à celle qu’on observe dans l’univers, et dont il avouait ignorer la source. Or, rapporter un phénomène inconnu à un autre qui l’est également, ce n’est pas expliquer le premier.

Un des médecins les plus distingués de notre époque , M. le docteur Roche, attribue judicieusement l’intermittence de la fièvre à l’intermittence même des causes qui la produisent.

383. M. Roche a considéré la question sous son véritable point de vue. Car la maladie décrite sous le nom de fièvre intermittente étant le résultat de causes données, il est clair que son intermittence se lie essentiellement à celle de ces dernières; il est clair, en un mot, que l’intermit-

tence de la fièvre tient à celle des causes productrices de la maladie , comme l’intermittence d’un effet quelconque dépend de celle de sa cause .

584- Ce n’est donc pas l’intermittence de la fièvre, mais bien celle des causes de la fièvre dont il s’agirait de pénétrer le mystère.

385. Je dis avec M. Roche que les fièvres ne peuvent exister sous le type intermittent qu’autant qu’il existe des causes qui affectent ce type. Or, si nous examinons les causes des maladies dites fièvres intermittentes, nous voyons que leur action est effectivement intermittente. Rappelons à ce sujet les propres réflexions de M. Roche.

586. Le printemps et l’automne sont les saisons pendant lesquelles se manifestent le plus ordinairement les fièvres intermittentes. C’est dans la dernière de ces saisons surtout que se déclarent les fièvres produites par les miasmes marécageux; une circonstance commune à chacune d’elles étant de présenter, pendant leur cours, une différence considérable entre la température du jour et celle de la nuit , et souvent en peu d’heures trois ou quatre variations très sensibles dans la température et l’humidité de l’air, il en résulte une alternative continuelle d’action et de réaction dans le corps humain , qui ne tarde pas à en contracter l’habitude.

087. L’action des émanations marécageuses est nulle ou presque nulle pendant une partie de la journée, tandis qu’elle s’exerce dans toute sa plénitude à une heure toujours à peu près la même.

Les émanations végétales putrides se dégagent principalement, et en plus grande quantité, aux époques de la plus forte chaleur du jour, c’est-àdire lorsque l’évaporation des eaux marécageuses qui en sont le véhicule , s’opère elle-même avec le plus d’énergie. L’atmosphère dissout une quantité de ces eaux miasmatiques proportionnelle à sa température. Mais lorsque celle-ci vient à diminuer, comme cela arrive nécessairement lorsque le soleil s’abaisse au-dessous de l’horizon , les couches d’air les plus voisines de la terre se condensent et déposent une certaine quantité de l’eau chargée de miasmes qu’elles tenaient en dissolution. Cette eau miasmatique , qui se précipite d’autant plus abondamment que le refroidissement est plus considérable, se trouve en contact avec la peau , avec la membrane muqueuse des voies respiratoires , et peut-être avec celle des voies digestives ; et absorbée par ces parties, elle finit par déterminer les phénomènes qui constituent un accès de fièvre intermittente.

588. Puisque l’action des miasmes marécageux est intermittente, il ne faut pas s’étonner si la maladie qu’ils occasionent l’est également.

38q. Suivant M. Poche , les accès peuvent se répéter en vertu de cette tendance de nos organes à reproduire certains actes , par cela seul qu’ils les ont exécutés plusieurs fois, et lors même que la cause qui les avait primitivement provoqués a cessé d’agir.

Mais le plus souvent les accès, indépendants les

uns des autres , ne se répètent que parceque leurs causes se renouvellent. Si ces causes étaient absentes, les accès cesseraient : ce qui prouve cette assertion, c’est que plusieurs malades guérissent par le seul fait de leur éloignement des marais. Enfin les accès sont souvent entretenus tout à la fois par l’habitude et par la permanence de l’action intermittente des miasmes.

090. M. Roche reconnaît d’ailleurs qu’il est difficile de donner une explication précise de la diversité des t}rpes.

391. La théorie de l’intermittence des fièvres, telle que nous venons de l’exposer d’après M. Roche , nous semble aussi exacte qu’elle est ingénieuse. C’est une idée vraiment heureuse que d’avoir expliqué ce phénomène, si long-temps mystérieux, par l’intermittence de l’action des causes et par la disposition des organes à répéter les phénomènes dont ils ont été déjà plusieurs fois affectés.

392. M. Brachet a fait une expérience propre à jeter quelque rayon de lumière sur les causes de l’intermittence. Vers la fin d’octobre 1822, il prit pendant sept jours, à minuit, un bain froid dans la Saône. Le premier bain fut d’un quart d’heure, le second de demi-heure. M. Brachet finit par rester une heure dans l’eau. Après chaque bain, il se couchait dans un lit chaud : il ne tardait pas à éprouver une chaleur suivie de sueurs assez abondantes, pendant lesquelles il s’endormait.

3q3. Au bout de sept jours, M. Brachet cessa

FIÈVRES INTERMITTENTES. 53g

son expérience. Mais quelle fut sa surprise de voir les jours suivants, entre minuit et une heure, se manifester en lui tous les phénomènes d’un véritable accès fébrile ! Comme cette sorte de fièvre artificielle était peu grave , et que M. Bracliet se portait très bien le jour, il l’abandonna à ellemême , et il en ressentit six accès consécutifs. La septième nuit depuis qu’il avait suspendu les bains froids, on vint le chercher vers minuit pour un accouchement. M. Brachet, en se rendant à la maison où il était appelé, eut chaud, et quand il fut arrivé, il se plaça auprès d’un bon feu et dans une pièce bien chaude ; à partir de cette époque l’accès ne reparut plus.

094. L’expérience tentée par M. Brachet sur lui-même semble venir à l’appui de l’opinion de M. Boche et prouver que l’influence de l’habitude peut suffire dans quelque cas pour produire le retour d’un accès de fièvre.

395. La raison si simple , si naturelle et si lumineuse que M. Boche donne de l’intermittence , n’a pas satisfait l’auteur du Traité anatomico-palho logique des fièvres intermittentes.

096. M. Bailly a cru trouver une meilleure théorie de l’intermittence des fièvres, en attribuant ce phénomène * à la modification qui doit s’opé- »rer en nous, et particulièrement dans notre cir- » cotation, par suite du changement de position que «subit notre corps durant les vingt-quatre heures «qui constituent un jour et une nuit (espace de » temps que M. Bailly appelle un nict/iéméron ).»

M. Bailly fonde celte étrange opinion sur ce que, dit-il. les animaux ne sont jamais affectés de fièvres intermittentes. Mais quand le fait qui sert de base à cette opinion serait aussi exact que le prétend, à tort, M. Bailly, faudrait-il donc en conclure que l’homme n’est sujet aux fièvres intermittentes que parcequ’il a Y avantage de veiller dans une position verticale et de dormir dans une position horizontale?

Si c’est là la raison pour laquelle l’homme seul est sujet aux lièvres intermittentes, d’où vient qu’elle ne le préserve pas des fièvres continues?

Car si les animaux sont à l’abri des fièvres intermittentes parcequ’ils ne changent pas de position pendant la veille et le sommeil, n’est-il pas évident que, par une raison contraire , l’homme ne devrait pas être exposé aux lièvres continues?

097. Cependant, malgré l’explication de M. Bailly, il n’est que trop vrai que l’homme n’est pas exempt des fièvres continues. D’où vient donc que parmi les maladies qui l’affligent , les unes sont intermittentes et les autres continues? Est-ce qu’il ne contracterait ces dernières qu’en affectant l’attitude particulière aux autres animaux, c’est-à-dire qu’en cessant de veiller dans une position verticale et de dormir dans une position horizontale?

098. Il est clair qu’il ne nous sera permis d’ajouter foi à l’explication de M. Bailly, que quand il nous aura prouvé que la continuité dans les fièvres continues dépend d’une cause opposée à celle qui produit Y intermittence dans les fièvres intermittentes .

3gg. Au reste , je le répète, l’opinion bizarre de M. Bailly n’est pas conforme à la saine observation.

En effet, M. Rodet, médecin vétérinaire très instruit, et M. Le Charpentier, ont observé .la lièvre intermittente chez les chevaux.

4oo. M. Bailly ne s’est pas, sans doute, aperçu que la partie de son ouvrage consacrée à l’explication de l’intermittence , fournit des armes puissantes à ceux qui voudront combattre son opinion sur la nature des fièvres intermittentes. En effet, cet auteur y soutient « l’identité des causes qui «produisent des fièvres continues et des inflamma- «tions locales très vives chez les animaux , en «même temps qu’elles déterminent des fièvres in- » termittentes chez les hommes. «

M. Bailly rapporte un grand nombre de faits à l’appui de cette identité. Or, n’est-il pas permis de lui demander comment il se fait que les mêmes causes qui produisent des maladies inflammatoires chez les animaux, déterminent chez les nom-, mes des maladies non inflammatoires? est-ce aussi pareeque les hommes ne conservent pas pendant le jour et la nuit une position semblable à celle des animaux ?

Comment M. Bailly n’a-t-il pas senti qu’il ne pouvait admettre, sans se trouver en contradiction manifeste avec lui-même, que les miasmes marécageux agissaient en irritant chez les animaux, et que les fièvres intermittentes qu’ils déterminaient chez l’homme n étaient pas des irritations?

401. D’après tout ce que nous venons de dire , nous pensons, avec M. Mongcllaz, que les accès de la fièvre intermittente constituent moins une seule maladie, qu’une série de maladies semblables entre elles.

On peut , à la rigueur, considérer chaque accès d’une fièvre intermittente comme représentant une véritable fièvre continue, qui se termine par une sueur critique.

402. Or, s’il est rigoureusement possible de considérer une série d’accès de fièvre intermittente comme autant de fièvres continues qui se manifestent périodiquement , il est évident que la nature des fièvres dites intermittentes ne diffère pas essentiellement de celle des fièvres continues (1).

403. Supposez une action constante ou continue aux causes des fièvres intermittentes „ et elles produiront des fièvres continues .

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