IV. DU TRAITEMENT DES FIÈVRES DITES INTERMITTENTES , ET DU MODE
DJACTION DU QUINQUINA.
404. Les fièvres intermittentes sont plus faciles à guérir qu’à définir.
405. Tous les médecins , depuis Hippocrate jusqu’à nos jours , ont remarqué que plusieurs fièvres intermittentes ne reparaissaient plus au bout d’un certain nombre d’accès, bien qu’elles n’eussent été combattues par aucune espèce de médicaments.
(1) Voyez l’Essai de M. Mongellaz sur les irritations intermittentes , et sa réfutation de l’ouvrage de M. Bailly.
406. On sait également que la plupart des individus affectés de fièvre intermittente, guérissent par le seul fait de leur éloignement des lieux où se développent les miasmes fébrifujues.
407. Ceci posé, indiquons les nombreux moyens qui ont été employés dans le traitement des fièvres intermittentes; les voici: i° la saignée et les autres antiphlogistiques proprement dits ; 20 les émétiques ; 3° les purgatifs ; 4° les substances amères , et spécialement le quinquina ; 5° l’opium, soit seul, soit combiné à l’émétique; 6° le poivre, l’arsenic et divers autres moyens stimulants; 70 la ligature des membres, la compression de l’abdomen (Bailly); 8° les bains chauds, soit sous forme liquide, soit sous celle de vapeurs; 90 certaines affections vives de lame, la frayeur, par exemple.
408. On serait surpris que des moyens de nature aussi différente que les précédents aient pu réussir dans le traitement d’une seule et même maladie , si l’on ne faisait attention que cette maladie guérir aussi sans le secours d’aucun d’eux.
409. Sans doute que plusieurs des moyens contenus dans la liste des fébrifuges ont pour principale vertu de ne pas empêcher la guérison de la fièvre contre laquelle on les dirige.
410. Le fébrifuge le plus vanté, et qui mérite le plus de l’être, est, sans contredit, le quinquina.
Cette substance peut être administrée sous plusieurs formes ; toutefois, depuis que l’art est parvenu à extraire de lecorce du Pérou le double
alcali auquel elle doit sa propriété thérapeutique , ou a renoncé à la plupart des anciennes préparations dont elle était l’objet , et l’on administre l’alcali du quinquina combiné avec un acide.
De tous les s.els dont la kinine ou la cinchonine font la base , celui que l’on emploie de préférence est le sulfate. Les praticiens préfèrent aussi le sulfate de kinine à celui de cinchonine.
On en donne depuis cinq grains jusqu’à vingt , trente et même plus , dans l’apyrexie.
/|i i. On peut faire prendre le sulfate de kinine dans de la tisane ou dans un julep calmant; on peut aussi l’administrer en lavement; enfin MM. Lembert et Lesieur l’ont employé avec succès en l’appliquant à la surface de la peau dénuée de son épiderme, et particulièrement sur la plaie d’un vésicatoire. J’ai été témoin des premières expériences , faites à l’hôpital Cocliin sous les yeux de M. Berlin, par MM. Lembert et Lesieur.
Assez récemment, j’ai employé de cette manière le sulfate de kinine chez une dame affectée d’une fièvre intermittente avec symptômes ataxiques, et son succès a été aussi prompt que complet. Ce qui me détermina à recourir à ce mode d’administration , c’est que la malade avait vomi le sulfate de kinine donné auparavant dans un julep.
L’administration du sulfate de kinine à la manière de MM. Lembert et Lesieur mérite detre le sujet de nouvelles expériences.
4 12. La manière d’agir du quinquina a beau-
coup exercé l’esprit ou plutôt l’imagination des médecins.
4i3. Les uns assurent avec Brown que ce mé^ dicament combat la faiblesse générale; d’autres ont cru avoir expliqué le mode d’action du quinquina, en lui donnant le nom d’anti-périodique, semblables à un mathématicien qui croirait avoir dégagé l’inconnue d’un problème en lui en substituant une autre. Quand on nous aura appris de quelle manière agit un anti-périodique 9 nous conviendrons que nous connaissons celle du quinquina dans la guérison de la fièvre périodique. Jusque là nous regarderons l’expression antipériodique comme un X thérapeutique, et nous avouerons avec plusieurs médecins que la manière dont le quinquina se comporte dans la guérison de la fièvre dite intermittente, est un des grands mystères de la médecine.
Dire que le quinquina est un spécifique contre cette maladie, ce n’est pas en expliquer le mode d’action.
On affirme aujourd’hui que le quinquina est un irritant, et qu’il guérit la fièvre intermittente en produisant une révulsion .
Cette opinion est susceptible de graves objections.
i° Quelle est l’irritation qu’il s’agit de révulser, lorsque l’on donne le quinquina pendant Vapyrexie , c’est-à-dire lorsque , de l’aveu de tous les médecins , l’irritation qui produit la fièvre n’existe plus ?
2° Pourquoi des moyens beaucoup plus irritants que le quinquina ne possèdent-ils pas la même propriété fébrifuge que ce médicament?
5° Pourquoi la plaie d’un vésicatoire , véritable moyen révulsif, ne procure-t-elle pas la guérison d’une fièvre intermittente, tandis que l’on obtient cette guérison en appliquant une certaine quantité de quinquina sur la plaie en question , et en l’introduisant par cette voie dans le système sanguin ?
414. L’action du quinquina me paraît d’autant plus incompréhensible, qu’elle s’exerce contre une maladie qui n’existe pas , au moment où l’on conseille de faire prendre ce médicament.
Ce moyen aurait-il donc la propriété de neutraliser les miasmes marécageux producteurs de la fièvre?.... Mais gardons-nous de nous engager dans une question pour la solution de laquelle l’observation et l’expérience ne nous fournissent pas encore assez de données. .
41 5. Quant à la méthode antiphlogistique, on en concevra facilement les avantages, en se souvenant que la fièvre intermittente est une irritation générale de l’appareil circulatoire , soit simple , soit compliquée de quelque phlegmasie locale.
416. L’illustre Corvisart guérissait la plupart des fièvres intermittentes qu’il avait à traiter, à l’hôpital de la Charité, par l’emploi de l’émétique et de la saignée.
4 1 7- M. Brachet nousapprend que M. Bosquillon , dont il fut l’interne , guérissait les fièvres in-
termittentes en les combattant par la saignée et l’ipécacuanha. « Je puis assurer, dit M. Brachet, «que sur quatre-vingts malades, je n’en ai vu au- »cun qui n’ait éprouvé les bons effets de cette «méthode. Aussi M. Bosquillon se glorifiait-il de «faire une grande économie à l’Hôtel-Dieu , en «n’administrant jamais le quinquina, qui alors «était extrêmement cher. *
M. Brachet a mis lui-même en usage la méthode de M. Bosquillon, et assure qu’elle lui a parfaitement réussi.
4 1 8. M. le docteur Peysson a guéri un grand nombre de fièvres intermittentes , au moyen d’une potion dans laquelle entrent l’émétique et l’opium, et dont voici la formule :
^ Tartre stibié gr. j.
Eau. l yiij.
Sirop diacode § j.
Gomme 9 j.
Eau de fleur d’oranger 5 ij.
Cette potion se prend par cuillerées , pendant l’apyrexie.
Si le malade est fort, il en boira une cuillerée la première heure, deux la seconde, trois la troisième, et ainsi de suite jusqu’au repas. Deux heures après le repas, le malade prend deux autres cuillerées de la potion, et en continue l’usage, en augmentant la dose, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus.
Quand le malade est faible , il ne doit prendre
548 récapitulation générale.
qu’une cuillerée à la fois de la potion, en ayant soin de mettre de moins en moins d’espace entre chaque cuillerée, de manière à en prendre une tous les quarts d’heure , ou au moins toutes les demi-heures.
419. Desbois de Rochefort employait avec un succès constant, contre la fièvre quarte, un bol composé d’émétique et de quinquina.
420. Je 11e m’étendrai pas davantage sur le trai-> tement des fièvres intermittentes ; je renvoie , pour de plus amples détails , aux divers traités ex-professo sur ces maladies.
J’ajouterai seulement , en terminant, que, quel que soit le moyen fébrifuge dont on ait fait choix , il importe, pour prévenir une rechute, d’en continuer l’emploi quelque temps après la cessation des accès.