‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 15 sur 113 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

Fièvre bilieuse ou méningo-gastrique passée à l’état de fièvre ataxo- adynamique. — Inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale , et des ganglions mésentériques, etc.

34- Lefranc (Julien) , âgé de i5 ans, d’un tempérament lymphatique, ayant les chairs molles, pâle, bouffi, comme étiolé, d’un caractère doux , habitait Paris depuis 10 mois , et y vivait misérablement, lorsqu’il fut conduit à l’hôpital Cochin, le 28 décembre 1822. Depuis trois semaines , il éprouvait souvent des envies de vomir après ses repas. Des frissons , des tremblements , suivis d’une fièvre violente , des vomissements bilieux ,

FIÈVRES BILIEUSES. 5l

îles douleurs de ventre, de la céphalalgie, des épistaxis, furent les symptômes qui signalèrent l’invasion de la maladie qui le conduisit à l’hôpital. On les exaspéra, en faisant boire, à diverses reprises, du vin chaud au malade: il s’y joignit même du dévoiement et un catarrhe bronchique. Enfin on appliqua dix sangsues à la région épigastrique , qui calmèrent la douleur de cette région. Quoi qu’il en soit, le jour de son entrée, le malade nous offrit les symptômes suivants: prostration profonde , décubitus sur le dos, visage décoloré, un peu infiltré, ainsi que les membres inférieurs; lèvres et langue pâles, quoique sèches et comme bridées , dents encroûtées , soif ardente, dévoiement, douleur à la pression du ventre; toux sèche, voix rauque, râle avec sons aigus et suspirieux dans presque toute l’étendue de la poitrine; peau sèche, brûlante; pouls facile à effacer, vif, légèrement rebondissant, battant cent cinquante fois par minute ; facultés intellectuelles libres, quelques soubresauts des tendons, avec tremblotement des membres supérieurs. (Eau de gomme édulcorée ). — - 29 au matin : plusieurs selles liquides la nuit précédente , joues et langue rosées; pas d’œdématie aux jambes: d’ailleurs même état. (Vingt sangsues sur le ventre , même boisson , diète. ) — Dans la journée , selles involontaires , peu de soulagement. — 5o : visage, lèvres, langue, pâles, sèches; dents fuligineuses, soif ardente; pouls raide et très fréquent; délire loquace dans la nuit ; ventre ballonné. ( Sinapis-

li O

mes. ) -Le soir, dents plus sèches, plus noires, plus croûteuses, injection rosée des joues ; assoupissement, dont on tire le malade en lui pressant médiocrement le ventre ; pendant cette pression il pousse même des cris plaintifs. — 5i :1a prostration, le tremblotement des membres, la soif inextinguible, la sensibilité de l’abdomen, la raideur et l’élévation du pouls persistent: l’assoupissement est un peu moindre. — icret 2 janvier : assoupissement très profond, selles involontaires, fétidité des excrétions , loquacité sans véritable délire ; fièvre toujours ardente. ( Vésicatoires aux jambes. ) — 2 au soir : pouls fréquent , petit , filiforme , peau froide ; respiration courte et difficile ; râle des mourants ; déglutition très laborieuse , excitant la toux ; impossibilité de parler et de tirer la langue , résolution des membres : mort dans la nuit à cinq heures.

Autopsie cadavérique , trente heures apres la mort.

i° Habitude extérieure. Marasme des maladies aiguës; ventre non ballonné; léger œdème autour des malléoles. 20 Organes abdominaux . Une demi-pinte de sérosité claire, citrine, dans la cavité du péritoine. Dernières circonvolutions de l’iléon , rouges extérieurement. Trois invaginations assez rapprochées l’une de l’autre, vers le milieu de l’intestin grêle. L’estomac a un volume médiocre ; sa membrane muqueuse présente une injection capillaire très vive, et qui ressemble à des arborisations touffues qu’on aurait dessinées à sa

surface avec un pinceau trempé dans du sang: cette injection, plus prononcée sur les rugosités, diminue vers la région pylorique. L’intestin grêle contient une grande quantité d’un liquide bilieux, jaune : dans sa première moitié, qui est injectée, se trouve un très grand nombre de plaques dont la surface est parsemée de points verdâtres ; cette surface, lisse et polie pour quelques plaques , est inégale et raboteuse pour d’autres ; ces dernières sont rouges , tandis que les autres n’offrent aucune injection. Dans les dernières circonvolutions de l’iléon, au lieu de plaques on ne rencontre plus que des ulcères extrêmement multipliés, accompagnés d’une injection rosée et de quelques taches analogues à des ecchymoses : vers la valyule iléocæcale, l’intestin , en quelque sorte rongé d’ulcérations , présente une couleur ardoisée. Le colon est le siège d’une vive injection rosée ; il n’est point ulcéré , mais recouvert d’une infinité de granulations brunâtres. Les ganglions mésentériques, généralement volumineux, sont énormes aux points correspondants à l’inflammation de la fin de l’iléon ; plusieurs ont le volume d’une noix mx leur tissu est rouge , ramolli , facile à déchirer , assez semblable à celui de la rate ou du testicule. Rate très volumineuse. — Foie un peu pâle. — Reins et vessie sains. 3° Organes respiratoires et circulatoires. Poumon gauche adhérent aux parois pectorales , ayant son bord postérieur gorgé de sang, d’une teinte violacée ou azurée, et généralement crépitant partout ailleurs , si ce n’est que çà et

là on rencontre des lobules où sa substance est compacte, rouge, grenue, hépatisée, et même déjà infiltrée de pus. Poumon droit généralement crépitant. Bronches contenant une assez grande quantité de mucosités , et présentant une injection violacée. Médiocre quantité de sérosité dans le péricarde. Cœur bien conformé, un peu décoloré, contenant quelques caillots d’une couleur ambrée et un peu de sang liquide, d’un rouge clair et rutilant.

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