‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 16 sur 113 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Fièvre méningo-gastrique passée à l’état de fièvre adynamique. — Injection, rougeur et ramollissement de la membrane muqueuse de l’estomac; inflammation avec ulcère et gangrène des intestins ; mésentente.

55. Bourgeon (Louise-Agathe) , âgée de 2j ans, habituellement bien réglée, d’un tempérament délicat , d’un caractère doux et mélancolique, habite Paris depuis 9 mois. La vie misérable qu’elle y mène lui fait vivement regretter son pays; et les mauvais aliments dont elle se nourrit lui donnent de temps en temps la diarrhée. Depuis huit jours , ses forces se sont complètement dissipées, et des douleurs , des lassitudes dans les membres , un malaise général , l’ont obligée à suspendre toute espèce de travail. Elle entre à l’hôpital Cochin, le 1 3 mars 1823, présentant les symptômes suivants : air de stupeur, œil sans vivacité; langue blanche au milieu, un peu sèche , rouge à sa circonférence; inappétence , soif vive , douleur abdominale , dévoie-

FIÈVRES Bi LIEU SES.

ment , prostration , fièvre avec deux ou trois exacerbations par jour, précédée de frissons ; pouls fréquent, peu développé; toux rare ; peau chaude et sèche. (3o sangsues sur le ventre, eau de gomme édulcorée, 5 bouillons. ) — i/j. : soulagement. — i5 : visage pâle , abattu ; affaissement; pouls fréquent , peau chaude et sèche. — 1 6 et î j: affaissement plus profond, dévoiement. — 1 8 : visageplus abattu, nez effilé, luisant ; pommettes d’un rouge sombre ; yeux fatigués, presque inanimés; immobilité des traits ; langue rouge , sèche ; soif ardente , continuelle ; pouls petit , mou (cent pulsations) ; assoupissement , selles involontaires. L’intelligence est conservée , mais lente et paresseuse; la malade répond lentement , à voix basse , et pousse ensuite quelques légers gémissements, comme si elle était fatiguée. — Les quatre jours suivants , à peu près même état. — 23, 24 , 25 : prostration de plus en plus profonde ; fièvre la même, épistaxis (trois bouillons. ) — 27 , 28 : délire ; dents , lèvres et langue sèches , couvertes d’une croûte brunâtre ; pouls très fréquent; desquamation de l’épiderme ; nulle douleur. — 29 : même état. — 3o et 3 1 : résolution des forces : la malade se lève cependant plusieurs fois dans la nuit, délire, parle de son pays , où elle exprime le désir de se rendre. Ses yeux se remplissent de larmes quand on l’entretient de son pays. Sa langue est toujours sèche et d’un rouge de sang ; la maigreur fait des progrès rapides. — 1 et 2 avril : le délire continue; les yeux sont rouges , injectés , les lèvres brunes et eroû-

fièvres bilïeuses.

teuses, la langue nette, rouge, sèche et tremblante , et hérissée de papilles très distinctes ; la toux persiste; le visage pâlit et se décompose; la malade ne parle qu’en bredouillant et comme du bout des lèvres ; les tendons sont agités de soubresauts. (Limonade légèrement vineuse, diète. ) — 3 , 4 ? 5 : nulle amélioration : état comateux (vésicatoire à la nuque). — Les jours suivants : le coma persiste ; la langue est sèche et comme rôtie ; le marasme est très prononcé ; le pouls très mince et très fréquent, la respiration calme et légère. — io et 1 1 : assoupissement un peu moindre , cependant pas de réponses aux questions; même état de la langue et de la peau ; toujours supination , face hippocratique. — 12 : les forces sont complètement épuisées , et la malade expire à dix heures du soir.

Autopsiç cadavérique , trente-quatre heures après (a

mort.

Habitude extérieure. Marasme, eschare énorme au sacrum, rougeur cadavérique de la peau dorsale , et pâleur de tout le reste. — 20 Organes respiratoires et circulatoires. Poumons très beaux; cœur en apparence sain. — 3° Organes abdominaux. Estomac volumineux; colon distendu par des gaz; plusieurs circonvolutions de l’iléon d’un rouge foncé à l’extérieur, et parsemées de plaques d’un gris-blanchâtre correspondantes aux ulcères intérieurs qui seront décrits tout à l’heure; l’intestin grêle contient d’ailleurs une grande quantité de

bile jaune qui a coîbré sa surface interne. Membrane muqueuse de l’estomac très rouge dans la région cardiaque, simplement rosée partout ailleurs, ramollie ; membrane muqueuse du duodénum et du jéjunum un peu injectée , d’ailleurs saine; celle de l’iléon, dès son commencement, offre quelques ulcérations circulaires , de la grandeur de l’ongle du petit doigt, tout-à-fait semblables à des aphthes ou à des chancres , et faites comme avec un emporte-pièce, ayant des bords noirs , gangréneux et entourés d’une injection assez vive. Le nombre de ces ulcères se multiplie à mesure qu’on approche de la fin de l’iléon où la membrane en est vraiment criblée, et où la rougeur est si intense qu’on l’aperçoit même à l’ex^ térieur de l’intestin. Cependant plusieurs ulcérations existent sur des points où la membrane muqueuse est pâle et non épaissie ; quelques unes sont pour ainsi dire à l’état de perforation presque achevée : leurs bords sont décoîés et entourés de granulations blanchâtres : il en est qui occupent des surfaces qui semblent avoir été déjà ulcérées elles-mêmes, avant le développement des ulcérations sus-jacentes; la membrane muqueuse se détache avec une grande facilité dans la longue poiv tion qu’affecte l’inflammation : ainsi détachée, elle offre de nombreuses perforations' correspondantes aux ulcères que nous venons de décrire. Sur la fin de l’iléon , cette membrane est livide : elle l’est aussi dans le cæcum , où l’on ne trouve pas d’ailleurs d’ulcères. Quelques ulcères, noirs comme

ceux de l’iléon , se remarquent dans l’are du colon, accompagnés d’une injection rosacée et rameuse de la membrane muqueuse colique en général : épaississement de la membrane enflammée , surtout vers la fin de l’iléon. Tuméfaction , ramollissement et rougeur des ganglions mésentériques qui avoisinent les ulcérations. — 4° Organes encéphaliques. Injection des méninges, avec rougeur rutilante en quelques points ; rougeur vive et ponctuée delà substance cérébrale, qui est assez, ferme. Sérosité à la base du crâne ; une très petite quantité de ce liquide dans les ventricules.

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