OBSERVATION VIII
Fièvre méningo-gastrique passée à l’état de fièvre adynamique. — Ramollissement de la membrane muqueuse de l’estomac; ulcères de celle des intestins, sans rougeur ni injection remarquable. Mésentérite.
38. Brulé (Geneviève), âgée de vingt-deux ans, mariée , bien constituée et bien réglée , brune , d’un embonpoint médiocre , était malade depuis quinze jours, et alitée depuis neuf, lorsqu’elle entra à rhôpital Cochin , le 25 juin 1822. Elle ne savait à quelle cause attribuer sa maladie ; on lui avait donné l’ipécacuanha , qui avait produit trois vomissements et quatre selles ; à son entrée, voici quels symptômes on observa : abattement , pommettes colorées , céphalalgie, douleur dans le côté gauche de la poitrine et du ventre, toux fréquente et fatigante , crachats teints de sang; râle avec sons aigus au sommet de la poitrine ; langue
sèche, rosée sur les bords; soif, inappétence, vomissements, dévoiement. (Ce dernier phénomène date de l’origine de la maladie.) Envie de vomir après les quintes dé toux , pouls fréquent et peu développé , peau chaude et sèche , surtout le soir ; insomnie , léger délire , désir des vomitifs. (Gomme édulcorée, trente sangsues à l’épigastre, trois bouillons. ) Peu de soulagement.
Le 27 : visage étonné ; les pommettes , rouges le matin, pâlissent le soir ; léger délire, assoupissement , pendant lequel les yeux restent entr’ouverts , fièvre très vive ; les crachats , non striés de sang , sont composés de masses muqueuses , opaques , suspendues au milieu d’un liquide écumeux. (Saignée de trois palettes. ) — Les 28, 29 et 3o : la malade se trouve mieux : cependant le dévoiement, la douleur abdominale et la fièvre persistent ; quelques stries de sang dans les crachats. (Limonade , émulsion , trois bouillons.) — Les ier et 2 juillet, fièvre moindre. (Soupe, potage. ) — Dans la journée du 2,1a malade se trouve mal plusieurs fois en prenant un bain de siège. — Le 3 : prostration , désir de vin pour se fortifier ; fièvre très vive , peau chaude et sèche , dévoiement abondant, douleur abdominale. — 4 5 6 et 6 juillet : point d’amélioration ; pouls très fréquent, vif et tremblotant; envies de vomir. (Vingt sangsues au siège, trois bouillons.) — Les 7 et 8: toujours trouble des facultés intellectuelles : sorte de délire érotique ; air de langueur et de stupeur, maigreur du visage, ballonnement du ventre, dé-
voiement; toux, crachats striés de sang; pouls très petit et fréquent. — Les 9 et 10 : prostration , hébêtement des sens , regard fixe et languissant , pâleur du visage. La malade tient ses mains constamment sur son ventre. (Lavement, pavot. ) — Cris dans la nuit. — Le 1 1 : elle continue à délirer tranquillement , est entièrement étrangère à tout ce qui l’environne, et dit, quand on l’interroge * « quelle a ôté la planche ou la pierre » qui pesait sur son ventre.» Décomposition des traits, épistaxis que la malade semble provoquer en se grattant les narines . — Les 12 , 1 3 et 1 <4 : la malade répand une odeur fétide qui incommode ses voisines ; ses yeux , naturellement beaux et très brillants , se ternissent , et semblent s’éteindre ; ils sont profondément cernés ; le nez est effilé et luisant ; la sécheresse de la peau et tous les autres symptômes persistent. (Décoction blanche.)— Les i5 et 16: délire, selles involontaires , fétidité ; la prostration et l’affaissement augmentent ; désir de vin. — Les 17 et 18 : joues d’un rouge vineux , air stupide , chaleur brûlante de la peau ; respiration précipitée , résolution des forces, telle que la malade ne peut tousser ou même à peine parler; son aigu à la partie antérieure du thorax. — Mort le 19, à quatre heures du matin , après une longue agonie , qui a troublé le sommeil des malades de toute la salle.
fièvres bilieuses.
Autopsie cadavérique > vingt-deux heures après
la mort.
i° Habitude extérieure . Demi-marasme , graisse sous-cutanée assez abondante, rigidité cadavérique. — 2° Organes circulatoires et respiratoires. Sérosité sanguinolente dans les gouttières thoraciques ; rougeur de la plèvre qui les tapisse et de la plèvre diaphragmatique , surtout à gauche ; plusieurs adhérences celluleuses , plus multipliées du sommet à la base; teinte violacée du bord postérieur des poumons , qui est gorgé de sang , et facile à déchirer ; partout ailleurs le tissu pulmonaire est crépitant ; les bronches , gorgées d’une mucosité sanguinolente , offrent une injection rosée. Le cœur est remarquable par sa grande flaccidité ; les parois du ventricule gauche , très molles, s’affaissent et tombent aussitôt quelles sont incisées. — 3° Organes abdominaux. Les circonvolutions de l’iléon sont pour la plupart contractées ; le rectum adhère avec l’ovaire gauche, la trompe et le morceau frangé , toutes parties rouges et en suppuration. Sans cette adhérence , le rectum , comme on le verra tout à l’heure , se serait ouvert dans la cavité du péritoine. L’estomac est distendu par des gaz; sa membrane muqueuse , ramollie , offre une blancheur jaunâtre,, à peine rosée. L’intestin grêle contient de la bile jaune. Le duodénum est injecté; le jéjunum ne l’est point; l’iléon dans toute son étendue , mais particulièrement vers sa terminai-
son, est parsemé d’ulcères arrondis, superficiels, de la largeur de l’ongle ; généralement pâle , il présente à peine quelques points d’injection ; les follicules muqueux et les ganglions mésentériques sont manifestement développés. Le cæcum n’offre aucune ulcération ; le colon est généralement blanc , néanmoins on y rencontre quelques endroits où la membrane muqueuse est injectée et rouge ; le commencement du rectum présente trois ulcérations perforantes , précisément aux points où il adhérait aux organes génitaux; l’une de ces perforations , de la grandeur d’une pièce de cinq francs , est partagée en deux par une bride intermédiaire ; sans l’adhérence des bords de ces ulcères avec l’ovaire gauche et la trompe, la cacavité du rectum aurait communiqué avec celle du péritoine, car les trois membranes étaient détruites. Les ovaires et les trompes , outre les altérations déjà indiquées , sont dans une forte turgescence inflammatoire ; leur tissu ressemble a celui de la verge ; leurs vésicules contiennent beaucoup de liquide ; au milieu de la substance spongieuse de ces organes , se rencontre une matière noire très abondante , analogue à celle des mélanoses. La membrane muqueuse du vagin est plus rouge que dans l’état naturel. — 4* Organes encéphaliques . Les membranes cérébrales présentent une assez vive injection : les ventricules et les fosses occipitales contiennent une certaine quantité de sérosité. La substance du cerveau et du cervelet est d’une bonne consistance.