‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 20 sur 113 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

Fièvre méningo-gastrique passée à l’état de fièvre adynamique. — Ramollissement inflammatoire de la membrane muqueuse de l’estomac ; plaques ovalaires, ulcérations, rougeur de la membrane muqueuse des intestins.

4o. Sèbe (Juliette), âgée de 27 ans, marchande, grande, brune, fortement constituée, bien réglée, était malade depuis quinze jours à la suite de fatigues et d’alternatives de chaud et de froid, lorsqu’elle entra à l’hôpital Cochin , le 17 décembre 1822. Les premiers symptômes furent des douleurs dans le ventre et dans les reins, des nausées, des vomissements et le dévoiement.

Jour de son entrée : visage abattu , étonné ; yeux grands; regard un peu hébété; bouche amère; anorexie, soif inextinguible ; langue rouge et sèche dans toute son étendue , fuligineuse et fendillée à

ques qui la distinguaient, et qui la démontraient, en quelque sorte, dans le cas pre'sent. J’ai dit que les plaques des intestins étaient parsemées de points noirs ou brunâtres. Il me semble qu’on ne peut guère comparer ces points plus exactement qu’à ceux qui s’observent quelquefois à la surface de la plaie succédant à l’amputation d’un sein cancéreux , et qui , suivant M. Boyer, sont un présage assuré d’une funeste récidive.

Un fait anatomique bien remarquable encore , que nous a offert ce sujet , c’est la dilatation vraiment extraordinaire du ventricule gauche, sans amincissement de ses parois. Il s’accorde d’ailleurs très bien avec la grandeur et la vibrance du pouls qui existait pendant la vie. Il est assez probable que cette disposition à l’anévrysme existait long-temps avant la maladie qui conduisit ce jeune homme au tombeau.

sa partie moyenne ; nausées, douleur à l'épigastre et dans tout le ventre ; dévoiement continuel , toux rare, oppression ; douleur thoracique, prostration, céphalalgie, insomnie, chaleur de la peau; pouls petit , faible et fréquent ; agitation , paroxysme et sueurs pendant la nuit (Eau gomm. édulc. , diète). Le 18 au matin : elle n’a point dormi; elle est si faible qu’elle peut à peine se lever sur son lit ; supination (Vingt sangsues au siège , trois bouillons). Le soir elle se trouve soulagée, en ce que la douleur des reins et du ventre est dissipée presque entièrement ; mais elle a eu encore, dit-elle, une dizaine de selles dans la journée ; elle se plaint toujours d’une profonde faiblesse et demande du vin pour se fortifier; la langue est moins sèche. — Le 19 : même état. (Vingt-cinq sangsuesà l’épig. diète.) — Lesoir: langue moins dure, pas croûteuse; pouls moins fréquent , peau moins chaude , faiblesse toujours profonde : plusieurs légères défaillances dans la journée; elle demande à flairer du vinaigre pour se ranimer. (On lui donne un bouillon.) — Le 20 au matin : elle est sensiblement mieux qu’hier, la langue s’humecte, elle est couverte d’un limon jaunâtre; désir des aliments, pas de sommeil la nuit dernière; une douzaine de selles depuis vingt-quatre heures ( Diète. ) Le soir ; elle se trouve mieux et moins faible, la langue est humectée. ( Elle n’a oointpris de bouillon ; elle en demande cependant: ooch diac. ) — Le 21 : assoupissement, supination, visage exprimant la stupeur et l’indifférence, lèvres et dents légèrement croûteuses. — Le 21 au soir;

visage comme inanimé, yeux fatigués, regard hébété , odeur fétide , langue sèche et croûteuse, profonde prostration. — Le 22 , au matin : l’assoupissement continue , yeux entr ouverts , ne laissant apercevoir que la sclérotique , bouche également entr’ouverte. La malade est si faible qu’elle ne peut parler et quelle a même de la peine à tirer sa langue; le visage est véritablement mourant, pouls facile à effacer, léger râle trachéal, stupeur profonde. (Vésicatoires aux jambes.) Apelé auprès d’elle sur les trois heures, je la trouve dans l’état suivant : perte de connaissance ; les pulsations du cœur et du pouls sont insensibles à la main ; respiration rare, convulsive, sans râle; refroidissementet résolution complète des membres; bouchebéante, œil tout-à-fait renversé en haut, légers mouvements convulsifs des paupières , pâleur des lèvres et de tout le visage : la pression du ventre excite un gémissement plaintif: il ne reste plus qu’une étincelle de vie que rien ne saurait ranimer. — 'Quelques minutes après la malade 11’était plus... A deux heures, elle avait encore assez de connaissance pour demander le bassin à la sœur de la salle.

Autopsie cadavérique , vingt-trois heures après la

mort .

i° Habitude extérieure . Cadavre d’une femme forte, bien constituée , ayant encore beaucoup de graisse. Raideur considérable des membres. — 20 Organes abdominaux. Point de ballonnement : \ affaissement et sorte de chiffonnement de plusieurs

fièvres bilieuses. Si

circonvolutions intestinales, avec rougeur de celles qui terminent l’iléon ; estomac distendu par une grande quantité de bile ; l’intestin grêle en contient aussi ; la fin de l’iléon et le gros intestin renferment une matière brune analogue à de la lie de vin ou à du chocolat; la membrane muqueuse gastrique, teinte en jaune par la bile , simplement rosée , ramollie, se détache à la manière d’une fausse membrane récente. La membrane muqueuse de l’intestin grêle , colorée aussi par la bile , du reste généralement blanche, présente, surtout dans les circonvolutions flasques et affaissées, un très grand nombre de plaques oblongues, de grandeur variable , formant des espèces d’îles saillantes,, et qui me paraissaient être des ulcères en cicatrisation : leur surface se distingue du reste de la membrane muqueuse, en ce qu’elle est moins polie et même légèrement inégale : par leur circonférence elles se confondent avec cette membrane comme une cicatrice cutanée avec la peau. A la fin de l’iléon , la membrane muqueuse offre en outre une couleur d’un rouge légèrement vineux, et d’un aspect pointillé: cette couleur , due à l’injection des réseaux capillaires , se remarque dans toute la longueur du gros intestin, lequel présente en outre un très grand nombre d’ulcérations superficielles, analogues à des écorchures , de grandeur variable, pour la plupart d’une figure alongée , elliptiques. Les ganglions mésentériques, sans être sensiblement tuméfiés, sont peut-être un peu plus rouges que dans l’état naturel. Vessie distendue par

une urine foncée en couleur, ayant sa membrane interne légèrement injectée. L’utérus est un peu plus volumineux que dans l’état naturel ; la lèvre postérieure de l’orifice de son col est rouge , ainsi que le haut du vagin; on trouve sur l’une et sur l’autre plusieurs petits ulcères , semblables à des chancres; on n’en rencontre pas dans le reste du vagin. La vulve est rouge et parsemée de petites végétations. Le foie est sans lésion notable : sa vésicule contient une bile noire et poisseuse. Rate volumineuse. Reins en apparences sains. — 3° Organes circulatoires et respiratoires. Cœur vide de sang, petit , flasque, un peu pâle et bien conformé; péricarde contenant une cuillerée de sérosité limpide. Poumons livides à leur partie postérieure, mais bien crépitants. Membrane muqueuse des bronches d’une teinte violacée. — 4° Organes encéphaliques. Sérosité assez abondante, un peu trouble, dans la cavité de l’arachnoïde : la pie-mère en est légèrement infiltrée. La substance cérébrale , d’une bonne consistance, est un peu piquetée de sang.

4i. Les sept observations que l’on vient de lire * ne laissent, à mon avis, aucune espèce de doute sur la véritable nature de l’affection gastro-intestinale, qui détermine la fièvre dite bilieuse ou méningo-gastrique. Cette affection est bien réellement un état inflammatoire de la membrane muqueuse digestive. Pour nous en convaincre , il nous suffira de rappeler les principales altérations que cette membrane nous a présentées. Or , ces

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