OBSERVATION XI
Fièvre bilieuse ou méningo-gastrique , guérie par la méthode antiphlogistique.
49. Maranne (Joseph), âgé de 18 ans, d’une assez bonne constitution , mangea le 21 mars, à son dîner, delà viande cuite depuis long-temps, et qui commençait à se putréfier. Cet aliment était à peine introduit dans l’estomac, que ce jeune 1
homme se trouva très indisposé; il ne tarda pas à éprouver de la céphalalgie , un sentiment de pesanteur dans la région épigastrique, un malaise général avec vomissements et dévoiement. — Le 27 , le malade, reçu à l’hôpital Cochin, nous offrit les symptômes suivants : douleur vive dans la région épigastrique et dans tout l’abdomen , dévoiement très abondant, selles fréquentes, liquides; langue sèche et rouge à la pointe ; soif vive , anorexie , nausées fréquentes, éructations; sentiment de faiblesse générale, abattement , pouls petit et concentré; chaleur, sécheresse de la peau, qui est couleur d’ocre ; épigastre douloureux à la pression, — Nuit du 27 au 28 : le malade est agité; il lui est impossible de dormir, il éprouve des nausées continuelles , vomit quatre à cinq fois l’eau dégommé qui lui a été prescrite. — Le 28, au matin, vingtcinq sangsues sont appliquées sur l’épigastre. Dans la journée, vomissement de la tisane, éructations fréquentes, soif, désir des boissons froides, concentration et petitesse du pouls, sécheresse de la peau, surtout au visage, qui est violet et comme vineux. Le soir : exacerbation des symptômes , soif ardente, agitation extrême, sentiment d’une chaleur intérieure insupportable. Le malade se découvre, met les bras hors du lit, et les tient étendus et croisés au-dessus de sa tête ; il cherche le frais. (Eau sucrée, acidulée avec le vinaigre.) — Le malade vomit cette boisson, qu’il trouve trop fade; le pouls est tellement déprimé et si petit, qu’il est à peine sensible; le visage est triste, abattu et languissant ;
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l’œil cave et profondément entouré d’un cercle livide. Ces symptômes semblent annoncer une terminaison funeste. Le dévoiement continue toute la journée. — La nuit du 28 au 29 fut un peu moins orageuse que la soirée de la veille ; cependant le malade ne goûta aucun repos, et fut sans cesse agité. — Le 29 : amélioration assez sensible ; cessation desvomissements; le malade désire du bouillon qu’on ne lui accorde pas ; il éprouve toujours une soif ardente et des éructations; le dévoiement est peu abondant ;le poulss’est relevé d’une manière bien remarquable ; il est légèrement développé , et peu fréquent. — 3o : presque plus d’éructations, plus de douleurs dans l’abdomen , le pouls se maintient dans son développement ; le malade est tranquille, il accuse seulement un sentiment de faiblesse : la langue s’est un peu dépouillée de sa couche limoneuse, et elle est humide. La nuit suivante , sommeil moins long que la nuit précédente. — 3i: l’amélioration continue, le dévoiement a cessé; le pouls est souple et calme , la peau est halitueuse ; désirdes aliments. (Deux bouillons.) — Les premiers jours d’avril furent marqués par un état d’amélioration progressive. On commença l’usage des aliments solides. Aucun accident ne troubla la convalescence, et ce- malade était parfaitement guéri lorsqu’il sortit de l’hôpital le i3 avril.
La maladie dont nous venons de rapporter l’histoire s’est présentée sous cette forme de fièvre bilieuse à laquelle on a donné le nom de choiera . La diète, les boissons adoucissantes, secondées par
l’application de quelques sangsues, ont suffi pour en procurer la guérison. Les bons effets de l’emploi des sangsues seront plus frappants dans l’observation suivante.