‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 35 sur 113 · OBSERVATION XVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVI

Vingt ans. Fièvre dite putride ou acfynamique. — Mort le seizième jour après l’entrée. — Inflammation ulcéreuse de la membrane muqueuse gastro intestinale ; développement des follicules muqueux; gonflement inflammatoire des ganglions mésentériques.

77. Deslandes (Louis), âgé de vingt ans, d’une petite stature , mais fortement constitué , poitrine large , cheveux châtains , était malade depuis cinq jours , lorsqu’il entra à l’hôpital Cochin , le 6 novembre 1822. La maladie avait débuté , sans cause déterminée , par la céphalalgie , des frissons suivis de fièvre, des lassitudes, des douleurs dans les lombes, et le dévoiement. Deux jours après l’invasion , le malade ayant bu du vin chaud sucré , le dévoiement augmenta et il se déclara des vo~

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missements. — Aujourd’hui 6 novembre : visage triste, abattu; céphalalgie, faiblesse extrême, titubation , étourdissement quand le malade se lève ; langue rosée, couverte d’un enduit pâteux, un peu sèche; soif continuelle, anorexie, nausées; aucune douleur abdominale; selles encore très fréquentes, liquides; urines rouges, peau chaude , sueurs passagères; soupirs involontaires ; insomnie; pouls fréquent, vif, ondulant, sans dureté. (Eau de gomme, quarante sangsues à l’anus, diète.) — Le 7, à la visite du matin: les sangsues ont bien coulé ; le malade dit ne plus souffrir à la tête et n’a eu qu’une selle dans la nuit; langue toujours chargée. (Décoction blanche, trois bouillons). — Le 8 : le dévoiement n’existe plus, la langue est encore sale; le malade est , dit-il , très bien , quand il est couché ; mais il ne peut rester debout. (Vingt sangsues au ventre. ) Le soir , il se sent de nouveau soulagé ; point de dévoiement , appétit. — Les 9 et 10 : bien , peu de fièvre , aucune douleur, étourdissements; langue saburrale; rêvasseries. (Pédiluves sinapisés). Le malade se lève seul, et s’expose au froid pouraller à la selle. — Le 10 au soir : retour du dévoiement. — Le 11 novembre : dévoiement très abondant, fièvre vive , supination. (Vingt sangsues à l’anus, diète.) Trois selles dans la nuit, plaintes continuelles. — Le 12 , au matin : peu de changement, (Lavement pavot, sinapismes.) Deux selles dans la journée; amélioration le soir. — Le i3, à la visite du matin: œil triste, larmoyant, abattu; langue

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toujours muqueuse ; désir d’aliments et de vim — Le 1 4 : abattement croissant; pouls fréquent, mou. Cent vingt pulsations ; bouche pâteuse; plaintes et gémissements. — Le i5, au matin : même prostration ; langue humide. — Le soir : la langue est sèche et presque croûteuse; yeux rouges, injectés, chassieux; assoupissement. — Le 1 6 : le malade est encore assoupi; il ne répond qu’en bredouillant; son regard est fixe et baissé; prostration adynamique; pouls précipité, facile à effacer. (Vésicatoires aux jambes. ) — Le 17 : peau brûlante et humide ; sécheresse de la langue; ventre saillant, sonore à la percussion ; le malade répond avec peine , lentement, et comme s’il était endormi : le soir , sueurs froides au visage; respiration embarrassée ; le malade , presque sans connaissance, n’a pas la force de montrer la langue ; fétidité peu marquée.. — Le 18 au matin: assoupissement ; moiteur de la peau en général. (Vésicatoire à la nuque. ) — Le soir : point d’amélioration, nulles réponses; stupeur et immobilité des traits; ventre ballonné ; invité à tirer la langue, le malade n’en a pas la force , et ouvre seulement la bouche; selles involontaires. — Le 19 et le 20: décubitus sur le dos; immobilité , perte de connaissance ; silence qui n’est interrompu que par quelques gémissements plaintifs; face décomposée; yeux entr’ouverts , fixes et immobiles : pupille droite plus large que la gauche ; l’une et l’autre mobiles ; œil gauche plus injecté que le droit ; tous deux recouverts d’une couche visquepse qui dL

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minue leur transparence : l’entrée des narines est comme pulvérulente , leurs ailes sont agitées pendant la respiration, qui est anhéleuse; le malade tousse sans pouvoir expectorer : son haleine est fétide; on entend un râle muqueux dans le côté droit : d’ailleurs , râle trachéal ou de l’agonie; état comateux ; en introduisant le doigt dans la bouche, qui reste entr’ouverte , on sent que la langue est sèche et raboteuse ; si l’on presse le ventre, le malade pousse des cris plaintifs et tousse ; les membres sont dans une entière résolution. — Le 21 : œil vitreux, incliné en haut; respiration demiconvulsive; la main, appliquée sur lapartieinférieure du thorax , donne la sensation d’une vibration très prononcée, et l’oreille, approchée du même endroit, entend un râle à sons aigus ; si l’on pince fortement le malade, il ne manifeste aucun signe de sensibilité : au contraire, si l’on presse, même médiocrement l’abdomen , il pousse encore quelques cris plaintifs, et la respiration devient encore plus accélérée : le pouls est précipité, filiforme; les battements du cœur, en partie couverts par le bruit de la respiration , sont néanmoins faciles à entendre; pupilles comme les deux jours précédents; moiteur de la peau. La vie s éteignit enfin, à cinq heures du soir.

Autopsie cadavérique , seize heures après la mort.

i° Habitude extérieure. Cadavre bien conformé, ayant les muscles très développés; rigidité cadavérique ; eschare très large au sacrum et aux

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fesses. 20 — Organes abdominaux . Le colon , énormément dilaté par des gaz, occupe toute la région épigastrique et a refoulé profondément dans la poitrine le foie , qui s’élève jusqu’à la troisième côte; plusieurs circonvolutions de l’intestin grêle, amincies , affaissées , présentent une rougeur mêlée de vert : on y rencontre une seule invagination. L’estomac est contracté ; sa membrane muqueuse est d’un gris-brunâtre qui se fonce vers la région splénique : ramollie , elle s’enlève facilement par petits lambeaux et se déchire comme si elle eût éprouvé un commencement de putréfaction : elle est épaissie ; le tissu lamineux sous-jacent est rouge, injecté. Le duodénum est sain , il contient, ainsi que le reste de l’intestin grêle, une matière bili— forme: des circonvolutions du jéjunum, les unes sont rouges et injectées , les autres blanches, sans traces de vaisseaux, quoique minces et comme chiffonnées : il en est de même de celles de l’iléon ; mais on y trouve de plus un grand nombre d’ulcérations, plus multipliées vers la valvule iléo-cæcale que partout ailleurs ; dans cette portion de l’iléon, l’injection sanguine est très abondante, et la membrane muqueuse est recouverte d’une couche sanguinolente , dont la matière paraît avoir été fournie par la surface des ulcérations. Çà et là apparaissent de longues plaques ovalaires , à peine élevées au-dessus du niveau de la membrane muqueuse, légèrement granuleuses, très injectées, et qui sont peut-être des ulcérations en voie de cicatrisation. La membrane muqueuse du cæcum et

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celle du colon, dans toute sa longueur, est criblée d’innombrables ulcères, pressés, confluents, arrondis, ayant leur fond jauni par la matière fécale , et leurs bords d’un rouge de sang : ces bords sont coupés à pic et peu épais ; l’injection est très considérable dans tout le gros intestin. Dans une portion de l’arc du colon et dans la longueur d’un pied et demi du colon descendant, la membrane muqueuse, d’une couleur verdâtre ou ardoisée, comme gangrenée, tombe pour ainsi dire en lambeaux et se déchire en raclant légèrement avec l’ongle. — Les ganglions mésentériques sont très gros, rouges, injectés, ramollis, analogues à la substance testiculaire. — Le foie , aplati par la pression du colon, est élargi transversalement ; sa face inférieure., ramollie, offre une couleur d’ardoise. La rate , très volumineuse , est de la même couleur. — 3° Organes respiratoires et circulatoires. Adhérences cellulaires peu anciennes entre la plèvre pariétale droite et la plèvre pulmonaire ; un peu de sérosité rougeâtre à la partie postérieure des cavités pectorales droite et gauche ; adhérences isolées à gauche, plèvre généralement rouge et injectée, mais surtout à droite ; poumons sains; leur base et leur bord postérieur sont peu crépitants , gorgés d’un sangbrunâtre. (Le poumon droit était refoulé par le foie. ) — La trachée , les bronches et leurs divisions, rouges et injectées, contiennent d’abondantes mucosités. — Le cœur est bien conformé ; il contient, ainsi que les gros vaisseaux , beaucoup de sang en grande partie liquide ; son tissu est assex

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ferme, un peu pâle. — 4° Organes encéphaliques. L’arachnoïde et la pie-mère, un peu laiteuses, opaques à la convexité du cerveau, sont généralement rouges et gorgées de sang. Les ventricules latéraux et surtout le gauche contiennent, ainsi que la base du crâne, une assez grande quantité de sérosité rougeâtre ; les vaisseaux qui rampent à la surface des ventricules latéraux sont admirablement injectés.-

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