OBSERVATION XVI I
Seize ans. Fièvre dite putride ou adynamique. — Mort le septième jour après l’entrée. — Inflammation ulcéreuse de la membrane muqueuse gastro-intestinale; développement des follicules muqueux ; gonflement des ganglions mésentériques. — Cœur un peu mou.
78. Gros ( François) , âgé de 16 ans, d’un tempérament sanguin, fort et très développé pour son âge , arrivé à Paris depuis neuf mois , était malade depuis huit jours , sans cause déterminée, lorsqu’il entra à l’hôpital Cochin , le 27 novembre 1822. L’invasion fut marquée par des frissons, de la céphalalgie , des lassitudes et la perte de l’appétit. Les jours suivants , fièvre continue avec délire. — Examiné le 28 , au matin , il nous a présenté les symptômes suivants : visage abattu , étonné; langue rouge, pointue, sèche et croùteuse ; soif très vive; ventre douloureux à une forte pression , tendu ; haleine fétide ; chaleur âcre et brûlante à la peau ; pouls fréquent et développé ; agitation, tendance à sortir du lit, délire. (Eau de
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gomme édulcorée , trente sangsues au ventre , diète. ) Le soir : pas de soulagement : le pouls est facile à effacer ; le visage, qui était animé le matin, est décoloré ; le malade ne répond point * aux questions ; il montre la langue et l'oublie ensuite entre ses dents : fièvre très vive , prostration. — Le 29: peu de changement; selles involontaires ; deux fois le malade sort de son lit ; deux défaillances en sont la suite ; pâleur du visage , tendance au sommeil ; toux fréquente , rauque et sèche : râle léger, accompagné parfois de sons aigus. Dans la nuit, délire très violent , cris , jurements. — Le 3o : il ne répond point, et regarde d’un air stupide ; le visage s’est animé , la langue est tremblante ; le pouls s’est agrandi ; si l’on presse le ventre , la face prend une expression de douleur: la langue est rouge et sèche ; la toux continue,* le malade refuse les boissons. (Fomentations.) — Le icr décembre: point d’amélioration ; le malade ne tire plus la langue quand on ly engage. (Trois bouillons.) — Lez, à la visite du matin : supination , assoupissement comateux , aucun signe de connaissance ; bouche et yeux entr ouverts , pâleur de la face, décoloration des lèvres; pouls faible, facile à effacer, intermittent ; ventre médiocrement tendu, sonore à la percussion; quand on le presse le visage grimace comme précédemment ; selles involontaires; corps exhalant une odeur fétide. (Vésicatoires aux jambes.) Le soir : point de changement, aucune réponse, œil triste; sourcil froncé: selles très abondantes.
fièvres putrides.
râle trachéal. — Le 3 : même état , à l’intermittence du pouls près qui a disparu; oppression; râle avec sifflement. (Vésicatoire à la poitrine.) Le soir : impossibilité d’expectorer, respiration plus embarrassée , dilatation considérable des ailes du nez, râle trachéal plus bruyant, retour de l’intermittence du pouls , cent pulsations par minute. On ne peut tirer le malade de l’état comateux où il est plongé ; il témoigne cependant de la douleur quand on le pince fortement : le visage est pâle : la bouche est entrouverte, ainsi que les yeux qui sont tournés en haut,... Mort à minuit, après de vains efforts des organes respiratoires pour expulser les mucosités qui obstruaient les voies aériennes.
Autopsie cadavérique , trente-cinq heures après ta
mort .
i° Habitude extérieure . Rigidité cadavérique très forte , cadavre bien conformé , muscles frais et vermeils. — 2° Organes abdominaux . Plusieurs circonvolutions de l’intestin grêle sont affaissées ; les dernières de l’iléon sont rouges à l’extérieur. Deux invaginations se rencontrent vers le milieu de cet intestin : le gros intestin est médiocrement distendu par des gaz fétides. L’œsophage , vers son commencement , présente à sa face interne une plaqué noire qui , par un léger raclement , se convertit en un ulcère de la largeur de l’ongle , avec injection et infiltration sanguine de la membrane muqueuse environnante. L’estomac , à l’in-
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teneur, présente généralement une couleur gisâtre, qui se fonce vers la région œsophagienne , et se mêle à une coloration rosée dans la portion splénique : si l’on examine de près la membrane muqueuse, on aperçoit une assez vive injection de ses capillaires , et l’on distingue bien l’orifice des follicules muqueux ; quatre ulcérations superficielles existent dans la portion splénique. Ce viscère , recouvert de mucosités , ne contient pas de bile ; tout l’intestin grêle au contraire en contient une assez grande quantité , qui, dans les points où cet intestin est rouge , offre une teinte brunâtre comme si elle était mêlée de sang. Des circonvolutions de l’intestin , les unes sont pâles, les autres injectées et rouges. Mais les dernières anses de l’iléon présentent des réseaux vraiment magnifiques , et des ulcérations , surtout très nombreuses vers la valvule iléo-cæcale. Ces ulcères,
peu étendus, intéressent pour la plupart toute l’épaisseur de la membrane muqueuse , qui se détache avec une grande facilité ; ils sont en général arrondis : autour d’eux la membrane muqueuse est épaissie et infiltrée de sang. Les ganglions mésentériques les plus voisins sont volumineux, injectés, rouges, mous et tellement pénétrés de vaisseaux, qu’ils ressemblent à du tissu érectile. Le gros intestin contient une médiocre quantité de matière grumeleuse, jaunie par la bile. Le cæcum et le commencement du colon offrent une légère rougeur ; le reste du colon, remarquable par sa blancheur , est parsemé de points
fièvres putrides.
noirâtres très nombreux , qui donnent à la membrane muqueuse un aspect semblable à celui de la peau du nez, lorsque ses follicules sébacés sont remplis d’une matière noircie par le contact de Fair. La vessie contient quelques gouttes d’urine trouble ; sa membrane muqueuse est parsemée de plaques d’un rouge vif, comme si elle eût été trempée dans du sang, couleur due à l’injection des capillaires. La rate volumineuse, offre, à sa surface , plusieurs plaques blanchâtres. Le foie est sain. Sa vésicule est pleine d’une bile jaune. — 3 °Organes circulatoires et respiratoires. Dans chaque côté de la plèvre existe environ un demi-verre de sérosité rouge. Les poumons, parfaitement crépitants , sont blancs en avant , rosés sur les côtés, et violacés en arrière. Les bronches et leurs ramifications contiennent une mucosité rougeâtre. Leur membrane muqueuse présente une rougeur et une injection très prononcées. Le cœur, bien conformé, est plutôt pâle que rouge, un peu mou ; ses cavités renferment à peine quelques caillots de sang. — 4° Organes encéphaliques. Il s’écoule de la base du crâne et du rachis une assez grande quantité de sérosité. L’arachnoïde et la pie-mère sont injectées, surtout à droite. Les ventricules contiennent une sérosité blanchâtre , un peu trouble : le tissu cérébral , d’une bonne consistance , est ponctué de sang.
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