‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 38 sur 113 · OBSERVATION XX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XX

Vingt-six ans. Fièvre adynamique. — Mort le treizième jour après l’entrée. — Inflammation ulcéreuse de la membrane muqueuse gastro-intestinale; gonflement inflammatoire des ganglions mésentériques ; mollesse et flaccidité du coeur; rougeur de sa membrane interne.

81. Bousserat (George), âgé de vingt-six ans, compositeur en lettres , ayant peu d’embonpoint, mais assez fortement constitué , brun , bilieux , irritable , pâle , était malade depuis huit jours, lorsqu’il entra à l’hôpital Cochin , le 3 septembre 1822. La maladie débuta , sans cause connue , par une vive céphalalgie et une douleur dans tout l’abdomen. On appliqua trente sangsues, qui, suivant le malade , augmentèrent l’affection. — Aujourd’hui , 3 septembre , on observe les symptômes suivants : découragement , abattement, céphalalgie , bouche pâteuse , langue rouge et nette , sèche; soif, douleur à l’épigastre, dévoiement qui date des premiers jours de la maladie ; peau chaude , pouls fréquent , peu développé , tremblotant ; toux rare , légère douleur à la poitrine , dédolatio n générale ; paroxysme et sueurs dans la

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nuit. — Le 4 septembre : même état. (Gomme édulcorée, julep , trois bouillons, bouillie.) — Les 5 et 6 : le malade , toujours découragé , se trouve de plus en plus mal : fièvre très vive , agitation , ventre douloureux , chaleur âcre de la même partie ; selles dans le lit; pouls fréquent et grand. (Potion opiacée, bouillie. )— -Le 7 : point d’amélioration. Vomissements , la nuit suivante. — Le 8 : le malade se trouve encore plus mal : ses membres sont tremblants. (Il mange un peu de biscuit trempédans du vin, qu’on lui a apporté du dehors. ) — Le soir , il se sent encore plus mal : douleur abdominale très forte , langue rouge et très sèche, ventre balloné , soupirs, gémissements plaintifs , accablement profond. — Le 9 septembre : point de changement. (Même prescription , plusqu inze sangsues au fondement.) — Les 10 et 1 1 : affaissement plus grand, altération des traits ; le ventre est toujours tendu et douloureux. Le 1 1 , au soir : état des plus alarmants , cris plaintifs, respiration gênée; quelques crachats verdâtres, diffluents, analogues à du véritable pus; râle sec, ronflant, très sonore. (Même potion.) — Le 12 : abdomen très douloureux, rendant un son tympanique à la percussion ; poitrine plus embarrassée , respiration haute et râlante ; haleine fétide, soupirs plaintifs, léger délire, agitation, efforts pour se lever. (Vésicatoire à la cuisse.) Le soir : assoupissement, râle sec et bruyant , dilatation convulsive et saccadée des parois pectorales, œil entrouvert pendant i’as-

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soupissement , et tourné vers le haut de lorbitc. Le i5 : les symptômes sont encore plus graves; membres tremblants, ventre saillant, décomposition des traits. — Le \l\ : la respiration est tellement embarrassée, que le malade peut à peine prononcer quelques phrases entrecoupées ; les crachats , très peu abondants, sont toujours puriformes. Le soir : trouble des facultés intellectuelles , étonnement ; réponses étrangères aux questions, tressaillements des tendons, ventre toujours très douloureux. — Dans la nuit : perte de connaissance, agonie.... Mort, le i5, à huit heures du matin.

Autopsie cadavérique vingt-quatre heures après

la mort.

i° Habitude extérieure. Cadavre d’un jeune homme bien conformé, grand et un peu maigre; rigidité cadavérique médiocre. — 20 Organes abdominaux. Le péritoine est parfaitement sain. Le gros intestin est distendu par des gaz. La membrane muqueuse de l’estomac est généralement rouge et injectée ; dans la région splénique , la rougeur est tellement vive , qu’on dirait que la membrane a été trempée dans du sang; les capillaires agglomérés forment d’élégants réseaux , plus prononcés sur les rugosités de la membrane muqueuse; ça et là, se présentent quelques érosions de la largeur de l’ongle : le tissu de la membrane est très facile à déchirer. L’œsophage et l’intestin grêle contiennent une grande quantité de bile

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verdâtre qui a teint leurs parois; le duodénum et le jéjunum sont parsemés de nombreuses plaques, ponctuées de noir , sans être d’ailleurs ni rouges ni injectées. L’iléon présente deux invaginations ; la membrane muqueuse de ses dernières circonvolutions , dans l’étendue d’environ dix-huit pouces , est rouge, épaissie, comme boursouflée, et parsemée d’un très grand nombre d’ulcères, à fond rouge, d’inégale étendue, plus rapprochés, et pour ainsi dire confluents vers la valvule iléocæcale. Le cæcum et une grande partie du colon offrent une rougeur et une injection très prononcées, mais ils sont exempts d’ulcères. Les ganglions mésentériques correspondants aux anses intestinales malades sont rouges , très injectés , et d’un volume double des autres; leur substance est molle et assez analogue à celle du testicule. Les reins, la rate et le foie sont volumineux , et d’un rouge-brun. La vessie est distendue par de l’urine trouble; sa surface interne est rouge, et parsemée de plusieurs plaques analogues à des ecchymoses ou à des piqûres de puce. — 3° Organes respiratoires et circulatoires. Les poumons adhèrent aux parois pectorales par du tissu cellulaire ancien ; leur base et leur bord postérieur sont gorgés de $ang ; partout ailleurs ils sont parfaitement crépitants. Les bronches présentent une couleur violacée, et contiennent une mucosité rougeâtre; en pressant le tissu pulmonaire, on fait sortir, par les petits tuyaux bronchiques, une matière liquide, vraiment purulente. Le cœur est bien

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conformé , mais flasque; son tissu est un peu mou. La membrane interne de ses cavités est d'un

rouge brun . — 4° Organes encéphaliques. Epanchement d’environ trois cuillerées de sérosité dans la cavité de l’arachnoïde, La surface du cerveau présente une couleur d’un blanc laiteux, due à l’épaississement et à l’infiltration des méninges ; des adhérences celluleuses existent entre les faces correspondantes des deux hémisphères cérébraux; d’ailleurs, les méninges sont généralement rouges et injectées , surtout dans les anfractuosités. Les ventricules contiennent à peine quelques gouttes de sérosité. La substance cérébrale , d’une bonne consistance , est légèrement rosée.

OBSERVATION XXL

Vingt-un ans. Fièvre adynamique avec péritonite. — Mort le septième jour après l’entrée. — Inflammation du péritoine et de la membrane muqueusegastro-intestinale , avec ulcérations del’iléon; gonflement des ganglions mésentériques.

82. Plancher (Joseph), âgé de vingt-un ans, d’un tempérament lymphatico-sanguin , taille et embonpoint médiocres , cheveux cendrés , caractère très doux , arrivé à Paris depuis trois mois , indisposé et affecté de temps en temps de dévoiement depuis cette époque , entra à l’hôpital Cochin , le 9 décembre 1822. Trois jours avant son entrée , il avait éprouvé une indigestion, à la suite de laquelle il fut pris de vomissements et de coliques très violentes , pour lesquelles on lui administra un mélange d’huile et d’eau-de-vie. — Hier,

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on lui appliqua, sans succès, vingt sangsues sur le ventre. — Aujourd’hui, 9 décembre , on observe les symptômes suivants : visage tiraillé , pommettes colorées, anxiété très grande et prostration , décubitus sur le dos , lèvres sèches , langue teinte en vert par les vomissements bilieux , qui sont très fréquents , sans efforts et par regorgement; soif vive, anorexie, douleur dans tout

l’abdomen , qui est tendu , volumineux et sonore à la percussion ; chaleur générale et aridité de la peau , frissons irréguliers , suivis de sueurs et de bouffées de chaleur ; pouls assez large , mais mou et comme fluctuant, si fréquent qu’on peut à peine en compter les pulsations , dicrote ou bisferiens ; quelques gémissements; toux rare. (Quarante sangsues sur le ventre, lavement, diète. ) Peu de soulagement. — 10 : point de sommeil la nuit précédente , les vomissements continuent ; le ventre est dur et tendu ; pressentiments funestes. — ti : même état. (Trente sangsues au ventre. ) — Le soir, aucune amélioration; résolution profonde des forces; sueurs; dévoiement. — Le 12 : le malade se sent moins mal; le pouls a pris de la roideur ; les carotides battent très forts; les vomissements et la tension du ventre persistent; la langue est large , humide , toujours colorée par la matière verte de la bile; haleine fétide; entrée des narines garnie d’une matière comme pulvérulente ; dilatation des ailes du nez pendant l’inspiration; insomnie. — i3 : yeux profondément cernés ; renvois bilieux; dévoiement; ventre

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énorme , s’élevant bien au-dessus du niveau du thorax; abattement; soupirs plaintifs, intégrité de l’intelligence; pouls assez résistant. (Vingt sangsues à l’anus. ) — 1 4 • visage grippé , rides entre les sourcils, soif telle, que le malade boirait, dit-il, la mer ; ventre plus tendu que jamais , dur; urines difficiles , pas de dévoiement; bruissement dans les oreilles , prostration extrême. . . . Mort le 1 5 à quatre heures du matin , sans râle.

Autopsie cadavérique j onze heures après la mort.

i° Habitude extérieure. Cadavre bien conformé; muscles vermeils, onctueux au toucher ; l’abdomen, très volumineux , rend un son tympanique; la base de la poitrine est évidemment élargie par la tuméfaction du ventre. — 20 Organes abdominaux. Un scalpel ayant été plongé dans la cavité du péritoine, il s’est dégagé une certaine quantité de gaz. Elle est le siège d’un épanchement purulent très abondant, dont la partie liquide occupe particulièrement l’excavation du bassin , la partie postérieure de l’abdomen et les divers sinus qui séparent les organes abdominaux ; et dont la partie concrète est étendue en fausses membranes sur le péritoine , soit viscéral , soit pariétal. Les circonvolutions intestinales adhérentes entre elles , ainsi qu’avec l’épiploon et les parois abdominales, forment un paquet très pesant. Les fausses membranes ont des caractères différents , selon les points où on les examine ; généralement elles sont molles, pulpeuses, friables , inorganiques ; mais

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celles qui unissent le foie et l’épiploon aux surfaces correspondantes , sont pour ainsi dire à l’état d’organisation celluleuse naissante ; on y distingue quelques vaisseaux rouges , et si on les enlève , on trouve la surface sous-jacente rouge et comme piquetée de sang. Le péritoine est généralement injecté et rouge ; la rougeur très vive est distribuée en longues bandes autour des anses intestinales ; la membrane enflammée se détache avec une extrême facilité , surtout sur les intestins ; elle paraît épaissie , opaque; le tissu sous-séreux est très rouge; la surface du foie présente une forte injection qui règne également sur le diaphragme et toute la plèvre droite, où les capillaires forment d’admirables réseaux. Les reins et la rate sont sains ; quelques portions des fausses membranes qui recouvrent celle-ci sont celluleuses. L’estomac et les intestins sont dilatés par des gaz et par une grande quantité de bile verdâtre, porracée ; la membrane muqueuse gastrique, recouverte d’une abondante mucosité , est rouge et injectée, surtout vers la grande courbure et dans la région pylorique ; la rougeur est très forte dans le commencement du duodénum; jusqu’à la fin de l’iléon, la membrane muqueuse de l’intestin grêle est d’une blancheur qui contraste avec la rougeur de la membrane séreuse ; mais , dans les dernières anses de l’iléon, existent une rougeur très vive et des ulcères d’autant plus nombreux, qu’on est plus près de la valvule iléo-cæcale; auprès de celle-ci se trouvent deux lombrics de la grosseur d’une

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plume de corbeau ; plusieurs des ulcérations ne sont environnées d’aucune rougeur ; autour des autres se remarque une rougeur très foncée; toute la surface enflammée est parsemée de points noirs ; les ulcères intéressent toute l’épaisseur de la membrane muqueuse , qui s’enlève très facilement et par larges lambeaux ; vers l’endroit où la membrane muqueuse de l’iléon commence à présenter des traces de phlegmasie, se rencontrent des plaques rouges produites par une infiltration sanguine , et un empli)Tsème qui se prolonge dans letendue d’environ huit pouces ; là , la membrane muqueuse est soulevée sous forme de vésicules analogues à celles d’une salive écumeuse; les ulcères s’arrêtent sur la valvule iléo-cæcale, qui en est pour ainsi dire criblée , et qui offre une couleur ardoisée; la membrane muqueuse de tout le gros intestin est d’une teinte rosée très vive ; les ganglions mésentériques les plus voisins de la fin de l’iléon sont volumineux , mais pas très injectés. La face interne de la vessie est d’une couleur rosée. — 3° Organes respiratoires et circulatoires. Les deux poumons sont parfaitement crépitants ; le droit présente une couleur violacée générale ; celle-ci n’occupe que le bord postérieur du gauche ; la plèvre pariétale gauche est bien moins rouge que la droite; la membrane muqueuse des bronches est injectée et rosée. Le cœur est bien conformé, un peu plus volumineux que le poing du sujet. — 4° Organes encéphaliques . Les méninges sont assez injectées ; les ventricules cé-

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rébraux contiennent une sérosité rougeâtre assez abondante; la substance cérébrale est d’une bonne consistance.

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