‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 39 sur 113 · OBSERVATION XXII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXII

Vingt-un ans. Fièvre adynamique. — Mort le neuvième jour après l’entrée. — Inflammation ulcéreuse et pustuleuse de la membrane muqueuse gastro-intestinale; développement de ses follicules; gonflement inflammatoire des ganglions mésentériques; rougeur et inflammation de la membrane interne du cœur et de tout le système sanguin en général.

83. Aubart (Virginie) , âgée de vingt-un ans, d’un tempérament lymphatique , fut apportée à l’hôpital Cochin , le 8 novembre 1822. Plongée dans un état de prostration extrême et de délire tranquille, elle ne put nous donner aucun renseignement sur les circonstances qui avaient précédé et déterminé sa maladie. Voici d’ailleurs les symptômes que nous observâmes : lèvres et dents couvertes d’une croûte noirâtre; pâleur de la face, de la langue et de toute la peau; cependant, langue sèche , rude , âpre , dure et comme brûlée ; soif vive; douleur et gonflement dans la région parotidienne; ventre sensible et se contractant quand on le presse; fièvre brûlante, avec sécheresse de la peau; pouls très accéléré, petit et faible (cent quarante pulsations par minute); délire loquace; soubresauts des tendons ; carphologie ; toux fréquente, avec râle muqueux ou ronflant et comme musical. (Vésicatoires aux jambes, dont la gauche . v est infiltrée; gomm. édulc. , looch, diète.) Les

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vésicatoires, appliqués à deux reprises différentes, ne prennent point. — La fièvre continue les trois jours suivants, avec paroxysme le soir. — Les quatrième, cinquième et sixième jours après l’entrée , le délire se calme un peu ; les joues, les lèvres et la langue , pâles et décolorées , rougissent seulement un peu durant l’exacerbation du soir; le pouls est à cent cinquante pulsations ; la malade demande des aliments ; on lui accorde trois bouillons. — Le septième jour : la langue est si sèche que la malade ne peut la remuer, et que pour la montrer elle essaie de la tirer de sa bouche avec les doigts. — Le huitième jour : fièvre la même; délire et tremblements convulsifs des tendons ; prostration complète. Mort, le neuvième jour.

Autopsie cadavérique , vingt-trois heures après la

mort.

i° Organes circulatoires et respiratoires . De chaque côté du thorax, la plèvre viscérale adhère à la plèvre pariétale par une couche pseudo-membraneuse molle, peu ancienne et déjà celluleuse ; les deuxpoumons sont crépitants, pâles antérieurement, rouges et engorgés postérieurement ; la membrane muqueuse bronchique est injectée; le péricarde contient une bonne quantité de sérosité rougeâtre ; le cœur, bien conformé, est un peu mou et flasque; ses cavités sont remplies de sang en partie liquide, en partie coagulé; leur membrane interne est rouge , surtout clans les droites ; les valvules aortiques , la face interne de T aorte et des troncs qui

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en fartent, offrent une belle couleur écarlate , qui n’est point due, du moins en apparence , à une injection vasculaire, et qui ressemble à une sorte de teinture; même rougeur, mais moins vive , sur l’artère pulmonaire et ses valvules ; la membrane interne du système veine ux9 en général, présente une rougeur brunâtre; les veines profondes du membre inférieur infiltré sont obstruées par une longue concrétion fibrineuse , solide mais friable, s’étendant jusqu’à leur embouchure dans la veine cave (1) ; les veines du membre opposé contiennent du sang liquide; la veine iliaque droite présente une concrétion récente, tout-à-fait analogue au coagulum du sang qui vient d’être tiré d’une saignée. — 20 Organes digestifs. Vu extérieurement, l’estomac et les intestins sont d’une grande blancheur ; on aperçoit seulement, sur les circonvolutions de l’intestin grêle, diverses plaques rougeâtres correspondant à des ulcérations intérieures ; ces organes contiennent une grande quantité de bile, qui a fortement coloré leur membrane muqueuse; celleci , dans l’estomac , offre une légère rougeur ponctuée; dans le duodénum et le jéjunum , elle est pâle; mais en avançant vers le cæcum , la rougeur et l’injection reparaissent; plusieurs ulcères se rencontrent çà et là dans la fin du jéjunum et dans le commencement de l’iléon, sans aucune injection. Vers la fin de ce dernier, les ulcérations sont plus nombreuses, plus étendues, plus profondes; elles

(1) C’est à cette oblitération des veines qu’était due l’infiltration.

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ont détruit en grande partie la valvule iléo-cæcale; elles sont environnées, en divers points , de granulations blanchâtres ; elles régnent en grand nombre sur le cæcum et le colon ascendant, de la membrane muqueuse desquels s'élèvent, sur un fond pâle, de petites pustules blanches ou rougeâtres qui lui donnent un aspect boutonneux et comme variolique) il existe aussi dans le cæcum une large plaque blanche, trace d’une ulcération cicatrisée; l’arc du colon , sa portion descendante , son S et le rectum ne présentent autre chose qu’une légère teinte rosée; la membrane muqueuse de l’œsophage, du pharynx et de la langue, est pâle. Les ganglions mésentériques sont rouges et gonflés. La rate, deux fois plus grosse que dans l’état normal, est d’un tissu très mou, fragile, d’un rouge brun qui passe à la teinte rutilante par le contact de l’air. Le foie, un peu volumineux, est d’ailleurs sain. — 5° Organes encéphaliques. Les méninges sont un peu

infiltrées , surtout â la convexité du cerveau , où

elles sont blanches et comme laiteuses ; une certaine quantité de sérosité se remarque à la base du crâne et dans les ventricules ; tissu cérébral un peu mou , sensiblement injecté.

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