‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 41 sur 113 · Un homme âgé de vingt-sept ans, d’une · texte numérisé non relu

Un homme âgé de vingt-sept ans, d’une

FIÈVRES PUTRIDES

très forte constitution , carrier, fut apporté à l'hôpital Cocliin dans les premiers jours de janvier i825; une énorme pierre venait de lui tomber sur le membre inférieur gauche. Une plaie affreuse, avec atîrition de toutes les parties molles, se remarquait aux côtés externe et postérieur de la jambe; il s’en écoulait du sang avec abondance; la peau était décollée dans une grande étendue ; la cuisse était le siège d’une violente contusion , et infiltrée de sang en plusieurs points; une tumeur formée par ce liquide existait autour du genou. A son arrivée , le malade était pâle , abattu , refroidi ; son pouls était faible et déprimé. Mais la fièvre ne tarda pas à se déclarer; le pouls devint dur , fréquent et fort ; il se manifesta de 1 agitation et du délire ; cependant la gangrène s’empara de la plaie; la cuisse, tuméfiée par suite de l’inflammation et de l’infiltration sanguine, résonnait comme un tambour quand on la frappait, ce qui dépendait de la présence de gaz qui s’étaient développés dans son épaisseur ; les forces se perdaient, le ventre se météorisa; le malade, plongé dans une prostration profonde , semblait en proie à une sorte de décomposition putride , et succomba à une fièvre vraiment putride le cinquième jour après son entrée.

Autopsie cadavérique quarante heures apres la

mort.

Yergetures et extravasation sanguine sur la peau de l’abdomen et de la poitrine. Une vaste plaie ,

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exhalant une odeur fétide , nauséabonde et gangréneuse, occupait une grande partie du membre inférieur gauche; les parties molles, abreuvées d’une sanie iclioreuse , étaient réduites en une sorte de bouillie noirâtre ; la peau , brune et livide , était décollée, le tibia dénudé, et le péroné fracturé à sa partie supérieure; les veines des membres, et la veine cave ascendante, qui était distendue par des gaz, ne contenaient que quelques atomes d’un sang décomposé , sorte de matière sanieuse ou purulente, brune, jaunâtre, grasse, grumeleuse , légèrement agglutinée à la membrane interne; celle-ci était d’un rouge-brunâtre, même dans les veines qui ne contenaient pas de sang, telles que la saphène, par exemple; la rougeur de la membrane interne des veines se prolongeait dans les cavités du cœur, surtout autour des valvules, dans l’artère et les veines pulmonaires. La membrane interne de l’aorte et des artères qui en naissent était également rouge ; mais sa rougeur était vive, écarlate , et non brune ou noirâtre comme celle du système veineux ; la membrane du système sanguin ainsi rougie se détachait avec une grande facilité , et ne semblait pas devoir sa rougeur à une injection vasculaire; le cœur était d’ailleurs ramolli , et son tissu , dans lequel s’étaient dégagées des substances gazeuses, crépitait à la manière des poumons; ceux-ci étaient aussi mollasses , gorgés d’un sang noirâtre , évidemment altéré, dissous et parsemé de paillettes micacées ; une concrétion sanguine se rencon-

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trait dans les cavités droites du cœur.; l’aorte était vide ; la veine crurale contenait une certaine quantité de sang conerété, analogue à delà lie de vin. Le ventre était météorisé; des gaz étaient contenus dans la cavité abdominale , ils exhalaient une odeur fétide; on en trouvait dans plusieurs autres parties du corps. L’estomac et les intestins n’offraient aucune altération remarquable.

98. S’il est une observation propre à nous éclairer sur la véritable nature des fièvres putrides ou adynamiques , c’est, sans contredit , celle que je viens de rapporter (1). Après l’avoir examinée attentivement , pourrait-on révoquer en doute l’existence d’une véritable décomposition putride, commencée durant la vie de l’individu qui en fait le sujet? Les gaz qui s’étaient développés dans plusieurs parties du corps , et spécialement dans le cœur et les vaisseaux sanguins , la dissolution et, si j’ose le dire, la désorganisation putride du sang, l’état putrilagineux des poumons ; toutes ces circonstances ne sont-elles pas d’irrécusables preuves d’un mouvement de fermentation putride? N’est -ce pas dans cette altération évidente et profonde du sang que l’on doit principalement rechercher la cause première de tous les accidents généraux et de la mort elle-même? Car, s’il est bien vrai que le sang . dans son état naturel , fournit à tous les organes les principes de leur vie, n’est-il pas

(1) M. Legroux, mon ami, interne à l’hôpital Cochin , m’a communique plusieurs des détails contenus dans cette observation. Nous fîmes ensemble l’ouverture du cadavre.

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certain que , dans le cas que nous avons sous les yeux , le sang dont toutes les parties étaient pénétrées, loin de pouvoir y entretenir le mouvement vital , n’était propre qu’à les imprégner d’un principe de mort?

Ce n’est pas seulement par l’altération des parois vasculaires que l’inflammation du système sanguin détermine la mort , il faut ajouter à cette altération celle du liquide contenu dans le canal que représente cet important appareil. Cette vérité , que peu de personnes contestent aujourd’hui , est mise hors de toute espèce de doute par des expériences directes que nous ne tarderons pas à rapporter. Quoi qu’il en soit, on sait que l’une des causes les plus propres à porter une atteinte profonde à la composition normale du sang est l’introduction de matières putrides ou putréfiables dans le torrent circulatoire. Or, chez le malade qui fait le sujet de nos réflexions, il existait une effroyable gangrène d’un des membres inférieurs ; par conséquent , les organes d’absorption , en contact avec les matières putrides , produit de la gangrène , ont pu en faire pénétrer dans le système circulatoire une quantité plus ou moins considérable. Cette hypothèse une fois admise , les phénomènes et les accidents s’expliquent comme d’eux-mêmes. Au reste, quelle que soit la cause première de l’altération observée dans le sang, la seule chose qui nous importe ici, c’est l’existence même de cette altération , et nous nous empressons d’en prendre acte.

Enfin , l’absence d’une inflammation gastro-

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ÎQO

intestinale chez notre malade ne nous permet pas d’admettre que cette affection soit la cause essentielle et unique des fièvres dites putrides ou adynamic/ues . Passons à d’autres observations.

Depuis que j’ai recueilli le fait précédent , quelques uns de mes amis, à qui je l’ai communiqué, m’ont dit en avoir observé récemment de semblables dans les hôpitaux de Paris , où ils sont employés comme internes. Puissent-ils les publier bientôt! En attendant, je vais rapporter une observation qui me paraît avoir des rapports assez intimes avec les faits dont nous nous occupons.

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