OBSERVATION XXIX
Quarante-sept ans. A la suite de l’opération d’un anévrysme, symptômes de fièvre putride ou adynamique. — Mort le huitième jour. — Inflammation de la membrane interne des artères et des veines.
107. Un homme robuste, âgé de 47 ans, fut admis à l’hôpital de Londres , le 10 janvier 181 5. Il avait , à l’aisselle gauche , une tumeur du volume d’un petit citron. Elle était environnée par une tuméfaction, qui, supérieurement, s’étendait sous le muscle pectoral jusqu’à la clavicule, et, antérieurement, presque jusqu’au sternum. Tout le membre était gonflé et œdémateux. Le malade se plaignait d’une douleur constante dans là tumeur et dans les parties environnantes , et en outre d’une sensa-
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tion excessivement pénible qui , par intervalles , se manifestait à la paume de la main. Les téguments qui reeouvraientlatumeur étaient d’une couleur très livide : il paraissait y avoir à sa surface une excoriation, et un léger suintement de sérosité. avait lieu par sa partie la plus proéminente. La peau de la partie supérieure et interne du bras offrait une couleur rouge érysipélateuse, dans une étendue considérable. Une pulsation distincte pouvait être perçue à la base de la tumeur ; mais elle devenait moins manifeste vers son sommet, où, pour ainsi dire , elle était parfois imperceptible. Aucun battement ne se faisait sentir dans l’artère radiale du bras malade, dont la sensibilité même était très diminuée. Le pouls du bras droit battait avec une fréquence extrême. La respiration était pénible et irrégulière; la figure exprimait une grande anxiété, le membre était très douloureux. Le 21 décembre, à la suite d’un effort, le malade sentit un craquement soudain et une douleur aiguë à l’aisselle gauche. — Quelques jours après , on lui fit la ligature de l’artère sous-clavière. Après le pansement, on fit prendre au malade soixante gouttes de teinture d’opium. Dans la soirée, pouls fort, cent huit pulsations; peau moite. (Répétition de la teinture d’opium. ) — Le lendemain : pouls un peu plus fréquent. (Même prescription, plus un purgatif. ) — Le jour suivant: picotement dans les doigts du membre malade , gonflement au-dessus de la clavicule, suppuration de la tumeur anévrysmale. ( Teinture d’opium. ) — Le troisième jour:
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écoulement d’une matière grumeleuse et sanguine par la tumeur; respiration naturelle, pouls à cent quatre pulsations. (Même prescription. ) — Le quatrième jour : évacuation très abondante d’un sang grumeleux par la tumeur, agitation du malade, malaise général, toux, respiration plus difficile. (Second purgatif, opium , cataplasme sur la tumeur. ) — Cinquième jour : douleur à la poitrine , augmentant par la toux ou par une forte inspiration ; même fréquence du pouls , chaleur et moiteur de la peau. (Opium.) — Le sixième jour : respiration plus courte , pouls à cent vingt pulsations, légère confusion dans les idées, lividité légère aux doigts et à l’avant-bras. (Opium, un peu devin.) — Le septième jour: délire, assoupissement, respiration courte, pouls à cent trentesix pulsations, langue très sèche , suppuration copieuse de l’aisselle. (Même prescription, si ce n’est qu’on augmente la quantité du vin. ) — Dans la nuit, délire très violent. —Le huitième jour: pouls faible, irrégulier, à cent quarante pulsations , respiration très pénible , traits du visage égarés , langue sèche, couverte d’un enduit brunâtre ; parole si rapide , qu’on peut à peine comprendre le malade ; doigts annulaire et du milieu noirs. L’intensité des symptômes s’accroît , et le malade meurt dans la nuit.
Autopsie cadavérique . — La plaie au-dessus de la clavicule contenait une très petite quantité de pus. La surface externe de l’artère sous-clavière, dans le voisinage de la ligature , se trouvait environnée de lymphe. Le péricarde paraissait avoir
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été le siège d’une inflammation très intense , et était recouvert de flocons de lymphe. La face postérieure du cœur, après avoir été dépouillée de la lymphe qui la tapissait , était d’un rouge foncé. La surface interne de l’aorte ascendante offrait une belle couleur écarlate. Sa membrane interne se trouvait dans un état morbide, et était parsemée de beaucoup de points blancs. La surface interne des artères carotide droite, et sousclavière gauche, était d’un rouge léger. On observait aussi la même chose , mais à un degré moindre , dans l’aorte abdominale. L’aisselle gauche offrait une large cavité , dont toute la partie interne était gangrenée. Le spliacèle s’était étendu au sac anévrysmal et à l’extrémité inférieure de l’artère qui communiquait avec lui, ainsi qu’aux nerfs brachiaux, aux veines et aux parties adjacentes. Les deux extrémités de l’artère , dans une étendue considérable, se trouvaient remplies de sang eoagulé. Deux doigts étaient complètement mortifiés. »
108. Si l’on parcourt les auteurs qui ont recueilli des observations d’inflammation très étendue des vaisseaux, on trouvera que les symptômes de la maladie ont constamment été ceux des fièvres essentielles des pyrétologistes , et particulièrement ceux de la fièvre dite putride ou adynamique . Dans ces cas , 011 ne rencontre pas seulement une altération plus ou moins profonde des parois vasculaires, mais aussi des traces plus ou moins marquées d’une altération du sang lui-même. Cette dernière
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est l’inévitable résultat de la présence d une certaine quantité de pus ou de quelque autre matière septique dans l’intérieur des vaisseaux.
Les observations suivantes , recueillies par MM. Andral et Dugès , me semblent propres à répandre quelque lumière sur la question litigieuse qui nous occupe.