OBSERVATION XXX
Quarante-un ans. Fièvre putride à la suite d’un accouchement laborieux. — Mort le neuvième jour. — Désorganisation putrilagineuse du tissu cellulaire de la fesse et du muscle fessier; phlébite avec matière putrilagineuse dans les veines; développement de gaz dans diverses parties du corps.
109. La nommée Jacquet , âgée de quarante-un ans, assez forte , mère de neuf enfants, et enceinte de sept mois et demi , fut prise , le 16 décembre 1820, de frissons et de chaleur fébrile, accompagnés d’une hémorrhagie utérine qui nécessita le tamponnement , et qui était due au greffement du placenta sur l’orifice utérin. Le travail durait depuis trois jours , lorsqu’on fit la version du fœtus; cette femme perdit beaucoup de sang , et resta dans un état de fièvre intense et de faiblesse alarmante. Le lendemain , la fièvre augmente , et des douleurs intolérables se manifestent dans la fesse gauche , vers l’origine du nerf sciatique. Ces douleurs sont suivies , peu après, du développement d’une tumeur livide et pâteuse. Les émollients et les narcotiques ne produisirent aucun
FIÈVRES PUTRIDES
soulagement. Le pouls perdit sa roideur, en conservant sa fréquence ; la prostration adynamique et la pâleur étaient extrêmes , et , malgré le vin et le quinquina , la malade expira le 24 décembre , à une heure du matin, quarante heures après Taccouchement.
Examen du cadavre , trente-six heures après la mort .
Le cadavre est généralement infiltré de gaz putrides , et commence à se putréfier, bien que l’atmosphère soit froide et sèche. Les cavités droites du cœur et l’utérus contiennent également des gaz. La rate est ramollie , et convertie en putrilage. Le sang contenu dans le cœur forme des caillots décolorés et d’une teinte sale. La sérosité qui les baigne contient de petits grains d’apparence graisseuse. Dans toutes les grosses veines , surtout dans la veine cave inférieure et ses divisions , on ne trouve qu’une matière boueuse , fétide, d’un brun foncé, et semblable aux excréments humains. Dans les petites veines , le sang est encore rouge et liquide. Le muscle fessier et tout le tissu lamineux qui avoisine le nerf sciatique, sont réduits en un putrilage tout semblable à celui que contiennent les grosses veines. Plus loin, le tissu lamineux est infiltré d’une sérosité rougeâtre ; un liquide semblable est aussi infiltré dans le tissu qui sépare les filets nerveux du tronc sciatique. La peau est violacée, et dépourvue d’épiderme (1).
(i)Dugès, Essai physiologico-pathologique sur la nature de
FIÈVRES PUTRIDES
110. L’analogie des altérations observées chez cette malade avec celles que nous a présentées le sujet de notre vingt-quatrième observation, est extrêmement frappante. Chez ces deux individus, il existait des signes irrécusables d’une putréfaction qui avait commencé pendant la vie. M. Dugès, en disant que le cadavre , ouvert trente-six heures après la mort, commençait à se putréfier, a eu le soin d’indiquer que l’atmosphère était froide et sèche , double condition propre à ralentir le développement de la décomposition putride.
On doit regretter que M. Dugès ait raconté d’une manière un peu trop laconique l’histoire des symptômes, et qu’il n’ait pas fait mention de l’état des parois vasculaires , et particulièrement de celui de leur membrane interne. Il est d’autant plus probable que cette membrane offrait des traces d’inflammation , que M. Dugès a rapporté cette observation comme un exemple de phlébite. Dans la suivante , recueillie par le même auteur , les caractères propres à ne laisser aucun doute sur l’existence d’une phlegmasie veineuse ont été soigneusement exposés.
la fièvre , de T inflammation et des principales névroses > etc. , tome II, page 73.