OBSERVATION XXXII
Trente-cinq ans. Fièvre adynamique , à la suite d’une rétention d’urine et d’une inflammation gangréneuse du prépuce et du gland; érysipèle phlegmoneux du bras. — Mort vers le dixième jour. — Infiltration purulente et gangrène du tissu cellulaire. Point de gastro-entérite (i).
112. Un ancien militaire, âgé de trente-cinq ans , d’une forte constitution , entra à la Charité, le 5 janvier 1820 , pour se faite traiter d’une blennorrhagie, qui céda aux adoucissants. — Dans les premiers jours de février , cet homme éprouva de la difficulté à uriner. A la suite de plusieurs tentatives de cathétérisme , le prépuce et le gland s'enflammèrent; dès lors, malaise, insomnie, pouls fréquent, peau chaude. — Le 29 février: prostration; commencement d'érysipèle phlegmoneux, avec douleur très vive dans le membre thorachiqnc droit; langue très sèche, encroûtée de matière jaunâtre; ventre ballonné; diarrhée légère; pouls très fréquent et facilement dèprimable ; léger délire dans la soirée. (Tis. d’org. édulc , potion gomm. , deux bouillons. ) — Le icr mars: même état général ; bras plus tuméfié. — Le 2 : délire continuel, langue très sèche, encroûtée, deux selles liquides ; pouls faible; phlyctènes remplies d’une sérosité jaunâtre au pli du coude du bras malade; au-dessous, taches noirâtres peu étendues; rougeur livide delapeau. (Yésic. aux jambes, infus.
(1) Observation recueillie par M. Andral , et publie'e dans la Clinique médicale , (Tom. I, pag. 295.)
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de quinquina, limon, miner.) — Le 5 : multiplication îles phlyctènes et des taches noires. (Compresses imbibées d’alcool camphré.) — Le 4* dans la nuit, agitation 'très grande. — Le lendemain malin: loquacité remarquable, soubresauts des tendons, langue sèche et racornie comme un morceau de parchemin. — Pendant les journées des 5 et 6 , mêmes symptômes ; eschare de la peau du bras. Mort , dans la matinée du y.
Autopsie cadavérique.
Tissu cellulaire sous-cutané du membre malade gorgé d’un liquide séro-sanguinolent , et infiltré de pus; tissu cellulaire intcrmusculaire parsemé de traînées d’un pus blanchâtre. Un peu de sérosité à la base du crâne et dans le canal rachidien. Poitrine saine. Estomac , duodénum et intestin grêle d’une teinte blanche légèrement rosée à l’intérieur. Valvule iléo-cæcale et cæcum sains. Taches livides en quelques endroits du reste du gros intestin , et notamment à l’union du colon transverse avec le descendant. Rate très volumineuse, s’avançant jusque vers le sein , gorgée de sang.
il 5. Nous ferons remarquer, dit M. Andral , l’existence des symptômes d’une fièvre adynamique , la sécheresse extrême de la langue en particulier , sans lésion du tube digestif.
L’observation Cil de la Clinique médicale est un exemple de fièvre adynamique sans lésion des organes digestifs. On trouva , à l’ouverture du cadavre , un vaste abcès de la glande prostate ,
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qui n’avait pas été meme soupçonné pendant la vie (i).
(i) Chez l’un des malades dont M. Andral a rapporté l’histoire, les symptômes d’une fièvre dite adynamique ou putride se sont manifestés à la suite d’une rétention d’urine. Je crois devoir faire connaître, à cette occasion, le résultat de quelques expériences sur la fièvre que détermine la rétention d’urine, fièvre que M. Richerand a désignée sous le nom d’urineuse , et qui présente la plus grande analogie avec la fièvre dite putride. Les faits suivants m’ont été communiqués par mon ami , M. le docteur Toussaint-Leroy.
Première expérience. Un caniche de forte taille fut enfermé pendant vingt- quatre heures dans une chambre placée au midi, pendant le mois de septembre 1820. On lui donna de la pâtée , sans aucune boisson. — Le lendemain, on lui présenta de l’eau , dont il but une grande quantité. Une demiheure après , on lui lia la verge avec une ficelle. Pendant l’opération, l’animal poussa des cris affreux, et il ne cessa de se plaindre jusqu’à la nuit. Une heure après la ligature, il vomit des matières alimentaires mal digérées , et de temps en temps il fait des mouvements et des efforts comme pour uriner, ce qui paraît augmenter ses souffrances. Ses artères battent avec force, et il est couvert de sueurs, qui répandent une forte odeur d’urine. — • Le lendemain , on le trouva couché sur le côté droit, et agité , de cinq en cinq minutes environ, de quelques mouvements convulsifs. Il s’avança vers les assistants, en se plaignant , et comme pour demander qu’on le soulageât. Sur les dix heures, vomissements d’eau et de matières muqueuses sentant l’urine. L’animal se traîne parterre, lescuisses écartées ; son ventre est gonflé et très douloureux au moindre contact; sa verge est noirâtre , et exhale une odeur de gangrène insupportable : sa langue est pendante , son œil saillant et étincelant , sa gueule baveuse; les sueurs et les envies d’uriner continuent. — Le soir , le pouls devient petit , les yeux se ternissent, les mouvements convulsifs diminuent. — Dans la nuit, cris plaintifs. — Le troisième jour, odeur infecte, détachement des poils autour de la verge.... Mort, à six heures du matin.
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1 14. Les observations nombreuses que j’ai rapportées prouvent que l’inflammation de la mem-
L’ouverture fut faite immédiatement après. L’estomac, légèrement phlogosé , contient quelques aliments ; les intestins ne présentent rien de remarquable. Vessie énormément distendue par l’urine, ainsi que le canal de l’urèthre , prêts à se rompre en plusieurs points , et se déchirant dans une grande étendue par la simple piqûre d’une aiguille. Membrane interne de la vessie généralement rouge , violacée vers son bas-fond; cette rougeur se prolonge dans les uretères , et jusqu’au rein gauche , dont la substance est plus rouge et plus ferme que dans l’état sain. Le péritoine, enflammé, contient de la sérosité. La membrane interne des veines est rougeâtre, recouverte d’une matière rosée plus adhérente , plus épaisse et plus consistante que ne l’est ordinairement le sang : en enlevant cette matière au moyen du ratissage , on apercevait la teinte rougeâtre dont il a été parlé. Les veines ne contenaient d’ailleurs qu’une petite quantité de sang. La rougeur de la membrane interne des veines était surtout très prononcée dans les veines rénales ; le sang contenu dans les vaisseaux exhalait une forte odeur d’ammoniaque.
Deuxième et troisième expériences . On pratiqua la ligature de la verge sur un second chien : il présenta les mêmes symptômes , et vécut trois jours de plus que le précédent. Comme la chaleur atmosphérique était très considérable , les vers rongeaient, avant la mort, la partie interne des cuisses gangrenée, ainsi que la verge. L’animal succomba avec des convulsions tétaniques. — La vessie était rompue , le ventre rempli d’urine , le péritoine enflammé ; la membrane interne des veines était moins rouge que dans les cas précédents ; la membrane interne des artères était également rouge; les veines ne contenaient qu’une faible quantité de la matière puriforme existant dans celles du premier chien; la vessie était tellement désorganisée, qu’elle se déchirait au moindre attouchement.
Sur un troisième chien , 011 pratiqua la ligature des uretères ; dix-huit heures après il succomba à une péritonite sur-aiguë. — On ne trouva qu’une simple injection des vaisseaux , comme cela se rencontre dans toutes les phlegmasies un peu fortes.
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brane interne du cœur et des vaisseaux entre comme élément essentiel dans l’espèce de composé pathologique auquel on a donné Je nom de lièvres essentielles. Si noire opinion n’est pas une vaine hypothèse, les lièvres dites éruptives, telles que la variole , la rougeole , etc. , doivent être accompagnées d’une angio-cardiîe plus ou moins violente, et susceptible de laisser des traces de son existence , lorsque les fièvres dont il s’agit offrent une intensité assez grande pour entraîner la mort des malades. Depuis long-temps je désirais trouver une occasion de soumettre mes idees à cette nouvelle épreuve, lorsque, en j823, j’assistai à l’ouverture d’un individu qui avait succombe à une petite-vérole confluente. Or, chez ce sujet, dont l’ouverture fut faite à l’Hôtel-Dieu, il existait une rougeur très forte de la membrane interne du cœur, de l’artère pulmonaire, de l’aorte et de la veine cave. Ce fait , par conséquent , eon-
II me semble que ces expériences tendent à démontrer que l’inflammation du système vasculaire , compliquée d’une altération encore peu connue du sang, joue un rôle important dans la production des phénomènes de la fièvre dite urineuse. Elles prouvent en meme temps la vérité de l’opinion que nous avons avancée sur les phénomènes fébriles considérés d’une manière générale.
J’ai répété sur des lapins les expériences précédentes; mais ces animaux succombent si rapidement, que les altérations indiquées précédemment n ont en quelque sorte pas le temps de se développer. Cependant, dans tous les cas, j’ai observe' une rougeur inflammatoire très intense de la vessie , et une légère teinte rosacée de la membrane interne du cœur et des gros vaisseaux.
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firmait pleinement les inductions de l’analogie. Je cherchai, dans les recueils d'observations, des cas semblables au précédent; ils sont très rares; enfin , j’en rencontrai un dans le Journal complémentaire du Dictionnaire des sciences médicales : il a été recueilli par M. Fallût ; le voici.