‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 51 sur 113 · L’observation précédente, recueillie avec · texte numérisé non relu

L’observation précédente, recueillie avec

FIÈVRES PUTRIDES

tant d’exactitude, ne permet pas de douter que la fièvre violente qui se remarque dans les petites-véroles ne soit le résultat de l’irritation du systèmecirculatoire.

L’année qui vient de s’écouler n’a fourni que de trop nombreuses occasions de vérifier les faits nouveaux contenus dans l’observation deM. Fallot. En effet, la capitale a été ravagée par une épidémie de variole vraiment meurtrière : or , les résultats fournis par les ouvertures de cadavres sont parfaitement conformes aux faits que M. Fallot avait observés dans le cas qui vient d’être rapporté , et ils confirment, d’une manière en quelque sorte admirable, l’opinion que nous soutenons, savoir, que la fièvre, quel que soit le nom qu’on lui ait imposé, consiste essentiellement en une irritation primitive ou secondaire du système sanguin. Rappelons à ce sujet le travail que M. Tanchou a publié dans le tome XLdu Journal universel des sciences médicales , et qu’il a lu à l’académie de médecine ( 1 ).

1 11. Sur plus de cinquante individus morts de la petite-vérole , et que M. Tanchou a ouverts, il a constamment trouvé une inflammation plus ou moins forte de la membrane interne du cœur et des artères. Cette inflammation se reconnaît à des plaques*ou a des bandes longitudinales rouges. La rougeur varie depuis le rose jusqu’à la teinte rutilante , qui est la couleur du sang artériel lui-

(1) Recherches analomico-patho logiques sur l'inflammation des vaisseaux dans la variole ; par le docteur Tanchou,

FIÈVRES PUTRIDES

même. Lamembrane interne est quelquefois épaissie. Quelquefois l’inflammation n’occupe que le cœur et les grosses artères ; d’autres fois elle envahit jusqu’aux plus petites branches artérielles, et pénètre même jusque dans les veines. L’inflammation de ces dernières , suivant M. Tanchou, est consécutive à celle du cœur, et n’existe pas constamment; il ne l’a jamais trouvée que dans les principales veines , et particulièrement dans celles qui tiennent le plus immédiatement au cœur. L’inflammation artérielle semble souvent n’exister que dans la membrane interne , de sorte qu’en enlevant celle-ci, toute trace d’inflammation disparaît ; d’autres fois elle occupe toute l’épaisseur de l’artère , et alors la rougeur est aussi marquée à l’extérieur qu’à l’intérieur. Dans tous les cas, le diamètre de l’artère est diminué , les membranes enflammées sont épaissies , et plus friables que dans l’état naturel. M. Tanchou a trouvé presque toujours des caillots de sang jusque dans les plus petites artères enflammées. Il pense que la rougeur ne peut pas être considérée comme le résultat d’une imbibition cadavérique ; car non seulement il l’a rencontrée peu d’heures après la mort, sur des individus' encore chauds , mais il a trouvé souvent aussi des artères placées sur le même plan diversement colorées : l’aorte inférieure , par exemple , lui a paru souvent malade dans la moitié qui tient au cœur, tandis que l’autre moitié était saine. D’autres fois le système aortique supérieur, ou une de ses branches seulement, lui ont paru en-

FIÈVRES PUTRIDES

flammés, tandis que les autres artères étaient dans Tétât normal. Si l’altération des vaisseaux était un phénomène cadavérique , pourquoi ne se présenterait-elle pas , dit judicieusement M. Tanchou , dans toute la continuité de celles placées sur le même plan , en même temps et sous le même aspect? Pourquoi enfin serait-elle réservée exclusivement au cadavre du varioleux (i)?

A la suite de son travail , M. Tanchou a présenté sur la petite-vérole quelques idées et quelques remarques qui méritent d’être connues. Il pense que l’inflammation du cœur et des artères est la cause la plus fréquente et la plus puissante de mort chez les varioleux , sans nier toutefois que la mort puisse être quelquefois le résultat de l’inflammation des viscères. Le pouls , chez les individus affectés de l’angio-cardite , a paru à M. Tanchou, inégal, irrégulier , point isochrone aux mouvements du cœur , variable dans les diverses parties du corps, comme si les artères, différemment affectées , obéissaient séparément au stimulant qui les tourmente. Cet observateur a également remarqué que

(i) Cette assertion est inexacte. La rougeur dont parle M. Tanchou n’est point réservée exclusivement au cadavre du varioleux; pour s’en convaincre , M. Tanchou n’a qu’à exami ner attentivement les cadavres des individus morts de fièvres dites essentielles. Il n’eût point avancé une semblable opinion, s’il eût parcouru le Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux , ouvage dans lequel ont été insérées plus de vingt observations d’inflammation de la membrane interne du cœur et des vaisseaux, et qui a été publié plus de dix-huit mois avant le travail de M. Tanchou.

chez les varioleux les sangsues saignent longtemps , et que les saignées ont une grande tendance à se rouvrir ; que ces mêmes saignées , en général utiles , réussissaient rarement quand il survenait des syncopes, soit qu’alors elles fussent contraires, soit que leur insuccès dut être attribué à la gravité du cas ; enfin que , malgré les syncopes , le sang continue de couler , et que c’est précisément dans ce cas qu’il est le plus difficile de l’arrêter.

1 18. Les faits observés par M. le docteur Tanchou, rapprochés de tous ceux que nous avons présentés précédemment, attestent que l’inflammation du système vasculaire joue un rôle important dans les phénomènes fébriles. Sans doute on observerait sur les cadavres des individus qui succombent aux autres lièvres dites éruptives les mêmes altérations vasculaires que chez les varioleux. Mon ami M. le docteur Àndral possède une observation de rougeole , dans laquelle il trouva une inflammation générale du système vasculaire. M. Desruelles a communiqué à la Société médicale d’émulation une observation semblable (1).

1 19. Appuyé sur les faits précédemment exposés, je soupçonne que l’inflammation du cœur et des vaisseaux est une des principales altérations qui existent chez les individus affectés des fièvres typhoïdes ou miasmatiques > et l’on peut oser pré-

(1) L’intéressante thèse de M. Senn contient, je crois, deux cas de scarlatine , dans lesquels l’autopsie cadavérique fit voir une rougeur de la membrane interne du cœur et des vaisseaux.

FIÈVRES PUTRIDES

dire que les médecins qui auront occasion d’observer une épidémie de ces fièvres, ,et qui examineront attentivement le système vasculaire des cadavres, y rencontreront les mêmes altérations que nous avons trouvées chez les individus morts de fièvre dite putride ou adynamique .

1 20. Une circonstance bien propre à nous confirmer dans cette opinion , se trouve dans les importantes recherches faites récemment par M. Dupûy, professeur à l’école d’Alfort. En effet, il résulte de ces recherches que , dans Yépidémie de fièvres graves qui, l’année dernière, a fait périr tant de chevaux , l’inflammation de la membrane interne du cœur et des vaisseaux est la maladie la plus constante dont l’autopsie cadavérique ait fait reconnaître les traces. Or, cette épizootie , sous le rapport des symptômes, offre la plus frappante analogie avec les fièvres tyhpoïdes qui régnent épidémiquement dans certaines contrées , et sous certaines conditions hygiéniques : par conséquent, les altérations organiques doivent être les mêmes dans les deux cas.

• i2i. Quoi qu’il en soit de ce rapprochement, dont l’observation ne tardera pas , j’espère, à confirmer toute l’exactitude , il n’en est pas moins certain que les symptômes caractéristiques de la fièvre dite putride ou adynamique se rencontrent chez les individus affectés d’une inflammation générale du système vasculaire, avec altération profonde du sang que contient cet appareil. Or, c’est précisément là la question que nous nous

FIÈVRES PUTRIDES

étions proposé de résoudre. Nous avons prouvé, par l’observation , que cette affection se rencontrait même chez les individus qui succombaient

à la lièvre putride ou adynamique , suite d’une violente gastro-entérite. Il ne nous reste plus qu’à revenir , comme nous l’avons promis , sur la physiologie des phénomènes putrides proprement dits.

122. Les faits que nous avons présentés démontrent assez clairement que de véritables phénomènes de décomposition putride se développent quelquefois pendant la vie , et qu’il existe , en un mot , des maladies réellement putrides. Ainsi, en nous livrant maintenant à la recherche des causes des phénomènes putrides , nous ne craignons point qu’on nous accuse de rechercher les causes de phénomènes purement imaginaires. En examinant attentivement toutes les circonstances au milieu desquelles se sont trouvés les sujets qui nous ont offert des symptômes de putridité , il s’en trouve une qui nous paraît se rattacher essentiellement au développement de ces symptômes : je veux dire l’existence d’un foyer de putridité dans l’économie elle-même. En effet, chez les individus qui ont été affectés de symptômes putrides, consécutivement à une inflammation gastro-intestinale , le météorisme du ventre, les selles fétides, annonçaient assez la présence d’un foyer putride dans les organes digestifs , et les ulcérations , la désorganisation, la gangrène que l’inspection cadavérique faisait reconnaître, ne laissaient aucun doute sur son existence. Dans les cas, au con-

FIÈVRES PUTRIDES

traire, où nous avons observé des phénomènes putrides, indépendamment de toute inflammation gastro-intestinale antécédente, il existait dans d’autres parties de l’économie de véritables foyers putrides, tels que des abcès, des suppurations considérables , des désorganisations gangréneuses.

i 20. Mais il se présente une difficulté que nous allons franchement aborder. Il s’agit de savoir comment, dans le cas d’un foyer putride local* il se manifeste des phénomènes d’une putridité générale. Cette circonstance ne peut s’expliquer, il nous semble, qu’en admettant que, à la faveur des organes absorbants , une certaine quantité des matières putrides contenues dans ce foyer, pénètre dans le sang , l’infecte, et lui communique pour ainsi dire le mouvement fermentatif auquel la partie primitivement malade est elle-même en proie. Suivant cette hypothèse , qui ne répugne pas à la plus saine physiologie, la putridité, au moyen de l’espèce de levain qui circule dans le sang, se généralise en quelque sorte , comme l’irritation inflammatoire se généralise de son côté, par l’intermède du système vasculaire et du système nerveux ganglionnaire.

124. Si l’hypothèse que nous venons d’émettre est juste, on pourrait produire, en quelque sorte de toutes pièces, les phénomènes putrides , en injectant dans les veines des animaux des matières septiques ou putréfiées. Or, les expériences de MM. Gaspard , Dupuy et Magendie ont démontré que les choses se passent effectivement comme la

226 FIÈVRES PUTRIDES

théorie et le raisonnement l’avaient pour ainsi dire prédit.

125. J’ai moi-même fait quelques expériences qui m'ont présenté des résultats analogues. Je n’en rendrai compte qu’après avoir rappelé ici les principaux corollaires que M. Gaspard a déduits de ses belles et importantes recherches sur les maladies putrides (1).

i° Les substances putrides injectées dans les veines infectent la masse générale du sang.

2° Les maladies qui résultent de cette expérience ont la plus grande ressemblance avec les lièvres dites putrides , soit sporadiques , soit épidémiques.

3° Les causes et les symptômes de ces sortes de maladies artificielles se rattachent entièrement à la putréfaction , ainsi que les fièvres dites putrides , telles que le typhus , la fièvre jaune, etc.

4° Les symptômes généraux et locaux qui prouvent l’existence de la putréfaction sont : l’odeur fétide de l’haleine , de l’urine, de la sueur, des déjections alvines; le météorisme du ventre, le dégagement de gaz dans les intestins, dans le tissu cellulaire et même dans le sang; les gangrènes partielles , les anthrax , le ramollissement des chairs , la corruption très prompte des cadavres.

5° Dans toutes ces maladies , le sang joue le principal rôle, et se trouve le siège essentiel du mal; dans toutes, surtout à la fin, il est évidemment

(ï) Y°yez le Journal de physiologie expérimentale et pathologique de M, F. Magendie, membre de l’Institut, tom. Il et IY.

FIÈVRES PUTRIDES

altéré, très noir, comme visqueux, en grande partie privé de sa plasticité et de sa fibrine, en sorte qu’il sort de l’économie par une espèce de transsudation vasculaire, d’où résultent des hémorrhagies dites passives , des pétéchies , des ecchymoses.

6° Les substances putrides injectées dans les veines, en même temps qu’elles altèrent le sang, déterminent des phlegmasies graves , et particulièrement l’inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale.

70 En petite quantité, ces substances «entraînent pas la mort , pourvu qu’elles soient expulsées de la masse sanguine au moyen de quelque excrétion critique , surtout de l’urine ou des matières fécales.

126. Rapportons maintenant quelques expériences que nous avons faites nous -même, et voyons si elles s’accordent avec les résultats précédents, et par conséquent aveceelles de M. Gaspard.

127. Première expérience. — Le 5 décembre 1825, à midi et demi, j’ai injecté dans la veine jugulaire d’un chien de moyenne taille, adulte, environ deux onces d’eau putride (1). Immédiatement après l’opération , l’animal s’est couche tranquillement , ayant le pouls inégal et intermittent , et un air de stupeur très prononcé. Quelque temps après, vomissement d’aliments, toux. L’abattement persiste pendant toute la journée ; refus des aliments , soif. — Le lendemain 6 : peu de changement, fièvre. — Le 7 : la fréquence du

(1) C’était de l’eau dans laquelle j’avais fait mace'rer des portions d’intestin et de foie d’un autre chien.

FIÈVRES PUTRIDES

pouls persiste, l’animal reste couché sans se plaindre, dans une sorte d’état adynamique. — Le 8 : il refuse les aliments et les boissons, reste étendu sur sa paille , exhalant une odeur des plus fétides, et ayant toujours de la lièvre. — Le 9 : on lui fait prendre un lavement d’eau putride ; il le rend bientôt après , ainsi que des matières extrêmement fétides , en partie liquides et en partie solides. L’abattement augmente. — Le 10: prostration profonde; selles liquides, noirâtres ; odeur fétide ; refus des aliments , soif ; fièvre très forte, avec moiteur de la peau. L’animal, étendu sur sa paille, reste dans une immobilité presque absolue, durant toute la journée. — Le 11 : il refuse toujours les aliments, et persiste dans son immobilité. On essaie de le faire marcher, mais il peut à peine se soutenir ; sa respiration et sa circulation s’accélèrent. Replacé dans sa niche , il se couche sur le ventre , pousse quelques gémissements plaintifs , tousse de temps en temps , et reste d'ans une stupeur profonde. Quand on lui présente de l’eau , il la boit avec avidité; mais si on la place à côté de loi , il ne se dérangé pas pour aller boire; il rend une selle noirâtre et fetide , contenant du sang , de la bile et des portions de ténia. A minuit, toux sèche, oppression très prononcée , sorte de roucoulement pendant la respiration , fièvre très forte; prostration telle, que lorsqu’il fait des efforts pour se lever, il retombe aussitôt. . . . Mort, le lendemain matin. — Je l’ouvris à dix heures. Le cadavre n’était pas encore tout-à-fait refroidi ,

FIÈVRES PUTRIDES

et le sang était liquide et tiède. Les parties contenues dans la poitrine étaient d’un rouge foncé ; la plèvre, le tissu cellulaire sous-jacent, le médiastin , le péricarde , étaient admirablement injectés et presque noirs ; plusieurs plaques brunes ou noirâtres se remarquaient à la surface des poumons ; ces organes, surtout à leur base , étaient gorgés d’un sang noir, en partie extravasé, ramollis , et plus faciles à décliner que le tissu de la rate. Une fausse membrane récente , mince, albumineuse, tapissait la plèvre de la partie inférieure des poumons ; et il existait dans le médiastin une masse gélatineuse , semblable à un caillot de sang décoloré. La membrane muqueuse bronchique offrait une injection rosée très fine. Le cœur , l’aorte et les autres gros vaisseaux étaient très injectés à leur extérieur ; le sang qu’ils contenaient était noir et liquide. La membrane interne des oreillettes était rouge, surtout aux valvules, où la rougeur était plus claire. A la surface interne du ventricule droit existaient des taches d’un rouge brun qui pénétraient dans le tissu du cœur, et dont Tune, située vers la pointe de cet organe, se remarquait à l’extérieur, après avoir traversé toute l’épaisseur de la paroi ventriculaire ; ces taches étaient larges et très nombreuses : je ne pus y apercevoir distinctement de vaisseaux. Des taches analogues , mais d’un rouge plus vif, moinsnombreuses et moins profondes, se remarquaient à la surface interne du ventricule gauche. Le tissu musculaire du cœur , un peu flasque et mou, était

FIEVRES PUTRIDES

plutôt pâle que rouge. La membrane interne de l’aorte et de l’artère pulmonaire offrait une rougeur jaunâtre ou safranée ; celle des grosses veines ne présentait rien d’extraordinaire. Foie et reins sans lésion notable. Raie volumineuse. Vessie contractée, à peine injectée. Estomac et intestins contractés, contenant une grande quantité de bile et des vers. Membrane interne de l’œso- Ph âge et de l’estomac généralement blanche ; celle du duodénum , un peu rouge, est parsemée de plaques ponctuées de noir , et comme chagrinées ou parsemées de petits trous , quand on a enlevé les points noirs de leur surface, ne dépassant pas le niveau de la membrane , et très probablement anciennes : de semblables plaques se rencontrent dans le reste de l’intestin grêle ; on y voit aussi de petites taches rouges, analogues à des piqûres de puce , et quelques points d’injection. Le gros intestin contenait des matières d’une odeur infecte. Sa membrane interne était enflammée, rouge, parcourue de lignes longitudinales brunâtres , ou d’un noir livide , correspondantes aux rugosités du rectum ; elle était en même temps criblée j, surtout dans le cæcum et â la partie inférieure du rectum . de petites ulcérations arrondies , grisâtres, analogues à des. chancres commençants, sans injection bien marquée à leur circonférence.

Je recueillis environ une demi-palette du sang qui s’écoula des grosses veines. Quelque temps après, il se forma un caillot mollasse , noir, qui

FIÈVRES PUTRIDES

disparut bientôt, après s’être en quelque sorte dissous dans le sérum.

128. Deuxième expérience. — Le 9 décembre 1825, à dix heures du matin, j’ai injecté trois onces d’un liquide putride (1), dans la jugulaire d’un chien adulte, de petite taille. Aussitôt après, mouvement de déglutition; agitation extrême,' suivie d’abattement , de stupeur et de prostration adynamiques. Bientôt , résolution complète des forces; gémissements plaintifs ; écoulement involontaire de matières fétides par la bouche et l’anus, comme si l’animal n’avait ni la force de vomir ni celle d’aller à la selle. Sur les deux heures, perte de connaissance ; respiration lente, demi-convulsive— Mort sans convulsions, quatre heures après l’opération.

Autopsie cadavérique , ving t-deux heures après la

mort.

L’estomac contient une grande quantité d’aliments,en partie chymifiés;sa membrane muqueuse est d’un rouge légèrement vineux. Les intestins ne présentent rien de particulier à l’extérieur; mais à l’intérieur, immédiatement après le pylore, et d’une manière brusque, apparaît une rougeur, qui s’étend jusqu’à l’extrémité inférieure du canal digestif, brune et même noirâtre dans le duodénum : la rougeur diminue un peu d’intensité , vers la fin du canal intestinal. Cette rougeur qui, au premier

(1) Provenant d’eau et d’urine dans lesquelles avaient inace'ré des portions de foie et d’intestins.

FIÈVRES PUTRIDES

abord, pourrait être regardée comme une sorte de teinture, ou comme l’effet d’une transsudation sanguine, est due à l’admirable injection des réseaux capillaires les plus ténus L’aspect de la membrane muqueuse imite le velouté rouge de certains fruits, de celui de la pèche, par exemple. Les papilles sont très apparentes , et ressemblent à des aiguilles blanchâtres et comme cristallines. La membrane est épaissie, et parsemée, surtout dans

le duodénum, d’érosions ovalairesou arrondies, de

letendue d’une pièce de dix sous. Sur la fin du rectum, la membrane muqueuse est parsemée de points grisâtres, ulcérés à leur centre qui est noirâtre, et analogues à des aphthes ou à des chancres naissants. Il n’existait point de sang épanché dans le canal digestif; on y rencontrait seulement des matières pultacées, chymeuses et des masses énormes de vers. La membrane interne de la vessie était blanche. Poumons flasques et rosés ; bronches saines. Le cœur et les gros vaisseaux contiennent du sang noirâtre, en grande partie liquide, ou coagulé en une sorte de bouillie, également noirâtre; la membrane interne du cœur est peut-être un peu rouge. Quelques taches rouges à la surface interne du ventricule gauelie ; membrane interne des gros vaisseaux sans lésion notable. Rate volumineuse, unpeulivide. Foie d’un rougebrun. Reins sains.

129. Troisième expérience. — Le 9 décembre 1825, à dix heures et demie du matin, j’ai injecté deux onces d’un liquide putride (le même que celui de l'expérience précédente) dans la veine

FIÈVRES PUTRIDES

jugulaire d’un chien de taille moyenne, jeune et vigoureux. Aussitôt, mouvements de déglutition , agitation extrême, cris; puis, abattement , stupeur, prostration adynamique ; selles de matières jaunâtres que l’animal n’a pas la force d’expulser, et qui coulent comme involontairement; cris plaintifs; résolution complète de toutes les forces; respiration lente, profonde... Mort sans convulsions, environ quatre heures après l’injection.

Autopsie cadavérique , vingt-trois heures après la

mort.

Estomac distendu par des aliments en partie digérés ; intestin grêle rempli de matières pultacées , comme chymeuses ou gélatîniformes, mêlées à des masses de vers. La membrane externe est blanche, mais l’interne est du rouge le plus intense; cette teinte, qui commence brusquement après le pylore , s’étend dans toute la longueur du canal intestinal, en s’affaiblissant un peu vers son extrémité inférieure; dans le duodénum elle est tellement foncée, qu’elle ressemble à une teinture de sang, bien quelle résulte de l’injection des capillaires les plus déliés. Les papilles sont tellement apparentes, quelles donnent à la membrane l’aspect d’une étoffe hérissée de villosités, telle que le velours, etc. La membrane est épaissie, parsemée çà et là , surtout dans le duodénum, d’ulcérations superficielles; le cæcum et le commencement du colon sont vraiment criblés de petites ulcérations en godet, grisâtres à leur circonférence, noirâtres

a leur centre., régulièrement arrondies , sans injection de la membrane muqueuse. Quelques lignes longitudinales rouges sillonnent le rectum. La membrane muqueuse gastrique offre une rougeur vineuse qui tranche avec celle du duodénum. Vessie , foie , rate , reins , sans lésion notable. Sang liquide ou grumeleux* noirâtre, dans le cœur et les vaisseaux. Taches rouges dans le ventricule gauche. Membrane interne du cœur un peu rouge; celle des gros vaisseaux sans altération remarquable.

Sous le rapport des symptômes et des altérations organiques , cette expérience est absolument semblable à celle qui la précède.

i3o. Quatrième expérience. — Le 5 décembre 1825, à midi, j’ai injecté environ quatre onces d’une eau où j’avais fait macérer une portion d’intestin , dans la veine jugulaire d’un chien adulte, de moyenne taille. Aussitôt, décubitus latéral, agitation, yeux hagards, toux convulsive* expectoration d’une matière écumeuse; râle crépitant très prononcé, surtout pendant l’expiration. Au bout d’une heure, toux moins violente, moins fréquente, persistance du râle crépitant, respiration laborieuse; pouls inégal, intermittent, irrégulier; abattement extrême. L’animal se traîne dans la chambre et tombe à chaque pas ; ii rend une selle fétide, demi -liquide , noirâtre; la respiration s’embarrasse de plus en plus; le râle crépitant s’entend dans les deux côtés de la poitrine. Je voulus essayer si l’émétique serait de quelque utilité contre la péripneumonie dont l’animal offrait les sym-

FIE VUES PUTRIDES

pleines : en conséquence, je lui fis avaler trois cuillerées d’une solution de douze grains d’émétique dans quatre onces d’eau. Toutefois je n’en espérais aucun avantage marqué , car le chien était expirant; il mourut en effet, quelques minutes après , deux heures après l’injection. — Je n’en pus faire l’ouverture que quarante huit heures après la mort. L’œsophage était rouge ; l’estomac contenait des gaz et beaucoup d’aliments; la membrane interne était ronge et injectée, ainsi que celle des intestins, où Ton remarquait quelques érosions récentes et des traces d’anciens ulcères. Les papilles de l’intestin grêle étaient très apparentes. La membrane muqueuse était ramollie, et s’enlevait par le plus léger raclement; elle était recouverte d’une matière pultacée, peut-être en partie chymeuse. Le gros intestin , d’une rougeur vineuse, était parsemé de petites ecchymoses ou pétéchies, analogues à des piqûres de puce. Les poumons, à l’extérieur, étaient marbrés de plaques violacées ; leur tissu gorgé de sang, spîénisé, crépitait cependant encore et n’allait pas au fond de l’eau. Les bronches , recouvertes de mucosités , avaient une teinte rosée. Injection de l’extérieur du cœur et des vaisseaux; rougeur, injection fine de la membrane interne des oreillettes, surtout aux valvules; taches d’un rouge vif à la surface interne du ventricule gauche , qui ne s’effacent pas par le raclement , ni par le lavage. Membrane interne de l’artère pulmonaire et de l’aorte, d’un jaune légèrement rougeâtre ; teinte brunâtre de celle des veines.

FIÈVRES PUTRIDES

1 5 1. Si l’on compare les expériences précédentes avec les qua torzième et quinzième du premier mémoire de M. Gaspard, on sera frappé de leur parfaite ressemblance. La suivante diffère sensiblement des unes et des autres.

i3a. Cinquième expérience. — Le 9 décembre 1825, à dix heures , j’injectai deux onces d’eau putride dans la veine jugulaire d’un chien adulte, de moyenne taille. Aussitôt après , mouvements de déglutition; vomissement d’un liquide glaireux, grisâtre; stupeur, air triste et abattu: le vomissement se renouvelle; l’animal, de plus en plus faible , -rend avec ténesme des selles dysentériques, bilieuses et sanguinolentes, horriblement fétides; urines également fétides ; il boit à chaque minute, et avec avidité; son corps est chaud ; son pouls et les battements de son cœur sont très accélérés. — Le 10 : persistance de la fièvre et de la soif; tristesse et stupeur profondes ; l’animal se soutient à peine, et marche en chancelant, comme s’il était ivre , et se couche sur le carreau , comme pour chercher le frais ; la chaleur de la peau est humide.

— Le 11: il paraît ranimé, marche assez bien, mange avidement de la bouillie et de la pâtée s après quoi, il boit une grande quantité d’eau. Dans la journée, il ne veut plus manger , boit avec avidité et cherche le frais ; il exhale une odeur fétide.

— Le 12 : il mange et paraît en grande partie rétabli. — Le 1 5 : idem. — Le 14 • sa santé est revenue. A trois heures , je lui injecte dans l’autre veine jugulaire deux onces d’eau moins putride

FIÈVRES PUTRIDES. ' 2 5 J

que la précédente. Aussitôt après , mouvement de déglutition ; vomissement d’une bile écumeuse , respiration haletante; battements du cœur précipités, tremblement avec chaleur de la peau. A six heures , l’animal marche assez bien ; il a vomi de nouveau une bile visqueuse, d’un jaune rougeâtre ; il refuse les aliments, et boit avec avidité ; il est toujours triste, abattu. — Le i5 : il est très faible, et marche cependantencore ; air d’ivresse et de stupidité; oreilles basses, repliées, froides; œil morne, fixe, hébété; pouls inégal, fréquent ou lent, alternativement petit et fort; respiration faible , lente ; refus des aliments. Cependant la prostration augmente , les forces s’anéantissent , le pouls, précipité, s’affaiblit déplus en plus ainsi que la respiration ; et la mort arrive, à midi et demi. — L’animal fut ouvert sur-le-champ. Viscères gastrointestinaux blancs à l’extérieur; bile verdâtre, et quelques vers lombrics dans l’estomac; membrane muqueuse de cet organe d’une teinte légèrement vineuse: celle de l’œsophage blanche: celle de l’intestin grêle également blanche et parsemée d’assez nombreuses plaques enfoncées , qui semblent être les traces d’ulcères cicatrisés. Le duodénum contenait de la bile liquide, noirâtre; dans le reste de l’intestin grêle, cette humeur concrétée formait une espèce de fausse membrane très adhérente à la membrane muqueuse, et analogue à du méconium. Membrane interne du gros intestin sans ulcérations, seulement injectée à la valvule iléo-cæcale et sur les rides longitudinales qu elle

238 fièvres putrides.

forme. Reins, vessie, foie, rate, sans lésion notable. Poumons rosés , flasques : une seule ecchymose se remarque dans une de leurs scissures ; leur membrane muqueuse est blanche. Coeur flasque, un peu mou, plutôt pâle que rouge à l'extérieur; rougeur de la membrane interne de l’oreillette droite, surtout aux valvules ; quelques taches rouges , peu profondes , dans le ventricule droit; le ventricule gauche contenait un sangécumeux , rutilant, très liquide, et sa membrane interne était parsemée de quelques taches d’un rouge semblable à celui du sang avec lequel elle était en contact. La membrane interne des vaisseaux était sans altération. Le sang qui s’écoula pendant l’ouverture ne tarda pas à se coaguler, sans formation de couenne à sa surface.

i 35. Le chien qui fait le sujet de cette expérience, a présenté les mêmes symptômes que ceux des expériences précédentes, et cependant, à l’ouverture, la membrane muqueuse gastro-intestinale, au lieu d’être rouge, injectée, enflammée, comme chez les autres chiens , n’offrait presque aucune trace de maladie. J’ignore la cause de cette différence. Je ferai remarquer que l’absence de la phlegmasie gastro -intestinale n’a pas empêché l’animal de mourir, à l’instar de ceux chez qui l’inflammation indiquée se développe.

Je ferai remarquer en outre, que le chien, sujet de cette observation, se rétablit complètement de la première maladie putride, après avoir rendu des selles dysentériques et des urines fétides.

FIÈVRES PUTRIDES

Dans l’expérience suivante, je voulus savoir si les substances putrides, appliquées sur la membrane intestinale, produiraient les mêmes effets que lorsqu’on les injecte dans les veines.

i34. Sixième expérience . — Le 28 novembre 1828, à dix heures, je fis prendre un lavement avec trois onces d’eau putride de poisson, à un chien griffon, adulte et très vigoureux. Il le rendit bientôt après, au milieu d’une extrême agitation , et eut un vomissement. Un nouveau lavement lui fut donné dans la journée: l’animal reste couché, assoupi, abattu; à onze heures du soir, il boit un peu et refuse les aliments; son pouls est petit, très frequent; sa peau chaude. Mort dans le nuit.

— Ouverture du cadavre le lendemain à onze

heures. Epanchement d’un sang liquide et comme pailleté dans la cavité du péritoine, avec inflammation de cette membrane et formation de quelques filaments pseudo-membraneux. Système veineux gorgé d’un sang noir, liquide , visqueux, brillant, micacé ; quelques petits caillots mous et noirâtres dans le cœur. Inflammation avec rougeur, injection et ulcération de la membrane muqueuse gastro-intestinale; des ulcérations se rencontrent même dans l’estomac ; elles occupent les rugosité.; de la portion pylorique de la membrane muqueuse; les autres se remarquent dans le duodénum , le commencement et la fin de l’intestin grêle; elles sont, en général, peu profondes ; quelques unes ressemblent à des chancres naissants. La membrane interne de la vessie est rouge. A l’extérieur,

FIEVRES PUTRIDES

cet organe, ainsi que les parties voisines, est noirâtre et ecchymose. Dans une portion de l’intestin grêle se trouvait un liquide sale , fétide, d’un jaune verdâtre. Le gros intestin contenait des excréments fétides, mous et verdâtres. Liquide rougeâtre, sanguinolent, dans le péricarde; membrane interne des oreillettes rougeâtre. Poumons bruns, mal crépitants ; membrane muqueuse des bronches rosée.

1 35. D’après cette expérience, il paraît certain que , introduits dans le canal intestinal , les liquides putrides sont absorbés , en même temps qu’ils enflamment la membrane muqueuse, et qu’ils produisent les mêmes accidents que s’ils étaient directement infusés dans les veines. L’inflammation du péritoine semble prouver que, par une sorte d’imbibition , les liquides , appliqués sur la membrane muqueuse, traversent toute l’épaisseur des parois intestinales et parviennent jusqu’à la membrane séreuse. On sait, d’ailleurs, que des faits très nombreux attestent la possibilité d’une semblable imbibition pendant la vie. Au reste, les expériences de M. Gaspard ont suffisamment démontré que les liquides putrides sont susceptibles d’être absorbés, bien que l’inflammation gangréneuse qu’ils déterminent , dans les parties sur lesquelles ils sont appliqués , nuise plus ou moins au libre exercice de l’absorption.

136. Les phénomènes que nous avons observés, soit pendant la vie , soit après la mort , chez les animaux que nous avons soumis aux expériences

FIÈVRES PUTRIDES

précédentes , s’accordent exactement avec les résultats obtenus par M. Gaspard , tels que nous les avons rapportés plus haut.

157. De tous ces résultats, le plus important pour nous , c’est que l’introduction d’une certaine quantité de matières putrides dans le torrent sanguin , détermine des phénomènes essentiellement semblables à ceux que présentent les fièvres dites putrides ou adynamiques. Par conséquent , les phénomènes caractéristiques de ces dernières maladies dépendent réellement , ainsi que leur nom l’indique, de l’action de certains agents putrides sur l’économie, et la masse sanguine. Mais, de ce qu’il existe des phénomènes d’altération , de décomposition du sang , dans les maladies décrites sous le nom de fièvres putrides , on aurait tort d’en conclure qu’il n’existe rien de plus dans ces maladies , et que l’inflammation n’y joue aucun rôle. Nous avons , au contraire , démontré que les fièvres dites putrides ou adynamiques se composent essentiellement de deux ordres de phénomènes, les uns appartenant à l’irritation, les autres dépendant d’une infection putride du sang. C’est ainsi , par exemple , que les symptômes des inflammations putrides ou gangréneuses extérieures sont le produit composé d’une inflammation compliquée d’une putréfaction , produite soit par la cause morbifique elle-même, soit consécutive à la désorganisation de la partie enflammée. D’un côté, l’inflammation, en désorganisant nos parties, prépare en quelque sorte le développement

fièvres putrides.

des phénomènes putrides; et, de leur côté, les produits de la putréfaction, introduits dans le sein de l’organisme , y déterminent souvent des phlegmasies plus ou moins violentes, en même temps qu’ils y déposent le germe d’une funeste décomposition. Tel est du moins le résultat qui découle de nos expériences et de nos observations.

1 58. Quoi qu’il en soit, si l’on a lu attentivement les faits multipliés que nous venons de présenter, si l’on a médité les réflexions dont ils sont accompagnés ; on conviendra avec nous que la fièvre dite putride ou adynamique constitue une sorte de combinaison morbide qui n’avait pas encore été rigoureusement décomposée, et que, soumise à une analyse sévère, elle se partage en deux éléments distincts, savoir l’inflammation et la désorganisation putride. C’est par ce dernier élément que la fièvre dont il s’agit diffère de la fièvre dite angio-ténique ou inflammatoire simple. Que si vous ajoutiez à l’une cet élément , vous la transformeriez en véritable lièvre putride ou adynamique , tandis que si vous le retranchiez de l’autre , vous la réduiriez à l’état de fièvre simple ou inflammatoire. La première de ces transformations est généralement admise , et n’est malheureusement que trop commune. Quant à l’autre espèce de transformation , aussi heureuse que celleci est redoutable , elle peut s’obtenir au moyen d’un traitement sagement dirigé.

Après avoir rassemblé un grand nombre de

faits particuliers, les plus propres à répandre des lumières sur la maladie qui fait le sujet de ce chapitre , il est temps d’exposer les résultats généraux qui dérivent du rapprochement de tous ces faits.

ARTICLE IL

Page 1