C. Altérations des organes circulatoires et du sang
i4^. i° Toutes les fois que nous avons examiné , de la manière la plus attentive, le système circulatoire , il nous a présenté des altérations notables. Le cœur est flasque, ramolli, d’un tissu facile à déchirer. M. Laennec, dans son traité de l’auscultation médiate , dit avoir observé cet état du cœur chez les sujets morts de fièvres graves , toutes les fois qu’il a fixé son attention sur l’organe indiqué. La flaccidité du cœur est un phénomène que M. Andral a rencontré chez la plus grande partie des individus qui ont succombé dans un état véritablement adynamique [Ciiniq, médic. , t. 1 , p. 4io).
Nous avons essayé de démontrer, dans un autre ouvrage , que le ramollissement du cœur est un des caractères anatomiques de la cardite (1). Nous ne croyons pas devoir revenir ici sur les preuves de cette assertion.
Une autre altération que présentent les sujets morts de fièvre dite adynamique, c’est la rougeur, lepaississement , quelquefois même l’ulcération de la membrane interne du cœur et des vaisseaux. Nous nous sommes occupé de cette altération, en décrivant celles que f on rencontre dans les fièvres dites inflammatoires ou angio-téniques. Il serait fastidieux d y revenir ici. On verra, dans le chapitre consacré à l’histoire des fièvres angio-téniques , les raisons d’après lesquelles nous considérons ,
(1) Traité des maladies du cœur et des gros vaisseaux , par MM. Bertin et Bouillaud; Paris , 182
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avec M. Ândral , la rougeur de la membrane interne du cœur et des vaisseaux comme étant le résultat de l’inflammation.
M. Andral s’exprime ainsi sur la rougeur dont
il est ici question : « Nous avons examiné avec «soin la surface interne des artères et des vei- »nes, une seule fois nous avons trouvé une vive » rougeur à la surface interne de l’aorte.... Nous savons rencontré assez souvent cette même rou- »geur chez les individus atteints de maladies du
„ cœur Nous l’avons également observée , soit
» que l’artère fût vide ou remplie de sang.; soit »que ce sang lui -même fût liquide ou caillé; »soit enfin que le caillot fût ou non dépouillé s de sa matière colorante. Nous n’avons pas vu s que l’élévation plus ou moins grande de la tem- »pérature, le temps plus ou moins long écoulé » depuis le moment de la mort, exerçassent quel- » que influence sur la fréquence de ces rougeurs » artérielles. Nous avons soumis à un lavage prolongé des portions d’artères ainsi colorées, et elles » n’ont pas dérougi (1). Enlin , il nous a été impossible de produire artificiellement une pareille «rougeur, en laissant du sang renfermé dans un » tube artériel pendant plus de quarante-huit heu- »res(2). D’après ces différents faits, nous sommes
(1) Des artères, que je n’avais pu dérougir par des lotions réitérées, ont perdu leur rougeur par une macération prolongée dans l’eau.
(2) Il y a quelques jours que je mis une portion d’aorte ouverte dans une soucoupe remplie de sang provenant d’un chien
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» portés a penser que les rougeurs artérielles ne dépendent pas d’une simple imbibition sanguine, » mais d’une véritable pblegmasie. Dans les fièvres, » cette pblegmasie ne doit être considérée que «comme une complication assez rare , et qui n’est » appréciable, jusqu’à présent , par aucun signe caractéristique. Les gros troncs veineux ne nous »ont jamais rien présenté de particulier. » [CUniff. médic.j tom. I , pag. /ju 1. )
Nous avons dû faire connaître ici l’opinion de M. Andral sur la nature de la rougeur de la membrane interne du cœur et des vaisseaux, et sur le rôle qu’elle joue dans les fièvres. Relativement à la nature de la rougeur, cet observateur si distingué est tout-à-fait de notre avis. Mais il ne regarde pas la phlogose vasculaire comme la cause de la fièvre. Sous ce dernier point de vue , l’opinion de M. Andral ne s’accorde pas avec la nôtre. Espérons que l’observation ne tardera pas à fournir tous les faits nécessaires auj triomphe de Tune ou de l’autre de ces opinions. En attendant , nous engageons les lecteurs à méditer les observations recueillies par MM. Ribes, Tanchou, et nous-même.
2° Si nous avons rencontré des altérations constantes, soit dans le cœur, soit dans les vaisseaux des sujets morts de fièvre putride , il s’en est également présenté dans le sang qui les parcourt. Constamment il nous a paru plus noir et plus liquide
que j’avais fait périr, en lui injectant des matières putrides dans les veines. Examinée au bout de cinq à six jours , la membrane interne de l’aorte était rougie.
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que dans son état normal , comme si sa fibrine eût éprouvé une sorte de dissolution. D’ailleurs, cette altération du sang est susceptible de plusieurs degrés, depuis celui où son coagulum est simplement mollasse et sans consistance, jusqu’à celui dans lequel le sang a perdu toute sa plasticité, et ne forme plus qu’une masse noirâtre et liquide où l’on ne distingue aucune trace de coagulum. Si l’on recueille dans un vase une certaine quantité de sang, il offre un aspect brillant, luisant, et il contient des espèces de paillettes micacées . Dans quelques cas, on l’a trouvé mêlé à une quantité plus ou moins grande de matière purulente ou de véritable pus. D’autres fois il est tellement altéré, et, si j’ose le dire, tellement désorganisé j, qu’il ressemble à une espèce de substance putrilagineuse. Dans ces cas, il n’est pas rare de rencontrer une quantité plus ou moins considérable de gaz dans le canal circulatoire, preuve manifeste de la décomposition du sang.
11 est difficile de décrire avec exactitude et précision les diverses altérations que présente le sang des sujets morts de fièvres putrides ; mais ces altérations n’en sont pas moins réelles, et elles doivent être prises en considération sérieuse, par tous ceux qui , dégagés de tout esprit de système, et animés du seul amour de la vérité, voudront donner une explication satisfaisante des phénomènes divers qui accompagnentles maladies dites fièvres putrides.
Puissent de nouvelles recherches , faites avec des moyens d’exploration plus parfaits que ceux
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que nous possédons , nous découvrir enfin les altérations les plus cachées du sang, et élever cette importante branche de l’anatomie pathologique à la hauteur des autres !
Les observateurs des siècles derniers, d’accord en cela avec les modernes , avaient bien signalé les altérations qu’éprouve le sang dans les maladies putrides, comme on peut s’en assurer en parcourant les ouvrages de Morgagni, d’Huxham , de Haller, etc. Et, chose remarquable, la principale altération observée par ces médecins , est précisément celle que les modernes ont reconnue euxmêmes; savoir, la liquidité contre nature, l'espèce de dissolution du sang.
Les résultats de l’observation de M. Andral , en ce qui regarde les altérations du sang, dans les fièvres dites putrides , ont avec les précédents une si heureuse conformité, que le lecteur nous saura gré de les lui rappeler ; les voici. « Le sang contenu » dans le cœur et les gros troncs artériels et veineux » était remarquable par sa grande liquidité et sa » couleur noire foncée. Chez quelques sujets, il «présenta une teinte claire rosée ; dans cet état, il «ressemblait à de l’eau dans laquelle on aurait «étendu un peu de matière colorante rouge (1); » quelques petits grains fibrineux concrets étaient «disposés çà et là sur la surface interne des » vaisseaux. Chez un individu , le liquide contenu dans les gros vaisseaux n’était véritablement
(1) Dans deux ou trois cas j’ai observé l’état du sang que décrit ici M. Andral,
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»plus du sang: c’était une matière couleur de lie » de vin, comme sanieuse en quelques endroits,
» assez semblable au liquide mal élaboré qui sort »des abcès de mauvaise nature (1). »
Les altérations du sang que nous venons d’indiquer sont analogues à celles que l’on rencontre chez les animaux dans les veines desquels on a injecté des substances putrides. On peut se convaincre de cette vérité, en consultant les expériences que nous avons rapportées dans ce chapitre.
D. Altérations du système nerveux..
i43. 1 0 Altérations du système nerveux ganglionaire. — Nous n’avons pas fait de recherches particulières sur letat des ganglions et des filets qui en partent, chez les sujets morts de fièvres dites putrides ou adynamiques.
M. Ribes a cru voir quelquefois que les faisceaux du plexus solaire étaient un peu rouges. Mais le plus souvent il n’a pu reconnaître aucun changement dans leur couleur.
M. Andral, chez deux individus morts avec les symptômes ataxo-adynamiques , a trouvé les ganglions semi-lunaires d’une rougeur remarquable, produite par l’injection du tissu cellulaire interposé entre les petits grains dont se composent ces ganglions.
20 Altérations du système nerveux cérébro-racliidien. — Ces altérations se rencontrent parti-
(1) Clinique médicale , tom. I, p. 4.10—1 1,
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culièrement chez les sujets qui ont présenté les phénomènes dits ataxiques ; nous ne les décrirons que dans le chapitre consacré à la fièvre ataxique. Qu’il nous suffise ici de savoir que ces altérations sont les traces d’une irritation ou d’une congestion sanguine inflammatoire.
E. Altérations des organes respiratoires.
i44. Chez plusieurs sujets , nous avons rencontré le parenchyme pulmonaire plus ou moins gorgé de sang, quelquefois ramolli, splénisé , et même hépatisé . Plus souvent , nous avons rencontré la membrane muqueuse des bronches injectée , rouge , recouverte de mucosités épaisses, ou même d’une matière purulente. Chez d’autres sujets , les organes respiratoires n’étaient le siège d’aucune altération remarquable.
Toutes les fois que nous avons observé des altérations de ces organes, les malades avaient offert des symptômes de catarrhe pulmonaire. Elles ne doivent être considérées que comme des accidents ou des complications. Il en est de même de la véritable hépatisation du poumon , des fausses membranes pleurétiques, etc. En effet , i° la fièvre dite putride peut exister indépendamment de ces altérations ; et 20 lorsque ces altérations existent seules, elles produisent des symptômes particuliers , que l’on n’a jamais confondus avec ceux de la fièvre putride proprement dite. D’ailleurs , on n’a point donné le nom de fièvre essentielle à celle qui accompagne les inflammations pulmonaires.
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Chez les chiens auxquels on a injecté des matières putrides dans les veines, les poumons sont souvent infiltrés de sang, ramollis, sanieux , et parsemés, à l'extérieur, de très nombreuses plaques rouges ou même noires, produites par une infiltration sanguine sous-séreuse.
F. Altérations de la peau, du tissu cellulaire et des muscles extérieurs.
i45. Chez la plupart des sujets qui succombent à une fièvre dite putride, dont la durée a été longue, on trouve la peau qui recouvre le sacrum , le coccyx et les grands trochanters, enflammée , ulcérée, transformée en eschares gangréneuses. En même temps , la peau en général , et celle du visage en particulier, offre un aspect comme terreux : elle est aride, d’une teinte vineuse dans la région des joues, collée aux muscles, et presque entièrement dépourvue de la couche cellulo-graisseusequilui est sous-jacente. Son épiderme, particulièrement à la partie antérieure du tronc , est quelquefois soulevé sous forme de petites vésicules remplies d’une humeur séreuse. Chez les sujets qui succombent promptement, l’embonpoint est peu diminué, et l’on trouve une quantité assez considérable de graisse sous-cutanée.
On observe quelquefois de petites taches rouges , lenticulaires, ducs à une infiltration sanguine du tissu cellulaire sous-cutané, et connues sous le nom de pétéchies.
Les muscles présentent quelquefois une couleur assez vermeille. Mais le plus souvent ils ont
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une teinte brunâtre , et un aspect comme poisseux. Lorsque le marasme est très avancé, ils ont sensiblement perdu de leur volume ; leurs faisceaux, privés de la graisse qui les enveloppent, sont pour ainsi dire disséqués.
Il est inutile de dire que dans les cas où les symptômes adynamiques ou putrides se sont développés par suite de violentes phlegmasies gangréneuses , de vastes suppurations des parties extérieures du corps, etc., l’autopsie cadavérique, en ce qui concerne ces dernières maladies, se confond, pour ainsi dire, avec l’histoire des phénomènes observés pendant la vie. Alors, on a vu sur le vivant les altérations que l’on n’aperçoit que sur le cadavre, dans les cas où la maladie occupe des organes placés à l’intérieur du corps.