OBSERVATION XXXVI
Vingt-quatre ans. Fièvre adynamique ou putride. — Une saignée; soixante-quinze sangsues (en quatre fois ); boissons adoucissantes ; sinapismes; diète. — Convalescence longue. — Guérison , deux mois après l'entrée à l'hôpital.
174. Bergeron (Marie-Basilide-Ulysse ) , âgé de vingt-quatre ans, perruquier, né à Moret, arrivé à Paris depuis deux mois , blond, d’un tempérament lymphatique , était malade depuis huit jours, lorsqu’il entra à l’hôpital Cochin, le 20 décembre
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1822. Il attribuait sa maladie au mauvais régime et à leau pure dont il avait fait un usage immodéré. Les premiers symptômes avaient été des douleurs de ventre , du dévoiement et de la toux. U avait pris du vin chaud pour tout remède.
23 décembre : visage coloré, lèvres croûteuses , langue rouge, sèche; soif, dévoiement; toux rare, sèche ; fièvre avec pouls plein, dur, fréquent et intermittent; peau chaude, aride; abattement, insomnie.
Diagnostic : Gastro-entérite aiguë. (Fièvre gastroadynamique. )
Prescription : Eau de gomme édulcorée ; diète.
24 : intermittences du pouls très fréquentes, suivies de pulsations qui se succèdent avec une extrême rapidité, et comme coup sur coup (1); battements du cœur d’ailleurs semblables à ceux des autres individus affectés de lièvre. ( Gomm. édulc. , saignée du bras , trois bouillons, soupe. ) — 25 : cinq selles liquides dans la journée, persistance de l’intermittence et de l’irrégularité du pouls , lèvres encroûtées ; fièvre assez forte. (Diète.) — 26 et 27 : peu de changement, si ce n’est que la diarrhée est moins considérable. —
(1) Ce jeune homme n’est point sujet à des palpitations, et n’a point habituellement la respiration courte. D’où provient cette irrégularité du pouls ? je l’ignore. Je rappellerai seulement que Solano de Lucques a souvent observé l’intermittence du pouls chez les individus affectés de diarrhe'e , ainsi que l’est celui qui fait le sujet de cette observation. Je l’ai observée souvent dans la fièvre dite adynamique, suite de gastroentérite.
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28 : lèvres toujours croûteuses , ulcération de l’inférieure, bouche très mauvaise, anorexie, fièvre vive, intermittences du pouls moins nombreuses. — Dans la nuit , cinq à six selles liquides. — 29 : même état. (Vingt sangsues à l’anus , looch, avec laudanum , diète. ) Les sangsues saignent abondamment. — 3o : une seule selle depuis l’application des sangsues, amélioration sensible , langue moins sèche ; cependant la prostration est très forte , les réponses sont lelites et embarrassées. — 3i : fièvre toujours très vive, réponses plus lentes , air d’indifférence ; le malade oublie en quelque sorte de retirer sa langue après l’avoir montrée. (Vingt-cinq sangsues à l’épigastre. ) — 1er janvier : il répond plus vivement , et il se sent soulagé; son pouls est fréquent, un peu rebondissant et sans intermittence. — - 2 janvier : air d’indifférence et de stupidité , assoupissement , regard hébété , réponses difficiles; langue assez humide et peu rouge. — 3: délire, commencement de surdité ; peau chaude et sèche , retour du dévoiement; joues d’un rouge vineux. — 4 : stupeur plus profonde , pas de réponses ; selles des plus fétides, et mêlées de sang; langue assez humide, plutôt pâle que rouge. — 5 , 6 , 7 et 8 : à peu près même état; stupeur profonde; langue humide, nette , pâle , large ; douleur dans l’abdomen , vers la région correspondante à la fin de filéon et au cæcum, quand on presse cettepartie; peau chaude et sèche , teint jaunâtre ; odeur de souris très prononcée ; selles involontaires , verdâtres ; pros-
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tration telle que 3e malade ne peut présenter son bras quand on le lui demande pour explorer le pouls; délire loquace. — 9 : pouls fréquent, peu développé, non intermittent; stupeur et délire loquace. (Quinze sangsues au front, diète.) — 10: continuation de la loquacité ; mouvement continuel des paupières ; le malade urine involontairement, et ne paraît plus avoir de dévoiement; il peut présenter le bras quand on l’y invite, et il demande brusquement , et d’un air stupide , ce que l’on pense de son état; son pouls est sans force , et médiocrement accéléré. (Sinapismes aux pieds , diète. ) — 11: point d’amélioration ; le malade fait des efforts de défécation dans son lit ; ses membres sont tremblotants ; quand on l’interroge , il ne répond autre chose sinon qu’il a la fièvre. (Quinze sangsues au front.) — 12 et i3 : visage contracté, d’une teinte vineuse, air de stupidité, délire loquace, pouls petit, fréquent , facile à déprimer ; ventre rétracté, douloureux à la pression, sécheresse, chaleur et couleur terreuse de la peau. — 14, i5 et 16: même état , si ce n’est que le dévoiement a cessé; sueurs copieuses. — 17 : réponses exactes ; interrogé comment il se porte, il répond, tout doucement ; son état est sensiblement amélioré ; visage moins étonné , prostration et tremblotement des membres moins prononcés; peau moins chaude , pouls moins fréquent; langue humide, nette, sans rougeur; pas de soif, appétit; visage affaissé, ridé vers ls commissures des lèvres. ( Julep mus-
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que. ) — 1 8 : délire , tremblement des doigts , pouls petit, fréquent, redoublé; ventre crispé, se contractant quand on le presse , visage triste ; grippé ; écorchures au sacrum. (Deux bouillons , suspension du musc. ) — 19 et 20 : les écorchures du sacrum font cruellement souffrir le malade; d’ailleurs même état. — 21 , 22 et 25 : visage plus gai; pas de soif, presque plus de fièvre, appétit, intégrité des facultés intellectuelles , si ce n est le soir, qu’il se manifeste un peu de loquacité. — 24 : amélioration très grande , intelligence nette, pas de fièvre; l’ulcération du sacrum s’est étendue à la fesse , où elle a mis l’aponévrose à découvert ; maigreur extrême , tremblement au moindre refroidissement. (Bouillon.) — 2 5 et 26 : l’amélioration se soutient ; cependant le malade a légèrement déliré , et il s’impatiente et pleure , parceque ses écorchures ne lui permettent de trouver aucune position commode. — 27, 28 et 29 : l’amélioration persiste malgré l’anxiété. (Bouillon, potage; décoction de quinquina pour déterger les écorchures. ) — 3o : très bien ; visage calme , riant; intelligence parfaitement rétablie, appétit extrême. (Outre le potage, il mange un peu de pain avec des confitures, et boit un peu d’eau rougie. ) — - ,5i janvier, 1er, 2 et 5 février : il va de mieux en mieux , il se met aisément sur son séant pour manger sa soupe , et dit quil a un appétit à manger quatre livres de pain par jour ; l’ulcère a pris un aspect vermeil, et est moins douloureux. — Les jours suivants , la convalescence continue, et
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le visage seul est tellement changé, qu’il suffirait pour faire reconnaître l’amélioration survenue dans l’état du malade. — Le 7 février : les eschares ne sont pas encore complètement guéries ; elles incommodent toujours le malade. (Il mange le quart.) — Il se lève toute la journée vers la fin de ce mois , et mange avec un appétit vorace. Enfin, vers la fin de mars, les ulcérations sont cicatrisées et la guérison est complète. (Il est survenu , vers le talon , un abcès, que le malade attribue à la pression de son soulier sur une peau qui est , dit-il , encore si tendre. )
175. Ce malade nous offre un exemple remarquable, et du soulagement qui suit l’application des sangsues, et du peu de durée que présente trop souvent ce soulagement ( au moins en ce qui regarde l’état général des malades ). Em effet , le 29, on applique vingt sangsues à l’anus ; et , le 3o, le malade se trouve mieux ; son dévoiement est considérablement diminué Mais, dès le lende-
main, il ne reste presque plus aucune trace de cette amélioration i on applique vingt-cinq sangsues sur le ventre , et le jour suivant le malade se sent de nouveau soulagé. Cette amélioration ellemême ne tarde pas à disparaître. Des phénomènes d’irritation cérébrale se manifestent , et sont combattus par deux nouvelles applications de sangsues. Cependant, ce n’est que quelques jours après que l’irritation commence à se calmer. Enfin , le malade, abandonné ensuite aux seuls efforts de la nature , secondés par la diète et les boissons anti-
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phlogistiques, guérit lentement de sa dangereuse affection.
Au reste, quelque courte que soit l'amélioration produite par des saignées locales, quelque douteuse que paraisse quelquefois leur utilité , il n’en faut pas conclure que ce puissant moyen delà thérapeutique ne convient jamais aux cas qui nous occupent. L expérience démentirait une semblable conclusion .