OBSERVATION III
Symptômes de fièvre inflammatoire avec rhumatisme aigu.
— Inflammation de la membrane interne des artères , des
veines et du cœur.
22. Permet , âgé d’environ trente ans, soldat, d’un tempérament bilieux, entra , le 3o juillet
(i) Journal universel clés sciences médicales , *825 , t. 3 9.
1825, à l’hôpital de la garde. Lorsque M. Régnault, médecin en chef de cet hôpital, vit le malade, le lendemain, il observa les symptômes suivants : céphalalgie, douleurs vagues par tout le corps , peau brûlante; pouls dur, accéléré. Prescription : large saignée du bras , décoction d’orge miellée, diète, lavement. — Le ier août, soulagement, mais persistance de la céphalalgie. (Ventouse scarifiée à la nuque. ) Les jours suivants , l’amélioration continue. Le 6 , presque plus de fièvre. Convalescence les jours suivants. Ce soldat mangeait déjà les trois quarts de la portion , lorsque le 1 6 , journée très humide, dans la cour, sur un banc de pierre , il s’endormit, et fut pris d’un mouvement fébrile. — Le 17, fièvre très intense, douleurs vives, surtout dans les articulations , et plus spécialement dans les genoux; peau sèche , brûlante, âcre au toucher; ventre légèrement sensible; constipation. ( Sangsues aux genoux, diète , lavement , boissons délayantes. ) — Le 18, persistance des symptômes. ( Sangsues aux genoux. ) — Le 19, tuméfaction et immobilité du genou gauche. (Ventouses scarifiées sur les côtés de cette articulation. ) — Le 20, persistance des douleurs, pouls très dur et accéléré. ( Large saignée du bras. ) — Le 2 1 , face vultueuse , peau très chaude, pouls très dur et vibrant. (Nouvelle saignée. ) Le sang sort avec tant d’impétuosité et a une couleur si vermeille , qu’il simule le sang artériel. La couenne , qui la veille était d’une épaisseur remarquable, est encore plus prononcée. A
la réunion de ces symptômes , M. Régnault reconnaît, outre le rhumatisme aigu, une inflammation des vaisseaux. — Le 22 , même plénitude et même dureté du pouls; conjonctive jaune. (Limon, citrique, foment. sur les genoux , diète , lavement. )
- — Le 20 , même état. (Saignée. ) — Le 24? ictère bien prononcé , abdomen insensible à la pression; d’ailleurs, mêmes symptômes. — Le 25, pouls aussi plein et aussi dur que les jours précédents; peau toujours chaude; membres inférieurs étendus, immobiles. ( Saignée. ) A quatre heures, visage terne , alongé ; langue vermeille plutôt que rouge; sorte de mouvement convulsif de la mâchoire inférieure , semblable à celui qu’on observe dans le frisson fébrile , mais sans claquement de dents; anxiété générale; pouls dicrote; peau chaude, moins sèche qu'halitucuse ; fluctuation manifeste dans le genou gauche; sang de la dernière saignée, couvert d’une couenne inflammatoire teinte en jaune. (Nouvelle saignée. ) — Le 26, exaspération des symptômes. ( Saignée, limon. , lav. d’eau de son , petit-lait nitré. ) — Mort dans la nuit.
Autopsie cadavérique y le 28, à neuf heures du matin .
Extérieur du cœur d’1111 jaune pâle ; rougeur foncée de la presque totalité de la membrane interne et des valvules du ventricule gauche; rougeur un peu moins foncée de la membrane interne de l’aorte ; caillots fibrineux et albumineux dans les, cavités du cœur; rougeur intense de la veine porte, depuis son embouchure dans le foie jusque dans
ses dernières ramifications; une petite quantité d’un sang noir , liquide , dans la cavité de ce vaisseau. Membrane interne de l’artère crurale d’un rouge intense. Saphène interne ouverte dans let en due de trois pouces , à la partie moyenne de la jambe , d’un rouge pourpre , épaissie, enflammée dans toute son épaisseur. Tissu cellulaire sous-cutané un peu infiltré de sérosité. Une grande quantité d’un pus jaune et bien lié dans la capsule des articulations fémoro-tibiales. Rougeur et épaississement de la synoviale. Peau sclérotique, et tissu cellulaire jaunes ; muscles d’un rouge brun. — Arachnoïde crânienne légèrement opaque au point correspondant au sommet de l’hémisphère droit ; vaisseaux méningiens injectés ; cerveau sain ; adhérences celluleuses dans les deux côtés de la poitrine ; engorgement séro-sanguin de la partie postérieure de chaque poumon; deux tubercules suppurés, de la grosseur d’une noisette , vers le bord inférieur et à la superficie du poumon droit. — Estomac très dilaté par des gaz, d’une rougeur assez vive, et marbré à sa petite courbure, dans l’étendue de quatre à cinq pouces. Première courbure du duodénum d’un gris ardoisé. Rougeur par plaques à la fin de l’intestin grêle. Foie d’un jaune pâle; vésicule de cet organe distendue par une grande quantité de bile , d’un jaune peu foncé.
2j. On trouve dans cette intéressante observation tous les signes caractéristiques de la fièvre angio-ténique ou inflammatoire, tous, jusqu a cette couenne du sang, qui n’a point échappé à
l’observation attentive des anciens et des modernes praticiens, et qui se remarque effectivement dans toutes les grandes inflammations , dégagées de complication.
Si nous voulions présenter toutes les observations de fièvre inflammatoire produite par une phlegmasie du' système vasculaire , dont on a constaté l’existence par l’autopsie cadavérique , ce volume ne les contiendrait pas. La fièvre dite traumatique , qui accompagne les grandes blessures ou les plaies qui succèdent aux graves opérations de la chirurgie, offre ordinairement les caractères de la fièvre dite inflammatoire ou angio-ténique ; il en est de même de celle qui précède les maladies dites éruptives : eh bien ! si les sujets viennent à succomber aux accidents, soit de la fièvre traumatique , soit des fièvres dites éruptives , rien n’est plus commun que de rencontrer chez eux une inflammation plus ou moins étendue et plus ou moins intense de la membrane interne de l’appareil circulatoire. Nous ne tarderons pas à revenir sur ces faits importants , qu’il nous suffit de rappeler ici.
ARTICLE II