‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 62 sur 113 · OBSERVATION XL · texte numérisé non relu

OBSERVATION XL

Vingt- trois ans. Fièvre arîynamique ou putride. — Une saignée du bras; quarante-cinq sangsues (en deux fois); boissons adoucissantes, diète; vésicatoires aux jambes et aux cuisses. — Convalescence longue. — Guérison, le deuxième mois après l’entrée.

180. Gardet (Jean-Pierre), âgé de vingt-trois ans , commissionnaire , du département du Mont- Blanc , habitant Paris depuis quelque temps seulement , fortement constitué , mais d’un naturel indolent, avait un dévoiement très abondant, et des douleurs dans le ventre , lorsqu’il fut admis à l’hôpital Cochin , le 3o juillet 1 822.

3i juillet: abattement, malaise général, céphalalgie vi olente, langue rouge, recouverte d’une couche jaunâtre; inappétence, soif, dévoiement, frissons passagers , surtout dans le dos; peau chaude, fièvre, toux, crachats épais, assez abondants. (Gomme édulcorée, trente sangsues au ventre; trois bouillons.) — icr août : à peu près même état. (Saignée du bras.) — 2 : le dévoiement et les coliques continuent; fièvre avec pouls d’une mollesse extrême ; prostration extraordinaire avec agitation légère des membres. — 3 et 4 : vomissements de bile et de bouillon , langue sèche et dure comme une feuille de parchemin , eroûteuse; pas de douleur à l’épigastre , dévoiement, visage anxié, haleine fétide , assoupissement, pouls déprimé , mou , plutôt lent que fréquent ; crachats

FIEVRES PUTRIDES

légèrement striés de sang , son obscur , respiration presque nulle à la base de la poitrine. — 5 : nulle douleur locale , prostration profonde , pouls à soixante-cinq pulsations par minute; le malade se trouve très mal; il ne vomit plus le bouillon ; réponses exactes , mais très lentes ; peau parsemée de taches rouges , pétéchiales , analogues à des piqûres de puce. Le soir : légère accélération du pouls. — 6 : à peu près même état. — 7 , au matin : pouls à cinquante-huit pulsations , langue sèche, comme brûlée, recouverte, ainsi que les dents et les lèvres , d’une croûte brunâtre , fuligineuse. — Prostration telle, que le malade peut à peine prononcer quelques mots ; léger délire , peau chaude et sèche , selles involontaires. (Vésicatoires aux jambes.) — 8 : les pétéchies sont plus nombreuses , fétidité générale , même état de la langue; pouls tremblotant , à soixante-dix pulsations. — 9 : un peu d’amélioration, pouls lent, pommettes d’un rouge vineux , quelques stries de sang dans les crachats, gémissements plaintifs , dévoiement. — 10, 11 et 1 2 : pouls redoublé , agitation, soupirs fréquents, langue moins sèche , dévoiement , assoupissement , haleine fétide, crachats rougeâtres, respiration peu abondante, à la base de la poitrine ; sons aigus et comme luctueux dans le côté gauche ; on entend à peine les battements du cœur. — 1 5 , 1 4 et 1 5 : le pouls toujours lent, s’accélère un peu le soir; visage brunâtre, terreux, sécheresse et chaleur âcre de la peau , somnolence. (Vésicatoires aux cuisses.) — 16 : vomissements

FIÈVRES PUTRIDES

verdâtres, après avoir pris du bouillon. — 17 : pas d’amélioration. (Quinze sangsues au côté.) — 18 : même état fuligineux des lèvres, des dents et de la langue ; haleine fétide , visage d’un rouge foncé, lenteur du pouls , dévoiement. (Décoction blanche. ) — 19 ,20,21 et 22 : aucun changement notable. — 2 5 : rêvasseries et un peu de délire pendant la nuit , prostration un peu moindre , langue légèrement humectée. (Le malade mange quelques pruneaux.) — 2,4 : amélioration plus sensible; le malade demande du pain. (Même prescription. ) — 25 , 26 , 27 , 28 et 29 : l’état du malade devient de plus en plus satisfaisant. — 5o : convalescence confirmée. (Deux potages.) — Les jours suivants : le malade se promène ; il conserve un air d’indolence et d’apathie qui lui est en partie naturel; il mange le quart de la portion d’aliments. — Le 6 septembre : point de fièvre ni de dévoiement. ( Demi - portion. ) — Enfin, l’embonpoint se rétablit, les forces reviennent, et, le 21 septembre, le malade, parfaitement guéri , sort de l’hôpital.

181. Le sujet de cette observation a présenté un phénomène qui mérite de fixer l’attention des médecins vraiment physiologistes. Ce phénomène est la lenteur du pouls coïncidant avec une chaleur fébrile des plus ardentes, et avec tous les autres symptômes de la fièvre dite adynamique ou putride. Nous avons vu précédemment que la lenteur du pouls , chez les sujets affectés de cette fièvre, avait déjà été observée par quelques praticiens ,

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et entre autres, par Sarcone (i) et par De-

haen (2). ^

Cependant un semblable phénomène est très

rare. Il serait assez intéressant de pénétrer la cause de cette espèce à' anomalie. Je crois que, dans l’état actuel de la science, il n’est guère possible d’en donner une explication entièrement satisfaisante.

Il faudrait, avant tout, savoir quel est, dans l’état de santé, le nombre des battements du pouls, chez les individus qui, affectés d’une fièvre dite adynamique, ont un pouls qui ne bat que de quaranie, cinquante à soixante fois par minute. Car, il est évident que si ces individus, dans l’état normal , avaient un pouls extraordinairement lent, le phénomène que nous signalons n’aurait rien de très étonnant.

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