OBSERVATION XLI
Vingt-cinq ans. Fièvre adynamique ou putride. Soixante sangsues (en deux fois). — Boissons adoucissantes; sur la fin, eau vineuse; vésicatoires aux jambes. — Convalescence longue. — Guérison, le deuxième mois après l’entrée.
182. Bouyer (Jean), âgé de vingt-cinq ans, maçon, arrivé de son département à Paris depuis
(1) Sarcone, pendant l’épidémie de Naples, dit avoir observe quelques malades dont le pouls, loin d’être acce'lére', présentait à peine quaranie pulsations par minutes.
(2) Ce célèbre observateur cite l’observation d’un jeune homme atteint de tous les symptômes d’une fièvre grave , chez lequel le pouls ne battait que quarante-quatre fois par minute.
FIÈVRES PUTRIDES
deux mois, d’un tempérament lymphatique , cheveux blonds, peu développé pour son âge, était indisposé depuis dix jours, et alité depuis trois, lorsqu’il fut admis à l’hôpital Cochin, le 10 juillet 1822. Un malaise universel, de la céphalalgie, des lassitudes, du dévoiement, de la fièvre, annoncèrent l’invasion de la maladie. Le mauvais régime en fut vraisemblablement la principale cause.
10 juillet: prostration telle, que le malade ne peut soutenir sa tête, et que ses bras tombent de tout leur poids sur les côtés du tronc ; visage abattu, pommettes rouges ; bouche mauvaise , langue rouge à la pointe et sur les bords, inappétence, soif ardente , épigastre douloureux à la pression ; chaleur âcre et sécheresse de la peau en général, et de celle de l’abdomeo en particulier ; pouls lâche, sans résistance, précipité (cent vingt pulsations); gémissements involontaires, assoupissement accompagné de rêvasseries.
Diagnostic. Gastro-entérite aiguë. (Fièvre gastro-adynamique. )
Prescription. Gomme édulcorée, diète.
11 : même état. (Trente sangsues au ventre, bouillon. ) — 1 2 et 1 3 : aux symptômes précédents se sont joints ceux d’une bronchite ; toux, crachats gélatiniformes, adhérents au vase; râle ronflant, à sons très aigus dans les deux côtés de la poitrine , mais surtout dans le gauche. ( Trente sangsues au ventre.) — 14 et 1 5 : douleur du ventre nulle, dents encroûtées, prostration adynamique encore très grande, fièvre très vive. — 16 et 17 : odeur
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fétide de tout le corps , analogue à celle de la souris ; décubitus en supination , assoupissement , injection delà conjonctive. — 18, 19 et 20 : dents et lèvres recouvertes d’une croûte noirâtre, langue sèche et rouge ( le malade la laisse hors de la bouche après l’avoir montrée, comme s’il l’avait oubliée ); aucune douleur locale, parole lente, faible , semblable à celle d’un homme à moitié endormi ; réponses d’ailleurs assez justes ; râle muqueux, crachats puriformes et mêlés de quelques stries de sang. ( Vésicatoires aux jambes.) — 21 : même état. ( On prescrit un peu de vin. ) 22 : prostration et stupeur plus profonde, décomposition des traits , dents et lèvres fuligineuses, haleine fétide , toux, râle sibilant, maigreur extrême. ( Le malade ne vomit pas l’eau vineuse qu’il a prise. ) — 20 : langue moins sèche, dévoiement, un peu d’amélioration. (Eau vineuse , décoction blanche.) — 24? et 26 : encroûtement de la bouche presque nul, odeur moins fétide , râle moins fort, visage plus animé, pouls de cent vingt à cent trente pulsations. Le malade demande à manger. — 27: abattement plus profond, conjonctive injectée; petites taches rouges, analogues à des piqûres de puces , sur différents endroits de la peau, laquelle présente en outre plusieurs vésicules sphéroïdales , remplies d’un liquide transparent et cristallin ( sudamina ) ; râle muqueux assez bruyant. — 28: amélioration vraiment extraordinaire; les yeux ne sont plus injectés , et le regard est plus vif et plus animé; la langue est encore rouge, mais humée-
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tée; pouls moins fréquent, respiration libre, parole plus facile , fétidité presque nulle ; les taches pourprées ou pétéchiales et les sudamina sont en partie disparus ; le malade désire instamment des aliments. (Bouillon, un verre de vin dans une pir\te d’eau. ) — 29 et 3o : le malade peut être regardé comme convalescent; la maigreur est si grande, que la peau semble collée plutôt qu’appliquée sur les muscles ; le pouls est encore fréquent, raide et assez développé; le visage d’un rouge terne; l’appétit continue. ( Même prescription, plus un potage. ) — ier août : pas de fréquence du pouls, respiration sans râle, crachats muqueux peu abondants ; le teint devient plus clair... — 12 août : le malade n’attend plus que le retour de ses forces ; il mange le quart de la portion d’aliments. ( Ses vésicatoires ne sont pas encore entièrement cicatrisés. ) Le pouls conserve encore un peu de fréquence pendant le reste du mois.
6 septembre : le malade sort de l’hôpital ; son visage est frais, plein, arrondi; l’embonpoint est complètement revenu. Bien que la santé de ce jeune homme soit parfaite, le pouls, surtout le soir, présente une fréquence remarquable, phénomène d’ailleurs très commun chez les sujets guéris de la maladie désignée sous le nom çle lièvre adynamique ou putride.
i83. Chez çe malade, ainsi que chez plusieurs de ceux dont nous avons rapporté plus haut l’observation , une bronchite assez intense coïncidait avec la phlegmasie gastro-intestinale. On sait que
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rien n’est plus commun qu’une complication de cette espèce. Sans doute il ne faut pas négliger de s’occuper du traitement que réclame l’irritation de la membrane muqueuse respiratoire. Mais il faut avouer que, dans les cas dont il s’agit ici, cette affection est bien moins redoutable que celle des viscères digestifs, et que c’est pour cette dernière que le praticien doit réserver ses soins les plus assidus, et sa plus active sollicitude, puisqu’elle est presque aussi dangereuse, lorsqu’elle est exempte de bronchite.