‹ Traité clinique et expérimental des fièvres dites essentiellesChapitre 65 sur 113 · OBSERVATION XLIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XLIII

Vingt-sept ans. Fièvre adynamique ou putride. — -Boissons adoucissantes; diète; sinapismes; vingt sangsues. — Convalescence longue. — Guérison, le deuxième mois après l’entrée.

iS5. Marchandise ( Jean-Baptiste) , âgé de 27 ans , ouvrier , habitant Paris depuis quelques années, fortement constitué, mais d’un caractère

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indolent, d’un tempérament lymphatique, était malade depuis huit jours, lorsqu’il entra à l’hôpital Çochin ,1e 1 5 février 1823.

Sa maladie avait débuté par des frissons , suivis de chaleur , de la céphalalgie et du dévoiement , avec douleur à l’abdomen.

Le jour de l’entrée , il nous offrit les symptômes suivants : prostration , décubitus en supination , peau chaude et sèche , frissons suivis d’une vive chaleur , langue rouge et sèche , soif ardente, anorexie , douleur à la gorge , ventre assez souple et indolent, diarrhée, pouls vif, fréquent, assez développé , comme redoublé ; paroxysme , le soir.

j Diagnostic: gastro-entérite ulcéreuse (fièvre adynamique ).

Prescription : eau gomm. édulcorée , bouillon.

Le 16: aucun changement.— Le 17 : fièvre plus vive , délire , langue et lèvres sèches , recouvertes d’une croûte jaunâtre. (Sinapismes aux mollets.) — Le 18: prostration extrême , pommettes un peu rouges , langue croûteuse, comme rôtie , soif continuelle, douleur au pharynx, déglutition difficile, haleine fétide. — 19 et 20 : chaleur âcre et brûlante de la peau, surtout à la région abdominale ; réponses lentes, précédées d’un gémissement profond ; quatre-vingts à quatre-vingt-cinq pulsations de l’artère par minute. — Les huit jours suivants , a peu près même état, malgré l’application de vingt sangsuesà l’anus. — ier et 2 mars : résolution complète des forces musculaires , odeur fétide de tout le corps , peau parsemée de vésicules sudorales , langue tou-

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jours sèche et croûteuse, dévoiement, air d’indifférence et de stupidité , intelligence comme engourdie, point de délire , face presque cadavérique, nulle douleur. ( Même tisane.) — 3 et [\ \ un peu d’amélioration ; réponses plus faciles , langue et lèvres rouges , sèches , mais non croûteuses ; dévoiement moins abondant. (Gomme édulcor. , trois bouillons.) — 5, 6,7 et 8 : l’amélioration continue; fièvre peu prononcée, langue humectée, appétit ■vif, P as de dévoiement, pouls plus ferme et plus résistant ; les vésicules de la peau (sudamina) commencent à disparaître ; la peau est sèche , aride , ridée ; la maigreur considérable. (Même prescription. ) — 9 : amélioration croissante : le malade meurt, dit-il, de faim ; sa langue, encore rouge et sèche , superficiellement fendillée , est recouverte d’une légère couche jaunâtre ; le pouls bat environ quatre-vingts fois par minute ; les forces se relèvent un peu ; le ventre est parfaitement indolent et point météorisé ; il n’existe plus de dévoiement. ( On commence l’usage des aliments solides.) — Les jours suivants, on augmente peu à peu la quantité des aliments, sans qu’il survienne de rechute ; la guérison marche néanmoins très lentement, et n’est complète que vers les premiers jours de mai. Le pouls conserve encore un peu de fréquence.

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OB SERVATION XLIV.

Vi ngt-cinq ans. Fièvre «dynamique ou putride, avec ataxie. — Trente sangsues; ventouses scarifiées à la nuque; glace sur la tête; boissons adoucissantes; sur la fin, décoction et syrop de quinquina, ■ — Convalescence longue. — Guérison, le troisième mois.

186. Clément (François), âgé de vingt-cinq ans, carrier, d’un tempérament assez fort et sanguin , cheveux blonds , fut admis à l’hôpital Cocliin le 2 5 janvier 1820. Il 11 était arrivé à Paris que depuis huit jours. Pendant son voyage ( il venait du département de la Meurthe), il se désaltéra en buvant de la neige. A son arrivée à Paris , il était fortement indisposé. Il survint des épistaxis, de la céphalalgie, des vomissements , du dévoiement , de la fièvre , et le malade s’alita. Il but de Peau panée , pour fout remède. Le a5 janvier, il fut transporté de Châtillon à l’hôpital Cochin , par un froid très vif , qui lui causa un spasme et un tremblement général. A son entrée , il nous offrit l’état suivant : face violette , céphalalgie , langue sèche, rouge à la pointe, blanchâtre à son milieu ; soif, nausées , douleur très vive dans tout le ventre, qui se contracte quand on le touche ; selles involontaires , prostration, et en même temps agitation continuelle ; mouvements continuels de la mâchoire inférieure, œil injecté, hagard; pupille gauche plus large que la droite , sourcil contracté , pouls fréquent , petit et serré.

Diagnostic : gastro - entérite avec irritation

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méningo-cérébrale (fièvre gastro-ataxo-adynamique).

Prescription : trente sangsues sur le ventre ; eau go mm. édulcor. ; diète.

26 : Peu de changement ; agitation extrême , efforts pour sortir du lit, délire violent, difficulté de la déglutition. ( O11 est obligé de recourir à la camisole ; application de glace sur la tête , sinapismes aux jambes. ) — L’application de la giace fut suivie d’un calme profond et d’assoupissement. — 27 : développement du pouls , symptômes cérébraux presque nuis , amélioration.— 28 : pouls encore petit, fréquent et concentré ; le malade cherche sans cesse à se découvrir ; constipation ; les paupières sont agglutinées entre elles, les yeux encore injectés. (Lavement avec vin émétique trouble, deux ventouses scarifiées à la mique*) — Les ventouses saignent peu ; pendant les scarifications, le malade pousse des cris douloureux. — 29 : assoupissement , avec délire loquace ; agitation de la mâchoire , douleur à la pression du ventre , gémissements. (Glace sur la tête.) — 3o et 5i : légère amélioration. (Petit-lait avec émetiq. gr. j.) — iCI février : l’amélioration est plus sensible; les yeux ne sont plus injectés, les pupilles sont égales , les traits calmes , la langue est recouverte d’une croûte raboteuse, jaunâtre ; le malade, après l’avoir montrée ^ ï oublie quelques instants sur ses lèvres; il prononce , de temps en temps, des mots sans suite, tels que papa , Châiillon , à boire , etc. ; il reste couché en supination ; il ne témoigne plus autant

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de douleur quand on lui presse le ventre. (Même prescription.) Selles verdâtres, dans la journée. — 2 février : calme complet ( on le débarrasse de la camisole) , réponses plus justes, même état de la langue et persistance delà prostration. (Depuis trois jours, paroxysme quotidien , consistant en frissons , suivis d’injection et de rougeur de la face.) ( Gomme édulcorée , bouillon. ) — 5 : l’irritation cérébrale est tout-à-fait dissipée ; l’état croûteux de la langue et la prostration continuent; interrogé sur son état , le malade répond brusquement, et à voix très haute, que cliva bien ; il demande de la soupe sur le même ton. (Trois bouillons. ) — 4 5 5 et 6 : peu de changement. — 7 : maigreur considérable ; langue encore sèche et croûteuse, prostration, chaleur de la peau , réponses justes, courtes , maintenant à voix basse ; constipation. ( Bouillon , lavement de miel de mercuriale.)— 8 et 9 : pommettes rouges , épistaxis , air de stupeur, adynamie, dévoiement ^ ventre douloureux à la pression , commencement d’eschare au sacrum, pouls petit, à quatre-vingtdix pulsations ; ulcération de la peau des jambes , à l’endroit où les sinapismes avaient été appliqués; langue toujours croûteuse , soif. — Les cinq jours suivants : peu de changement ; léger ballonnement du ventre, avec douleur à la pression, surtout dans la région du cæcum; réponses justes , brusques, à très haute voix ; lièvre peu vive , écorchure au sacrum. (Fomentations émollientes sur le ventre y trois bouillons.) — i5 : lèvres , dents et

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langue recouvertes d’une croûte fuligineuse , odeur fétide de tout le corps , analogue à celle de la souris. — 16 et 17 : prostration un peu moindre, pouls peu fréquent, appétit. — 18, 19 et 20: abattement profond , nulle fréquence du pouls. ( Soixante à soixante-cinq pulsations par minute.) visage coloré , langue croûteuse ; le malade dit que cà va mal; il est très maigre ; sa peau est sèche , aride , contractée. — 21 , 22 et 23 : prostration la même , pouls facile à effacer , presque filiforme, point fréquent, peu de sommeil, (infusion légère de quinquina; trois bouillons, potage.) —

24 : pouls un peu plus développé , langue brune, sèche et croûteuse ; la pression dans la région du flanc droit fait pousser de cris plaintifs au malade ; la prostration est telle , qu’il ne peut exercer le moindre effort; les plaies des sinapismes sont cicatrisées, mais non l’écorchure du sacrum ; il existe, depuis quelques jours, un écoulement puriforme parles oreilles. (Même prescription. ) —

25 et 26 : langue rouge et sèche , mais moins croûteuse ; pouls plus résistant , un peu développé; affaissement , point de fièvre ni de dévoiement , malgré la persistance de la douleur dans la région du liane droit ; le malade dit encore que cà va mal , et demande souvent à manger. (Trois bouillons , deux soupes, julep avec syrop de quinquina. ) — 27 et 28 : amélioration ; le malade luimême dit maintenant que cà va bien > et quil a faim; il se remue plus facilement , et 11e souffre plus au ventre ; sa langue, quoique rouge, est

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nette, et commence à s’humecter. (Décoction de quinquina, julep et syrop de quinquina.) — iCI et 2 mars : bien ; langue rouge et nette, appétit vif, point de fièvre; convalescence commençante. — 5 , 4 5 5,6, 7 et 8 : continuation de la convalescence , pas de fièvre sensible , faiblesse encore très grande , maigreur extrême, pâleur et sécheresse de la peau , pouls presque imperceptible , langue humectée, appétit très bon ; le malade dit que çà ne va pas vite . (Même prescription. ) — 9 et 10 : visage plus animé, langue un peu rouge et sèche ; pouls un peu moins petit , prostration encore très forte/ — 11 , 12 et 1 5 : il ne souffre nullement du ventre, et va 9 dit-il, très bien ; il se plaint d’une douleur à l’épaule (il en a éprouvé Fine semblable, les jours précédents, à l’articulation du genou, où il s’est manifesté un petit abcès); il mange le quart de la portion. (Même prescription.) — i4 et 1 5 : pommettes rouges, léger mouvement fébrile , langue nette et un peu sèche ; une forte pression dans le flanc droit excite encore de la douleur ; l’embonpoint se répare très peu. — 17 et 1 8 : dévoiement, langue humide, blanche ; cessation de la rougeur des joues. (Décoction blanche , julep avec syrop de quinquina, trois bouillons, potage.) — 19, 20 et 21 : peu de changement; le dévoiement persiste. — Les huit jours suivants : frissons, suivis de chaleur, le soir : prostration encore très prononcée , un peu de dévoiement, légère fréquence du pouls; langue nette et sans rougeur* (On cesse le quinquina , et

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l’on prescrit le quart d’aliments. ) — Du 29 mars au 7 avril : les forces et l’embonpoint reviennent très lentement ; cependant le malade commence à se lever.

Les jours suivants : il va, dit-il, de mieux en mieux ; l’ulcération du sacrum n’est pas encore entièrement guérie. — La convalescence se prolonge jusqu’aux premiers jours du mois de mai; enfin, le i3 de ce mois , la guérison était consolidée.

187. On voit que , chez ce malade , l’emploi du quinquina parut avoir contribué à la guérison. Il est vrai qu’on n’y recourut qu’après avoir préliminairement calmé les symptômes d’irritation par les évacuations sanguines , et que le quinquina ne fut donné qu’à dose peu élevée.

INous répéterons ici que les toniques , employés seuls , ne satisferaient pas à l’indication principale, laquelle consiste à combattre , par les antiphlogistiques, la phlegmasie primitive des viscères digestifs.

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