OBSERVATION XLV
Dix-huit ans. Fièvre adynamique ou putride. — Boissons adoucissantes; diète; sinapismes, à diverses reprises; vésicatoire à la nuque ; vingt-cinq sangsues (en une fois) . — Convalescence longue, * — ■ Guérison , vers le commencement du troisième mois après l’entrée.
188. Michelet (J. -B. ), âgé de dix-huit ans,couverturier , du département de l’Isère , d’une constitution délicate, pâle, assez grand, cheveux bruns, d’un caractère assez doux , habitant Paris depuis
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trois mois , encore fatigué d’un voyage de cent cinquante lieues , vivant de mauvais aliments , ayant baigné ses pieds pendant qu’ils étaient en sueur dans les premiers jours de février , éprouva un malaise général , des lassitudes et une toux fréquente et fatigante , avec accès de fièvre quotidienne. Tel fut l’état du malade, jusqu’au 10 mars : à cette époque , Michelet , affecté d’une péripneumonie, entra à l’hôpital de la Charité. Il fut saigné trois fois en vingt-quatre heures, et sortit au bout de quatre jours , mal guéri et encore faible. Le 16 mars, un médecin prescrivit au malade l’ipécacuanha. Entré à l’hôpital Cochin le 19, il présentait les symptômes suivants : toux fréquente, crachats verdâtres, visqueux , muqueux , léger râle crépitant du côté droit , maliase général , abattement , langue sèche , blanche au milieu , rouge à sa circonférence ; inappétence , soif considérable , chaleur à la région abdominale, pouls plein et fréquent. (Gomme édulc. bis ; looch, trois bouil.) — 20 et 21: même état. (Pédiluv. sinapis. ) — Sommeil agité par des rêves , pendant la nuit du 2 t. — 22 et 2 3: la langue, les parois de labouche et les dents sont tellement sèches, que la parole est à peine possible ; pommettes colorées , soif ardente , désir des boissons fraîches , respiration laborieuse et comme demi-convulsive : du côté droit , crépitation entrecoupée par des sons aigus, suspirieux ; à gauche existe aussi une légère crépitation ; crachats visqueux et rouiilés , délire fugace , tendance adynamique.
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Diagnostic: gastro-entérite, bronchite avec engorgement péripneumonique ( sinapismes aux pieds).
Le 23, au soir : point de soulagement, selles involontaires , assoupissement , prostration , tendance des membres inférieurs à se porter vers le pied du lit , salive écumeuse à la bouche , impossibilité de l’expectoration , œil injecté , sensible au contact de la lumière; réponses incohérentes , stupeur.— 2 4: la bouche est toujours inondée d’une salive que les mouvements continuels de la mâchoire inférieure , de la langue et des lèvres rendent écumeuse ; réponses monosyllabiques , quelquefois exactes , mais souvent étrangères à la question ; assoupissement et prostration extrêmes, soubresauts des tendons, chaleur à la région frontale ; toute la peau est chaude , mais celle du ventre et de la poitrine est brûlante ; le pouls est tellement fréquent , qu’on peut à peine compter les vibrations de l’artère. Le soir , la congestion cérébrale est encore plus profonde; le malade, comme insensible , ne fait aucune attention à ce qui l’environne ; il est indifférent sur son propre état ; yeux à demi fermés et chassieux. — Le 2.5 : un peu d’amélioration. Dans la nuit, délire; le malade sort deux fois de son lit. — 26 : soif ardente , chaleur brûlante à l’abdomen, soubresauts dans les tendons, secousses convulsives des doigts, comme s’ils étaient frappés d’une commotion électrique ; œil moins injecté, réponses assez justes , oubli de ce qu’il a fait la veille. ( Les vésicatoires
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suppurent bien. ) — Le 27 : point de délire , fonctions cérébrales engourdies , tremblotement de tous les muscles , œil fixe , assoupissement , langue sèche et limoneuse , soif continuelle. (Vingt-cinq sangsues sur le ventre.) Le soir : amélioration, réponses plus faciles, mais toujours un peu incohérentes; stupeur moins marquée. — Le 28: soupirs et gémissements continuels , trouble des fonctions intellectuelles , réponses tardives et pour ainsi dire distraites ; la congestion cérébrale continue. — Le 29: confusion des idées , prostration , supination et assoupissement ; face décomposée , pommettes et apophyses zygomatiques saillantes , yeux entr ouverts , regard triste, abattu ; langue sèche , fuligineuse , ainsi que les dents. ( Vésic. nuque. ) — Le 3o : toujours assoupissement , soubresauts des tendons , pouls fréquent, tremblottant , analogue au frémissement d’une corde qui vibre, soupirs, toux assez fréquente. Le malade dit se bien porter ; le pansement des vésicatoires lui fait éprouver de la douleur : langue moins croûteuse. ( Sinapismes. ) — Le3i : haleine fétide , soif, ballonnement et chaleur du ventre, réponses justes. (Limonade vineuse.) — Le soir :1a langue est plus chargée, le pouls plus fréquent; le malade est assoupi ; les yeux sont entr 'ouverts, le globe oculaire est tourné en haut , l’haleine est plus fétide, la peau est chaude et halitueuse, le malade cherche le frais , se découvre à chaque instant la poitrine , et sort les bras du lit ; il a toute sa connaissance. — ier et 2 avril : le malade
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refuse la limonade vineuse ; la toux est beaucoup plus fréquente et le fatigue considérablement. : — Le 3 : amélioration sensible; selles liquides. ( Décoction blanche.)— - Le 4* prostration moins grande, cessation de l’assoupissement, sens plus animés, forces moins abattues, fièvre peu vive, langue belle, mais encore rouge et un peu sèche ; désir des aliments ; symptômes du catarrhe pulmonaire presque nuis. ( Trois bouil. , un peu de gelée de groseille.) Le 5 : le malade a bien dormi ; peu de toux , facultés intellectuelles en bon état , convalescence commençante. — 6 , 7 , 8,9, 10 , 11, 12: la convalescence continue ; deux ulcérations qui s’étaient formées au sacrum se cicatrisent promptement ; appétit très vif ; cependant on ne donne encore que du bouillon , du potage et quelques pruneaux. — Du i3 au 1 5 : les forces se rétablissent , le malade se lève un peu , il mange un peu de pain et de purée. — Du i5 au 20 : les vésicatoires se cicatrisent ; peau fraîche , légère céphalalgie sus-orbitaire. (Côtelette sans vin.) — Le 20 : la sœur de la salle lui donne un quart de vin. — Le soir : langue rouge, état fébrile très prononcé ( cent cinq pulsations par minute.) — 24 et 25 : on défend sévèrement l’usage du vin. — Le pouls perd de sa fréquence. — - 26 : le pouls bat encore cent cinq fois par minute. ( On ne permet que des bouillons et des potages.) Ce régime, continué jusqu’au rr mai, dissipe les symptômes d’irritation; cependant le pouls conserve de la fréquence.— On remet le malade au quart d’aliments, sans
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qu’aucun accident reparaisse. Enfin , on en augmente peu à peu la quantité : en même temps le malade recouvre ses forces , reprend son embonpoint , et la peau qui était comme collée aux muscles , semble s’en éloigner et devenir plüs mobile. Le malade marche long-temps sans se fatiguer. — Du 16 au 20 mai : le pouls perd de sa fréquence et la guérison se consomme.
Le 14 juin, le malade demande sa sortie ; à cette époque le pouls était enfin revenu à son rhythme naturel , la démarche était vive et bien assurée , et les forces ainsi que l’embonpoint étaient parfaitement rétablis.
189. Les onze observations que je viens de présenter suffisent pour démontrer que le régime et les moyens antiphlogistiques , sagement dirigés , peuvent triompher de la fièvre dite adynamique, même dans les cas où les symptômes offrent une gravité des plus alarmantes.
Il est bien vrai que plusieurs des sujets atteints de cette effrayante maladie, succombent malgré l’emploi de la méthode antiphlogistique; mais cette triste vérité prouve combien est dangereuse la maladie , et non qu’il faut regarder la méthode indiquée comme inutile ou même nuisible. Quoi ! parceque la saignée ne guérit pas toutes les péripneumonies, irons-nous en conclure que ce moyen est superflu ou même pernicieux dans le traitement de ces maladies.
Chez tous nos malades, la convalescence a été longue, pénible, orageuse; mais ce n’est pas le
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traitement , c’est la maladie elle-même qu’il faut accuser de cette circonstance. On conçoit, en effet , que le traitement le plus rationnel, confié aux mains les plus habiles , ne saurait faire disparaître en quelques jours une maladie qui, comme nous l’avons prouvé par les faits les plus nombreux, a déterminé une désorganisation profonde des viscères digestifs : ne serait-il pas absurde de le penser? Autant vaudrait croire que des plaies, ou des ulcérations multipliées de la peau , sont susceptibles de guérir en quelques jours. Que si ces dernières affections, malgré toutes les ressources de la médecine et de la chirurgie, ne sont entièrement dissipées qu’au bout de plusieurs semaines, certes, il ne faut pas être surpris de ce que les ulcérations et les autres altérations organiques, qui constituent essentiellement la maladie qui nous occupe, exigent plusieurs semaines pour leur complète guérison, et de ce que la convalescence se prolonge pendant un espace de temps considérable.
11 est donc de la nature de la variété de fièvre àdynamique dont il s’agit ici, de n’être parfaite-* ment guérie qu’âu bout d’un temps assez long. Il ne peut en être autrement, puisque les ulcérations intestinales exigent pour leur cicatrisation un temps d’autant plus long, qu’elles ne se prêtent pas , comme celles de la peau , à l’application des moyens thérapeutiques les plus efficaces en pareil cas , c’est-à-dire des moyens chirurgicaux.
Il est si vrai que la longueur de la guérison tient à la circonstance que nous venons d’exposer, quej,
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si cette circonstance n’existait pas. rien ne serait plus facile que d’obtenir une guérison des plus rapides. C’est précisément ce qui arrive dans les cas où, au lieu d’une fièvre dite adynamique, le médecin combat une fièvre dite bilieuse. Celle-ci disparait complètement, au bout de quelques jours d’un traitement bien ordonné. Il n’est pas de praticien qui ne possède un grand nombre de faits â l’appui de cette assertion. Or, pourquoi cette différence entre la durée de la guérison de ces deux fièvres? C’est que l’une (la lièvre bilieuse ) ne consiste que dans une irritation qui n’a point encore produit la désorganisation ulcéreuse de la membrane muqueuse digestive, tandis que l’autre ( la lièvre adynamique ) suppose constamment non une simple phlogose, mais une phlegmasie terminée par ulcération, suppuration, ou même gangrène de la membrane indiquée.
CONCLUSION